Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOUVELLES DU MONDE

Les Autres Voix de la planète Anti-G7

Inprecor n° 404, juillet 1996 · p. 36 · 603 mots

France Syndicalisme

Anti-G7 La riposte à la réunion du G7, à Lyon, en cette fin du mois de juin, aura connu un plein succès. Les obstacles n'avaient pourtant pas manqué dans le cours de sa préparation. Depuis un an, une coalition unitaire, les Autres Voix de la planète, travaillait à préparer une manifestation nationale et un contre-sommet réunissant les représentants de toutes les résistances à la mondialisation libérale. Forte de quelque cent cinquante associations, organisations non gouvernementales, syndicats et partis, elle n'était pourtant pas parvenue à regrouper l'ensemble des forces concernées par cette action. Ainsi, certains n'avaient adhéré à la coalition que de manière symbolique (tel le Parti communiste français), et d'autres s'en étaient délibérément tenus à l'écart (telles les confédérations syndicales, seuls SUD-PTT, la gauche de la confédération CFDT regroupée dans « Tous ensemble » et la FSU s'étant engagés dans l'action unitaire). Résultat, si les « Autres Voix » organisaient une manifestation nationale le 22 juin et un contre-sommet le même week-end, la CGT prenait rapidement l'initiative d'une démonstration syndicale le mardi suivant. Moins que le souci d'une attitude trouvait son origine dans la volonté de la première confédération française de relayer son offensive pour entrer dans la Confédération européenne des syndicats, ce qui lui est encore refusé. Elle multiplia donc ses contacts et finit par aboutir à un appel national des confédérations CGT et CFDT, relayé localement par les organisations de la FSU et de Force ouvrière. Grâce à l'attitude résolument unitaire des Autres voix de la planète, l'éparpillement des manifestations ne conduisit pas toutefois à une et 23 juin et à démontrer, par sa présence à la manifestation nationale, la complémentarité des mobilisations anti-G7. Cela permit tout d'abord au week-end des 22 et 23 juin de remplir l'ensemble de ses objectifs : affirmer haut et clair une volonté solidaire, appeler à la convergence des résistances, nationales et internationales, aux politiques libérales. Douze mille personnes, venues de toute la France et de quelques pays limitrophes, participèrent à la manifestation du samedi après-midi. Et plusieurs centaines d'entre eux assistèrent aux différents forums de discussion. Le meeting final devait être à l'image de l'objectif recherché. Il réunit Octavio Rodriguez Araujo, de l'EZLN, Elias Araujo, du Mouvement des sans terre du Brésil, Gabriel Malsa, de la Martinique pour les mouvements anticolonialistes, Binat Sarr, féministe sénégalaise, Joaquin Nieto, des Commissions ouvrières de l'Etat espagnol, Louis Weber, de la FSU pour les organisations syndicales engagées dans la campagne, ainsi que des représentants de la Ligue des droits de l'homme, de Droit au logement et d'Agir ensemble contre le chômage. Une « Adresse au G7 » y fut adoptée, reprenant les sept exigences prioritaires ressortant des débats : l'abolition du chômage et de la précarité ; le maintien et l'extension des services publics ; l'extension des droits essentiels à la santé, à l'éducation, à une protection sociale de qualité, au logement et à la terre ; l'égalité des droits pour toutes et tous ; l'abolition totale du système de la dette ; le désarmement nucléaire universel et total ; l'arrêt du pillage des ressources naturelles et de l'empoisonnement de la planète. Deux jours après, de 25 000 à 50 000 personnes, selon les estimations, se retrouvaient à l'appel des syndicats. Une démonstration de force considérable pour la capitale des Gaules, même s'il doit moins à a mobilisation des salariés qu'aux capacités propres de l'appareil de la CGT. Reste que c'est la première fois que, réuni dans un appel commun, le mouvement ouvrier aura tenu à faire entendre sa voix face aux sept seigneurs de la planète. De bon augure pour la suite...*

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