un parti pour la révotion
Lénine :
u côté des anti-révolutionnaires de tout
Spoil, ayant déjà ramené la révolution socialiste à un coup d'État, il suffirait désormais de discréditer « l'agence » (pour ne pas dire « l'agent » — le chef, l'espion allemand, ...) du « complot » pour étouffer toute velléité de transformation sociale.
A leur manière ils démontrent que si toute critique radicale du capitalisme débouche tôt ou tard chez Marx, l'action anticapitaliste n'évitera pas Lénine, dès lors qu'il s'agit de se donner les moyens efficaces pour réussir. Auto-émancipation sans Parti ?
Certes, les conditions sociales de la Russie de l'époque se situent à mille lieues de ce que nous vivons actuellement en Occident. Cela devrait dissuader toute velléité de mimétisme.
Mais manifestement il y a un aspect plus universel à l'expérience russe : la capacité avérée d'auto-émancipation de la classe (ou des classes) exploitée et oppri-
Parmi les conditions concrètes de sa réalisation, il y a avant tout l'auto-organisa-
Pour être clair, on devrait nettement distinguer ses trois « moments » : l'auto-organisation qui est à l'œuvre dans les luttes de masse (notamment pendant la dualité des pouvoirs), celle de la prise du pouvoir révolutionnaire, celle d'un tout autre ordre à travers la gestion du nouvel l'État (l'autogestion). Chacun de ces moments se passe dans un contexte particulier et possède sa logique et ses exigences propres.
Le problème qui se pose c'est le rôle du Parti face à et à l'intérieur de ce processus d'auto-organisation. Certains considèrent que, par définition, l'auto-émancipation devrait être totalement spontanée et « immaculée » de toute organisation ouvrière déjà établie. Le Parti, comme organisation distincte, avec son niveau de conscience plus élevé, son degré d'organisation plus fort et sa capacité d'initiative relativement autonome, devient dès lors un obstacle à l'auto-émancipation. Mais comment « juger » le degré auto-émancipateur ? Et qui jugera ? Comment défaire la dialectique réelle qui s'établit de fait entre toutes ces formes d'auto-activité dans la classe ouvrière et la société ? Il est significatif que Marc Ferro qui en veut par ailleurs à tous les Partis sans distinction, exclut de l'auto-organisation véritable une bonne partie des conseils : seuls les soviets (conseils) locaux (d'usine et du quartier) trouvent grâce à ses yeux, avec l'exclusion de ceux qui « centralisent », ceux qui comprennent des éléments sociologiques ou politiques extérieurs (ex. les intellectuels, les Partis). (« Naissance et effondrement du régime communiste en Russie. Livre de poche, 1997). N'est-ce pas faire fi des conditions concrètes de leur réalisation, et donc mettre en péril toute possibilité de réorganiser de la société sur une autre base ?
En réalité c'est « la légitimité » de la prise du pouvoir politique qui est visée, dans la mesure où ce moment précis de l'auto-activité exige impérativement l'initiative révolutionnaire d'une organisation de type partidaire, c'est-à-dire une structure très centralisée et très homogène capable de neutraliser la réaction violente de l'appareil d'État répressif. Ceux qui essayent d'imaginer un scénario alternatif, c'est-àdire une prise du pouvoir par les soviets sans l'activité du Parti (bolchevik, en l'occurrence) n'aboutissent pas (cfr. Ch. Read. From Tsato Soviets. London, UCL Press, 1997)
La révolution russe ne contredit pas l'axiome de Marx (« l'émancipation des travailleurs .. »). Elle lui donne pour la première fois une forme concrète intégrant le rôle du Parti (ou des Partis). Certes cela ne va pas sans problèmes. Non seulement du côté du Parti, mais aussi du côté des masses populaires en lutte : la dialectique concrète entre les deux facteurs ne dépend pas seulement de la volonté d'autonomie du Parti. Cette dernière est forte-
Dès que la révolution russe est mise en débat, on n'évite pas la question de Lénine « Que faire ? », c'est-à-dire le rôle du parti révolutionnaire. Et c'est logique. Par François Vercammen ment conditionnée par le niveau de conscience politique, l'énergie militante, la capacité culturelle autogestionnaire de la classe subalterne. Le cycle de la révolution russe (1895-1922) l'a prouvé. Un Parti pour la révolution
Au début du XXe siècle et pour la première fois dans l'histoire, un Parti « marxiste » se pose comme objectif de diriger les masses populaires vers la conquête révolutionnaire du pouvoir politique sur la base de leur auto-activité. C'est une véritable innovation. Ce projet rompt avec le double substitutisme alors en vogue : soit celui « parlementariste » d'une social-démocratie de plus en plus réformiste, soit celui populiste (l'intelligentsia). Dès la fin du XIXE siècle, les contradictions s'accumulent et s'aigui-
sent dans les sociétés en Europe, tant à l'Est qu'à l'Ouest. Par différents biais, la réflexion s'approfondit. En fait, un nouveau programme marxiste est en train de naître. Plusieurs y contribuent : Parvus, Kautsky, Plekhanov, Axelrod, Hilferding, Rosa. Trotsky, Pannekoek, Bauer, Boukharine et Lénine...
C'est ce dernier qui, en définitive, sera le seul (avec ses camarades) à couler cette compréhension dans un Parti à la hauteur du défi révolutionnaire.
Ce succès a, à juste titre, impressionné adversaires et ennemis, compagnons de route et militants. Ces derniers, en particulier, ont été à la recherche d'un concept de Parti chez Lénine afin de l'appliquer avec plus ou moins de bon sens dans leur propre pays. Et c'est sur « Que faire » que, pour l'essentiel, ils ont projeté leurs espoirs. Que faire ?
Cette brochure, publiée en 1902 mais dont des « chapitres » apparaissaient dans le journal « Iskra » (L'Étincelle) dès 1900, a joué un rôle très important dans la vie du POSDR (Parti ouvrier social-démocrate de Russie). Elle visait à convaincre les militants des comités locaux qu'il fallait se donner les moyens pour survivre à la répression tsariste. Et à cette fin dépasser les méthodes de travail artisanales et de centraliser l'activité par la création d'un journal pour toute la Russie. Cela postulait une direction pratique et politique centralisée. Voilà pour l'aspect pratique qui avait ren-
Lénine et la manifestation, Fragment du tableau de I. Brodski contré un écho énorme parmi les militants. Car il offrait, enfin une solution à l'interminable série noire d'arrestations de militants et de démantèlement des organisations Espoir donc, car ce projet pratique avait son fondement politique : la perspective d'une révolution prochaine. La centralisation du Parti était ainsi liée à la préparation de l'insurrection.
« Que faire? » a été servi à toutes les sauces (jusqu'à l'éclipse récente). Et c'est paradoxal. Car à peine publiée (1902), la brochure fut mise à l'écart par la révolution de (janvier-décembre) 1905, et ... par Lénine lui-même. Au congrès d'avril 1905, il retirait les thèses les plus contestées. Par la suite, il a dénié toute portée théorique générale aux idées du « Que faire? », s'opposant même à sa réédition à des fins d'éducation politique.
Qu'est-ce que les contemporains ont avant tout retenu et débattu d'une manière aussi fracassante (que son écho a retenti tout au long de ce siècle !) ?. Essentiellement deux choses.
Premièrement, la nécessité de la centralisation du Parti.
D'abord admise comme une évidence, elle a provoqué ensuite, dans le contexte d'un congrès de fondation très difficile (1903), des polémiques outrancières : pratiquement tous se sont déchaînés contre Lénine, l'accusant d'ultracentralisme, de bonapartisme, de « substitutisme », de dictature individuelle, etc. Les plus virulents étant Rosa Luxembourg et Trotsky, qui furent aussi les plus capables, dans la mesure où leurs textes essayent de donner un fondement analytique et historique à leurs critiques
C'est cet aspect qui a été présenté par tous les courants antirévolutionnaires, jusqu'à aujourd'hui comme le péché originel du « léninisme ».
Deuxièmement, la nécessaire introduction par le Parti, « de l'extérieur », de la conscience de classe (socialiste et politique). Là encore, cet argument avait fait l'unanimité au départ. Lénine n'avait-il pas invoqué l'autorité (incontestée à ce moment) de Karl Kautsky, le « pape » de l'Internationale, pour le justifier.
Très vite, dès avant 1905, Lénine allait clarifier sa position sur ces deux points.
A Rosa Luxembourg, il répondait que la centralisation qu'il avait proposée, répondait à des critères élémentaires de toute organisation (notamment la subordination des organes inférieurs aux organes supérieurs ; l'application, après débat, des décisions majoritaires par tout le monde). Et que ce qu'il y avait de particulier dans « Que faire ? » c'était la distinction entre (quelques) principes d'organisation (tels que mentionnés) et le système d'organisation pratique qui, lui, est tributaire des conditions concrètes. Mais Lénine était parmi ceux qui comptaient les appliquer effectivement...
Quant à l'extériorité, il admettait d'avoir « tordu le bâton dans le sens opposé » dans sa polémique contre ledit « économisme », c'est-à-dire cette conception qui avance que spontanément, les luttes économiques débouchent sur la lutte politique (anti-tsariste) et la conscience «trade-unioniste » purement syndicale-revendicative) sur la conscience révolutionnaire. (voir : Préface au recueil « En douze ans », 1907).
Le virulent débat et la révolution de 1905 aidant, il est clair qu'une nouvelle conception politique du parti commence à émerger chez Lénine. Elle est moins portée par une volonté innovatrice (par rapport à la social-démocratie allemande), que par une volonté d'être à la hauteur de la révolution qui est d'actualité. Simplement: devant l'échec persistant dans la construction du Parti en Russie, il tient rigoureusement à ce que toutes les conditions pratiques soient réunies pour aboutir. Et au-delà des aspects pratiques et organisationnels, il a réfléchi jusqu'au bout (principalement par ses discussions avec le « vieil » Axelrod) aux « retards » de la Russie — la société et la classe ouvrière. La conscience aiguë — dès la fin des années 1890 — de la proxi-
mité de la révolution ne pouvait chez lui qu'alimenter une vision radicalement opposée au fatalisme et au spontanéisme du point de vue du rôle du parti (son programme, son activité, son organisation).
Cette volonté directionnelle (au sein du parti et dans les rapports de celui-ci à la classe), qui tient en germe l'idée du « Parti d'avant-garde », heurte frontalement quelqu'un comme Rosa qui écrira : « En vérité la social-démocratie n'est pas liée à l'organisation de la classe ouvrière, elle est le mouvement propre de la classe ouvrière » (« Questions d'organisation de la socialdémocratie russe », 1904, édité en français sous le titre fallacieux « Centralisme et Démocratie », Ed.Spartacus, p.21). Au delà du « Que faire ? »
C'est en quatre étapes, avant 1917, que Lénine progressera dans la construction du Parti révolutionnaire (fraction bolchevique depuis 1903, devenant le Parti bolchevik en 1912). Elles reflètent autant d'expériences politiques et organisationnelles, qui réorganisent les conceptions de
La première c'est la révolution de 1905. Elle affirme non seulement le rôle de la classe ouvrière comme avant-garde de la révolution antitsariste, mais aussi son potentiel spontané d'auto-organisation. Elle n'annule pas la tonalité directionnelle du Parti, Lénine a aussi perçu les limites de la spontanéité. Il en résulte pour la première fois une conception plus claire du parti et de sa dialectique avec la classe, tant du point de vue de la conscience que de l'organisation de la classe. D'autre part, les règles de fonctionnement fortement hiérarchiques (cfr. Que faire ?) qui freinent l'adhésion des travailleurs, sont battues en brèche. Submergé par une classe ouvrière « en révolution », le POSDR devient en réalité une organisation de cadres qui s'ouvre à tout ouvrier ayant un minimum de conscience et d'activité militante. Et Lénine pousse à fond dans ce sens, au grand dam des cadres intermédiaires (les « révolutionnaires professionnels ») qui lui sortent « Que faire? » !
Expérience fondamentale, la révolution de 1905 est entrée dans l'histoire comme « la répétition générale » de 1917. Elle marquera définitivement la conscience et l'imaginaire des contemporains. Mais elle a un aspect volatile quant au Parti : de quelques centaines de membres en 1904 (2000 peut-être) il en groupera 70 000 en 1906, pour retomber de nouveau à un état groupusculaire dès 1910.
Ce fait et le climat fractionnel désastreux des années 1907-1914 ont aveuglé beaucoup de commentateurs, plutôt fixés sur « 1905 » et « 1917 ». Or, cette période « tranquille » voit se dérouler une tentative de réforme par en haut (symbolisée par Stolypine) et une crise semi-révolutionnaire (1913-14). C'est là que le Parti bolchevik acquiert sa physionomie définitive grâce à une activité politique plus articulée et plus réfléchie au sein d'une société civile débutante. C'est là, aussi, que, pour la première fois, il gagne la majorité au sein du mouvement ouvrier dans les syndicats et dans les comités de grève.
Entre 1906 et 1912, Lénine passe par un intense processus d'apprentissage. Car l'impensable semble se réaliser.
Un début de démocratie parlementaire ouvre la voie à un Parti libéral qui gagne les élections. Et le régime tente une réforme agraire. Celle-ci ne renforce pas le tsarisme mais permet l'émergence d'une organisation autonome de la paysannerie tant sur le plan parlementaire que « syndical ». Sur le plan urbain, un mouvement syndical ouvrier acquiert une existence légale. Lénine bouleverse ses analyses et sa ligne politique. Il n'hésite pas à transgresser les orthodoxies du Parti et de sa propre fraction : participation à des élections tronquées pour un parlement émasculé ; exploration du travail parlementaire sous la dictature; tournant vers la petite paysannerie et rapprochement avec les « travaillistes » et les « socialistes-révolutionnaires »adversaires de toujours ; unité ponctuelle avec les mencheviks sur des positions dites « droitières » ; entrée dans les syndicats légaux et bataille démocratique de tendance ; prise en compte de la question des nationalités, début du travail femme, ...... C'est rarement mis en lumière : mais le léninisme s'est forgé dans des batailles contre le gauchisme. Celui-ci était très présent dans le mouvement ouvrier et paysan l'intelligentsia POSDR. En l'occurrence, il risquait de paralyser l'intervention du Parti dans le « mouvement réel » et de l'empêcher d'être présent dans les centres actifs de la vie politique.
Pour radical qu'il fut, le bolchevisme ne fut jamais le plus à gauche des grands courants politiques du mouvement populaire.
L'échec du timide réformisme tsariste débouche sur un début de révolution en 1913-14.
Le processus révolutionnaire est à l'envers de celui de « 1905 » (et de 1917). Il ne démarre pas par une explosion ouvrière qui déborde toute la société, y compris les révolutionnaires. C'est le Parti bolchevik (autonome depuis 1912) qui saisit au vol la montée ouvrière et étudiante rampante et la pousse vers la grève générale. Celle-ci se transformera en insurrection à Petrograd en août 1914
L'activité du Parti est donc déterminante dès avant l'affrontement. C'est le véritable test de sa capacité directionnelle, politiquement (la ligne) et pratiquement (le travail de masse sur le terrain). Le parti, toujours clandestin, développe une intense activité d'agitation pour une plate-forme revendicative : journée de 8 heures, confiscation des terres de l'aristocratie, libertés syndicales, une assurance sociale pour tous payée par les patrons et l'État, des élections démocratiques pour une Constituante souveraine). Cela ressemble fort à une démarche « transitoire » ! La fraction parlementaire - légale ! — joue un rôle important, ainsi que les fractions dans les syndicats. Le menchevisme, obnubilé par son rapprochement avec les libéraux, s'oppose non seulement aux grèves, mais aussi aux revendications « trop radicales ». En six mois, il sera jugé et laminé sur le terrain de la démocratie ouvrière - dans les syndicats et les comités de grève.
Ainsi, du point de vue de l'activité du Parti, ce n'est pas « 1905 » qui est la répétition générale, mais cette grève générale insurrectionnelle dans la capitale.
A la veille de 1914, le Parti bolchevik a réalisé sa percée sur le terrain. La rencontre apparemment facile, de l'année 1917 entre le Parti et le mouvement réel. n'est pas due au hasard. Elle conclut tout un cycle d'organisation, de réflexion politique et d'activité militante qui l'a porté au cœur de la classe avant de le porter, en 1917, à la direction de la société. .