tien aux secteurs les plus touchés par T'intégration, afin de définir des politiques publiques qui répondent aux nécessités de nos peuples.
• Demander l'application, par les gouvernements qui ont apposé leur signature, des accords du Pacte de San José du Costa Rica concernant l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité.
• Défendre intégralement et inconditionnellement les Droits de l'Homme et promouvoir la solidarité avec les luttes sociales, en particulier quand elles se heurtent à la répression des gouvernements. Renforcer les mouvements et les diverses manifestations pour promouvoir l'éthique en politique.
• Défendre les droits des groupes indigènes et paysans, la jeunesse, les travailleurs, les femmes et les classes moyennes, principales victimes de l'exclusion et de la paupérisation provoquées par les politiques néolibérales.
Camarades, citoyens de cette grande patrie que forment l'Amérique latine et les Caraïbes, la lutte continue. La grande tâche historique de notre époque est de poursuivre et d'achever le rêve des libérateurs en conquérant le droit au plein exercice de l'indépendance, la souveraineté, la démocratie, la justice et le bien-être pour nos peuples et nos nations.
La 5º rencontre du Forum de São Paulo appelle à l'unité et à la construction d'espaces de concertation de toutes les forces politiques, sociales et productives, démocratiques et progressistes, pour faire face à l'offensive néolibérale sur le continent.
Le Forum de São Paulo se solidarise avec nos frères cubains et condamne le blocus criminel imposé par le gouvernement des Etats-Unis. Il rejette aussi énergiquement le projet de loi Helms-Burton qui viole les Droits de l'Homme du peuple cubain et les normes qui régissent la souveraineté des Etats, et prétend en outre, brutalement, restaurer l'injustice sociale et détruire les conquêtes économiques, politiques et sociales de la révolution.
Peuples de l'Amérique latine et des Caraibes, la 5º rencontre du Forum de São Paulo nous convie à un effort soutenu, au travail, à la lutte pour forger la grande patrie latino-américaine et caraibe, pour conquérir une nouvelle indépendance, la liberté intégrale et le bonheur qu'on nous a interdits. Réalisons le rêve de nos héros et martyrs !
Reconstruisons l'espérance ! *
Montevideo, le 28 mai 1995.
Quel avenir pour le
Confrontés à la nécessité d'expliquer les raisons des résultats négatifs obtenus lors du vaste processus électoral qui a concerné une bonne partie des pays du sous-continent entre 1993 et 1995, appelés à répondre de manière démocratique et populaire à la nouvelle crise économique qui frappe la région, et obligés de revoir leurs perpectives politiques face à la vague d'événements survenus lors des deux dernières années, soixante-cinq organisations, mouvements et partis politiques d'Amérique latine et des Caraibes membres du Forum de São Paulo se sont réunis pour la cinquième fois, entre le 25 et le 28 mai, à Montevideo, en Uruguay. Braulio MORO
1 est intéressant de rappeler qu'en juillet 1993 plus de cent organisations de la région se réunirent à La Havane à l'occasion de la 4° rencontre (1) qui, étant donné la conjoncture politique et sociale de l'époque, fut principalement consacrée aux possibilités pour la gauche d'arriver au pouvoir dans divers pays (Brésil, Mexique, Salvador et Uruguay) et à une analyse de la crise de la révolution cubai-
Ces hypothèses de triomphe n'ont pas été confirmées — bien, qu'en général, les divers courants de la gauche aient obtenu leurs meilleurs résultats pour les vingt-cinq dernières années, la 5º rencontre aurait pu être le lieu adéquat pour tirer un bilan approfondi de ce qui s'est passé. Or, à part quelques exceptions, ce thème a été évacué des discussions. Comment cela s'explique-t-il ? Pour répondre à cette question, même schématiquement, il faut revenir aux débats qui ont accompagné les processus électoraux. Deux grandes tendances traversèrent d'une façon ou d'une autre l'ensemble des organisations latino-américaines : un courant faisait pression
Forum de São Paulo ?
pour parvenir au gouvernement à travers une politique «de gouvernabilité, de transparence et d'absence de confrontation sociale» et un autre, minoritaire, avançait le thème de la mobilisation sociale et, par conséquent, proposait un discours radical et une confrontation (2).
Les résultats dont on dispose à présent montrent que la deuxième orientation était la bonne, et que les gauches devraient maintenant centrer leur action politique autour d'elle. Mais, comme l'a montré la discussion, la majorité des organisations présentes à Montevideo a voulu rester sur le terrain de la constatation des avancées parlementaires et institutionnelles, au débat sur le nombre de députés, de sénateurs, de maires et de gouverneurs dont dispose maintenant la gauche, sans analyser en profondeur les causes des défaites électorales.
Comme nous l'avons déclaré à Montevideo, selon nous, «le principal problème de la gauche est d'avoir été incapable de créer une dynamique permettant de transformer la polarisation sociale existante dans les différents pays en un processus de radicalisation et d'auto-organisation des secteurs de la population qui voyaient en elle une possibilité de changement. En misant sur une vision mal comprise de la gouvernabilité, la mobilisation sociale en tant que moteur central pour parvenir au triomphe a été sous-estimée et, dans de nombreux cas, la participation de la gauche a fini par être absorbée par une dynamique électoraliste sans perspectives, informe.»
1) Voir Inprecorn° 372, septembre 1993.
2) Voir Inprecor n° 384 d'octobre 1994.
Cette analyse ne sous-estime pas l'utilisation de l'appareil d'Etat par les classes possédantes dans tous les pays pour éviter la victoire de la gauche ; au contraire, elle cherche à souligner qu'en participant à ces processus sans prendre en compte cet élément central, la gauche a fait preuve d'incompréhension — si ce n'est de naïveté — par rapport à ce qui était en jeu. Face à la crise économique qui frappe à nouveau aujourd'hui plusieurs pays du sous-continent, ce sont les tendances les plus autoritaires et antidémocratiques qui sont au pouvoir, comme le montrent les cas du Brésil, de l'Uruguay, du Mexique, du Pérou, du Venezuela ou de l'Argentine, situation face à laquelle les gauches semblent paralysées (3).
Le Mexique, si proche et si lointain
La crise du modèle néolibéral, apparue ouvertement avec la dévaluation de la monnaie mexicaine en décembre 1994, qui a entraîné l'«effet tequila», fut l'un des thèmes qui retint le plus l'attention lors de la rencontre. Tout le monde fut d'accord pour constater que cette situation de crise dénote l'épuisement d'un modèle économique imposé au continent depuis au moins quinze ans. Il est plus urgent que jamais de disposer d'une proposition alternative qui réponde de manière immédiate aux attaques dont souffrent les populations du sous-continent ; elle ne pourra voir le jour que si les courants de gauche sont capables de refermer le fossé qui tend à les séparer des mouvements sociaux.
A ce propos, bien que la déclaration finale de la rencontre traite largement de ce phénomène, il faut bien avoir en tête qui sont nos interlocuteurs. Ainsi, furent invités, entre autres, à cette initiative, l'Internationale socialiste, la COPPAL, la Coordination socialiste latino-américaine, la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) et... le président de la Banque interaméricaine de développement (BID). Bien que seule la COPPAL ait participé à la rencontre, il est clair que derrière ces invitations transparaît la volonté de se transformer en une opposition institutionnelle de gauche, capable de «dialoguer» avec les responsables de la crise (en l'occurrence le président de la BID), peut-être pour chercher à les convaincre que les politiques économiques suivies jusqu'à présent ne sont pas les plus adaptées...
Cette question est très importante et doit être comprise dans le contexte des autres choix effectués par les organisations membres du Groupe de travail (sorte de direction) du Forum (4). En effet, outre les organisations déjà citées, le Groupe de travail a accepté à l'unanimité (5) la présence en tant qu' «observateur» du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI mexicain — parti d'Etat qui gouverne ce pays depuis plus de soixante ans et qui, aujourd'hui, se débat dans une crise finale aux conséquences imprévisibles —, alors que, dans le même temps, il «oubliait» d'inviter la Convention nationale démocratique (CND) mexicaine et l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) qui, au moins, auraient pu ainsi envoyer un message à la
Ceux qui remirent en cause la présence du PRI au Forum furent traités d'«intransigeants», d'«administratifs» et de «peu démocratiques», qualificatifs pour le moins surprenants, surtout quand ils viennent d'ex-dirigeants des partis communistes qui existent encore dans la région. Mais, au-delà, le problème central fut que la majorité absolue des délégations présentes au Forum décidèrent de garder un silence éloquent, qui montrait clairement qu'elles faisaient passer leurs relations avec le PRI avant l'appui au mouvement populaire mexicain à la tête duquel se trouve aujourd'hui l'EZLN
Un des représentants du Front large, membre de Vanguardia Artiguista, essaya de justifier la présence du PRI comme observateur en présentant comme contre-exemple celle d'Herri Batasuna (HB), organisation basque proche des positions de l'ETA, également invitée comme observateur ; et ce pour démontrer la grande pluralité du forum. Par-delà le fait que nous ne partageons en rien les méthodes de l'ETA, il est évident qu'il n'y a pas de comparaison possible entre une organisation comme HB et le PRI mexicain.
Par ailleurs, le «cas» du Mexique permit de faire apparaître clairement que, pour la gauche politique latino-américaine, la lutte des zapatistes est un problème «régional», «localisé» ; cela explique que, contrairement à ce qu'on pourrait penser, jusqu'à présent les manifestations de solidarité ont été bien plus importantes en Europe et aux Etats-Unis que dans les pays du sous-continent. Beaucoup ne comprennent pas que le cœur du projet soutenu par le gouvernement mexicain se trouve au nord de la frontière du Mexique, que c'est également le problème de l'Amérique latine toute entière et que l'absence d'initiatives ne peut que favoriser le gouvernement mexicain et ses soutiens impérialistes. Cela peut être fatal, car il est évident que si l'EZLN et le mouvement démocratique mexicain sont défaits, l'ensemble de la gauche latino-américaine en payera chèrement les conséquences.
Le Forum face aux défis
Outre les questions liées à l'évolution de la situation économique, sociale et politique en Amérique latine et dans les Caraibes depuis la 4° rencontre, et celle de l'intégration régionale, la réunion de Montevideo a discuté de ses perspectives dans la situation actuelle ; sur ce thème également, des visions très différentes se sont
La Bolivie (autre pays cité en exemple par le néolibéralisme) a été secouée il y a quelques semaines par une grève dirigée par les professeurs, auxquels se sont joints les mineurs, les femmes, les étudiants et les producteurs de coca de la région du Chapare, qui tous refusaient d'accepter les politiques que cherche à imposer le gouvernement de Sanchez de Lozada. Cette vague de protestations fut freinée par l'instauration de l'état de siège, l'arrestation et l'emprisonnement de plus de trois cents dirigeants sociaux et la suspension de toutes les garanties constitutionnelles.
La proclamation de l'état de siège a été approuvée par la majorité parlementaire et défendue explicitement par le chancelier Aranibar, membre du Mouvement Bolivie libre, organisation qui, jusqu'à la veille de la 5° rencontre, faisait partie du Groupe de travail du Forum de São Paulo. Evidemment, la gravité de ce problème a obligé le Forum à prendre position sur une question clé : des organisations responsables de la répression contre les participants aux luttes sociales dans leurs pays peuvent-elles participer au Forum ? Malheureusement, la réponse a revêtu le même aspect que celle concernant le Mexique : au nom de l'«unité la plus large» et de la nécessité de montrer à tout prix qu'on est «démocratique», on a laissé cette organisation participer comme membre de plein droit au forum, avec pour seule conséquence son départ du Groupe de travail.
On pourrait penser que cette décision
3) Nous faisons référence à la manière dont le gouvernement de Cardoso a traité la grève des travailleurs du pétrole au Brésil ; à la loi de sécurité des citoyens approuvée par le parlement uruguayen ; à la politique de choc économique et de répression ouverte poursuivie par le gouvernement mexicain à l'agonie ; à la récente amnistie approuvée par Fujimori envers les militaires responsables d'assassinats et de tortures au Pérou ; à la manière dont le gouverement de Caldera cherche à en finir avec les mobilisations sociales au Venezuela ; ou à la décision de Menem de détruire le peu de sécurité sociale qui existe encore en Argentine
4) Participaient à ce groupe à la veille de la 5° rencontre : le PT brésilien, le FMLN salvadorien, le FSLN nicaraguayen, le PCC cubain, TURNG guatémaltèque, le PRD mexicain, le mouvement Lavalas haïtien, le PRD panaméen, la Gauche unie du Pérou, les partis membres du Front large uruguayen, le Mouvement Bolivie libre et le PC guadeloupéen.
5) Il faut noter que l'unanimité au sein du groupe de travail a été acquise à la suite du discours d'un membre du PRD mexicain qui déclara que son parti ne voyait aucun inconvénient à la présence du PRI.
s'appuie sur une volonté d'ouverture et de pluralisme, cherchant à privilégier la discussion sur l'exclusion. Mais ce n'est pas le cas, comme le montre ce contre-exemple : le Groupe de travail a refusé d'intégrer comme membre de plein droit le Mouvement de rénovation sandiniste, la scission du FSLN dirigée, entre autres, par Sergio Ramirez, Ernesto Cardenal et Dora Maria Tellez, à cause du veto posé par le courant du FSLN dirigé par Daniel Ortega. Nous avons donc pu constater l'existence d'une politique ayant deux poids, deux mesures, ce qu'il faut combattre.
Changer de cap
Quant à l'attitude du Forum face à la conjoncture actuelle, nous pouvons dire que, durant les deux dernières années, une série d'événements plus que significatifs se sont succédé, sans qu'il n'ait pris position ni émis la moindre déclaration. Nous nous référons en particulier à la guerre entre le Pérou et l'Equateur, à l'invasion d'Haïti par des troupes américaines, ou à l'instauration de l'état de siège en Bolivie, quatre pays où existent des organisations membres de cette instance de réflexion des gauches du sous-continent. Cette absence de prise de position est préoccupante dans la mesure où il s'agit de faits d'une grande ampleur dont les conséquences vont dépasser le terrain anecdotique ou conjoncturel, tout en reflétant dans le même temps clairement le labyrinthe inextricable que traversent aujourd'hui les forces politiques démocratiques, anti-impérialistes et socialistes de la région.
Durant cette rencontre, il a été décidé de modifier les critères d'admission, la composition du Groupe de travail et les mécanismes de coordination en vigueur jusque-là. La création de structures de fonctionnement régionales et la constitution d'un Secrétariat permanent basé dans la ville de São Paulo ont été décidées. Ces mesures, approuvées à l'unanimité, montreront leur utilité dans les mois à venir mais, surtout, constitueront un test quant à notre capacité de répondre aux immenses défis auxquels nous serons confrontés. Si, pour des raisons objectives, dans un passé récent, la majorité des forces du Forum se polarisèrent autour d'activités électorales, nous avons maintenant besoin de nous efforcer au maximum de refermer le fossé qui nous sépare des mouvements sociaux.
Sur un autre terrain, lors de la discussion entraînée par la participation du PRI mexicain comme «observateur», un aspect central n'a pas été traité : jusqu'à quel point veut-on ouvrir cette instance de réflexion et d'échange d'expériences ? Certains affirment qu'on ne peut pas fixer de limites, et ont même avancé l'idée que si le Parti populaire espagnol demandait à être invité il faudrait lui donner sa place. Notre conception est totalement différente : nous n'avons pas une vision sectaire ou d'exclusion mais nous savons encore distinguer les intérêts de classe.
Ainsi, face à la situation actuelle du Forum de São Paulo, il n'existe que deux choix : soit d'opter pour une attitude conservatrice, sans plus d'engagement que celui de se réunir lors de chaque nouvelle rencontre pour émettre une déclaration de bonnes intentions, avec l'idée que la solidarité internationale s'arrête là où commencent les intérêts de chaque organisation nationale ; soit oser changer de cap, en reconnaissant les apports obtenus jusqu'à présent ainsi que nos terribles difficultés, mais dans la perspective de transformer en réalité la déclaration de la première rencontre tenue en 1990. Il est nécessaire de secouer l'inertie dangereuse qui nous conduit à agir en témoins de l'histoire et non en acteurs. Voilà notre principal défi et, en ce qui nous concerne, nous nous proposons modestement de travailler à partir de maintenant pour qu'en 1996, lors de la 6° rencontre à San Salvador, nous puissions contribuer à la donner quelques réponses.*