Inprecor 1974–2004

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NOTES DE LECTURE

Michael Löwy, La Guerre des Dieux

· Inprecor n° 427, septembre 1998 · p. 14 · 741 mots

Notes de lecture & Nouvelles du mouvement ouvrier et de l'Internationale

Livres

La Guerre des Dieux,

Religion et politique en Amérique latine Michael LÖWY, (Félin) S tone de la libertion toilogie de la libération » doit être interprétée comme l'expression d'une culture des dont les racines historiques sont très profondes. Il souligne que la

Get politique de l'Amérique latine a été, au cours transformée par un vaste mouvement social qu'il nomme « chris-

C'est avec des outils sociologiques puisés dans une relecture de Marx, d'Engels et de Weber que Michael Löwy analyse ce mouvement chrétien et marxiste moderne. Son interprétation est à la fois fondée sur la lutte de classes mais aussi et surtout sur l'étude de textes d'Engels restés dans l'ombre et de certaines l'éthique protestante comme l'esprit du capitalisme. Il met en exergue une profonde contradiction entre « l'éthique catholique » et la logique du capital. L'Église comprend, d'un côté, des bastions conservateurs intégristes liés à « l'obscurantisme » mais aussi, de sur le continent latinohommes et des femmes dont la pratique chrétienne est fondée sur une lecture libératrice et prophétique des textes. Ceci ouvre de riques, réactualisant des questions stimulantes auxquelles on ne peut répondre sans faire appel à l'ana-

Michael Löwy, en reprenant l'expression « Guerre des Dieux » — utilisée par Max Weber dans le Savant et le Politique — explique le « combat éternel que les Dieux se livrent entre eux ». c'est-à-dire le conflit existant entre les théologiens de la libération et les chrétiens conservateurs. Son texte parcourt les réalités révolutionnaires et contestataires les plus marquantes de ces dernières années en Amérique latine. Il analyse ces mouvements et leur expression dans un étroit rapport avec une théologie révolutionnaire encore vivante et fertile dans la culture religieuse et politique de ces pays.

Son livre montre comment s'est élaborée une « affinité élective » entre acteurs marxistes et chrétiens. Les deux ont en commun « un rejet de l'individualisme capitaliste (rationaliste ou empirique) » et tous deux « parient » sur un futur ouvrant des fenêtres sur l'horizon humain du « toujours mieux » (Ernst Bloch). D'une façon originale il compare

- sans vouloir les assimiler — les mouvements de la foi religieuse et de la foi socialiste dans leurs affinités de croyance. Il rappelle que les croyances n'exigent pas scientifique mais contiennent du « sens » et donnent une « cohérence » à l'expérience subjective marxistes, luttent contre l'idolâtrie de la modernité : le marché qui transforme les hommes en simple marchandise et en adorateurs d'idoles. Ils s'opposent à l'impérialisme. Michael Löwy met en évidence que la rébellion et la violence en Amérique latine sont la réponse que les mouvements socio-politiques opposent à la violence quotidienne exercée par le capitalisme. Comme le « sentiment religieux » est aussi un « produit social », la pratique devient un élément déterminant dans la recherche d'une réponse tiques devenues « mystères mystiques ». C'est ainsi qu'il est possible de comprendre que la seule « interprétation » du monde et de sa modernité angoissante n'est pas suffisante car il s'agit de « le transformer ». Les théologiens de la libération nous le rappellent par leur pratique chrétienne de la lutte de classe, car le « Royaume de Dieu ». devant mettre fin aux injustices, doit « commencer ici et maintenant sur terre », ou. comme le dit Samuel Ruiz (évêque du Chiapas au Mexique), « la libération m'intéresse plus que la théologie ».

Gustavo Gutierrez, un de fondateurs de la théologie de la libédit que la conscience du caractère politique de la lutte de classes dans la réalité « n'est pas une complaisance, c'est au contraire chercher avec lucidité et courage, sans leurres, l'établissement de la paix et de la justice parmi les hommes ». Donc la « communion » (constante recherche de sens et d'espérance) des chrétiens de la libération et des marxistes en Amérique latine ne relève pas de la manipulation ou de l'arbitraire. Selon Gutierrez, le marxisme « est la recherche de l'harmonie pour tous autour du travail, et l'égalité en ce qui caractérise l'être humain ».

Nombreux sont ceux qui ont essayé d'enterrer la théologie de la libération (tant au sein de l'Église-institution que des pouvoirs établis) mais Michael Löwy conclut que « le grain semé dans le sol fertile de la culture religieuse et politique latino-américaine continuera à germer au cours des prochaines années, et peut encore nous réserver bien des surprises ».

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