Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

VENEZUELA

Un parti des mouvements sociaux

Inprecor n° 376, janvier 1994 · p. 32-35 · 3 679 mots

Syndicalisme

Les élections présidentielles et législatives au Venezuela ont eu lieu dembre 1993 en pleine crise politique et récession économique, après que le président sortant ait été obligé de démissionner pour cause de corruption, alors que des rumeurs de coup d' Etat circulaient et que le système bipartite traditionnel commençait à se décompose, c'est le vieux politicien conservateur, Rafael Caldera, déguisé en opposant sous le drapeau d'une alliance baptisée Convergence, qui est sorti officiellement vainqueur. Causa radical (Causa R), qui se veut une organisation libre, révolutionnaire et des travailleurs", a présenté Andrés Velasquez, ouvrier électricien, dirigeant syndical des années 70 et l'un des principaux promoteurs du "nouveau syndicalisme", et actuellement gouverneur de l'Etat de Bolivar aux présidentielles. Velasquez est arrivé second, en obtenant près du tiers des voix, même si par une fraude orchestrée par l'establishment, on voudrait le reléguer en dernière place. L'origine et l'expérience de Causa R sont intéressantes dans la mesure où cette formation fait partie des organisations de la gauche latino-américaine qui, sans renoncer à leurs principes révolutionnaires, construisent des partis s'efforçant de mener une politique en lien avec ceux d'en-bas — et non pas en leur nom. Les résultats obtenus jusque là sont encourageants. Causa R nous est ici présentée par son secrétaire général, Pablo Medina*.

VENEZUELA

AMERICA LIBRE : Quelles sont les origines de Causa Radical ?

Pablo MEDINA : Nous pouvons situer son origine à la fin des années 60, dans une situation marquée par la convergence d'un ensemble de facteurs nationaux et internationaux.

Au niveau national, ce fut la tenue du 4éme Congrès du Parti communiste vénézuélien (PCV), au cours duquel il fallait faire le bilan de la lutte armée. Il faut se souvenir qu'un processus de lutte armée avait été initié au début de cette décennie et qu'il s'est soldé par un échec complet. Il était nécessaire d'en analyser les causes, mais cette discussion avait posé le problème du rôle de l'instrument politique, c'est à dire du parti. Le Parti communiste avait révélé son incompétence à diriger la lutte — tant armée que légale — et la discussion se concentrait donc sur la structure et sur le programme du parti. Nous avions pris part à ce débat.

Il y avait au début trois courants au sein du parti : la droite, liée à Moscou, dirigée par des figures légendaires telles que Jesus Faria et Gustavo Machado ; un courant centriste dont l'objectif central était de préserver l'unité du parti, dirigé par le futur secrétaire général du parti, Pompeyo Marquez, qui est aujourd'hui une figure importante du Mouvement pour le socialisme (MAS) ; et un courant qui s'orientait non pas vers la rénovation du PC mais vers la rupture, recherchant un saut qualitatif en se basant sur ceux qui étaient le plus engagés dans la lutte armée, dirigé par Teodoro Petkoff. Au cours de cette discussion, en 1970, un dirigeant du PC italien, Renato Sandri, parvient à convaincre Petkoff qu'il ne fallait pas diviser le Parti communiste, le plus engagé dans la lutte armée parmi ceux d'Amérique Latine. Ainsi ce dernier resta au PC alors que nous, qui étions avec lui, avons décidé d'en sortir.

Mais nous n'étions qu'une douzaine et le plus connu d'entre nous était Alfredo Maneiro, membre du Comité central du PC avant la rupture, et commandant de la guerilla. C'est ainsi qu'à la fin des années 70 apparût un courant appelé le «maneirisme», que certains, de manière ironique, assimilaient à un courant agnostique. Nous avons ensuite adopté le nom de Causa R, avec un R retourné pour signifier que le pays était à l'envers. Plus tard, quand il a fallu nous faire enregistrer en vue des élections, nous avions explicité ce sigle en « Causa Radical ».

Auparavant, les soviétiques ont exercé une pression sur le PCV mpour qu'ilexpulse Pettkoff. Cela a conduit à la naissance de la Force communiste vénézuélienne, devenue par la suite le MAS, qui fut le fruit de la pression de la droite du PCV et

* Cette interview a été réalisée par Emir Sader et a été initialement publiée dans le nuéro deux de la revue latinoaméricaine, América Libre, en avril-mai 1993.

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non pas d'une option politique propre. Nous avions pris part au congrès de fondation du MAS, pour manifester notre position, tout en étant convaincus que cette organisation allait reproduire les mêmes dysfonctionnements et les mêmes erreurs que le parti antérieur.

Au niveau international l'apparition de notre courant est liée à des événements tels que la révolution culturelle chinoise, Mai 68 en France et l'invasion de la Tchécoslovaquie, qui ont eu une influence décisive dans la transformation de la gauche vénézuélienne.

• L'organisation s'appelait déjà

Causa R ?

Non, au départ nous pensions créer un mouvement qui s'appelerait « Venezuela 83 ». Cette année là, le Venezuela a nationalisé toutes les entreprises pétrolières qui étaient entre les mains nord-américaines. C'était également le bicentenaire de la naissance de Bolivar. Notre idée était de créer un mouvement de masses qui permettrait la construction d'une organisation politique. Les 12 militants se sont dispersés entre le travail à l'Université de Caracas et les quartiers. Moi, je suis parti travailler comme ouvrier en Guyane, avec l'idée que l'avant-garde devait naître du peuple, des travailleurs. Elle ne pouvait être issue d'une structure politique donnée, prédéterminée, contrairement à ce qui se passait au Venezuela, où tous les partis naissent de la division des partis antérieurs : un nouveau parti se réuni en congrès, nomme une direction, élabore un programme et appelle le peuple à lui faire confiance et voter pour lui.

Nous pensions faire les choses à l'envers, ne pas partir d'une structure préexistante mais au contraire, associer le peuple à la formation de cette organisation, non seulement pour construire sa direction mais aussi pour l'élaboration d'un programme. Causa R a été le résultat de ce travail. Avec le temps cette idée c'est révélée réaliste, quoique très difficile. Il fallait en effet affronter des structures politiques fortes telle l'Action démocratique (AD) et le COPEI (Commission d'organisation politique des élections indépendantes), des structures syndicales bien enracinées, disposant de groupe armées et soutenues par l'Etat et les inspecteurs du travail.

Mais le plus important pour nous était l'élaboration de notre programme politique. Nous n'avons jamais utilisé la bannière socialiste pour nous présenter au Venezuela. Premièrement, parce que le MAS l'avait déjà fait. Et deuxièmement, parce que cela ne nous semblait pas viable dans la mesure où au Venezuela pendant la lutte armée s'est développé un très fort sentiment anti-communiste dans les médias qui a fortement marqué les masses. Cela ne signifie pas que les masses au Venezuela sont réactionnaires. Elles ont toujours été en quête d'un changement qui a toujours été associé à la démocratie. Notre problème a été d'arracher la bannière démocratique à la droite, car la démocratie n'est pas une valeur réactionnaire, c'est le drapeau des travailleurs. Nous avons commencé notre lutte sur le terrain syndical pour retirer cette bannière à l'AD et au COPEI, en proposant des élections universelles, directes et secrètes pour choisir le comité exécutif de la Centrale des Travailleurs, en exigeant le respect des élections syndicales, l'initiation quotidienne des travailleurs aux négosiations contractuelles, l'information à propos de la gestion financière, l'honnêteté. Tout ceci nous a permis de détrôner progressivement l'AD le COPEI du mouvement syndical. Nous avions impulsé un nouveau syndicalisme. AD est devenue aujourd'hui le synonyme de la dictature syndicale et de la corruption. Ces dernières années nous avions suplanté leurs bureaucrates dans les syndicats les plus importants et leur avions repris l'initiative politique en avançant l'idée de la démocratie radicale, de la transformation de l'Etat au service du peuple et des travailleurs.

• Comment en êtes-vous arrivés à remporter la mairie de

Caracas?

Ceci fut le produit d'un long processus. Comme nous étions peu nombreux, nous avions décidé initialement de ne pas nous disperser dans le pays mais plutôt de nous concentrer sur certains points. Nous avions élaboré la théorie des «quatres pieds», correspondant à des secteurs d'intervention. Le secteur populaire se développait depuis Caracas dans la paroisse de Catia et sur cette base nous avions suivi une politique qui puisse servir d'exemple pour le reste du mouvement populaire. Nous avions créé Pro Catia Causa R et avions développé beaucoup d'activités populaires — sportives et revendicatives. Nous avions initié un mouvement en faveur de la démocratisation de la vie municipale en se basant sur la Constitution qui stipule que la réunion de 20 000 signatures permet de présenter un projet de loi au Congrès. En 1976 nous avions rassemblé les signatures en vue de modifier le régime municipal de Caracas pour y introduire le principe de révocabilité des conseillers municipaux. Cela a généré un mouvement populaire à Caracas.

Nous avions également créé le mouvement «Casa del Agua Mansa» (Maison de l'eau dormante) pour les intellectuels. En un an nous avons réussi à faire bouger la vie intellectuelle. En réaffirmant qu'il ne peut y avoir de changement sans la présence des intellectuels aux côtés des travailleurs, comme un phare indiquant où sont les problèmes du pays grâce à leur capacité de voir plus loin que le reste de la société. La majorité des intellectuels se vendit durant les années 70. Ils avaient été très engagés à l'époque de la lutte armée, mais au cours de la décennie suivante, avec le boom pétrolier, ils furent neutralisés et intégrés pour la majorité d'entre eux. Si bien que les travailleurs et le peuple doivent en général se passer d'eux.

Dans le secteur universitaire. Nous avons créé un mouvement et un journal appelé PRAG, qui a eu une grande importance à l'Université centrale du Venezuela et qui servit de modèle au reste du mouvement universitaire. mais quand ces mouvements ont reflué à la fin des années 70, Causa R a également reculé, car nous sommes très liés à aux mouvements et quand ils disparaissent, notre organisation en subi les conséquences.

Le secteur ouvrer a vu le jour avec EL Matancero, un périodique fondé en 1972 qui a déjà dépassé le n° 500. Bien que petit de volume, il s'est progressivement transformé en une sorte de tribune des travailleurs. Il a été clandestin pendant plusieurs années, car, à l'époque, une dictature syndicale dans l'entreprise tentait de nous localiser pour nous faire disparaître. J'ai commencé à travailler à SIDOR le 15 janvier 1972 dans un secteur très dur, celui des fours électriques. A la fin de l'année nous avions constitué le premier groupe, avec pour objectif d'imposer une première élection syndicale. Nous avions présenté un candidat et après il a été possible d'organiser les travailleurs pour élire les délégués sectoriels, démocratiser la vie du syndicat et des travailleurs. Sept ans après, en 1979, nous avions réussi à gagner totalement le syndicat. Dès lors nous avions démocratiser la pratique syndicale : cours de rédaction permettant aux travailleurs de réaliser leur journal, cours de sécurité industrielle, cours de nutrition, des réunions étaient faites à la porte de l'usine, dans les locaux s'élaboraient les journaux et de nombreux débats avaient lieu. Cette pratique syndicale a commencé à avoir une influence dans le pays, et surtout en Guyane.

A partir de 1981 ce syndicat subi une intervention de AD-COPEI durant sept ans. Une véritable dictature en vue de mater le syndicat et de liquider cette expé-

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rience s'est déchaînée : 3000 travailleurs furent renvoyés, dont toute la direction syndicale et tous les délégués, certains furent tués, d'autres emprisonnés pour écraser l'avant-garde sociale. Au bout de ces sept ans il y a eu une nouvelle élection, au cours de laquelle les "adecos" ont mobilisé trois mille des leurs dans l'entreprise et malgré cela nous avons gagné. Nous leur avons porté un coup important. Cette expérience syndicale a été exploité par la suite pour gagner d'autres syndicats et pour créer un syndicalisme nouveau, différent, démocratique, populaire et révolutionnaire.

En 1989 eurent lieu les élections des maires et des gouverneurs. Auparavant, en 1988, lors des élections présidentielles nous avions déjà présenté Andrés Velazquez, dirigeant syndical de Guyane, comme candidat des travailleurs afin de pouvoir nous adresser à eux. Nous n'avions pas d'argent, notre campagne consistait à aller devant les usines avec un mégaphone et Andrés y prenait la parole. Nous avions obtenu 120 000 voix, ce qui n'était pas négligeable pour l'époque, ainsi que trois parlementaires. Nous avions concentré notre campagne sur l'Etat de Bolivar dans le but de l'emporter. Nous y sommes arrivés en troisième position, ce qui était un succès. Mais un an plus tard nous avons remporté l'élection du gouverneur avec Andrés Velazquez.

Nous avions tenté de faire de ce gouvernement un modèle pour le pays et c'est effectivement devenu une référence en matière de démocratie, d'efficacité et d'intégrité. Nous y avions que deux députés, ainsi nous devions sans cesse nous appuyer sur la mobilisation populaire. Ce fut une bataille difficile qui attira l'attention de l'ensemble du pays, mais le gouvernement de Bolivar en sorti victorieux.

Un débat eu alors lieu au sein de Causa R en vue de gagner d'autres gouvernements d'Etats et d'autres mairies lors des prochaines élections, afin d'effectuer un saut à l'échelle nationale. Nous avions décidé de concentrer nos efforts sur un Etat nommé Carabobo, parce qu'il s'agit d'une concentration importante de travailleurs. Mais nos idées n'ont pas prises et notre campagne n y a pas atteint une dimension de masse. Alors nous avons repris la discussion et, en voyant que deux de nos députés avaient été élus à Miranda et à Caracas, qui forment une même zone métropolitaine, nous avions décidé d'y concentrer nos efforts. Avec beaucoup d'anticipation nous avions commencé à promouvoir la candidature d'Aristobulo Isturiz, qui était président du syndicat des instituteurs. En 1987 avec Andrés Velazquez nous avions été voir Aristobulo pour lui demander d'intégrer Causa R. Nous avions élaboré un plan de démocratisation de la ville, de lutte démocratique et nous avions décidé, étant donné la faiblesse de Causa R, de structurer toute l'organisation en brigades de propagande et d'agitation. Cela nous a donné une grande force qui a coïncidé avec le malaise social et économique et avec la crise politique. Pour cette raison notre victoire à Caracas lors des élections municipales du 6 décembre 1992 ne fut pas une surprise pour nous, car si le maire sortant était Noir comme Aristobulo, c'était un "adeco" et il était clair que les gens voteraient contre lui.

A Caracas nous avions intégré une quatrième exigence aux trois que nous nous étions fixé précédemment : lutter contre les mesures économiques et contre le président en exercice, Carlos Andrés Perez. Au sein d'une population très combative, coutumière des grandes luttes politiques, cela aida beaucoup notre campagne et donna à Causa R une plus grande crédi-

• L'année 1992 fut donc chargée en événements. Il y a eu la rébellion militaire de février, celle de novembre et les élections municipales de décembre.

Il y eu trois coups d'Etat, deux militaires et un civil.

• Comment caractérisez vous ces tentatives de coups d'Etat militaires?

Les forces armées au Venezuela ont un caractère nationaliste. Les recrues sont instruites avec les idées de Bolivar, pour la défense de la souveraineté. La patrie, c'est l'Amérique du Sud. A la différence des autres pays d'Amérique latine, une large majorité des officiers sont d'origine populaire, fils de travailleurs et de familles pauvres. De ce fait les problèmes de travailleurs ne leurs sont pas inconnus.

• L'armée n'a-t-elle pas subie un endoctrinement par l'idéologie de la sécurité nationale durant la période de combat des guerillas?

C'était effectivement le cas au cours des années 60, après la victoire de la révolution cubaine et la lutte armée au Venezuela. Alors il y avait des affrontements avec l'armée. Néanmoins il faut garder à l'esprit que le développement de la lutte armée dans la montagne avait été précédé par des mouvements militaires, engagés par les forces navales en 1960-1961 à Carupano et à Puerto Cabello, qui étaient le signe de la recherche d'un changement. Ainsi, même quand nous avions eu des affrontements avec les forces armées, ces derniers étaient déjà perméables aux idées du peuple, aux idées d'un changement démocratique et populaire au Venezuela.

Le coup d'Etat du 4 février 1992 fut une réaction à la corruption du pouvoir en place dont témoignaient en particulier les ordres de détention pour corruption prononcés contre les ministres de la Défense dans la période précédente. C'est à ce moment qu'est apparu le Mouvement Bolivarien qui fut à l'origine du coup d'Etat. Un incident très important avait eu lieu lors de la chute d'Aristide en Haïti en septembre 1991. Carlos Andrés Perez avait projeté d'envoyer alors une grande partie de l'armée, en particulier les "bolivariens", en Haiti, mais l'armée refusa de peur de subir des pertes. Cette information n'avait jamais été divulguée. Fin 1991 il y eut un grand débat au sujet d'accords signés entre Perez et le gouvernement colombien au sujet de l'intégration économique. Ces accords faisaient suite à l'autorisation d'exploiter des mines de charbon des Monts Ocas à des sociétés multinationales et à l'oligarchie colombienne, accordée par le précédent gouvernement de Perez. L'ensemble de ces mesures avaient provoqué un malaise y compris dans l'armée et conduit au coup d'Etat du 4 février. Ce mouvement avait un programme : il se proposait de former un gouvernement mixte civil et militaire, d'emprisonner le président et les dirigeants du pays en vue de les juger et de procéder à

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des élections. Il avait réussi à gagner une certaine sympathie.

Perez fut incapable de résoudre les problèmes exposés, il manœuvra pour gagner du temps et perdit de plus en plus toute légitimité. C'est alors que l'idée d'un référendum révocatoire du mandat présidentiel avait émergé dans le pays. Nous avions soutenu cette idée et avions organisé des référendums auxquels ont participé près de 600 000 personnes dans tout le pays (et 160 000 à Caracas).

90% d'entre eux ont voté contre Perez. Mais au sein du

Parlement AD et COPEI s'opposèrent au référendum et se démasquèrent ainsi, révélant leur peur du peuple et de la

• Causa R a-t-elle établie des relations avec le Mouvement Bolivarien ?

Oui, je suis allé parler en prison avec Hugo Chavez pendant sa détention. Les Bolivariens étaient détenu au secret et

Perez voulait les faire exécuter.

Cependant il a du faire marche arrière devant la résistance de

Rafael Caldera (fondateur de

COPEI, qui s'est ainsi assuré une estime publique) et la notre. En fait le 4 février Perez a remporté une victoire militaire mais a en même temps subi échec politique. Les manœuvres qu'il a tenté par la suite, en nommant un cabinet

COPEI et en intégrant dans le gouvernement des dirigeants du MAS ont fait long feu, et seulement accru les divisions au sein de COPEI et du MAS. Durant cette période le parti de Perez, AD, a perdu beaucoup de sa popularité. En décembre

1992 il a eu recours à la force et à la fraude pour s'assurer plusieurs postes de gouverneurs, ce qui a provoqué des mobilisations massives contre eux dans plusieurs Etats.

Ils sont aujourd'hui agonisants, il ne leur manque que l'extrême onction! Il n'est plus le parti du changement (ce qu'il a été en 1945), il est le parti de la corruption, très bureaucratisé et très dévalorisé.

• Causa R se considère comme le parti politique des mouvements sociaux. Qu'est-ce que cela signifie pratiquement ?

C'est une organisation politique nouvelle, en rupture avec le style et la conception d'organisation des partis politiques traditionnels du Venezuela. Nous la définissons comme une organisation des travailleurs, libre, révolutionnaire. Libre, car à l'intérieur les gens sont vraiment libres. Révolutionnaire parce que nous voulons un changement, une transformation des structures au Venezuela. Et des travailleurs, parce que nous croyons que les travailleurs sont la classe la plus avancée. Pas seulement les ouvriers, mais les travailleurs au sens large du terme, qui ont un idéal de justice et de démocratie plus avancé que les autres classes sociales.

interne? cipline des idées, la nécessité d'être d'accord sur les idées de base. Il n'y a pas d'autre type de discipline. A chaque niveau Causa R est une espèce de complexe d'organisations autonomes. Pour nous, l'important c'est la hiérarchie des idées et non l'idée de la hiérarchie. Plus une idée est fortement soutenue et cohé-

• Y a-t-il une discipline

A l'intérieur de Causa R il y a une disindividuelle.

rente, plus elle a de chances de vaincre au sein de Causa R. C'est pour ça qu'à Causa

R on ne vote pas. A notre avis le sentiment de démocratie avant d'être dans le vote est dans le débat. Et dans le débat nous sommes tous égaux. Dans le débat je ne fais pas valoir ma qualité de secrétaire général. Ce n'est qu'une charge formelle devant le Conseil électoral suprême. Je vais au débat en espérant convaincre à mes idées ou que les idées de quelqu'un d'autre seront soutenues. C'est pour cela que si l'un d'entre nous perd, il ne perd pas car il gagne une vérité. Nous écoutons toujours les autres, nous essayons de prêter l'oreille à toute la terre. Nous parvenons toujours à nous orienter dans la direction où nous devons aller. Nous sommes une organisation qui n'impose pas, qui n'a pas de normes disciplinaires et qui n'avait pas de programme. Maintenant nous avons une plateforme programmatique, qui est récente. Parfois nous avons des désaccords.

Mais la seule fois où nous avions voté, nous nous sommes divisés. C'était en

1983.

• Quand vous ne parvenez pas à un accord, que faites vous?

La pratique tranche.

Nous essayons et nous suivons l'idée qui marche pratiquement. Après nous regardons et nous tirons un bilan. par exemple, pour les dernières élections certains camarades pensaient que je devais être candidat dans un autre Etat, près de

Bolivar. Les autres disaient que non, que

Miranda était mieux car c'est un centre politique proche de Caracas. Nous sommes tous conscient qu'il faut faire de concessions pour préserver Causa R des divisions. Car en fin de compte ce qui est important c'est de préserver un projet politique tel que Causa R, qui a d'énormes qualités, et non de défendre une position

América Libre,

Avril-Mai 1993

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