Inprecor 1974–2004

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DOSSIER BRÉSIL

Les raisons de poursuivre la lutte

· Inprecor n° 385, novembre 1994 · p. 14-15 · 1 306 mots

Brésil

Nous reproduisons ci-

DOSSIER dessous, la version

adaptée d'un article publié dans le journal duParti des travailleurs (PT) Brasil Agora, n°65.

Antonio MARTINS our mettre en œuvre un pro-

P gramme très voisin de celui

de Collor, le nouveau président a besoin du soutien de la gauche. Et il est certain qu'il pourra l'obtenir.

Cela n'étonne personne. Passées les élections, Fernando Henrique —FHC déploiera des efforts de plus en plus fréquents pour que la population ne se rappelle pas ce qu'il a écrit dans le passé. Les hommes politiques et les journaux conservateurs écriront de même des discours et des articles quotidiens pour exhorter la gauche à joindre ses efforts à ceux du gouvernement, ou à exercer une «opposition modérée». De par les circonstances historiques, FHC a besoin de la gauche pour appliquer son programme. Avec davantage de voix, davantage de députés et peutêtre ses premiers gouverneurs d'Etats — et donc davantage de responsabilités —, mais sans disposer d'un projet pour le pays, la gauche sera obligée de se rallier, pensent les conservateurs, inspirés par les exemples internationaux.

• Cinq ans après, les élites soutiennent encore le programme de Fernando Collor.

Cinq ans après l'élection de Collor, et deux ans après son impeachment, les élites brésiliennes restent tributaires du programme du président destitué. Collor, dont les puissants ne voulaient pas mais qu'ils durent avaler, a voulu l'appliquer à coups de yippon, et il a échoué. FHC, autour de qui s'est regroupée une coalition conservatrice comme on en a rarement vu en ce siècle, essaiera de recourir à l'arme du consensus. Le chemin est long, et le succès n'est pas assuré.

Elu grâce à la stabilisation fugace qu'a permise le Real, le nouveau président prélutte

ALAI tend éviter à tout prix que le plan prenne l'eau dans les premiers mois, et entraîne dans son naufrage la popularité du nouveau gouvernement. Sa première arme est de poursuivre la politique économique actuelle.

Début octobre, le ministre des Finances, Ciro Gomes s'est rendu à Madrid à la 49ème réunion annuelle du FMI et a remis personnellement au directeur du Fonds, Michel Camdessus, le «Memorandum on Economic Policy», un document qui dresse un bilan des premiers mois du Real et les plans pour 1995. Le texte est clair. Pour contrôler l'inflation. le Palais de Planalto (le siège du gouvernement brésilien) prétend maintenir des taux d'intérêt élevés, ce qui implique de transférer dans l'année qui vient près de 10 billons de dollars du Trésor vers ses créanciers — des gens qui jouent dans les «milieux financiers». Comme ces dernières années, les versements aux grands monopoles seront réalisés au prix de la chute brutale des investissements de l'Etat dans les infrastructures et les services sociaux — santé et prévoyance en particulier.

• Pour sauver le Real, de l'argent pour les «milieux financiers» et des coups contre la prévoyance et la santé.

Ce n'est pourtant pas suffisant pour les plans de FHC. Ciro Gomes lui-même a admis à Madrid que le Real ne survivra pas sans «réformes structurelles» — et les premières concernent la prévoyance, le régime des impôts et les relations fiscales entre l'Union et les Etats ou les municipalités. Tout cela signifie des réformes constitutionnelles compliquées et coûteuses. Entre autres choses, le Planalto propose de mettre fin au système des retraites, la privatisation partielle de la prévoyance et le transfert aux Etats des responsabilités du gouvernement fédéral en matière de santé et d'éducation. Les conflits que cela créera avec les retraités et les gouverneurs ne sont pas négligeables, et c'est pour cela que le futur président hésite sur l'époque la meilleure pour faire passer ces réformes.

Fernando Henrique et les forces qui l'ont porté à la Présidence misent sur un afflux important de capitaux étrangers, qui leur permettraient de lancer un programme ambitieux d'investissements et de modernisation, comparable à celui de Juscelino Kubitschek. Il y a d'autres obstacles sur ce chemin. Les marchés financiers internationaux se caractérisent de fait, depuis quelques années, par une abondance de capitaux. Mais il ne s'agit pas pour autant de ressources philanthropiques. Pour en bénéficier, le pays doit aliéner son patrimoine (et, dans un certain sens, sa propre souveraineté), et forcer les travailleurs à

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accepter des conditions de travail encore plus inhumaines qu'aujourd'hui. L'argent «de l'extérieur» viendra en quantité, en premier lieu, s'il peut avaler les entreprises nationalisées les plus lucratives.

• Le capital étranger exige les entreprises nationalisées les plus lucratives. FHC est prêt à les lui livrer.

Fernando Henrique est disposé à les lui livrer. Il défend ouvertement la «flexibilisation» des monopoles d'Etat sur le pétrole et les télécommunications, ce qui résulte plus avantageux pour les investisseurs étrangers que la privatisation. Il est également prêt à supprimer de la Constitution les articles qui protègent les ressources minières, et à privatiser l'entreprise minière d'Etat Vale do Rio Doce, extrêmement lucrative. Rien de cela, pourtant, ne peut se faire sans une réforme constitutionnelle. Les deux premières tentatives de révision de la Constitution en 1993-1994, la première lancée par Collor, la suivante par les élites coalisées, ont échoué face à la mobilisation conséquente des syndicats qui représentent les secteurs affectés — en particulier dans l'industrie pétrolière et le téléphone.

Les capitaux étrangers pourraient aussi affluer sous la forme d'investissements des multinationales, intéressés à prendre pied dans le pays ou à y étendre leurs activités. Du point de vue de la mentalité néolibérale, cependant, le Brésil a des années lumières de retard sur les pays d'Asie, d'Europe et même d'Amérique du sud où les multinationales se sont déployées. Pour les attirer, il faut balayer les droits sociaux des travailleurs, en liquidant les droits inscrits dans le code du travail et en «flexibilisant» les relations de travail. L'Espagne en est passée par là il y a quelques années. Le résultat le plus visible en est un taux de chômage autour de 25 % de la population active. La révolution industrielle authentique que connaît le monde capitaliste, il est bon de le rappeler, a pour conséquence, en tous lieux, d'énormes vagues de licenciements, et une augmentation impressionnante des inégalités. Les travailleurs brésiliens seront-ils prêts à accepter une pareille «modernité» ?

• Le Parti des travailleurs (PT) acceptera-t-il un rôle d'appoint dans les réformes néolibérales ?

Les difficultés des forces qui ont gagné les élections commencent avec les propres divergences au sein des secteurs dominants. La droite et le centre, les secteurs archaïques et les secteurs «modernes» du patronat se sont unis pour battre Lula au second tour en 1989 et en 1994. Mais ils n'ont pas été capables de s'unir pour soutenir le programme «collorido», et rien n'assure qu'ils s'uniront derrière Fernando Henrique. Les secteurs patronaux qui tirent parti du modèle de développement inauguré dans l'après-guerre feront-ils gracieusement de la place à ceux qui veulent chevaucher la vague néolibérale ?

Des partis comme le PMDB (de centre-droit) ou le PPR (parti de droite qui a accueilli la plupart des hommes politiques de l'époque de la dictature), qui ont un nombre d'élus significatifs, seront-ils prêts à partager la responsabilité des mesures impopulaires du gouvernement sans partager les bénéfices du pouvoir ? Tenu par son propre programme de gouvernement à essayer d'infliger de graves défaites aux travailleurs, et à mener des négociations hautement complexes avec des secteurs de la classe dominante, FHC a besoin du PT et des autres partis de gauche. Il n'est même pas besoin qu'ils participent au gouvernement. S'il s'avérait possible de les domestiquer, de les pousser à se limiter à une opposition fragile et cosmétique, de les convaincre de ne pas mettre en cause les «réformes structurelles», alors il serait possible de donner un air de respect et de légitimité aux mesures impopulaires du Palais de Planalto, et d'obliger les partis conservateurs qui ne font pas partie de la coalition victorieuse à s'aligner derrière elle. *

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