PRD
PATRIA JIMÉNEZ Para Diputada Federal Unidad para el cambio democrático Inprecor : Féministe, homosexuelle, militante révolutionnaire, cela constitue a priori trois sérieux handicaps pour être élue, et plus encore dans un pays latino-américain. Comment expliques-tu ton élection ?
Patria Jimenez : J'ai été élue parce que je figurais en bonne position sur la liste de candidats du PRD pour la fraction de l'Assemblée élue à la proportionnelle. Le PRT et le PRD ont conclu un accord politique à l'occasion de ces élections, en vue de favoriser la chute du régime PRI et la démocratisation du Mexique. Aux précédentes élections législatives, celles de 1994, Edgar Sanchez avait été élu pour le PRT sur la liste PRD. Cette fois-ci l'accord prévoyait à nouveau qu'un membre du PRT figurerait en position éligible sur la liste PRD. Le PRT a proposé 8 noms, et le PRD m'a choisie. La raison de ce choix ? Mon profil politique : féministe, dirigeante du mouvement gay, active dans la solidarité avec les Zapatistes, je suis une figure assez connue du public. Le PRD avait décidé de présenter des candidats de large alliance, représentatifs des divers courants politiques et mouvements sociaux mexicains. Dans l'accord PRD-PRT il est dit
Le Mexique homosexuelle et députée que Patria sera « la première députée qui, en tant que lesbienne, défendra ouvertement les droits et revendications du mouvement gay». En quoi consiste plus généralement cette stratégie du PRD ?
Ils ont décidé de réserver la moitié de leurs places pour ces élections à des candidats non membres du PRD, mais représentatifs de la société. Il faut savoir que les grands partis politiques (dont le PRD) s'étaient mis d'accord en 1996 sur une réforme électorale qui rendait quasiment impossible aux petits partis et aux mouvements sociaux de présenter des candidats. Cette réforme fermait la porte à la participation de la société civile. Devant les critiques, Cardenas a décidé alors d'ouvrir largement les listes de son parti, et c'est effectivement ce qu'ils ont fait. Cela a permis la formation d'un large front politique, où l'on trouve par exemple l'association des débiteurs (le Barzón, un vaste mouvement de classes moyennes et petits entrepreneurs endettés qui luttent contre les taux d'intérêt exorbitants pratiqués par les banques), des intellectuels (comme le directeur de la Jornada, le grand quotidien de gauche), d'autres partis (comme le nôtre), des associations de défense des droits des indigènes, des syndicats, des associations de quartier... II faut aussi remarquer que le PRD a réservé 30 % des candidatures à des femmes. L'ensemble de cette stratégie a contribué au large succès électoral enregistré par le PRD Quel sens politique donnes-tu à ton élection ?
J'ai fait une campagne axée sur la question de l'oppression des homosexuels et des lesbiennes en particulier. J'ai tenu des réunions publiques dans une dizaine de villes, j'ai sillonné les lieux de rencontre gays du Mexique (bars, salles de réunions, etc.) en présentant ma candidature et susla tourmente électorale après
Patria Jiménez, militante féministe dirigeante du mouvement des lesbiennes et homosexuels au
Mexique et membre du PRT, a été élue députée fédérale sur la liste du PRD aux élections législatives de juillet 1997.
Elle a répondu aux questions d'Inprecor juste après la proclamation des résultats.
Entretien avec Patria Jiménez des discussions. Les gens ont extrêcitant citant des discussions. Les gens ont extremement bien réagi, c'était extraordinaire
Le mouvement gay est tout à fait significatif au Mexique, la Gay Pride du 28 juin 1997 a réuni plus de 5 000 personnes dans un cortège très dynamique. Cette dynamique explique que le PRD ait vu un intérêt à ma présence sur sa liste, et ceci est un signe important de reconnaissance du mouvement gay. J'ai pu ainsi animer une réunion publique avec Cárdenas lui-même à
Mexico. La campagne a créé une effervescence et permis un renforcement du mouvement gay, qui compte maintenant plus de vingt groupes à Mexico et vingt autres dans le reste du pays. Ma participation au groupe parlementaire du PRD va me permettre de faire des propositions de lois contre les discriminations anti-homosexuels et de
faire progresser le débat sur ces questions. Cela va aussi renforcer le prestige du PRT, qui s'est toujours engagé très clairement aux côtés des homosexuels, et qui m'avait déjà présentée en tant que telle comme candidate du parti aux élections de 1982 avec deux autres camarades homosexuels. Quelle est la situation des gays au Mexique ?
Il y a un fort climat d'intolérance, notamment au sein de la police et de la justice. Plusieurs assassinats se sont produits ces dernières années, où des policiers étaient impliqués, par exemple au Chiapas ; la justice n'a pas fait beaucoup d'efforts pour trouver les coupables, qui sont restés impunis. Sinon, comme partout, les familles répriment les jeunes, les médias présentent une image caricaturale et sensationnaliste, il y a des discriminations sur les lieux de travail... Le droit civil ne reconnaît pas l'union homosexuelle. Je vais faire des propositions de loi pour avancer sur toutes ces questions. La plate-forme électorale du PRD se contente de parler de « liberté d'orientation sexuelle » sans plus de détails, nous allons essayer de les pousser à préciser leurs positions. Nous demandons par exemple la création d'un centre communautaire gay à Mexico. Et sur le SIDA ? On estime à 45 000 le nombre de morts du SIDA au Mexique depuis 1985, dont 70 % d'homosexuels. Les conditions de traitement sont dramatiques. On ne sait pas combien peuvent accéder aux tri-thérapies, mais c'est une minorité. Les ONG font leur possible pour assurer l'accès aux soins mais le Ministère de la santé est passif. A la suite d'une manifestation d'Act Up le ministère avait accepté de mettre le traitement de base à la disposition des malades... mais depuis les élections les stocks semblent épuisés, on ne trouve plus rien ! Nous allons nous battre là-dessus. Nous voulons aussi obtenir du gouvernement de la ville de Mexico (que va diriger Cárdenas) qu'il organise une campagne de prévention positive, pas à base d'images grotesques de folles et de camés, mais expliquant intelligemment qu'il faut utiliser des capotes, ne pas partager les seringues, etc. Nous préparons une campagne de pétitions dans ce but. Quelle a été l'attitude des Zapatistes par rapport au mouvement homosexuel?
Extrêmement positive. Ils nous ont invités systématiquement à participer à leurs initiatives, à figurer aux tribunes, ils nous ont donné un espace politique important. J'ai fait partie de la commission qui a accompagné la camarade Ramona du Chiapas à Mexico. Je vais d'ailleurs me rendre au Chiapas pour discuter avec les camarades zapatistes de mon rôle de députée, et voir en quoi je peux contribuer à leur lutte. La question homosexuelle est posée au Chiapas, il existe des groupes dans trois villes de cet Etat (Las Margaritas, Tuxla Gutierrez, San Cristóbal de las Casas) ; les zapatistes parlent ouvertement de cette question. Il y a des préjugés au Chiapas comme partout mais l'EZLN a une orientation très correcte. Quels sont les liens entre le mouvement féministe et le mouvement homosexuel au Mexique ?
Ma préoccupation a été d'introduire la question homosexuelle dans le mouvement des femmes. Nous avons créé en 1992 un groupe de lesbiennes féministes, le « Closet de sœur Jeanne », qui organise des ateliers, des initiatives politiques, des fêtes... Moi-même je participe à la direction ayant coorganisant le IV® Congrès féministe mexicain en 1996. Je participe d'ailleurs aussi à la Convention nationale de femmes créée à l'initiative des Zapatistes. La question de la liberté d'orientation sexuelle a bien été intégrée par le mouvement féministe. Néanmois, il faut bien reconnaître que les choses sont plus difficiles dans l'autre sens, pour faire intégrer la préoccupation féministe par le mouvement homo. Ma candidature s'est certes appuyée sur une impulsion politique féministe, mais a principalement été relayée par le mouvement homosexuel.=
Propos recueillis par Sonia Leith 13 juillet 1997