Livres du mois
Jan Valtin, Sans patrie ni frontières, Ed. Babel Actes-Sud. Une réédition archi-bienvenue : dans la série « Révolutions », animée par Gérard Guégan, qui « se donne pour but de rassembler des témoignages généralement introuvables d'hommes et de femmes qui ont tout tenté pour que le monde réel s'accorde à leur désir », Babel-ActesSud, republient en format poche le récit autobiographique du marin internationaliste Richard Krebs, alias Jan Valtin : « A dix-huit ans, j'avais eu l'impression d'être un géant ; à vingt-et-un, c'était encore plus simple : il suffisait de lancer des grenades à la gueule de la contre-révolution ; à vingt-deux, j'avais fait le tour du monde au service du Komintern - maigre, affamé, féroce - et j'en étais fier ; à vingt-neuf, les politiques d'une demi-douzaine de pays européens me recherchaient en tant que principal agitateur des Fronts de mer du Komintern. A trente et un, j'œuvrais à transformer les prisons hitlériennes en écoles du prolétariat internationaliste ; et maintenant, à trente-trois ans, je me posais cette question : Tout cela n'a-t-il jamais été que mensonge, imposture et utopie sanglante ? ». Les huit-cents pages de ce livre sont un terrible voyage au bout de la nuit du siècle. Plusieurs générations ont dévoré, sans pouvoir s'interrompre, ces pages où la réalité surpasse constamment toutes les fictions romanesques possibles. Récit d'apprentissage et d'initiation, entre nazisme et stalinisme, traversé de fantômes et de revenants. Comme l'écrit Jean-François Vilar dans sa postface, « Sans patrie ni frontières n'est pas le livre d'un théoricien de la révolution, pas non plus celui d'un historien. Il peut se lire comme un époustouflant roman d'aventures. Sauf qu'il ne s'agit pas d'un roman, mais d'un témoignage précis, détaillé ». Cette édition de poche doit permettre que de nouvelles générations recueillent à leur tour ce témoignage, « parce que le besoin d'utopie qui se nourrit de lectures survit à toutes les époques, même à la nôtre ».