Le rassemblement international organisé par le Comité pour l'annulation de la dette du Tiers monde
(CADTM), le 18 mars a rencontré un grand succès. 1 200 personnes se sont réunies en 10 ateliers différents suivis d'une conférence générale avec débat et d'un meeting final au cours duquel
Gilles Perrault a lu la déclaration finale que voici. Elle a été rédigée par une commission de rédaction composée de
Gilles Perrault, Pierre Galand et Isabelle Stengers. Les ateliers animés par l'Indienne Vandana Shiva (écologiste et féministe), par Rosario Ibarra
(Mexique) et Michel Chessudovsky
(Canada) ont été très suivis. Les travaux se sont poursuivis jusqu'au lundi
20 mars en soirée. Des délégations invitées de 22 pays étaient présentes.
La campagne pour l'abolition des dettes et des institutions de Bretton
Woods se poursuivra autour de l'Appel mondial «FMI/BM : ça suffit !» (voir Inprecor n°385 novembre
1994) jusqu'en juillet 1996, moment où se réunira à Paris le G 7.
A l'aube du troisième millé-
naire, l'humanité n'a jamais disposé d'autant de ressources matérielles et de richesses humaines. Une gestion équitable de l'ensemble de ces moyens devrait permettre aux peuples qui la composent d'accéder enfin au bien-être et à la dignité.
Et pourtant, autour de nous, malgré les efforts de tant de communautés, nous ne voyons que misères, famines, guerres, désespoir, catastrophes écologiques et montées des haines.
Le saccage social, écologique et culturel de notre patrimoine commun, avec les effroyables conséquences humaines, est le fait d'une minorité qui édicte les règles d'une gestion mondiale fonctionnant pour son plus grand profit.
Ses instruments sont les institutions en charge du contrôle de la planète : la Banque
Dette planète mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI) et l'organisation mondiale du commerce. On y tient un discours médiatique parfaitement hypocrite qui recouvre les pratiques les plus cyniques. En particulier la gestion de la dette représente le plus formidable instrument de chantage et de terreur à l'encontre des droits et de la dignité des populations du Tiers monde. Les peuples de l'Est entrent à leur tour dans ce terrible engrenage.
Les programmes d'ajustements structurel, les méga-projets initiés par la BM, la dictature du marché aboutissent à déposséder les peuples de leur présent et de leur avenir en les privant de toute initiative autonome. Ils doivent s'aligner et subir.
Une autre voix est possible
L'annulation de la dette du Tiers monde en reste le point de départ. Ce n'est que justice. Cette annulation doit s'accompagner du gel des fortunes volées par les dictatures et les régimes corrompus et souvent placées à l'étranger, afin qu'elles soient rétrocédées aux populations locales pour contribuer à leur développement. Il faut aussi tourner le dos à un système qui a la prétention d'imposer à la planète un modèle économique unique. Sous prétexte de favoriser la croissance par la compétition, c'est en fait un régime de guerre économique sans fin qui est instauré.
Notre engagement repose sur des choix exactement inverses. Nous voulons participer à la construction d'un monde pluriel, riche de ses diversités, où la coopération entre les peuples assurera à chacun la possibilité de s'organiser et de créer son avenir. L'invention d'un tel avenir requiert quelques décisions fortes. Les femmes du Sud, comme celles du Nord, sont les premières victimes des politiques dites de restructuration économiques. Leur participation effective aux décisions, la prise en compte de leurs besoins et de leurs intérêts, doivent être réalisés de manière prioritaire.
Il faut mettre en place une politique d'accueil positive. Quant au droit d'asile, il doit être absolument respecté.
On nous dit aujourd'hui que la seule croissance qui vaille, c'est celle de la consommation. Un monde écologique viable implique au contraire une dissociation entre l'accroissement de la consommation marchande et une meilleure qualité de vie. Nous affirmons que la lutte écologique pour le respect de la planète et la lutte politique pour l'émancipation des peuples sont une seule et même lutte.
S'il fallait un symbole, un seul, de gaspillage insensé des efforts de l'humanité, du détournement pervers de la créativité, ce serait la course aux armements.
Nous exigeons une réduction drastique des dépenses militaires, la reconversions à des fins civiles des industries d'armements, l'arrêt du commerce des armes, premiers pas vers un désarmement intégral. Nous savons bien que les problèmes ne se posent pas de la même manière au Nord et au Sud
Les solutions sont donc différentes. Au Sud, trop souvent il s'agit de la conquête de droits politiques et sociaux élémentaires. La nécessité s'y impose d'une réforme agraire, afin de garantir à tous et à toutes l'accès à la terre.
Au Nord, la lutte contre le chômage implique la création de millions d'emplois socialement utiles et la réduction du temps de travail. Mais ce que nous savons, c'est que nous avons, au Sud comme au Nord, le même adversaire.
Nous appelons tous ceux — partis politiques, syndicats, associations — qui luttent contre cet adversaire à unir leur effort et à inventer de nouvelles formes de solidarité internationale.
Bruxelles, 18 mars 1995.
*Pour prendre contact avec la Campagne «FMI/BM, ça suffit» : 29, rue
Plantin B1070 Bruxelles, Belgique.
Tel : 32 2 523 40 23 Fax : 32 2 522 64 27