Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

V. RENOUVEAU DE L'INTERNATIONALE

La construction des partis révolutionnaires en Europe

Inprecor n° 430-431, décembre 1998 / janvier 1999 · p. 44-45 · 1 576 mots

Syndicalisme France

La construction en Europe

D e 'ensemble des changements des

conditions objectives et subjectives pour la construction des partis révolutionnaires en Europe capitaliste, nous avons tiré et nous tirons la conclusion que la tâche centrale de l'étape ouverte en 1967-1968 consiste pour les marxistes-révolutionnaires à conquérir l'hégémonie au sein de la nouvelle avant-garde à caractère de masse - en mettant l'accent sur notre renforcement au sein de la composante ouvrière cette avant-garde - afin de construire des organisations révolutionnaires qualitativement plus puissantes qu'à l'étape précédente, à passer de groupes de propagande révolutionnaire à des organisations politiques révolutionnaires en voie d'implantation dans le prolétariat. Conquérir l'hégémonie politique

L'hégémonie politique suppose que l'organisation marxiste révolutionnaire par sa propagande, ses campagnes, ses initiatives apparaisse comme un pôle de référence pour cette avant-garde large même si une grande partie d'entre elle n'est pas encore directement organisée par notre mouvement.

Il est en effet illusoire de croire que l'on puisse passer en un saut d'un groupe de propagande à un parti révolutionnaire ayant déjà une influence politique déterminante sur une fraction du prolétariat, du moins dans les pays d'Europe capitaliste où existe un mouvement ouvrier traditionnel avec un poids énorme de l'appareil bureaucratique au sein des masses laborieuses. Celles-ci ne s'orientent pas en premier lieu sur des * Nous publions ci-dessus un extrait des thèses sur la construction des partis révolutionnaires en Europe capitaliste adoptées par le Xe congrès mondial, qui s'est tenu en février 1974 en Suède en présence de près de 250 délégués représentant 48 organisations de 41 pays. Ce texte a été publié par la revue Quatrième Internationale, n° 16-17 (nouvelle série) de juillet-août 1974. Les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor des partis révolutionnaires

Après la dissolution de la Ligue, le front unique contre la repression : Alain Krivine accompagné par Edmond Maire (CFDT) et François Mitterrand (PS) se rend à une conférence de presse, avant d'être arrêté et emprisonné... programmes, des plates-formes ou des idées. Elles s'orientent d'après leurs besoins immédiats et les instruments de lutte disponibles pour réaliser ces besoins

Les déceptions et les révoltes par rapport à l'opportunisme des directions traditionnelles n'entraîneront un afflux ouvrier massif vers les organisations révolutionnaires que lorsque celles-c auront démontré non seulement la clarté et la justesse de leur programme, mais encore leur efficacité dans l'action, ne fût-ce que sur un plan limité. L'étape qui conduit du groupe essentiellement propagandiste au parti révolutionnaire, au sens scientifique du terme, est donc celle d'une organisation révolutionnaire en voie d'implantation dans la classe, c'est-à-dire en train de conquérir sur le terrain de la lutte de classes un rapport de forces tel qu'elle devienne crédible comme direction de rechange du mouvement ouvrier, à commencer par un secteur d'avant-garde de la classe ouvrière

Le choix prioritaire de la conquête de l'hégémonie politique au sein de l'avant-garde à caractère de masse est fonction de l'ensemble de l'analyse de l'étape actuelle de la lutte de classes en Europe capitaliste :

a) Sans la conquête de cette hégémonie, la force de l'avant-garde à dimensions de masse risque de se dissiper.

b) Sans polarisation de cette avant-garde de masse dans une organisation marxiste-révolutionnaire sérieuse puissante, le potentiel d'influence de cette avant-garde au sein des masses plus larges risque d'être neutralisé et perdu.

c) Si ce potentiel d'influence de l'avant-garde au sein des masses plus larges ne se fait pas sentir d'une manière croissante, la remontée des luttes ouvrières arrivera dans une impasse, ce qui finira par faciliter à la longue une contre-offensive de la bourgeoisie. Les tâches des marxistes-révolutionnaires

La lutte pour l'hégémonie politique marxiste-révolutionnaire au sein de la nouvelle avant-garde à caractère de masse n'est pas une tâche facile. Elle ne peut être réalisée par un effort d'adaptation opportuniste au plus grand dénominateur commun de cette avant-garde politiquement disparate, ni par une tentative (au fond non moins opportuniste) d'effectuer une « synthèse » entre les différents courants qui la traversent. Elle implique:

1.— Une éducation permanente de cette avant-garde par une polémique avec les différents groupes d'extrême-gauche sur la stratégie révolutionnaire, le programme de transition, l'unité de la classe ouvrière, les alliances de classes, la construction du parti révolutionnaire, dont aucun élément ne peut être considéré comme un acquis définitif de cette avant-garde large

2.- La capacité des organisations marxistes-révolutionnaires à prendre des initiatives politiques débordant la pratique des réformistes,

- visant à mobiliser non seulement cette avant-garde large mais avec elle une partie des militants combatifs voire une fraction des masses,

— et permettant à travers ces initiatives d'éduquer l'avant-garde large par rapport à la perspective d'affrontement central avec l'État bourgeois ; et de détacher des militants combatifs de l'emprise réformiste.

3.- La capacité des organisations marxistes-révolutionnaires à offrir un cadre de travail de masse durable à cette avant-garde ouvrière large où elle pourra, à la fois marquer un rapport de forces national face aux réformistes grâce à des campagnes centrales : soutien aux luttes ouvrières, mobilisation anti-impérialiste (Indochine, Chili), mobilisation antimilitariste,

Page 45

etc. et disputer aux réformistes l'hégémonie dans les luttes revendicatives au sein des entreprises par un travail syndical permanent dans la perspective de construction de tendances syndicales de lutte de classe et par la capacité à prendre des initiatives autonomes de mobilisation au sein même des entre-

Ceci rend compte des formes d'organisation nouvelles au sein même des entreprises dont la nature est variable en fonction d'une part de leur objet, d'autre part du degré d'implantation des organisations syndicales et de l'hégémonie plus ou moins grande des réformistes sur l'appareil syndical.

Mais dans tous les cas notre but est :

a) de faire émerger lors de la lutte d'authentiques structures de démocratie ouvrière (AG souveraine, comité de grève élu, délégués d'atelier) ;

b) d'avancer vers la constitution permanente de tendances syndicales lutte de classe mais en aucune façon de constituer des comités de lutte permanents, soit petits syndicats rouges sectaires, soit groupes politiques syndicaux c) de structurer des groupes sympathisants du parti dans l'entreprise en vue de l'intégration des meilleurs militants à l'organisation marxiste-révolutionnaire.

4.— La capacité à maîtriser la dialectique des secteurs d'intervention en fonction du degré de développement de l'extrême-gauche marxiste-révolutionnaire et de son rapport de forces avec les partis traditionnels ainsi que du degré de développement numérique de l'avant-garde ouvrière large par rapport notamment à l'avant-garde

C'est-à-dire à maîtriser les liens dialectiques et le choix des forces : - entre apparitions politiques centrales et apparitions politiques locales diversi— entre travail jeune et travail ouvrier ; - entre périphérie du mouvement ouvrier et cœur du mouvement ouvrier ; - entre travail quartier et travail entreprises.

Le problème se pose donc en termes différents selon les pays et selon les étapes de construction de l'organisation.

5.— L'ensemble de cette activité vise à transformer cette avant-garde pour en faire un instrument adéquat de recomposition du mouvement ouvrier organisé. Elle suppose donc une tactique unitaire spécifique par rapport aux partis ouvriers traditionnels. En effet si nos organisations sont aujourd'hui en règle générale encore trop petites pour appliquer centralement une tactique de front unique, par contre cette avant-garde large, à travers les initiatives, les campagnes que nous lui proposons, est capable de se mobiliser, de mobiliser avec elle une partie des travailleurs combatifs et grâce au rapport de forces ainsi créé d'imposer l'unité d'action aux partis ouvriers traditionnels. A travers une telle unité d'action conjoncturelle, nous visons à entraîner les masses et si possible à déborder les appareils réformistes. Au cours de ce processus « initiative - unité - d'action -débordement » nous visons à éduquer l'avant-garde large sur la nécessité stratégique de l'unité de la classe ouvrière contre toute déviation sectaire et à arracher à l'hégémonie réformiste des travailleurs combatifs, si ce n'est pour les gagner durablement au marxisme-révolutionnaire, du moins pour les faire rompre politiquement durablement avec le réformisme. Une chance historique à saisir

Cette tactique unitaire par rapport au mouvement ouvrier doit donc se compléter d'une tactique spécifique avec les organisations d'extrême-gauche afin à la fois de permettre grâce à leur unité ponctuelle de prendre des initiatives de masse et de combattre dans la pratique, dans les formes d'action, les mots d'ordre, etc. leurs déviations sectaires en particulier ultra-gauchistes

Cette tactique unitaire par rapport aux autres organisations d'extrême-gauche est donc là encore variable en fonction des rapports de forces entre l'organisation marxiste-révolutionnaire, les organisations d'extrême-gauche, l'extrême-gauche et les partis ouvriers, l'extrême-gauche et l'avant-garde large.

Bolivie. 1971

A SCA- MOBIL RAI

Les militants de la LCR italienne en défense de l'échelle mobile des salaires. Elle est donc nécessairement variable avec les pays et avec les étapes de construction de l'organisation marxiste-révolutionnaire.

Les bouleversements des années 6768 ont créé une chance exceptionnelle de percée pour une nouvelle direction révolutionnaire du prolétariat européen, la chance la plus grande depuis 1917-23. Mais elle ne sera pas d'une durée illimitée. Il s'agit de réunir dans un délai déterminé toutes les conditions nécessaires au renforcement qualitatif des organisations marxistes-révolutionnaires sinon cette chance historique se dissipera.

Nous rejetons toute illusion spontanéiste, selon laquelle l'ampleur de la crise actuelle du capitalisme et du stalinisme - qui est effectivement sans précédent - pourra obliger, à travers la pression des masses, les dirigeants de la bureaucratie syndicale, les dirigeants des PS et des PC à mener à bien une révolution socialiste en Europe. Sans la construction d'une nouvelle direction révolutionnaire dans les délais existants, le prolétariat européen connaîtrait, après des vagues successives de luttes de masse dont certaines dépasseront encore l'ampleur du Mai 68 en France, de nouvelles et terribles défaites d'ampleur historique.

Une erreur sur cette page ?