Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RUSSIE

Où va le PC de la Fédération de Russie

· Inprecor n° 425, juin 1998 · p. 36, 34-35 · 2 212 mots

URSS et Russie

Trint

Où va le

Coca Gela

Parti communiste de la Fédération de Russie u mois de février dernier, le Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR) a célébré son cinquième anniversaire. Les journaux de Moscou d'extrême droite ont été de maniere frappante unanimes : beaucoup d'éloges au leader du parti Gennady Ziouganov par et a ses collaborateurs les plus proches. Selon Sevodnia, sous Ziouganov le PCFR a cessé

Boris Kagarlitsky* d'être communiste et est devenu une organisation social-démocrate "normale" respectant le nouvel ordre social et la propriété privée. L'organe officiel du gouvernement, Rossiyskaya

Gazeta , a exprimé une appréciation similaire.

Certes, lorsqu'il s'agit de juger des processus au sein du mouvement communiste, il ne faut pas faire trop confiance à des journaux d'orientation libérale ou conservatrice. Mais une telle unanimité suggère des réflexions. Le PCFR n'a plus à lutter contre un blocage d'information ou une chasse aux sorcières propagandiste. Il a les moyens d'avoir sa propre presse : son journal, Pravda, qui reflète les orientations de la direction du parti, est réapparu avec une nouvelle formule et la télévision officielle apprécie le travail de la fraction parlementaire à la Douma en traitant le parti avec tolérance.

La Russie est à l'heure actuelle un pays à la périphérie du système capitaliste mondial. C'est pourquoi les efforts pour construire une social-démocratie du type occidental ont été voués à l'échec dès le début. Alors, si le PCFR n'est pas en train de se "social- démocratiser"

, qu'est-ce qu'il devient?

Lorsque Ziouganov a été élu leader du PCFR resurgi en 1993, la plupart des observateurs estimaient que le parti avait adopté des positions conservatrices et nationalistes. Mais aux yeux des délégués au congrès qui l'avaient élu, Ziouganov était apparu comme un leader combatif, capable de faire des choses que l'autre candidat, le sobre et modéré Valentin

Kouptsov, ne pouvait pas faire. Les militants de base voulaient de l'action et des luttes.

Dans quelle mesure ils étaient eux-mêmes disposés à s'engager sur ce terrain, c'est une autre question (la plupart des membres enregistrés avaient déjà l'âge de la retraite).

Sous une forme ou sous une autre, tout au long de la période de revivification, aussi bien

Ziouganov que Kouptsov se sont efforcés non seulement de réorganiser l'appareil du parti, mais aussi de mettre sur la ligne de touche leurs rivaux de droite ou de gauche. Les principales victimes du processus de reconstruction ont été le radical Parti ouvrier communiste russe (POCR) de Viktor Anpilov et le modéré Parti socialiste des travailleurs (PST) de Ludmila

Vartazarova. Le POCR a perdu nombre de ses activistes et le PST une masse de retraités

Ziouganov était en état d'offrir quelque chose à ces deux catégories. Ainsi, le PCFR devenait rapidement une force capable de lancer une lutte réelle pour le pouvoir, alors que le

POCR, avec sa rhétorique révolutionnaire et son idéologie stalinienne, restait isolé dans la société, tout en représentant une force oppositionnelle importante, et que le PST repoussait les gens par son inactivité.

• Boris Kagarlitsky, élu au conseil municipal d

Moscou,

La force de Ziouganov résidait, pour utiliser une expression de Nietzsche, dans sa militant du Parti des tr ailleurs

"volonté de puissance". Voilà ce qui a unifié autour de lui les fragments du mouvement de The et auteur notammer communiste. Mais cela représentait en même temps la principale faiblesse du PCFR depuis

L'article

Dialectic of Change.

sa formation. Derrière sa volonté de puissance il n' y avait ni un programme clair ni une qui suit a été rédigé avant la nouvelle cris politique russe théorie et non plus un mouvement de masse en condition de lutter pour le pouvoir et de dont l'événe nent le plus specréaliser spontanément un changement . En 1993 cela n'avait pas beaucoup d'importance:

décision de taculaire a

; que le pon de non rebut

Eltsine de limoger le premier ministre Tchernomyrdine et de le remplacer par

Kiriyenko. Il semble pas pour combinée au désir de "faire mieux", de "ne pas répéter les erreurs" etc., pouvait suffire.

ne nous autant obsolète en etter, 1

La "volonté de puissance" peut s'accompagner du radicalisme, mais elle peut aussi s'acaide à comprendre la nature et compagner tout naturellement de l'opportunisme : tout dépend des circonstances. Après les contradictions du Parti comle bombardement du Soviet suprême, les gens autour de Eltsine l'avaient très bien communiste de la Fédération russe, qui a connu lors de l'élection pris. Sans doute sincèrement convaincu qu'il allait ainsi sauver son parti, Ziouganov prenait de Kiriyenko à la Douma des ses distances vis-à-vis des défenseurs armés du palais.

déchirements spectaculaires.

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(suite de la page 36) Certes, il a sauvé le PCFR. Mais pour atteindre quel but, c'est une autre Les autorités décidaient de ne pas obliger le parti à passer dans la clandestinité. Mais ils laissaient clairement entendre qu'il devrait respecter les nouvelles règles du jeu. En fait, le PCFR était constamment sous la menace d'être mis hors-la-loi, mais il n'était pas directement frappé alors que d'autres organisations de gauche subissaient des persécutions beaucoup plus sérieuses. Les communistes radicaux étaient exclus de l'activité politique légale, mais ils ne disposaient pas de l'audace, des cadres et des ressources pour mener des luttes illégales. Après le bombardement du 4 octobre 1993 , la lutte armée n'a pas éclaté; il n'y a pas eu non plus d'actions un tant soit peu sérieuses de désobéissance civique. Les dirigeants de l'opposition radicale ont sauvé leur vie et leur liberté mais au prix d'une mort politique. La nouvelle gauche se retrouvait hors jeu, en ne parvenant pas à obtenir des sièges à la Douma et en perdant leurs positions dans les syndicats et dans les organes d'auto-gouvernement locaux. Ses organisations ont volé en éclats. La fraction parlementaire de Ziouganov votait pour le budget de 1994, ne s'intéressait pas beaucoup à la grève des mineurs qui s'étendait dans le pays au printemps de la même année: bref, elle jouait le jeu de l'opposition de sa majesté. Pour leur part, les autorités, convaincues de faire le bon choix, relâchaient leur pression. Au moment où la plupart des travailleurs de la Russie sont socialement désorganisés et dépendent des dirigeants d'entreprise et où beaucoup de gens qui ont été licenciés sont obligés de faire du petit commerce et de cultiver leur jardin, ce n'est qu'avec beaucoup de réserves qu'on peut parler de mouvement ouvrier et même de "classe ouvrière" au sens marxiste du terme. La base sociale du PCFR est composée de retraités et non d'ouvriers, d'une bureaucratie agraire qui garde des forts liens corporatifs avec les campagnes et de bureaucrates qui ont été dépossédés au cours de la libéralisation.

Tous ces groupes sociaux, hostiles aux autorités à de différents degrés, ne pouvant pas résoudre leurs problèmes par un changement social et politique, visent à une redistribution des ressources par le truchement du budget de l'État. Il ne s'agit donc pas de masses de gens qui exercent une pression sur le parti en revendiquant leurs droits et s'efforçant de contrôler leurs représentants, mais de "clients", qui, dans la tradition de l'URSS, sont prêts à accepter un traitement inférieur à ce qu'il devrait être dans l'espoir d'obtenir des faveurs. Si un changement de régime est un objectif au delà des possibilités du PCFR, des réformes de structure ne sont pas poursuivies non plus. Le problème ne réside pas dans une faiblesse théorique, mais dans la nature de la "clientèle" spécifique du parti. Le seul moyen de satisfaire les besoins d'une telle base sociale est d'avoir recours à des lobbies, ce qui implique de bonnes relations avec le gouvernement. Ainsi le parti de Ziouganov est encore une fois près du pouvoir, mais d'une façon très différente par rapport à 1993. Depuis printemps 1994, une relation opérationnelle solide a été établie entre le PCFR et le cabinet de Tchernomyrdine (tout cela, bien entendu, est justifié par l'argument qu'il faut appuyer les "meilleurs" éléments du gouvernement contre les "pires"). La presse d'extrême droite a salué cette politique comme une "social-démocratisation du parti alors que l'éloignement de l'orientation communiste a comporté en même temps une rupture également nette

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avec des conceptions social-démocrates. En effet, la social-démocratie est orientée vers des réformes structurelles, alors que le PCFR n' a pas eu et ne peut pas avoir une stratégie réformiste. Le comportement du PCFR pourrait être justifié en prenant en considération le fait qu'en Occident les partis qui s'appellent sociaux-démocrates, ont clairement rompu avec le réformisme et le mouvement ouvrier en adoptant une stratégie de pression. Dans ce sens, Ziouganov est, en fait, assez proche de dirigeants politiques comme Tony Blair en GrandeBretagne et Massimo D'Alema en Italie. Si Ziouganov n'est plus communiste, Blair et D'Alema ne sont plus sociaux-démocrates. Bien entendu, tous les trois partagent le désir de garder ce qui reste de l'électorat ouvrier traditionnel, bien que leur orientation soit aujourd'hui très éloignée des intérêts de ces électeurs. Puisque l'idéologie du communisme ne peut plus servir en tant que guide pratique pour l'action et la socialdémocratie n'est pas une alternative réelle, Ziouganov a été obligé de formuler une troisième option. Cela a abouti à l'"idéologie du patriotisme d'État". Le slogan du patriotisme a été utilisé pour justifier un rapprochement avec les autorités tout en permettant en même temps de maintenir une attitude d'opposition face à l'Occident. Ainsi le capitalisme a été transformé de phénomène social en phénomène géographique. La continuité avec le passé soviétique a été maintenue, mais en même temps il a été possible de souligner la loyauté du PCFR vis-à-vis des "entrepreneurs Au milieu de l'année 1994, le PCFR était désormais non seulement le seul parti de gauche au Parlement, mais aussi le seul parti sérieux du pays en l'absence d'une opposition extraparlementaire organisée. Paradoxalement, cela a eu l'effet de le radicaliser. Dans la phase préparatoire des élections parlementaires de 1995, se répandait dans la société le sentiment qu'il n'y avait aucune alternative au parti de Ziouganov en dépit de tous ses défauts. Par conséquence, le soutien à ce parti augmentait très sensiblement et des gens avec des idées radicales y adhéraient. Aux élections partielles à la Douma et à des assemblées locales, les communistes remgeants du part et te pour sea portaient régulièrement des succès.

Ces succès nourrissaient chez les diripossible de conquérir le pouvoir par le processus électoral. La fraction parlementaire votait contre le budget de 1995 Par le troisième congrès du parti, tenu peu avant les législatives, on s'efforçait de présenter aux Russes un parti de gauche revivifié, en parlant moins de patriotisme d'État et plus de Marx et de Lénine. Le programme adopté incluait beaucoup d'idées empruntées directement à la nouvelle gauche soviétique et russe de la période 1989-1993 et des gens plus disposés à lutter faisaient leur apparition à la direction du parti.. Les élections de 1995 ont marqué un du parti. Néanmoins, elles ont montré que l'espoir d'un renouveau de ce parti était très peu fondé. Les préparatifs des élections et la formation des listes ont été marqués par des méthodes d'appareil classiques. Les députés soupçonnés de ne pas être loyaux à Ziouganov et à son cercle ont perdu leurs mandats. Dans de nombreux cas la campagne a été menée de façon à éviter que des éléments de gauche indépendants ne soient élus, y compris au prix d'avantager des partisans d'Eltsine et de Tchernomyrdine. Lors des élections présidentielles, Eltsine a clairement indiqué, pour sa part, que la démocratie n'était admise que dans certaines limites. Une opposition parlementaire dans une Douma sans pouvoirs est une chose tout à fait différente d'une lutte pour la présidence. Une vague de propagande agressive a submergé Ziouganov et le PCFR. Le parti a subi une pression massive à laquelle il n'était plus habitué. L'assaut propagandiste, les fraudes au niveau local et les nombreuses violations "techniques" de la loi, n'ont pas seulement assuré la victoire d'Eltsine; elles ont indiqué une fois pour toutes aux dirigeants du PCFR que leur candidature au gouvernement n'était tout simplement pas permise. La "volonté de puissance" s'est traduite dans un effort de rapprochement avec les autorités après l'été 1996. La lutte pour le pouvoir a été

Russie remplacée par une recherche de voies d'intégration dans l'appareil de domination. Le parti a recommencé à voter pour le budget et à appuyer les "bons" ministres au détriment des "mauvais". Le seul problème résidait dans le fait qu'à une époque où le pays était ruiné et saccagé, une telle approche ne pouvait offrir grand-chose sur le plan social aux "clients" du parti. Il est encore plus évident que le parti ne pouvait rien donner aux travailleurs et aux intellectuels qui l'avaient soutenu en 1995. Il ne pouvait non plus aider les gouverneurs

Coca Gola

qu'il a fait élire et qui sont condamnés à mendier dans les couloirs du pouvoir central. Une crise mûrissait dans ses rangs. Conclusion : le tournant à droite du PCFR n'autorise pas à parler de sa social-démocratisation. Ce qui est en train de se passer est encore pire. Tout compromis a ses limites et au-delà d'un certain point, des hommes politiques de gauche cessent d'être de gauche. Le PCFR est en train de devenir partie prenante du régime, l'un des soutiens de l'ordre existant. Mais, en assumant ce nouveau rôle, il est destiné à se heurter sérieusement aux groupes sociaux et aux personnes qu'il a rassemblés sous son drapeau.

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