en Algérie).
l'émancipation de la femme (Alger), suite à l'assassinat le 15 février de femmes) a Tizi-Ouzou.
C 'est avec une peine infinie
que nous avons porté, accompagné Nabila Djahnine jusqu'à ce carré de terre où elle repose désormais. Nabila, notre sœur, dans la souffrance et la révolte, notre inébranlable camarade de tous les rendez-vous.
Des discussions fiévreuses en petit cercle à la création d'associations unitaires, de la rencontre nationale des femmes de 1989, à celle de Tizi-Ouzou, elle était de celles qui ont bâti le formidable essor du mouvement associatif féminin, contre l'oppression et pour la citoyenneté effective.
Revendiquant d'être reconnue comme un être humain, à part entière, elle vivait de toutes ses forces comme universitaire, travailleuse, sœur, fille, amie. Elle était de toutes les luttes démocratiques, sociales, culturelles... Elle était...?
Hier encore, elle pleurait encore avec nous, nos sœurs enlevées, violées, massacrées...
Et, c'est elle que nous pleurons, aujourd'hui.
Nous habituerons-nous jamais à la mort, à la souffrance, aux mutilations...?
Chaque disparition ravive la plaie, chaque départ nous frappe en plein cœur et nous laisse désarmées... pour un temps.
Nabila était justement de celles qui ne baissent pas les bras, de celles qui continuent l'activité militante, dans l'adversité
Ceux qui ont osé faire pleurer les parents adorables de Nabila, savaient-ils son infini respect pour l'humanité ?
Savaient-ils, ceux qui t'ont poursuivie, ceux qui t'ont tiré une balle dans le ventre pour te voir souffrir avant de t'achever, savaient-ils seulement que tu les attendais ... Ni depuis la petite Belhadj, ni depuis la belle Katia de 17 ans, ni depuis les sœurs de Boufarik, ni depuis Mme Ourais... Oh non. Tu les attendais depuis... que tu avais, toi, choisi de te battre plutôt que de
Les cris des femmes ne se tairont jamais, Nabila!
Nous publions ci-dessous la déclaration de l'Association pour Nabila Djahnine, présidente de l'association Thighri n' Tmettuth (Cri des DOCUMENT broder tes draps de trousseau, que tu avais décidé, toi, que, femme, tu ne serais ni boniche, ni potiche. Et tu savais depuis l'infirmière de Remchi qu'ils ne te pardonneraient pas d'être une femme belle et brave. Depuis la mère de Omar mort dans l'incendie de Ourgla, tu les savais capables de donner la mort aux innocents. Ils se sont mis à plusieurs pour t'abattre, Nabila, ce sinistre mercredi, car ils n'aiment pas les femmes fières qui lèvent la tête ! Ils sont venus avec toutes ces armes pour t'empêcher, Nabila, de rejoindre ton poste d'architecte, car ils n'aiment pas les femmes qui bâtissent l'avenir. Mais ils ont tort de croire qu'en te défigurant, ils effaceront ton sourire, car il restera intact dans nos mémoires. Ils ont tort de croire qu'en te déchiquetant le ventre, ils ont entamé ton idéal car nous le portons. Et si nos vies n'y suffisent pas, d'autres, plus jeunes, après nous, en C'est cette marche inexorable du temps qu'ils ne pourront atteindre de leurs canons sciés, c'est cette avancée implacable de l'histoire au féminin qu'ils ne pourront assassiner. Ce pouvoir de vie, cette force d'espoir, toujours renaissant, ils n'y pourront jamais rien. C'est ton corps que nous avons mis en terre, à Béjaïa, Nabila, mais tes idées, ton idéal, ton combat, comment feront-ils pour nous y arracher ? La colère qui t'animait, nous anime encore plus aujourd'hui. C'est ainsi que tu vis et que tu vivras ! * L'Association pour l'émancipation de la femme. Alger le 19 février 1995