Notes de lectures Par Maxime Durand
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André Gorz, Misères es livres d'André Gorz ont ce rare mérite de toujours susciter une réflexion portant directement sur les du présent, Richesse présent, les éléments d'une alternative. Gorz commence en reprenant à son compte la thèse de la fin du du possible, Editions travail, et l'idée qu'il ne constituera plus jamais un lien social central, si cela a jamais été le cas. Il parle ainsi des
Galilée.
• derniers avatars du travail ». Mais, en même temps, il montre comment cette fin du travail s'accompagne d'une régression profonde : - le toyotisme remplace des relations sociales modernes par des relations prémo-
André Gonz dernes ». Le postfordisme conduit à un « asservissement total de toute la personne », ce qui, soit dit en passant, est après tout une forme de lien social. Ce constat s'accompagne d'une critique des théories sur le general intel-
Misères du présent
Richese de possible lect dont Gorz montre, derrière le radicalisme apparent, l'extrême naïveté. Le fait que le travail soit de plus en plus abstrait, immatériel et collectif, n'implique en rien que le capital devienne - un appareil vide, un fantasme » comme l'écrit Negri. Au contraire, Gorz souligne correctement que - seul le dépassement des rapports de production capitalistes permettrait de réaliser le potentiel libérateur » des mutations technologiques.
Mais comment réaliser ce dépassement ?
Gorz propose, et il a raison, de se projeter dans un futur utopique, afin de dessiner les grandes lignes d'une société alternative. Il se réfère explicitement au - réformisme révolutionnaire » qu'il avait théorisé dans les années soixante. Le premier niveau de discussion porte sur le - modèle de société » et la principale nouveauté est ici le ralliement de Gorz à l'idée d'un « revenu social qui permette de vivre sans travailler ». Ce changement de position est cohérent avec l'idée qu'il n'y a plus de travail et il s'appuie sur de nombreux arguments, qui laissent cependant de côté une dimension bizarrement ignorée par Gorz, à savoir la mise à disposition socialisée d'un certain nombre de biens et services. L'idée d'un revenu de base inconditionnel laisse en effet entier la question de la monétisation, de l'organisation des marchés et du mode d'affectation du surplus. Gorz propose certes une monnaie de consommation, et des prix de plus en plus - politiques -, mais laisse complètement de côté la question de la propriété sociale et de la planification de l'activité économique.
Gorz dit qu'un tel projet - dégage le sens le plus élevé possible sur lequel ouvre l'évolution présente - Mais intervient alors un second niveau de débat qui porte sur le trajet retour : comment se servir de cette virtualité pour peser sur la réalité sociale immédiate? C'est sans doute le point faible de la position de Gorz qui tend à relativiser l'idée de réduction du temps de travail et à lui opposer celle de multiactivité. La manière dont son livre conclut sur les • cercles de coopération - locaux comme moyen de faire émerger une • critique pratique du travail emploi - est certes cohérente avec son pessimisme de principe quant à la possibilité d'une libération dans le travail. Mais ses indications stratégiques paraissent du coup bien faibles par rapport à la montée en puissance des formules - typiquement patronales • de multiactivité. Il n'empêche : en dépit, ou peut-être en raison des critiques qu'on peut lui adresser, la réflexion de Gorz est un riche matériau pour tous ceux qui veulent reconstruire un projet de transformation sociale.
Claude Meillassoux, ans leur dynamique collection des Cahiers Libres, les Editions Page deux ont eu l'excellente idée de
L'économie de la vie, réunir des textes difficiles à trouver de Claude Meillassoux. Comme l'indique le sous-titre, « démo-
Editions Page deux.
graphie du travail , il s'agit de démographie, principalement dans les pays du Sud. On sait que le débat sur la surpopulation est dominé par la question de savoir si la maîtrise démographique est un préalable absolu, ou au contraire, le résultat d'un processus de développement soutenable. Meillassoux déplace cette problématique à partir de l'idée selon laquelle - les faits de population sont davantage le produit que la cause des circonstances économiques ». Il montre que la croissance démographique nécessite, comme préalable, une amélioration durable de la productivité du travail agricole vivrier ou l'apparition de sources d'approvisionnement externes. C'est ce qui s'est effectivement passé dans les pays du Sud, mais, faute d'un modèle de développement, le ralentissement actuel de la croissance démographique serait en grande partie le résultat des politiques d'ajustement structurel qui ont contribué à dégrader les conditions de vie des plus démunis. C'est pourquoi, plutôt que de transition démographique, Meillassoux parle de « renverse démographique ». On assisterait ainsi à un retour brutal à Malthus, dans la mesure où • la solution économique la plus avantageuse, dans la stricte logique de la rentabilité et devant la perspective d'assumer la charge de millions d'employés, est de favomortalité des couches stimule la surnuméraires ",
Une thèse radicale, qui riser la réflexion.
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