Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IV. CRISE DU STALINISME ET RÉVOLUTION COLONIALE

Démocratie socialiste

Inprecor n° 430-431, décembre 1998 / janvier 1999 · p. 31-35 · 3 773 mots

Stalinisme URSS et Russie IVe Internationale Pologne

Démocratie Résolution Déclin et chute L'organisation de l'État ouvrier doit être revue à la lumière de la théorie léniniste classique en la matière, la théorie de la démocratie soviétique en tant qu'élargissement et non restriction des droits et libertés démocratiques dont peut disposer l'ensemble des masses laborieuses par rapport aux libertés dont elles jouissent même dans les États bourgeois les plus démocratiques Dictature du prolétariat et démocratie soviétique sont synonymes dans ce sens que l'octroi de libertés politiques illimitées aux masses laborieuses peut être accompagné d'une restriction ou même d'un refus de libertés politiques à tous les représentants des classes hostiles, c'est-à-dire à tous ceux qui œuvrent au renversement de l'État ouvrier basé sur la suppression de la propriété privée des grands moyens de production.

En pratique, l'exercice réel du pouvoir par des soviets, des conseils librement élus par les travailleurs manuels et intellectuels des villes et des camsocialiste du stalinisme (extrait)* pagnes, organismes à la fois législatifs et exécutifs et représentant pour cette raison une forme supérieure d'organisation démocratique, n'est possible que si les garanties suivantes existent : Garanties du pouvoir des conseils a) Liberté d'organisation pour tous les partis qui se placent dans le cadre de la légalité soviétique, dans le cadre de la constitution de l'État ouvrier.

b) Liberté effective de presse et de réunion, c'est-à-dire droit pour chaque tendance appuyée par un nombre minimum légalement établi d'ouvriers manuels et intellectuels, ou par un avis des soviets, d'obtenir à leur disposition des locaux de réunion, du temps d'émission aux stations de radio et de TV, du papier journal et des installations d'imprimerie au prorata des disponibilités.

c) Élection et réélection périodique centraux et des principaux fonctionnaires centraux, provinciaux et locaux, au scrutin secret et avec multiplicité des candidats ou de listes, représentant les divers partis soviétiques, et révocabilité des élus au gré de leurs électeurs.

d) Limitation du traitement de tout fonctionnaire dans l'administration, avant tout dans l'administration d'État, au salaire d'un ouvrier qualifié e) Élection et réélection périodique des juges au scrutin secret, garantissant leur indépendance complète par rapport aux organes d'administration de * Il s'agit d'un extrait (thèses 13 à 17) du chapitre III, intitulé Le programme de la IVe Internationale pour la révolution politique, de la résolution Déclin et chute du stalinisme, adoptée par le Ve congrès mondial, tenu en octobre 1957 en présence de plus de 100 délégués et observateurs fraternels représentant plus de 25 pays. Il est à noter que ce texte avait exercé une influence non négligeable sur les oppositions apparaissant dans les pays de l'Est et qu'en particulier le programme écrit par Jacek Kuron et Karol Modzelewski dans leur Lettre ouverte au Parti ouvrier unifié polonais en 1964 s'en inspirait largement. Nous reproduisons ce texte de la revue Quatrième Internationale, n° spécial de décembre 1957. Les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor

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l'État. Juridiction contradictoire, avec droit de défense assuré dans chaque cas, et sur la base du droit écrit.

f) Dissolution de tous les organes permanents de sécurité intérieure secrets. Ils doivent être remplacés par des milices ouvrières publiques, fonctionnant au besoin à l'aide d'organes auxiliaires soumis constamment au contrôle public des soviets.

g) Armement général des travailleurs et établissement d'arsenaux d'armes automatiques dans les entreprises et les quartiers ouvriers.

Le principe léniniste dont s'inspire la Ive Internationale, c'est que si la violence est nécessaire dans les relations entre le prolétariat et l'ennemi de classe, elle doit être bannie des relations qui opposent à l'intérieur de la classe ouvrière les tendances différentes du mouvement ouvrier, et les relations qui opposent à l'intérieur du parti révolutionnaire différents courants, tendances ou fractions. La dictature du prolétariat signifie l'emploi de la violence contre l'ennemi de classe, en fonction de sa résistance. La démocratie soviétique signifie le refus d'employer la violence à l'intérieur du mouvement ouvrier, et le recours exclusif du parti révolutionnaire dans ses relations avec sa classe et les autres couches laborieuses de la société à la persuasion et l'expérience. Le parti doit se soumettre au verdict des conseils

Comme en pratique les frontières entre la classe ennemie et les classes laborieuses ne sont pas nettement tracees, comme de nombreuses conditions objectives peuvent amener l'ennemi de classe à s'appuyer sur les courants les plus conservateurs de ces classes laborieuses, l'avant-garde révolutionnaire peut être amenée parfois devant un choix douloureux : ou bien admettre qu'une situation dangereuse se développe pour l'État ouvrier, ou bien employer, pour écarter ce danger, des méthodes qui sapent gravement la confiance travailleurs dans l'avant-garde et dans leur Etat. Sans vouloir énoncer des vérités absolues ni des dogmes, la Ive Internationale déclare que, sur la base de l'expérience passée, il est absolument clair qu'un État ouvrier a constamment à faire face à deux dangers aussi longtemps que la victoire mondiale du socialisme n'est pas assurée : le retour de la contre-révolution capitaliste et l'affirmation de la dégénérescence bureaucratique. Plus l'Etat est faible, plus la pression ennemie est forte et plus la confiance de la grande majorité des travailleurs ainsi que leur initiative politique font défaut, et plus toute mesure de contrainte exercée contre des parties de sa propre classe sape la confiance de celle-ci dans l'État et ouvre la porte à la dégénérescence bureaucratique. C'est pourquoi il est du devoir du parti révolutionnaire de se soumettre au verdict démocratique des soviets, même quand ceux-ci commettent des erreurs graves que l'expérience permettra à la masse des travailleurs de reconnaître et de corriger tôt ou tard. C'est seulement dans cet esprit que le principe : TOUT LE POUVOIR AUX SOVIETS, comme base d'organisation de l'État ouvrier prendra tout son sens.

En développant le programme de la révolution politique pour le rétablissement de la démocratie ouvrière dans les États ouvriers, la Ive Internationale maintient inébranlablement le principe de la défense de tous les Etats ouvriers contre l'impérialisme. Elle combattra tous les efforts de celui-ci pour exploiter la révolution politique dans ses propres intérêts contre-révolutionnaires. Ces efforts s'accentueront dans la mesure où la révolution politique progressera. Cela rend d'autant plus urgente notre tâche d'explication permanente de notre position traditionnelle en la matière aux masses et aux cadres communistes. Le parti, l'Etat et l'économie

La dégénérescence bureaucratique de l'U.R.S.S. a démontré que les racines de la puissance de l'appareil bureaucratique résident dans sa disposition plus ou moins arbitraire de l'appareil de production de l'État. Les relations entre l'appareil d'Etat, l'appareil dirigeant l'économie, et le parti révolutionnaire sont pour cette raison décisives pour assurer l'essor de la démocratie socialiste soviétique. Ces relations doivent être régies par les principes suivants :

a) Distinction fondamentale entre l'Etat ouvrier et le parti révolutionnaire, l'un ne pouvant se confondre avec l'autre ni être subordonné à l'autre. Ceci signifie notamment que, dans aucune condition, un organisme quelconque de

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l'État - a fortiori un organisme de sécurité — ne peut intervenir dans des discussions ou des luttes de tendances internes du parti. Ceci signifie aussi qu'aucun organisme d'État élu par les masses (ou les soviets) ne peut être modifié dans sa composition sur décision du parti.

b) Élection et contrôle démocratique des dirigeants du Parti par les membres du Parti, par l'observation stricte de toutes les règles de fonctionnement du centralisme démocratique : congrès et conférences à périodes fixes ; élection des dirigeants locaux, régionaux et nationaux au scrutin secret , liberté d'organisation de tendances allant jusqu'au droit de publication de bulletins intérieurs de tendance ; information et discussion aussi complète que possible à la base avant que ne soient tranchés des • différends importants par des organismes centraux, pas de sanction contre des membres sans accord des organismes de base dont ils sont membres, etc.

c) Contrôle démocratique de l'appareil d'État et de l'appareil de l'économie par la masse du peuple laborieux, organisé respectivement dans ses soviets locaux et conseils d'usine. Élection et révocabilité des principaux membres de ces appareils par ces organes respectifs. Participation active des différentes tendances politiques existantes au choix de dirigeants et de programmes d'action opposés.

d) Absence de privilèges matériels attachés à l'exercice de fonctions dirigeantes, des exceptions ne pouvant être tolérées que dans le cas de techniciens non membres du Parti, qui doivent dans ce cas être soumis à un contrôle sévère par les organismes soviétiques de base.

e) Principe du maximum d'information et de publicité pour toutes les questions controversées au sein du Parti, des organismes d'État et des organismes dirigeant l'économie. C'est la condition indispensable pour que le prolétariat puisse effectivement diriger l'État et pour qu'il acquière le plus rapidement possible l'expérience nécessaire afin d'effectuer cette direction avec le maximum d'efficacité possible.

Éviter la dégénérescence

L'organisation de l'économie socialisée, pendant la période de transition du capitalisme vers le socialisme, est la pierre de touche de l'évolution de l'État ouvrier vers l'élargissement de la démocratie socialiste jusqu'au moment où la démocratie elle-même dépérit comme dernière forme de l'État, ou vers les déformations bureaucratiques de l'État et l'apparition de nouvelles inégalités sociales pouvant aller jusqu'à une dégénérescence bureaucratique monstrueuse.

En tant que marxistes, nous savons que la dégénérescence bureaucratique de l'État ne peut être qu'une étape transitoire dans l'histoire de la lutte pour le socialisme mondial, étape rendue possible par l'insuffisance des bases matérielles dont dispose un État ou un groupe d'États ouvriers, et par son isolement. Cependant, en reconnaissant cette cause dernière de la dégénérescence, les marxistes n'admettent nullement un déterminisme mécaniste et automatique, c'est-à-dire l'inévitabilité d'une dégénérescence extrême du type soviétique. Ils reconnaissent seulement que plus la base matérielle de l'État ouvrier est pauvre, plus grand est le risque de déformations bureaucratiques de l'État. Mais s'appuyant sur la douloureuse expérience soviétique qui a coûté au prolétariat soviétique et international des hécatombes, des défaites et des sacrifices évitables, ils comprennent la nécessité absolue pour l'avant-garde révolutionnaire, pour le facteur subjectif, de contrecarrer dans la mesure du possible le jeu des forces objectives spontanées nées du besoin, de la pression du milieu adverse, du manque de culture et de qualifica- le LSSP en ce moment. tion, etc.

Il est essentiel de concevoir à ce sujet un partage des fonctions et des pouvoirs économiques qui limite à l'extrême les possibilités d'arbitraire bureaucratique, tout en créant en même temps les garanties les meilleures pour un essor aussi harmonieux que possible des forces productives. Ce partage des pouvoirs doit s'établir schématiquement d'après le plan suivant :

a) Décisions centrales (dans un Congrès national des soviets ou des conseils ouvriers), après discussion démocratique de plans opposés, en ce qui concerne les grandes lignes de la répartition du produit national (politique d'investissement, taux de progression, politique des prix et des salaires). La IVe Internationale rejette comme antidémocratique et anticommuniste le mythe anarcho-syndicaliste de l'autonomie complète des entreprises qui ne peut aboutir qu'à la lutte de concurrence sur un marché plus ou moins libre ou plus ou moins monopolisé, entre des entreprises, avec toutes les injustices que cela entraîne (appropriation par les ouvriers des usines plus modernes d'une partie du produit créé par les ouvriers des entreprises plus arriérées, etc.) et avec le danger de la dislocation de l'économie planifiée.

b) Gestion des entreprises par les conseils ouvriers dans le cadre du plan général élaboré par les représentants élus de l'ensemble du prolétariat. Ces conseils doivent contrôler et, au besoin, modifier en cours de route l'exécution du plan, et doivent défendre, contre des exigences injustes de l'appareil économique central, les intérêts particuliers des producteurs (normes de travail et de salaires dans leur application concrète, licenciement et embauchage, organisation du travail, etc.). Ils doivent élire le directeur et constituer en même temps la grande école de gestion, dans laquelle un nombre croissant de traPierre Frank s'adresse aux dockers de Colombo (Ceylan), après l'exclusion, en 1964, de l'Internationale du LSSP dont la direction venait d'integrer un gouvernement bourgeois. A ses côtés Bala Tampoe, dirigeant du principal syndicat ceylanais, le Ceylan Mercantile Union, qui rompit avec vailleurs s'initie, à tour de rôle, à l'exercice des fonctions d'administration des entreprises.

c) Rôle de contrôle joué par les syndicats qui, devant les conseils ouvriers - représentant avant tout le point de vue de la production-et les organes centraux de planification, doivent surtout défendre les intérêts des ouvriers en tant que consommateur et citoyen ayant des besoins culturels déterminés. Ils doivent discuter des normes générales du travail et des salaires et de leur application aux branches d'industrie et aux usines dans le cadre de contrats collectifs à termes fixes; ils doivent veiller à la sécurité sociale des travailleur sous toutes ses formes sans remplir un rôle d'administration (qui incombe à l'État, c'est-à-dire aux organismes locaux d'auto-administration) ; ils doivent s'efforcer de réduire la durée du temps de travail, d'augmenter les possibilités de congés payés et de participation des travailleurs à la vie culturelle sous tous ses aspects, etc. Ils doivent être basés, comme le

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parti, sur la stricte règle d'adhésion volontaire, contrairement aux conseils ouvriers et soviets, pour lesquels tout salarié de l'entreprise ou de la localité a automatiquement droit de vote.

La garantie effective du droit de greve est en même temps la garantie du caractère effectif et non pas purement formel de ce partage des pouvoirs économiques.

En affirmant l'importance de ce partage des pouvoirs économiques, la IVeInternationale affirme en même temps que toute structure organisationnelle, quelque idéale qu'elle soit, reste une forme vide de contenu aussi longtemps que ne s'épanouissent pas la démocratie ouvrière politique et la participation effective à la vie politique Pologne, août 1980, un exemple de démocratie ouvrière. Une délégation gouvernementale conduite par le vice-premier ministre Mieczyslaw Jagielski obligée de négocier devant une assemblée générale des délégués des grévistes dans le chantier naval de Gdansk. Debout Lech Walesa, président du comité de grève, assis à sa droite, Jagielski. Les grévistes imposèrent le droit de grève et leur syndicat. d'un nombre croissant de prolétaires. Dans une économie planifiée, la détermination des grandes proportions de répartition du revenu national représente la décision capitale qui fixe à tous les organismes d'auto-gestion un cadre plus ou moins rigide auquel ils ne peuvent échapper sans désorganiser l'ensemble de la planification. Aussi longtemps qu'une majorité de prolétaires ne participe pas à cette décision, de façon directe ou indirecte (par ses représentants librement élus), et qu'en connaissance de cause, elle ne fixe pas elle-même la limite des sacrifices qu'elle consent pour l'essor des forces productives, on ne peut parler réellement d'une démocratie soviétique véritable, épanouie. Aussi longtemps que différents courants ouvriers n'ont pas le droit de présenter des plans généraux ou partiels de rechange au choix des travailleurs, cette participation reste plus fictive que réelle. Une époque de transition

Le socialisme est une forme d'organisation sociale basée sur l'abondance.

Au moment où le prolétariat conquiert le pouvoir dans n'importe quel pays, y compris dans le pays le plus avancé, les forces productives existantes ne suffisent pas à assurer une telle abondance à tous ses citoyens et à fortiori à tous les citoyens du globe. L'époque de transition entre le capitalisme et le socialisme est donc de toute façon une période pendant laquelle le prolétariat ne pourra se contenter d'une répartition nouvelle et plus juste de richesses existantes. Il devra de toute façon assurer un accroissement considérable de la production courante de richesses, et de là du stock des moyens de production à la disposition de la société, pour arriver à son but : l'organisation d'une société qui assure à chaque homme la satisfaction pleine et entière de tous ses besoins, sans calculer cette satisfaction d'après la mesure exacte du travail que l'homme lui aura fourni en échange A la lumière de cette thèse on pourrait supposer qu'il n existe qu'une différence quantitative entre les problèmes d'essor de la production posés pour un Etat ouvrier ou un groupe d'Etats ouvriers encore à peine industrialisés, et pour des États ouvriers apparus dans des pays où le capitalisme lui-même avait préalablement assuré un large épanouissement de l'industrie moderne. Ce n'est pas le cas : il y a entre ces pays des différences qualitatives en ce qui concerne les problèmes posés par l'essor d'une industrie socialiste :

a) Du point de vue social, dans le premier groupe de pays l'industrialisation, même si elle dispose de l'aide d'une économie socialiste internationale, se développe dans un milieu hostile (la majorité de la population constituée par les petits producteurs paysans) Dans le deuxième groupe de pays, l'État ouvrier peut compter dans sa politique économique sur l'appui de la majorité sinon des 2/3 de la population.

b) Du point de vue économique, l'industrialisation dans le premier groupe de pays doit correspondre à des objectifs combinés : à la fois les intérêts particuliers des travailleurs, l'élévation de leur niveau de vie et de culture, etc., et la nécessité de différencier la paysannerie (en détacher une couche de paysans pauvres qui peuvent s'intégrer librement dans une économie socialisée, et une couche de paysans moyens qui peuvent être neutralisés dans la lutte contre l'accumulation primitive des paysans riches). Dans le deuxième groupe de pays, l'essor de l'économie peut être fondamentalement orienté vers la satisfaction des besoins croissants de la masse des producteurs, tout en réservant pendant une longue période transitoire une tranche importante du produit national à l'aide à accorder aux États ouvriers moins industrialisés. Développement économique harmonieux

La Ive Internationale n'affirme pas seulement le principe qu'il est impossible pour un État ouvrier d'imposer aux travailleurs une marge de sacrifices supérieure à celle qu'ils acceptent librement. Elle affirme en même temps que toute tentative de surélever systématiquement pendant une longue période le taux d'accumulation se négativement et sur la productivité du travail et sur l'auto-discipline des producteurs, et crée ainsi des pertes et des faux frais énormes qui épongent en grande partie les avantages escomptés d'une telle accumulation. N'est rentable à la longue qu'une planification qui établit une proportion harmonieuse dans la croissance des différents secteurs de l'économie, entre l'industrie, l'agriculture et le système des transports, et entre les différentes branches de l'industrie elle-même. La base d'un tel système doit être une progression de la production accompagnée d'une élévation plus ou moins équivalente du niveau de vie des producteurs. Plus les producteurs peuvent facilement mesurer eux-mêmes directement ces progressions parallèles et plus consciente et enthousiaste deviendra leur participation créatrice à l'essor économique. Les exigences d'un tel développement harmonieux de toutes les branches de l'économie excluent par avance toute politique de collectivisation forcée de l'agriculture, source de stagnation sinon de recul de la production agricole et de désordres dans l'approvisionnement en

Elles peuvent par contre être conciliées avec la création de coopératives de production agricoles dans toutes les couches de la paysannerie qui sont socialement et économiquement prêtes à accepter un tel mode de production, à condition qu'il leur apporte des avantages matériels précis.

Sans exclure la nécessité, qui peut se présenter même à l'avenir, qu'un État

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Crise ouvrier isolé sur un continent déterminé doive entamer par ses propres forces la construction d'une économie socialiste, toute l'expérience a démontré que la division internationale du travail et l'entraide entre différents États ouvriers sur un pied d'égalité représentent un facteur facilitant et stimulant l'essor de l'économie, un facteur de toute façon indispensable pour rattraper et dépasser le niveau de productivité du travail atteint dans les pays capitalistes les plus avancés, seul critère de la victoire définitive de l'économie socialisée sur l'économie capitaliste. Toute idée de pouvoir achever la construction d'une économie socialiste autarcique dans un seul pays ou dans un petit groupe de pays doit être rejetée comme un mythe réactionnaire. Liberté de la culture et de la science

La démocratie soviétique, objectif de la révolution politique dans les États ouvriers dégénérés et de la révolution sociale dans les pays capitalistes, est inconcevable sans un essor libre de la création artistique, du travail scientifique et de toutes les activités culturelles de l'homme. Un tel essor s'avère d'ailleurs de plus en plus une condition indispensable à une exploitation pleine et entière du formidable réservoir de forces créatrices techniques et productives que la révolution met à la disposition de la société nouvelle. Un tel essor libre ne signifie pas que le Parti et l'avant-garde révolutionnaire s'abstiennent de manifester leur propre avis au sujet des multiples controverses quI peuvent apparaître dans des domaines théoriques. Mais cela signifie :

a) Que le parti révolutionnaire milite activement par la propagande et la persuasion pour toutes les thèses du marxisme et du matérialisme dialectique et historique, qu'il exige que la possibilité la plus ample soit donnée pour suivre l'enseignement de toutes ces thèses, sans que l'État impose l'adoption ou l'exposé exclusifs de ces thèses au personnel enseignant ou à la jeunesse ;

b) Qu'aucune tendance scientifique, artistique ou culturelle qui n'est pas considérée comme progressive ou la plus progressive, par l'avant-garde révolutionnaire, ne peut être réprimée ou punie administrativement ou entravée dans son effort de production et de création ;

c) Que l'État ne donne pas son investiture officielle, ni par des avantages matériels ni par une distribution de postes hiérarchiques, à une tendance du stalinisme et révolution coloniale (1948-1967) Pologne, usine Ursus, mars 1981. Discussion dans un atelier sur la tactique face au gouvernement. quelconque dans le domaine de la science, des arts ou de la production culturelle, domaines qui sont les plus mürs pour l'application intégrale du principe d'auto-administration ;

d) Que le parti distingue nettement entre le choix d'objectifs sociaux, économiques ou culturels à atteindre par priorité (par exemple la solution prioritaire de la crise du logement par rapport aux besoins de l'esthétique urbanistique) et la nécessité de défendre sur le plan théorique (de la planification à longue échéance) des principes corrects se rapportant à ces objectifs, même s'ils ne sont pas immédiatement réalisables.

La démocratie soviétique est de même inconcevable sans la destruction radicale de toutes les barrières qui empêchent aujourd'hui encore une majorité de citoyens de jouir des dons matériels et culturels de la civilisation. Elle doit garantir la gratuité entière de l'enseignement à tous les échelons, la sélection ne pouvant s'opérer strictement que d'après les capacités; elle doit garantir à chaque citoyen des soins de santé gratuits sans discrimination sociale aucune. Elle doit assurer aux jeunes une participation pleine et entière, et autonome, à la vie politique. Elle doit réaliser pleinement le principe « à travail égal, salaire égal », aider au maximum l'émancipation de la femme de millénaires de soumission et permettre en même temps une sélection professionnelle en faveur de la femme qui tienne compte de ses particularités physiques. Elle doit revoir dans l'esprit de la Révolution d'Octobre le code du mariage, le droit au divorce et à la maternité volontaire (distribution libre de moyens anti-conceptionnels et droit à l'avortement), les droits des enfants, l'auto-administration à l'école, dans le sens de l'égalité absolue entre l'homme et la femme, de l'absence maxima de toute contrainte matérielle d'un être humain sur un autre.

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