Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

KOSOVO

Héritage de Tito

Inprecor n° 423, avril 1998 · p. 9 · 348 mots

Ex-Yougoslavie Europe de l'Est

Le régime de Tito avait supprimé, même au plan linguistique la notion de "minorité", douloureusement associée pendant la Seconde guerre mondiale à de sombres pages de nettoyages ethniques.

Mais seules les communautés nationales non dotées d'un Etat: hors de la Yougoslavie étaient considérées comme "nations" ou peuples (narod). constituants, dotés du droit d'autodétermination. Ce droit était ambigu, parce que les républiques n'étaient pas ethniquement homogènes (sauf la Slovénie) et qu'elles étaient devenues, avec la confédéralisation du système, des unités de base décisionnelles de la Yougoslavie, fonctionnant au consensus.

En outre, les Albanais du Kosovo et les Hongrois de Vojvodine, parce qu'ils étaient déjà "dotés" d'une mère-patrie (un État albanais et un État hongrois) à l'extérieur de la Yougoslavie, n'étaient pas considérés comme "nations" ou peuples constituants de la fédération dirigée par Tito (leur caractère non slave aggravait cette dimension). Mais ils étaient plus qu'une "minorité" par comparaison au droit international en vigueur ailleurs: Ils avaient un statut de "nationalités" (narodnost), sans droit d'autodétermination, mais avec une très grande autonomie des ces deux provinces (quasi équivalente à celle des républiques, avec représentation fédérale et droit de veto) et une langue localement officielle — ce qui empêchait la majorité serbe de dominer ces provinces. C'est ce que le nationalisme grand-serbe va dénoncer comme "anti-serbe"

'La "souveraineté serbe" s'arrêtait aux portes de ces provinces: Mais la Croatie était l'Etat du peuple croate et du peuple serbe de Croatie et la Bosnie-Herzégovine était l'État de ses trois peuples (Musulmans, Croates et Serbes, mis sur un pied d'égalité). Tous étaient citoyens de la Yougoslavie et de leurs républiques. Et celles-ci étaient devenues des sujets de base du système au moins autant, sinon plus que les "peuples" constituants dispersés sur plusieurs républiques. Qui donc avait le pouvoir de décider une séparation éventuelle ?

Lors de l'éclatement . de Yougoslavie, les uns et les autres, selon leurs intérêts du moment vont faire référence au droit des peuples contre les États ou au droit des républiques sur le dos des minorités. Et, brutalement menacées, ces minorités vont revendiquer d'être considérer comme des peuples.

Une erreur sur cette page ?