Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SLOVAQUIE

La Slovaquie à la croisée des chemins

· Inprecor n° 385, novembre 1994 · p. 12-13 · 1 555 mots

Europe de l'Est

Contrairement à leurs riches voisins tchèques, les capitalistes slovaques trouvent l'introduction du capitalisme difficile. Lors des élections de 30 septembre et du 1er octobre les électeurs ont rejeté un gouvernement néolibéral au profit des partis les plus favorables à l'interventionnisme et à la voie de la réforme sociale. Un résultat similaire dans les élections de 1992 en Tchécoslovaquie avait fait éclater la fédération. Cette fois-ci les boucs émissaires extérieurs n'existent pas, et quelque soit le gouvernement en Slovaquie, il devra compter avec la polarisation et l'amertume de la population. Il sera surtout confronté à la récente formation de l'Association des travailleurs, ainsi qu'à un mouvement ouvrier nostalgique mais défensif, qui détient l'équilibre du pouvoir dans le nouveau parlement. Adam NOVAK

Bien qu'ils n'aient jamais

B gagné une élection, le Parti

néolibéral de Slovaquie et le Parti chrétien démocrate ont profité deux fois de la scission du plus grand parti, le large mouvement du centre-gauche pour une Slovaquie démocratique (HZDS) de Vladimir Meciar pour former des gouvernements impopulaires qui ont fait passer des politiques de réformes du marché. Depuis qu'ils ont fait adopter une motion de censure le 11 mars, le gouvernement des néo-libéraux, les chrétiens démocrates et l'ancien Parti communiste de la gauche démocratique (SDL) avaient essayé de reproduire la privatisation par actions qui avait eu du succès chez les Tchèques, mais leur réforme a été victime du retard bureaucratique et entahée par des accusations de corruption. L'aide

SLOVAQUIE D

Vladimir Meciar, dirigeant du HZDS. étrangère ne s'est pas matérialisée. L'investissement étranger direct depuis 1989 s'élève seulement à 1.1 milliard de dollars (20 % du niveau, par habitant, de l'investissement étranger dans la République tchèque). Le chômage est de 14,5 % nationalement et jusqu'à 20% dans certaines régions (la moyenne tchèque est de 4 %). Bien que l'économie se soit maintenant remise du choc de la partition du ler janvier 1993 de la Tchécoslovaquie, l'économie est encore faible, et les observateurs occidentaux mettent en garde sur les inévitables «démarches de restructuration» qui sont encore à faire. La décision de réduire les prix de l'essence, de la pomme de terre et de la viande annoncée la veille de l'élection par le gouvernement de droite n'a pas suffit à convaincre la population que des réformes rapides amèneraient des résultats.

Rejet de la droite

Le parti de l'ancien ministre de la privatisation Ivan Miklos n'a même pas réussi à franchir la barre de 5 % pour rentrer au parlement. Par conséquent, les partis de l'aile droite devraient s'allier avec les anciens communiste et avec, le parti nationaliste hongrois ou le parti nationaliste slovaque pour avoir une majorité. Ceci ne serait pas un mandat pour les réformes qu'ils veulent et les obligerait à prendre parti dans la tension nationale croissante entre les chauvinistes slovaques et la minorité hongroise vivant près de la frontière du Sud du pays. Le Mouvement pour une Slovaquie démocratique (HZDS) populiste, dirigé par l'ancien premier ministre Vladimir Meciar, a conservé le soutien d'un tiers de l'électorat. Au gouvernement et dans l'opposition Vladimir Meciar a habilement défendu la nécessité d'une politique interventionniste capitaliste d'Etat. Presque seul sur la scène politique slovaque, il s'est opposé aux politiques néo-libérales imposées à la Slovaquie par les principaux partis tchèques qui dominaient l'ancienne fédération (1). A juste titre, Meciar prédisait qu'un marché incontrôlé serait un désastre pour la Slovaquie, industrialisée seulement sous le régime stalinien, abritant la plus grande partie de l'industrie lourde de la Tchécoslovaquie et lourdement orientée vers les clients de l'Est. Il a été mis à l'index pour avoir critiqué la décision du président Vaclav Havel en 1990 d'abandonner la production d'armes tchécoslovaques (qui était basée pour les deux tiers en Slovaquie) (2). Les revendications du HZDS pour une «voie slovaque» dans la politique économique étaient particulièrement populaires dans les petites villes et les villages (3) et chez les travailleurs et les personnes âgées.

1) En 1991 la Tchécoslovaquie avait une population de 15,7 millions d'habitants : 10,3 millions dans la République tchèque, et le reste (y compris 530 mille hongrois) en Slovaquie.

2) Les ventes d'armes représentaient environ 12 % des recettes en devises à la fin des années 80. Si les ventes avaient continué au même rythme les armes représenteraient 20 % des recettes de la Slovaquie. Alors que l'industrie d'armement tchèque, hautement rentable avait été relancée après l'indépendance les usines d'armement de la Slovaquie sont silencieuses. Certaines ont même été vidées de leurs machines, d'autres sont engagées dans des programmes de reconversion mal pensés, suggérés par des ONG françaises, britanniques et américaines utilisant des fonds fournis par ces mêmes gouvernements qui ont pris sur le marché mondial des armes la place que les marchandises slovaques occupeaient.

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Les partis

Association des travailleurs (ZRS)

Choix commun (SDL)

HZDS

Démocratie chrétienne

Union démocratique (DU)

Parti national slovaque

Coalition hongroise

Listes obtenant moins de 5%

Taux de participation en 1994 : 76 % des électeurs inscrits (le vote n'est pas obligatoire).

Meciar s'est construit une image de dirigeant nationaliste, qui se méfie du marché et du capital étranger. En fait, sa politique économique est largement similaire de celles appliquées dans les pays voisins : Pologne, Hongrie et la République tchèque. Il a fait tout ce qu'il a pu pour maintenir l'union douanière avec la République tchèque, qui écoule toujours 30 % des exportations slovaques, principalement

Les élections en chiffres 1992 1994 en % Sièges

7,3 % 14,7 10,4 18 37,3 35 61 8,9 10,1 17

8,6 15 7,9 5,4 9

10,2 13,1 matières premières et produits semi-finis, pour les transformer et les réexporter à l'Ouest. Et sa décision de dévaluer la couronne slovaque de 10 % par rapport à la tchèque quand l'union monétaire s'est effondrée en février 1993, est maintenant acceptée dans les milieux d'affaires qui prédisent un excédent de 15 milliard de couronnes slovaques dans les échanges avec la République tchèque cette année, laissant le pays avec un déficit commercial global acceptable de seulement 1 milliard de couronnes (4). La dévaluation est la suite de celle de 45 % en 1990, qui a mis les salaires tchécoslovaques aux trois quarts du niveau polonais ou hongrois. Une compétition aussi destructive n'est pas seulement un signe de faiblesse, mais la conclusion logique pour des pays d'Europe centrale avec des structures industrielles similaires qui font de la surenchère l'un contre l'autre pour obtenir des commandes occidentales sur la base d'un coût avantageux avec une force de travail qualifiée et non organisée.

Les attentes sociales seront plus fortes sous Meciar mais sa politique est essentiellement la même que celle de ses détracteurs néo-libéraux, présentée de façon autoritaire et paternaliste plutôt que technocratique.

La gauche

Le conflit entre Meciar et la droite avait, jusqu'à ces élections, profité au parti de la gauche démocratique (SDL), modéré, ancien parti au pouvoir transformé en un parti démocratique large soutenu par d'anciens membres du Parti communiste et d'autres qui rejettent les réformes actuelles (5). Mais bien que la gauche dans son ensemble ait progressé en voix dans ces élections, le SDL a payé très cher

Usa participation au gouvernement anti-Meciar et les concessions consenties aux réformes économiques en échange d'une politique sociale légèrement plus généreuse et d'un soutien plus important aux entreprises clé financièrement en difficulté. Ayant recueilli la moitié des voix qu'ils espéraient, des députés ex-staliniens comme Pavol Kains envisagent maintenant de changer la politique sociale démocrate du parti Peter Weiss, et d'entrer dans une coalition avec le HZDS, qu'ils consi17 dèrent comme moins démocratique, mais plus sensible aux besoins sociaux que le gouvernement ouvertement droitier de Jozef Moravcik. Les partis sociaux-démocrates ont déjà subi de tels revers auparavant. Ce qui vaut la peine d'être noté en Slovaquie c'est que les voix perdues par le SDL ne sont pas allées seulement à la vague coalition centriste de Meciar, mais aussi à l'Association des travailleurs de Slovaquie (ZRS) constituée seulement au printemps 1994, qui a obtenu 7,3 % des voix et 13 des 150 sièges. Une coalition spontanée de groupes de vieux travailleurs déçus, la ZRS mélange des revendications ouvriéristes et populistes, combinant un refus absolu des fermetures d'usines et des augmentations de prix avec des revendications réactionnaires, comme une loi pour •«mettre hors-la-loi le chômage et punir les oisifs», ou des mesures pour restreindre l'usage de la langue hongroise ethniquement mixte.

Le développement de cette formation volatile est d'une importance cruciale dans le développement d'une opposition démocratique et socialiste aux réformes du marché. D'un côté, la ZRS est si peu structurée que même si la direction est investie exclusivement dans l'activité parlementaire, et devient plus modérée, chaque grève et polarisation sociale feront émerger de nouveaux porte-parole radicaux dans l'association à un niveau local. Mais à moins qu'un groupe de dirigeants soit capable d'articuler des politiques alternatives à la place des revendications défensives à court terme, l'association pourrait dériver vers le réalignement «rouge-brun» des staliniens nostalgiques représentés par le parti national slovaque (SNS).*

3) Les trois quarts de la population vivent dans des villes de moins de 50 mille habitants.

4) Les exportations de cette année dépasseront 113 milliards de couronnes slovaques.

5) Cette transformation est basée sur la réinscription, demandant aux membres de faire un choix actif pour rester dans le parti, la purge des dirigeants staliniens mais la tolérance des électeurs et des adhérants staliniens et la politique social-démocrate imposée par la jeune direction.

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