Document
Au peuple du Mexique
Aux peuples et aux gouvernements du monde
En ce jour, 118° anniversaire de la naissance du général
Emiliano Zapata, nous prenons à nouveau la parole pour
Documenation de l'EZN nous adresser au peuple du Mexique et lui dire notre pensée. Aujourd'hui notre voix se fait à nouveau entendre pour dire sa parole.
La voici.
1 - Le 6 juillet 1997 et les Mexique du Mexique
Madero a dit : « Il a été notifié à celui-ci (Zapata) et à ses partisans que leur serait pardonné le délit de rébellion, mais qu'ils seraient jugés conformément à la loi pour les crimes de droit commun qu'ils auraient commis. Ils refusent de se rendre dans ces conditions, en vertu de quoi les troupes fédérales qui se trouvaient sur le champ des opérations ont reçu l'ordre de poursuivre leur campagne jusqu'à l'anéantissement des rebelles.» Heraldo de México,
14 novembre 1911.
« Messieurs, que celui qui n'a pas peur vienne signer, mais sachez que vous allez signer la victoire ou la mort. »
Emiliano Zapata, le Plan d'Ayala à la main, 28 novembre
1911.
« Oui, publiez-le, pour que tout le monde sache qui est ce fou de Zapata. »
Madero à Bonilla qui demandait s'il publiait le Plan d'Ayala, décembre 1911.
Monsieur Ernesto Zedillo Ponce de Léon, chef suprê me des forces fédérales, après avoir manqué à sa parole en refusant la proposition de Loi indigène élaborée par la commission de concorde et de pacification, a donné des
Le 8 août, la direction de /'EZLN a rendu publique son analyse de la situation nouvelle créée au lendemain des élections, dont nous publions de larges extraits. Les zapatistes reviennent à nouveau sur le choix qu'ils avaient fait à la veille des élections d'appeler les communautés indigènes à boycotter ce scrutin, tout en respectant la volonté et l'espoir d'une grande partie du peuple mexicain de se saisir de cette occasion pour hâter la chute du parti au pouvoir.
ordres pour que son armée poursuive les plans d'encerclement et d'anéantissement à l'encontre des communautés indigènes rebelles et de la direction de l'EZLN. Les troupes fédérales ont augmenté leurs effectifs et la qualité de leur matériel de guerre, ont occupé des positions avancées et ont repris les patrouilles dans la montagne pour attaquer les campements insurgés. Toutes ces mesures violent l'esprit de la loi pour le dialogue et la négociation adoptée par le pouvoir législatif fédéral le 11 mars 1995.
Outre ces pressions militaires, le gouverneur illégitime du Chiapas poursuit sa stratégie de déstabilisation au nord de cet Etat, fait expulser, emprisonner et assassiner des indigènes par la police et les gardes blanches. Pour camoufler le bain de sang perpétré, le titulaire de l'exécutif du Chiapas achète des mensonges dans la presse locale et nationale, et simule des réalisations et des initiatives pour camoufler le détournement de l'argent du peuple.
Ernesto Zedillo, soi-disant président du Mexique, parachève son action contre les indigènes zapatistes en ordonnant la militarisation des principales régions indigènes du pays. Les indigènes des états de Oaxaca, Veracruz, Guerrero, Hidalgo et San Luis Potosí n'ont pas vu venir la démocratie électorale mais bien des troupes fédérales, des tanks, des avions et des hélicoptères de combat.
Pour le 6 juillet 1997, le gouvernement a tracé une ligne de démarcation claire qui séparait le Mexique indigène des autres Mexiques qui se partagent le territoire national.
Alors qu'au Chiapas les organisations indigènes et de défense des droits de l'homme, la Commission nationale d'interposition, certains législateurs, et des membres honnêtes de l'Institut fédéral électoral ont dénoncé l'absence de conditions politiques, sociales et militaires pour un scrutin normal, dans le reste du Mexique indien, le Congrès national indigène et des organismes nationaux non gouvernementaux ont fait de même concernant les conditions existantes dans les régions indigènes du centre et du sud du pays.
Les uns et les autres se sont étonnés du silence distant, des tièdes protestations des partis politiques d'opposition, et l'ont dit publiquement. Nous avons compris quant à nous ce silence et cette distance. La confrontation politique s'était concentrée sur des territoires où, il faut le reconnaître et s'en féliciter, avaient été obtenues des conditions plus justes et plus équitables pour la compétition électorale. Un autre Mexique avait la possibilité d'élire ses gouvernants et de faire valoir son choix. La ville de Mexico apparaissait, grâce à l'ouverture obligée des moyens de communication (du fait de l'attente citoyenne), comme le lieu où se concentraient ces conditions démocratiques. La confrontation électorale vive et animée dans le district fédéral a pu « séduire » d'autres territoires, d'autres Mexiques, par l'occasion offerte de dire non au gouvernement et à son projet de nation, le projet qu'incarnent le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et Ernesto Zedillo. Mais le Mexique indien a été laissé de côté et oublié, et il n'y eut aucune tentative sérieuse de tendre des ponts qui auraient pu assurer la transmission de cette possibilité politique. La politique économique criminelle que Carlos Salinas de Gortari et ses successeurs (dont Ernest Zedillo) ont imposée au pays entier dans le cadre du projet néolibéral de destruction nationale, courait un grave danger dans le Mexique qui avait la possibilité de se faire entendre vraiment dans les urnes. Assuré que dans le Mexique indigène l'armée et les gouvernements locaux
sauraient s'arroger la légitimité nécessaire, le gouvernement suprême a concentré principalement ses efforts d'abord pour faire obstacle à l'affirmation d'une option démocratique, ensuite pour combattre cette alternative (représentée dignement par Cuauhtémoc Cardenas), et enfin pour la neutraliser et se servir d'elle pour s'assurer la légitimité que son parti-Etat ne pouvait plus lui procurer.
(...)
Mais la société civile, ignorée et méprisée comme toujours par les politiciens, avait conquis des espaces réels pour faire entendre sa voix et sentir son poids et son importance. Ces espaces, sur la carte du pays, ressemblent aux taches de la peau d'un tigre et définissent les nombreux Mexiques qui cohabitent dans notre Mexique.
Pourquoi ne pas reconnaître qu'avait été acquise dans des territoires déterminés de notre pays la possibilité de faire valoir l'opinion citoyenne par des moyens pacifiques ? Mais pourquoi ne pas reconnaître également, que dans d'autres territoires dans d'autres Mexiques, prévalent toujours les mêmes faux-semblants et les mêmes farces en matière d'élections et que la voie pacifique reste fermée ?
Reconnaître l'une et l'autre réalité, c'est
Ice qu'ont fait les zapa tistes. C'est ainsi que nous avons appelé à lutter par le bulletin de vote là où les conditions, acquises par les citoyens et dont les partis d'opposition ont bénéficié, lui permettaient de se faire valoir ; et c'est ainsi que nous avons appelé à résister et à agir contre les simulacres et la farce là où l'objectif du processus électoral se limitait à donner l'apparence d'une « normalité » qui, pour ces citoyens de dernière catégorie que sont les indigènes, ne signifie rien d'autre que misère, abandon, mort, oubli.
Nous saluons aujourd'hui le Mexique qui a pu se faire entendre dans sa rébellion pacifique, et nous saluons l'autre Mexique qui a dû résister pour faire entendre sa rébellion.
Les peuples rebelles zapatistes, les bases d'appui de l'EZLN ont décidé de ne pas participer au processus électoral et de faire de ce 6 juillet 1997 une journée de dénonciation et de rébellion, une journée de protestation contre le mépris et l'oubli.
Le 6 juillet 1997, non seulement nous n'avons pas voté, nous les zapatistes, mais nous avons subverti un processus électoral qui ignorait les peuples indiens du Mexique Nous avons assumé nos engagements de 1994 et nous les avons réitérés. Ce n'est pas avec ceux d'en haut que nous avons des engagements, mais avec ceux qui sont comme nous, ceux d'en bas. Nous ne regardons pas vers le haut, ce jeu compliqué de simulacres qu'est la politique du pouvoir, ce lieu qui séduit à coup de postes et de richesses.
Nous regardons autour de nous. Nous regardons et nous voyons des millions d'indigènes oubliés par une démocratie électorale qui les met sur la touche, les méprise, les écrase et leur impose un exercice politique qui n'est pas le leur et dont ils ne veulent pas. Nous regardons et nous voyons désespoir, frustration, impuissance. Nous regardons et nous écoutons, nous écoutons ce que les autres n'ont pas écouté. Nous nous sommes fait l'écho de ce silence imposé et nous avons répété ce « i Ya Basta ! » qui nous a donné voix et visage dans le monde moderne.
L'autre Mexique, l'indigène, le nôtre, a de nouveau obligé la nation à le considérer et à se rappeler que restent en suspens les accords pour son intégration comme partie prenante de l'histoire présente de notre
Qui a gagné et qui a perdu dans ces élections du 6 juillet 1997 ? Par ces couleurs de tragi-comédie dont se pare toujours l'histoire du pouvoir, une alchimie compliquée a permis de présenter les principaux perdants, Zedillo et sa politique économique, comme les grands triomphateurs. Lui qui a défendu l'efficacité d'un projet économique qui détruit notre pays ; l'héritier (et pas seulement du fauteuil présidentiel) de Carlos Salinas de Gortari, qui a lié son sort à celui de son parti et l'a appuyé de toutes les ressources de l'Etat : lui, « Monsieur le Président » (comme il se murmure timidement à Los Pinos) se présente comme le grand triomphateur du 6 juillet 1997 et il en appelle à l'histoire pour qu'elle garde sa mémoire. Ses adulateurs l'appellent le « nouveau Francisco I. Madero ».
Ernesto Zedillo, persuadé d'avoir embobiné (outre les analystes et les dirigeants politiques) le pays entier, tourne ses batteries contre ceux qui persistent à défier son système politique et économique : les zapatistes. Les majordomes se répandent en déclarations pour accréditer un mensonge : «Les conditions pour la paix au Chiapas sont réunies, les récentes élections démontrent que les autres formes de lutte sont caduques (énième chant du cygne pour la lutte armée), les vaincus des élections sont ceux qui ont choisi la lutte armée plutôt que les urnes, les zapatistes doivent signer la paix et intégrer la vie politique nationale en tant que formation institutionnelle, etc., etc.»
Il y a trois ans, le 8 août 1994, lors de la Convention nationale démocratique, nous avons dit : « Luttez. Luttez sans relâche. Luttez jusqu'à la défaite du gouvernement. Luttez jusqu'à la défaite de la guerre. Luttez jusqu'à notre propre défaite. La défaite ne sera jamais si douce que si le passage pacifique à la démocratie, la liberté et la justice en sortent vainqueurs » Nous pensons de même aujourd'hui. Notre aspiration reste celle de « soldats que luttent pour qu'un jour les soldats ne soient plus nécessaires ». Notre rêve est de rendre inutiles les armes. de contribuer à la construction d'un pays où on puisse lutter, dans l'égalité, la justice, la liberté et la démocratie, sans autres armes que les idées, les paroles et la pratique honnête et conséquente.
Vivons-nous déjà dans un tel pays ? Nous ne le pensons pas et ce qui s'est passé le 6 juillet 1997 ne sera un véritable triomphe que quand tous les Mexicains dans tout le pays pourront lutter par des moyens pacifiques et civils à égalité de chances, et ne devront pas recourir a la violence pour faire valoir leurs droits, ou ne serait-ce que pour être entendus. Au Mexique se côtoient toujours de nombreux Mexiques esclaves.
Vivons nous déjà une transition à la démocratie ? A cette question Ernest Zedillo s'est empressé de répondre : rien ne nous fera modifier le modèle économique que nous imposons au pays (une autre façon de dire : « Tant que la démocratie n'affecte pas les aspects fondamentaux de la vie nationale, qu'elle soit la bienvenue. »), nous sommes prêts à faire montre de bonne volonté pour discuter des conditions de reddition des zapatistes, nous continuerons à nier l'existence de l'EPR et à attaquer ceux qui sont suspects de la soutenir, nous serons disposés à faire semblant de tenir notre parole mais nous ne la tiendrons pas, nous serons disposés à « intégrer à la modernité » (cela veut dire à éliminer) les peuples indiens
Le 6 juillet 1997, et pas seulement par les votes, ceux qui ont perdu c'est le système de parti-Etat, c'est Zedillo et son indécente campagne électorale du haut de son siège présidentiel. Un Mexique a perdu, celui des puissants. Il a perdu, mais il n'a pas été écrasé. Il se recompose aussitôt
pour entrer, en position avantageuse, dans... Il - L'espace démocratique en dispute
Zapata dit : « Monsieur Madero est tombé dans le piège des scientifiques, il agit, consciemment ou non, pour sa propre ruine ; la paix quil préconise, c'est lassurance pour le riche et le fouet pour l'indien. »
Avec les élections du 6 juillet 1997 s'est ouvert un espace qui peut être de démocratie, liberté et justice, ou de simulacre et escroquerie. Cet espace est en dispute. Les puissants et leurs serviteurs veulent se lapproprier ; et, a lopposé, les forces populaires et citoyennes luttent pour le prendre en compte et l'élargir.
La défaite électorale du PRI dans certaines régions de la République ne signifie pas la fin du système de parti-Etat et la démocratisation du pays. Une lutte sérieuse s'engage pour que rien de fondamental ne change. Le Pouvoir sait que sa marge de manœuvre et de cooptation est grande et jamais auparavant des élections n'ont été autant applaudies par le grand capital et le pouvoir international. Et tandis que se proongent les festivités de victoire et les nostalgies de lutte, le Pouvoir tisse sa toile de séduction et on voit réapparaître les éternels gredins, parfois sous d'autres noms ou d'autres couleurs, mais toujours aussi nfâmes.
Le grand acteur (aujourd hui diffus et immobile) du 6 juillet dans le Mexique qui a réussi a taire prévaloir sa révolte par des moyens pacifiques, c'est la société civile Ce mélange complexe d'ouvriers, de paysans, de femmes au foyer, d'enseignants et d'étudiants, de professionnels, de petits et moyens entrepreneurs, et d'etcétéras qui échappent aux classifications sociologiques, a pu construire et impulser un mouvement d'insurrection citoyenne qui doit être non seulement reconnu, mais salué et imité, dans une logique spécifique, là où les conditions le permettent. Dans ce Mexique, la société civile a réussi à ouvrir un espace démocratique.
Cet espace démocratique trouve dans la capitale son plus important point de dispute. Là, dans cette ville et dans ce qui s'y passe ou ne sy passe pas, s'accumulent espoirs et rêves de ceux qui restent muets et paralysés, ceux d'en bas, les autres Mexiques. Nous voyons dans ce qui peut se passer dans cette ville la possibilité réelle qu'un mouvement croisse, se développe et devienne maître de soi et de son destin
(« souveraineté » ne veut pas dire autre chose), la possibilité qu'un mouvement d'insurrection populaire puisse transiter par la voie la plus inclusive : la voie civile et pacifique.
Un homme peut parvenir à symboliser cette possibilité qu'une insurrection citoyenne se traduise en démocratie, liberté et justice pour tous. Il se nomme Cuauhtémoc Cárdenas Solorzano, le fils du général. Porte drapeau de la lutte pacifique pour la démocratie au Mexique, il en devient lui-même le drapeau. Sa personne, ce qu'elle signifie, est en dispute entre les puissants et ceux d'en bas. Autour de ce qu'il représente se regroupent des forces de toutes provenances sur la scène politique nationale et internationale. L'enjeu n'est pas le gouvernement de la ville la plus peuplée au monde, mais la possibilité soit d'une transformation radicale par des voies pacifiques, appuyée sur et par les mouvements citoyens et populaires, soit d'un simulacre appuyé sur et par les groupes de pouvoir nationaux et étrangers, qui laisse pendants es problèmes fondamentaux de la Nation.
Au centre d'un centre politique déjà bien congestionné, le centre-centre (qui s'incruste actuellement dans les partis, avant d'arriver à décoller comme force politique autonome) propose lectures, conséquences et ... recettes. Voici qu'est à la mode dans les rangs de cette classe politique l'idée que « les escaliers se nettoient de haut en bas » et que c'est du haut du pouvoir que va s'effectuer la transition du Mexique vers un pays de démocratie, liberté et justice. Aux déshérités ils demandent d'attendre seulement que le balais arrive en bas des marches. Il ne faut pas bouger, disent-ils, juste rester tranquilles.
Mais ceux qui misent sur l'immobilisme attendant que d'en haut viennent solutions et miracles, ceux-là misent sur la défaite. Ils disent que vu que les choses ont déjà changé, il ne faut pas se mobiliser pour ne pas créer de difficultés aux nouveaux politiciens au pouvoir. Pourquoi ? N'est-ce pas la mobilisation qui a assuré la défaite du PRI ? N'est-ce pas la mobilisation qui a ouvert cet espace qui peut apporter l'espoir à tous les déshérités de ce pays ?
(...)
Avec la même logique, le « centre » nous demande, nous enjoint de signer rapidement la paix et de nous transtormer sans délai en force politique « institutionnelle », autrement dit à nous transformer en un élément de plus de la machine du pouvoir.
Nous leur répondons non, et ils ne le comprennent pas. Ils ne comprennent pas que nous ne soyons pas d'accord avec ces idées. Que nous ne voulions pas de postes ni de situations au gouvernement. Que nous luttons non pas pour que les escaliers soient balayés de haut en bas, mais pour qu'il n'y ait plus d'escalier du tout, que tout règne soit caduc. Que nous ne voulons pas une paix qui consiste seulement à rebaptiser l'esclavage et la misère, une autre façon moins brutale de nommer la « mort ». Que la paix qu'ils préconisent, la paix de ceux d'en haut, n'est rien d'autre que la sécurité du puissant et la condamnation de ceux d'en bas.
La dispute pour s'approprier l'espace ouvert par l'insurrection citoyenne du 6 juillet touche tous les acteurs politiques. Elle ne se limite pas à la figure de Cárdenas, elle concerne aussi la politique et la ligne du PRD. Au sein de la gauche électorale redoublent les attaques contre les positions radicales et le pouvoir lutte pour transformer ceux qui s'opposaient hier à son arbitraire en personnel de relève de ses administrateurs déconsidérés.
(...)
Les militants du PRD reconnaissent qu'il y a une dispute sur l'orientation du parti. Une lutte oppose ceux qui disent que le plus importante est d'être une véritable option de gouvernement et qu'il faut « s'adapter » au profil de l'électorat à conquérir, et ceux qui disent qu'il faut agir pour que l'orientation de gauche du PRD convainque l'électorat en tant qu'option de gouvernement réelle et souhaitable.
Nous pensons que l'existence d'une option électorale de gauche est nécessaire. Il faut qu'une alternative nouvelle s'affirme sur la scène des partis politiques nationaux, basée sur les principes d'égalité sociale, de démocratie, de liberté et de souveraineté nationale. Nous pensons qu'il faut qu'existe une organisation de gauche qui aspire à la prise du pouvoir et qui gagne le soutien de la majorité des citoyens
Le fait que nous mêmes n'aspirions pas au pouvoir ne veut pas dire que nous nous opposions à ceux qui luttent pour le conquérir. Nous luttons contre les rapports existants entre l'Etat et les citoyens, où le premier au mieux ignore les seconds, quand il n'impose pas son autorité. Ce rapport de domination concerne aussi bien un gouvernement de droite, du centre (sil existe) ou de gauche. C'est pourquoi nous
luttons pour « gouverner en obéissant ». Mais nous savons aussi que ce principe pourrait mieux s'accomplir, tout au moins en théorie, sous une politique de gauche
La crise du PRD conduira-t-elle à le jeter dans les bras du « centre » ou à le renforcer en tant qu'orientation électorale de gauche, c'est le PRD et ses adhérents qui en décideront. A en croire les discours, mises au point et prises de position actuels. on peut s'attendre à ce qu'un vide ne soit pas comblé, celui qui se trouve précisément sur le côté gauche du panorama politique électoral.
En politique, les vides ne durent pas. A peine se forment-ils qu'ils sont comblés par de nouveaux acteurs ou par une redistribution des acteurs préexistants.
En tout état de cause, au-delà de la crise des partis, l'espace ouvert par les citoyens reste béant et le choix du cours qui l'emportera n'est pas encore tranché, entre l'immobilisme qui permettra que se reforme le cauchemar et le mouvement qui approfondit et élargit cet espace pour qu'il englobe le pays tout entier. III - L'alternative de la nation : dialogue et vérité ou mensonge et affrontement
« Je veux vous faire savoir qu'il est nécessaire que vous rejetiez cette farce ridicule, qui vous rend si indigne et si méprisable et que vous fassiez davantage preuve de tact quand vous avec des gens honnêtes, parce que vous devez savoir que les négociations de paix se mènent avec les citoyens président et vice-président de la République, Messieurs Francisco I. Madero et docteur Francisco Vásquez Gómez, qui sont les chefs et les seuls chargés de trouver la paix et non pas avec moi qui ne suis qu'un simple élément en ma qualité de général... Je vous demande à vous et à tous vos partisans qu'ils s'adressent au chef et non pas à la base pour établir la paix et qu'ils ne me confondent pas avec Figueroa, qui n'est qu'un misérable que seuls impulsent l'intérêt et l'argent.
Enfin je vous dirai que je me suis soulevé non pas pour m'enrichir mais pour défendre et accomplir ce devoir sacré qui incombe au peuple mexicain honnête et que je suis prêt à mourir à tout moment parce que j'ai sur mon cœur la pureté du sentiment et la tranquillité sur ma conscience. Emiliano Zapata.
P.S. : je profite de l'occasion pour que, préoccupé comme vous l'êtes par la paix, vous me livriez pacifiquement la localité de Cuautla, Morelos, pour le bien des habitants de la ville qui seraient les victimes de la situation ; je n'ai aucun besoin de vos faveurs car je n'ai jamais sollicité clémence qu'à Dieu et de lui seul elle m'est nécessaire. Salut. »
Lettre à Fausto Beltrán, 10 mai 1911.
Dans la nouvelle situation du Mexique, Monsieur Zedillo prétend maintenant refermer l'encerclement légal autour de nous. Il réalise que les forces armées non seulement n'ont pas pu nous contenir, mais qu'elles n'acceptent pas le rôle que les
Sont assigné. Monsieur Zedillo veut que le nouveau Congrès de l'Union lui donne un aval légal pour nous anéantir. Il attend des députés du PAN et du PRD qu'ils l'aident à nouer la corde de la potence qu'il nous réserve
Certains dirigeants du PRD font leur la parole présidentielle et placent au premier point du calendrier parlementaire « la pacification » du Chiapas. « Pacification » clamaient les puissants pour désigner leurs campagnes meurtrières contre les indigènes au temps de la colonie. « Nous venons pacifier » déclarait Huerta quand sous les ordres de Madero, il poursuivait et assassinait les zapatistes. Mais face à cette inexplicable amnésie de ces politiciens du PRD qui oublient que le problème dans le sud-est du Mexique, et dans le pays tout entier, c'est que le gouvernement ne respecte pas sa parole, d'autres membres du PRD unissent leur voix et leurs luttes à celles qui exigent un dialogue véritable et une paix juste et digne.
Monsieur Zedillo voudrait que le PRD prenne la responsabilité du piège contre les zapatistes, il essaie de le convaincre que nous, et tout ce que nous représentons, constituons un obstacle sur son chemin. Tous au PRD ne sont pas d'accord avec cette idée, comme l'attestent ses nombreux militants qui sympathisent avec le zapatisme.
On voit donc s'élever des voix qui intiment à l'EZLN de revenir à la table du dialogue et de signer la paix. Elles se trompent d'interlocuteur. Ce n'est pas nous qui faisons obstacle à la paix, qui refusons de tenir notre parole, harcelons les communautés ni assassinons les indigènes. C'est ce sale gouvernement.
La paix ne tient pas à une signature. Le gouvernement est disposé à signer n'importe quel document, mais il n'est pas prêt à tenir sa parole. Le véritable problème c'est que le mensonge que Monsieur Zedillo appelle « dialogue » ne conduit qu'à l'affrontement, la violence et le rejet de solutions réelles. Le dialogue, pour être effectif et authentique, ne peut résider que dans une véritable volonté de tenir les engagements. Ceux qui exigent la paix doivent s'adresser à ceux qui refusent qu'elle soit nouvelle, juste et digne : le pouvoir suprême. Lui et ... IV - Les autres mains sales : l'armée antinationaliste, l'église réactionnaire et le capital étranger
« N'ayez aucun doute quant à l'armée nationale, Monsieur le Président, car ils sont tous mes frères et je proteste à nouveau devant vous de notre adhésion et respect. » Huerta à Madero, novembre 1911 (quelques mois avant de l'assassiner)
Un nouveau scandale secoue le pays. Les imbrications entre les narcotrafiquants et le haut commandement de l'armée fédé rale mexicaine font trembler un des piliers qui sous-tend le système du parti-Etat. L'armée fédérale poursuit son évolution vers une force politique et se voit contaminée par toute la pourriture que le pouvoir instille dans la classe politique
Incapable de se débarrasser de l'image (seulement de l'image) de Carlos Salinas de Gortari, le PRI a recours à un général en retraite, politicien d'active, pour diffuser des mensonges à ceux qui ne demandent qu'à les croire. « Salinas a négocié avec les zapatistes en 1993 », dit-il avant d'ajouter : « Nous savions déjà en 1993 qu'il y avait une guérilla au Chiapas. » Celui qui parle ainsi s'est évertué en 1993 à nier l'existence de toute guérilla dans cet Etat. « Ils viennent d'Amérique centrale », affirmait-il. Une inscription sur les murs du palais municipal de San Cristóbal de las Casas, un certain matin de janvier 1994, lui a répondu : « Alors, il n'y avait pas de guérilla ? » Ceux qui aujourd'hui font écho à ces calomnies oublient que depuis janvier 1994 nous avons réclamé la destitution du tyran qui usurpait le siège présidentiel.
A cette époque, ceux qui ont la bouche pleine d'explications honteuses et outrageantes, nous ont qualifiés d'extrémistes utopistes parce que nous nous en prenions à la figure « sacrée » du Président. A
l'époque où beaucoup de ceux qui se déclarent maintenant anti-Salinas, y compris l'armée fédérale, se répandaient en cortèges pour aduler l'usurpateur, nous avons brandi nous le drapeau Ya basta !
En 1993, au fait de notre existence, Salinas de Gortari n'a parlé à personne d'autre que ses complices, entre autres le haut état-major de l'armée fédérale et ils se sont mis d'accord pour taire l'existence d'une guérilla au Mexique, pour ne pas faire obstacle à la signature du Traité de libre commerce au congrès ... des USA ! Salinas l'a fait rassuré par une promesse des militaires : le 10 janvier, ils procéderaient à l'anéantissement de la guérilla. Manqué, nous avons pris les devants. Tout le reste ne sont que des supputations qui, l'histoire le montre, ne tiennent pas debout.
Non contente de se salir avec l'argent du narcotrafic, l'armée fédérale trempe ses mains dans le sang des indiens, directement ou par le biais des escadrons paramilitaires qu'elle entraîne et dirige, dans ses exactions contre l'autre Mexique (Carlos Rojas vient d'accorder, sous la pression de l'armée, cinq millions de pesos à « Justice et Paix »).
L'armée fédérale obéit aux ordres que lui donne le pouvoir fédéral, mais, au-delà de ses protestations de loyauté, elle aspire toujours plus au Pouvoir... en tant que force politique au sein du système. Mais l'armée n'est pas la seule à défendre des intérêts politiques et économiques dans le conflit au Chiapas.
L'église réactionnaire voit dans le conflit du sud-est du Mexique une façon de recouvrer son influence. Comme au cours des siècles passés, l'église réactionnaire recherche un pouvoir qui n'est en rien céleste, et très diabolique. Outre l'église catholique, les instances évangéliques réclament l'anéantissement des zapatistes et proposent, comme solution, le départ de Marcos du pays.
Le grand capital international, avant tout aux USA, a également un intérêt tout particulier à ce que le conflit au Chiapas n'ait pas d'autre issue que l'élimination des communautés indigènes. Pour lui, les indiens représentent une entrave à l'appropriation des riches gisements de pétrole et d'uranium, sans compter les bois précieux en abondance dans ... V - Le lieu et la position des zapatistes
« Au titre des services que vous avez rendus à la révolution - dit Madero à
Zapata -, je vais veiller à ce que vous en soyez dûment remercié de sorte que vous puissiez acquérir un bon ranch. » Zapata lui répondit : « Je ne me suis pas engagé dans la révolution pour devenir propriétaire terrien ; si j'ai quelque valeur, c'est grâce à la confiance que m'ont accordée les rancheros, qui ont foi en nous car ils croient que nous allons accomplir ce qui est proposé et si nous abandonnons ce peuple qui a fait la révolution, il aurait toutes les raisons de retourner leurs armes contre ceux qui oublient leurs engagements. »
Les accords de la première session du Dialogue de San Andrés ont été passés entre le pouvoir fédéral et T'EZLN par le biais de leurs représentants respectifs Zedillo ne tient pas sa parole et refuse de reconnaître les droits des peuples indiens par des allégations mensongères. Tant qu'il ne respecte pas les accords passés, non seulement le dialogue s'avère inutile et trompeur, mais cela met entièrement en cause la voie du dialogue comme véritable solution aux conflits.
Nous ne reprendrons pas le dialogue tant que ne seront pas remplies les conditions minimales, entre autres l'application des accords de San Andrés en matière de « droits et culture indigènes ». Voilà notre position.
Notre place ? Elle est aux côtés des indigènes et nous continuerons à lutter pour eux, aujourd'hui et... VI - Demain...
« C'est le libérateur des esclaves, celui qui promet des richesses pour tous.... il ottre le partage des terres et sa prédication commence à porter ses fruits, les indiens se sont rebellés. »
José María Lozano, réclamant que soit fusillé Zapata devant le Congrès de l'Union, à Mexico. Août 1911.
Nous les zapatistes marcherons sur la ville de Mexico au mois de septembre de cette année. 1 111 zapatistes, hommes, femmes et enfants, un pour chaque communauté indigène qui soutient l'EZLN, se rendront à la capitale.
Nous allons à la ville de Mexico, siège du pouvoir de l'Union, pour exiger l'application des Accords de San Andrés sur les droits et la culture indigènes.
Nous allons manifester notre révolte dans ce « territoire éternellement rebelle et digne », car c'est ainsi que nous avons désigné le district fédéral de Mexico dans notre déclaration du 1er juillet 1997.
(...)
Nous invitons tous les peuples indiens du Mexique et la société civile nationale et internationale à nous accompagner. Nous invitons en particulier nos frères et sœurs du Congrès national indigène, les organisations sociales, non gouvernementales et politiques indépendantes, les travailleurs de la ville et de la campagne, les artistes et les intellectuels, les colons et les femmes au foyer, les homosexuels et les lesbiennes, les travailleurs de la culture et des médias, les religieux et les religieuses, le Mexique tout entier, pour qu'ils marchent avec nous vers la capitale. Nous les invitons à s'organiser... VII - Aujourd'hui...
« Comme je ne suis pas un politicien, je ne comprends pas ces victoires à moitié ou ceux qui ont ete battus sortent gagnants; de ces victoires où, comme dans mon cas, on me propose, on m'enjoint, alors que la révolution triomphe, de quitter non seulement mon Etat, mais aussi ma patrie... Je suis résolu à lutter contre tout et contre tous sans autre bouclier que la confiance, l'affection et le soutien de mon peuple, faites-le donc savoir à tous : quant à don Gustavo (Madero) dites lui en réponse à l'opinion qu'il se fait de moi, qu'on n'achète pas Emiliano Zapata avec de l'or. Aux camarades emprisonnés victimes de l'ingratitude de Madero, dites leur de ne pas s'inquiéter, qu'il reste encore ici des hommes d'honneur et que je garde l'espoir de venir les libérer. »
Emiliano Zapata Salazar
Général en chef de l'Armée de libération. Lettre à Gilardo Magaña, 6 décembre 1911.
Nous prenons à nouveau la parole et c'est seulement pour vous rappeler à tous que nous sommes ici, que nous ne sommes pas partis, que nous restons dignes et rebelles. Nous prenons à nouveau la parole pour répéter...
Démocratie ! Liberté ! Justice !
Des montagnes du Sud-est du Mexique
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène — commandement général de l'Armée zapatiste de libération nationale
Sous-commandant insurgé Marcos Mexique, 8 août 1997.