par Marc Bonhomme* > listes, la crise endémique du capi- ans presque tous les pays impériatalisme depuis une génération, combinée à la crise du socialisme, produit des effets politiques similaires mais fort différents quant à leurs formes et niveaux en fonction des acquis historiques : crise de la droite traditionnelle largement compensée par la néolibéralisation de la social-démocratie, la socialdé mocratisation du stalinisme et la croissance de la droite de la droite, et a laquelle commence à répondre tres modestement l'organisation d'une gauche anticapitaliste. Comme l'ont démontré les dernières élections québécoises, le Québec n'échappe, ni à cette règle, ni à son histoire. Tentative de regroupement à gauche
La gauche politique, dans le cadre du Regroupement pour une alternative politique (RAP), faisait un effort de regroupement pour la première fois depuis l'époque du Mouvement socialiste au début des années 80. Parmi le millier de membres du RAP se retrouvait une bonne partie des 500 membres du PDS, parti anticapitaliste qui, pour la première fois dans l'histoire du Québec, présentait près d'une centaine de candidat(e)s. Ce bouillonnement de la gauche politique résonne dans les couches syndicales intermédiaires, dont les éléments les plus combatifs ont commencé à se regrouper dans le Forum intersyndical. Ces couches rejettent la stratégie de concertation des Sommets socio-économiques du Parti québécois (PQ), au pouvoir depuis 1994, qui visaient à constituer un bloc nationaliste composé du PQ, du Bloc québécois (principal parti québécois au parlement fédéral à Ottawa), du patronat et des directions syndicales
Cette grogne, depuis un an, a mis à mal le leadership de la présidente de la Centrale des enseignant(e)s du Québec
(CEQ). Elle a aussi forcé la direction de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), principale centrale syndicale du secteur public, à
Use retirer des « Partenaires pour la souveraineté », une structure de concertation du bloc nationaliste (mais sans le patronat et avec la majorité des groupes populaires représentés par Solidarité populaire du Québec, SPQ). Elle a finalement empêché la direction de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), principale centrale syndicale, surtout présente dans le secteur privé, d'appuyer ouvertement le PQ « Déficit zéro » et hégémonie US
Le ras-le-bol contre les coupures dans les services publics, particulièrement dans la santé, thème de la première partie de la campagne électorale, mettait le gouvernement du Parti québécois sur la défensive. Le PQ, à la suite du gouvernement fédéral canadien et de tous les gouvernements provinciaux, s'est astreint depuis 1994 à la discipline de fer du « déficit zéro ».
Il ne reste plus que le Québec et l'Ontario à ne pas avoir atteint cette cible magique. A la différence près que l'Ontario, la plus populeuse et la plus riche province canadienne, mais durement touché par la récession de 1991-1992, ne l'a pas encore atteint parce que son gouvernement conservateur (dont la clientèle est formée du patronat des petites et moyennes entreprises et de petites villes) s'est payé le luxe d'un rabais d'impôt sur le revenu de 30% pour soutenir les PME, au grand déplaisir des financiers de Toronto. Mais ce rabais d'impôt, qui accentue la disparité fiscale par rapport au Québec (déjà désavantagé par rapport à la fiscalité des Etats-Unis), n'a pas empêché le gouvernement ontarien de couper relativement moins que celui du Québec les budgets sociaux, à partir d'une base de services publics plus développés, tellement la reprise des années 90 a spécialement bénéficié au secteur financier, à l'industrie électronique et automobile, concentrés en Ontario
Cette politique du « déficit zéro » est autrement plus contraignante que celle du déficit 3% des critères de Maastricht, ce qui s'explique sans doute par un rapport de forces plus défavorable en Amérique du Nord aux classes ouvrière et populaire. Que dire du Japon, à qui les hautes instances du capital US et européen ordonnent d'encourir des déficits records, quitte même à avoir recours à la planche à billets, pour sauver l'économie mondiale ? Son cas prouve que l'austérité des budgets publics imposée aux peuples du monde n'a rien à voir avec la théorie économique et tout avec l'intérêt de classe, en particulier des maîtres du dollar US et de
On ne peut même pas comparer l'effort budgétaire des gouvernements canadiens au déficit zéro réussi du gouvernement fédéral américain tant les États-Unis bénéficient de leur situation d'hégémonisme mondial. Cet hégémonisme, tant monétaire, financier, économique que militaire, garantit jusqu'ici la croissance de l'économie américaine grâce à une injection de fonds mondiaux au rythme annuel de 300 milliards de dollars US, sans contrepartie négative sur ses taux d'intérêt et de change Ces fonds irriguent particulièrement son secteur des services avant d'être évacués en un formidable surplus d'importation de produits au bénéfice du niveau de vie US, par ailleurs de plus en plus mal réparti.
Ainsi, les élites américaines permettent au peuple canadien de se serrer la ceinture, tant au niveau des services publics, par la politique du déficit zéro, qu'au niveau salarial en ayant consenti à la dévaluation du dollar canadien de près de 30% par rapport au dollar amé. ricain depuis 1991, afin de dégager des surplus d'exportations vers les USA égaux à plus de 4 % du PIB canadien. La bourgeoisie canadienne, et davantage sa composante québécoise, ne se plaint certes pas de ce boom des exportations qui lui permet à la fois de s'enrichir tout en s'évitant un crash à cause de l'atrophie du pouvoir d'achat tant privé que public. Au peuple souffrant qui proteste, elle répond, en bon nationaliste canadien ou québécois, peu importe, que le Canada, ou le Québec, doit se libérer de l'emprise du capital étranger en atteignant le déficit zéro, politique qui, aux dires de certains, devrait se * Marc Bonhomme est rédacteur du mensuel québecois La Gauche.
poursuivre en réduction absolue de la dette. Car, comme par hasard, le service net de la dette extérieure canadienne combiné au déficit des services égale à peu près le surplus d'exportations canadiennes vers les USA. L'indépendance noyée dans les « conditions gagnantes »
C'est cette dépendance, présentée comme une libération à la capitaliste, que le premier ministre péquiste Lucien Bouchard a proposé au peuple québécois, surtout au cours de la deuxième partie de la campagne électorale, sous le vocable de « conditions gagnantes » en vue d'un prochain référendum, le troisième depuis ceux de 1980 et 1995. Le peuple québécois savait déjà que la question référendaire ne porterait pas sur l'indépendance, pas plus que ce n'avait été le cas au moment du référendum du 31 octobre 1995, mais sur une quelconque souveraineté-partenariat libre-échangiste avec le dollar canadien auquel devrait consentir nécessairement le gouvernement fédéral canadien. Mais au moins le programme péquiste garantissait un référendum au cours du prochain mandat au plus grand dam des bourgeois, anglophones ou francophones, car ce référendum pouvait facilement déclencher une dynamique indépendantiste, quelque soit l'ambiguïté de la question.
Ce qui explique que la Cour suprême canadienne ait pourfendu en août dernier la bête noire indépendantiste en déclarant illégale, tant en droit canadien qu'international, la sécession unilatérale du Québec tout en imposant une obligation de négocier pour autant que la question et la majorité soient « claires », sans autre explication. « Victoire ! » avait crié le PQ, soulagé d'être libéré du carcan de l'indépendance, imposé par la pression populaire, sur le dos d'une Cour suprême consentante à jouer au bouc émissaire, et heureux de l'ouverture d'un processus interminable de négociations Parti tant pré-référendaires
Parti québécois (PQ) sur la « clarté » de la
Parti libéral (PLQ) question et de la majo-
Action démocratique (ADQ) rité que post-référen- PDS (NPDQ en 94) daires sur la significa-
Parti égalité tion constitutionnelle Bloc-Pot d'un éventuel « oui » RAP gagnant, autre cadeau 2 partis néostaliniens inattendu au PQ, qui a Parti vert surpris les fédéralistes Autres durs, peu enclins à négocier quoi que ce soit.
Les conditions étaient donc réunies pour que le premier ministre Bouchard impose à son Conseil national préélectoral l'abandon du référendum mandataire en faveur de la doctrine élastique des « conditions gagnantes », qui permet d'ajouter des conditions ad nauseam au « déficit zéro » et à la « clarté » de la question et de la majorité. La faciavec laquelle Lucien Bouchard, ancien ministre conservateur fédéral, s'est imposé à son parti alors qu'il n'avait jamais lui-même gagné d'élections comme dirigeant péquiste (en 1994, c'était Jacques Parizeau qui dirigeait le PQ, alors que Bouchard dirigeait le Bloc québécois) en dit long sur la dégénérescence de ce parti, devenu une machine électorale au service d'un chef. Armé au niveau socio-économique, de la doctrine du « déficit zéro » et, au niveau socio-politique, de celle des « conditions gagnantes », le PQ entreprit la campagne en trombe. Optimisme économique ambiant
Comble de chance, le début de la campagne coïncida avec le tournant à la hausse des cours des bourses, tournant déclenché par une baisse inattendue et paniquée des taux de base de la Réserve Fédérale US à la mi-octobre. Autrement la débandade boursière mondiale, qui faisait craindre une transformation rapide de la crise russo-asiatique en une crise mondiale, risquait de devenir le thème incontournable de la campagne électorale tout en rendant caduque toute la stratégie du « déficit zéro ». Au contraire, l'optimisme ambiant permit un faux débat pseudo-comptable sur l'allocation des surplus virtuels de l'après déficit zéro, comme si tout danger de crise mondiale était définitivement écarté. Si cette lancée avait réussi à ancrer la campagne solidement à droiRésultats électoraux
1998 1994 % élu(e)s % élu(e)s 42,87 76 44,75 77 43,35 48 44,40 11,81 1 6,46 0,59 0,85 0,31 0,29 0,24 0,17 0,12 0,06 0,14 0,34 3,05 te, par contre, l'accord unanime des trois partis de droite sur le déficit zéro, ne permettait à aucun de se démarquer en matière de politique économique et sociale.
Le débat télévisé des chefs à la micampagne relança celle-ci sur la question constitutionnelle qui, elle, permettait une démarcation entre les partis. Le thème des conditions gagnantes permettait certes au PQ de se sortir du cul-de-sac référendaire, cul-de-sac, faut-il le rappeler, dans lequel il s'était lui-même fourré en détruisant la confiance du peuple québécois, véritable condition gagnante, par sa politique droitière du déficit zéro, mise en place dès la quasivictoire d'octobre 1995, tellement la défaite du « oui » par moins d'un point de pourcentage avait estomaqué les fédéralistes qui escomptaient écraser les souverainistes.
Mais la doctrine des conditions gagnantes avait quand même l'inconvénient de faire reculer le règlement de la
question constitutionnelle aux calendes grecques sans offrir de réformes immédiates. Cette faille, l'adversaire fédéraliste, le Parti libéral, ne manquait pas de la reprocher au PQ, lui qui proposait très immédiatement la négociation, conjointement avec les autres provinces, d'une « Union sociale » face au gouvernement fédéral, comme solution à la réduction unilatérale de près de 40% des subventions fédérales aux budgets sociaux des provinces depuis 1994. L'Union sociale propose la gestion commune des politiques sociales (pourtant clairement une responsabilité provinciale selon l'Acte constitutionnel de 1867) accompagnée d'un droit de retrait financièrement compensé en cas de désaccord sur une politique commune mais à condition que la province récalcitrante se dote d'une politique similaire. Le recul provinciales était évident, sans compter d'éventuelles concessions qui devraient être faites au très centralisateur gouvernement fédéral (si toutefois il daigne même négocier sérieusement, ce qui n'est pas encore acquis à ce jour). Ottawa ne veut tout simplement pas s'engager à dépenser ses nouveaux surplus en faveur des budgets sociaux, sa priorité restant le remboursement de la dette et les rabais
Quelle ne fut pas la consternation générale quand le PQ, pour obtenir le vote des fédéralistes mous, lors de la dernière semaine de la campagne, se rallia au projet de l'Union sociale, étant bien compris que son éventuel succès compromettrait l'objectif de l'indépendance. De là à conclure que le PQ jouait le grand jeu pour tout faire échouer, il n'y avait qu'un pas que franchirent les Libéraux qui avaient toujours eu intérêt à démoniser le PQ. Par contre, beaucoup d'indépendantistes sincères, se souvenant de la catastrophique nuit des longs couteaux de 1982, où le même grand jeu mené par René Lévesque, père fondateur du PQ issu de l'aile nationaliste du Parti libéral, avait finalement complètement isolé le Québec qui y perdait son droit de veto implicite sur les réformes constitutionnelles, voyaient se réaliser leurs pires appréhensions. Ainsi se termina une campagne droitière, dominée comme jamais par les chefs de parti, ramenant au pouvoir un PQ affaibli, qui avait eu un peu moins de que les Libéraux mais dont les appuis, trop concentrés dans les quartiers anglophones et allophones de Montréal et dans les comtés francophones de la région de la capitale fédérale, se perdaient dans le système uninominal à un tour typique des contrées anglo-saxonnes. Manœuvres médiatiques
Pourtant le bipartisme, aux partis régionaux près, favorisé par le système électoral britannique avait moins dominé qu'en 1994. Un tiers parti non régional issu, comme le PQ, de l'aile nationaliste restante du Parti libéral, l'ADQ, populiste très droitier en matière économique et sociale et constitutionnellement centriste, pour ne pas dire Ponce-Pilate avec sa proposition d'un gel constitutionnel pour dix ans (équivalant à un appui tacite aux fédéralistes), a attiré près de 12% des voix, même s'il n'a fait élire que son chef. Si le parti le plus droitier a presque doublé son score relatif par rapport aux élections de 1994, C'est que très consciemment les monopoles médiatiques, et en particulier les deux grands réseaux télévisuels, en ont fait systématiquement la promotion acritique bien au-delà de sa représentativité, avec l'appui tacite des deux grands partis traditionnels qui ont accepté la présence de son unique député lors du débat télévisuel des chets, qui fut déterminant.
Grands médias, partis traditionnels et autres affairistes ayant un intérêt à ce que le vote de protestation populaire qui ne voulait pas appuyer le parti anti-Québec favori de la grande bourgeoisie, ne se dirige pas d'instinct vers la gauche n'avaient d'autre choix que de promouvoir l'ADQ du jeune télégénique Mario
En effet, pour la première fois de l'histoire du Québec, un parti de gauche présentait des candidat(e)s presque partout au Québec, soit 97 sur 125 comtés. Pour ajouter l'injure à l'insolence, ce parti, le Parti de la démocratie socialiste (PDS) se présentait avec un programme nettement anticapitaliste et indépen-
Son leitmotiv était qu'on avait le choix entre la politique du « Parti néolibéral » à trois têtes, qui vise les coupes des services publics pour renflouer les banques et les riches — le quart des revenus provinciaux et près du tiers des revenus fédéraux vont au remboursement des intérêts sur la dette publique — et celle, anticapitaliste, du PDS. Le banques et multinationales ultra-fédéralistes, en luttant pour un Québec indé. pendant hors ALENA, qui gèlerait les intérêts sur la dette publique, instaurerait une réforme fiscale taxant lourdement profits et richesses et nationaliserait les institutions financières. Les dizaines de milliards ainsi récupérés permettraient de renflouer massivement les services publics, d'instaurer le plein emploi écologique sur la base des 32 heures payées 40 et de contribuer au relèvement du tiers monde en annulant sa dette et en s'opposant aux alliances militaires comme l'OTAN
L'effort électoral maximum du petit PDS a à la fois encouragé et forcé l'aile social-démocrate du RAP à présenter à la dernière minute une demi-douzaine de candidats sans étiquette de parti, y compris dans certains comtés où le PDS avait déjà des candidats en campagne, sur la base du démagogique « revenu de citoyenneté » qui, capitulant devant le néolibéralisme, esquive la confrontation avec le capital pour l'obtention du plein emploi. Ce que voyant, les grands médias ont consenti à donner une place non négligeable à leur candidat vedette, ancien dirigeant syndical radical particulièrement populiste, ce qui à la fois ne nuisait pas à l'ADQ, puisqu'un seul comté était concerné, et servait de défoulement aux frustrations populaires tout en donnant de la gauche une image unidimentionnellement redistri-
Les résultats électoraux de toutes les tendances de gauche ont été fort modestes. Nul doute qu'une conjoncture électorale d'euphorie boursière et de baisse du chômage depuis la fin de l'été — en pleine campagne électorale, le taux de chômage au Québec descendait en dessous de la barre de 10 % pour la première fois depuis 1989 - furent favorables à la droite. A cela s'est ajouté la campagne médiatique pro-ADQ et le boycott quasi-total des grands médias nationaux envers le PDS. Le PDS était en plus handicapé par une absence abyssale de moyens financiers dans le contexte d'une loi électorale généreuse pour les deux grands partis de l'alternance et ne garantissant aucun accès gratuit aux Morosité du mouvement social
Reste qu'un prolétariat confiant et conscient aurait pu voir à travers les circonstances éphémères et les battages publicitaires les plus monstrueux. La clef de l'énigme est plutôt à rechercher tant dans la dynamique de morosité du mouvement social que dans l'emprise du nationalisme.
Le Québec est loin du relatif optimisme de la fin de règne libéral de l'automne 1994 qui laissait poindre à l'horizon l'espoir de l'indépendance au bout de la stratégie des « trois périodes » — prise du pouvoir par le PQ, référendum gagnant, déclaration de l'indépendance que les négociations soient fructueuses ou non — de la direction Parizeau, alors chef du PQ. Le Québec est toujours dans la déprime post-référendaire, envenimée par le PQ avec sa stratégie du déficit zéro ratifiée par les directions syndicales lors des Sommets socio-économiques de 1996.
Cette déprime n'a pas été cassé par le bref sursaut de l'automne 96 autour de la grève des Cégeps (lycées) (qui a obtenu le gel des frais officiels de scolarité) et des manifestations des plus importants syndicats services publics, qui, cependant, ne se sont pas transformées en journées de grève telles que voté. De la même manière, la Marche des femmes pré-référendaire de 1995, réclamant des « infrastructures sociales » s'est enlisée dans le piège de « l'économie sociale » — services sociaux au rabais et inégalitaires qui se substituent partiellement aux services publics liquidés — entraînant à sa suite le gros des mouvements populaires réduits à être des « quêteurs » de subventions conditionnelles et temporaires pour soulager la misère des exclu(e)s. D'ailleurs ce nouveau « patronage » péquiste, réminiscent de la « grande noirceur » du régime du premier ministre Duplessis d'avant 1960, a incité la plupart des directions des groupes populaires à se servir de la campagne électorale pour faire du lobbying auprès des « partis gagnants », tout en ignorant le PDS.
Cet enlisement favorise une forte morosité qui ne porte pas le prolétariat à voter pour lui-même ni à rompre l'emprise nationaliste. Cette morosité contraste même avec le succès de la grève de UPS aux États-Unis, puis du mouvement gréviste contre GM l'été dernier, qui ne sont pas étrangers aux minces déboires républicains lors des élections au Congrès de novembre dernier.
De même, la modeste montée du NPD canadien (social-démocrate) aux élections fédérales du printemps 1997 faisait suite au mouvement opposé à la contre-réforme de l'assurance-chômage, mouvement particulièrement fort dans les provinces maritimes et en Gaspésie québécoise, régions les plus durement frappées par le chômage, d'où le succès électoral historique du NPD en Nouvelle-Écosse et en Acadie francophone. De même, en Ontario, l'ampleur du mouvement anti-Harris, du nom de son premier ministre conservateur, contre les politiques antisyndicales et antisociales y ont empêché la percée du réactionnaire Reform Party de l'Ouest canadien, qui a pu devenir le parti officiel de l'opposition à Ottawa mais pas un parti pan-canadien, car il ne dispose pas de députés à l'Est du Manitoba. Si ce sont les Libéraux fédéraux de Jean Chrétien, mêmes affaiblis, qui ont pu profiter de cette contre-performance du Reform Party, pour reconquérir le pouvoir, c'est parce que le NPD ontarien de l'ex-premier ministre Bob Rae avait laissé le souvenir de dures politiques néolibérales au début des années 90.
EDEBAT DES CHETS
Les résultats des élections québécoises du 31 novembre sont le produit d'une contradiction : d'un côté, un début de rassemblement de la gauche — processus qui est loin d'avoir abouti et qui reste ambigu, faut-il le souligner — induit par la crise de la stratégie néolibérale adoptée par le PQ, de l'autre côté, une stagnation du mouvement social qui ne s'est pas relevé de la défaite référendaire. Le résultat de cette situation contradictoire : c'est, côté positif, un parti indépendantiste anticapitaliste rassembleur capable de faire une campagne nationale, si modeste soit elle et, côté négatif, un score électoral en deçà du potentiel de la frustration populaire, de la crise du libre-
Get du léger tournant à gauche dans les pays impérialistes
Comment expliquer cette stagnation post-référendaire qui contraste avec la reprise des luttes chez les voisins du Québec, tout au moins jusqu'au début 1998 ? Il faut peut-être y voir les particularités de l'oppression nationale de la nation québécoise, comme nation faisant partie d'un Etat impérialiste et partie prenante elle-même de cet impérialisme. Cette oppression est forte en ce sens que le Canada ne reconnaît pas constitutionnellement la nation québécoise ni son oppression parce que, dit la Cour suprême, elle n'est ni une colonie ni sous la botte d'un régime militaire ou fasciste. De plus la lutte acharnée des puissances impérialistes pour la domination des marchés ne laisse plus aucune place aux concessions décentralisatrices et encore moins sécessionnistes.
Ce blocage explique pourquoi le PQ et le Bloc québécois sont attirés par le « dumping » social et culturel vers les provinces, prôné ouvertement part le Reform Party et l'ADQ, dont les programmes économiques et sociaux se rejoignent. Ce dumping, réinterprété comme décentralisation des pouvoirs, attire le PQ et le Bloc, qui résistent mal à l'invitation de participer en février prochain à la réunion de l'Alternative unie, promue par le très anti-québécois Reform Party, qui cherche à unifier la droite conservatrice et réactionnaire canadienne, divisée entre les Conservateurs et le Reform, pour déloger les libéraux fédéraux du pouvoir. Mais cette oppression du Québec a la nostalgie des acquis socio-économiques historiques de l'État canadien, « le meilleur pays du monde » d'après l'indicateur de développement humain de l'ONU, ce que ne manque jamais de souligner le premier ministre canadien, Jean Chrétien. Ces acquis, même en voie d'effritement, apparaissent comme autant de bouées de sauvetage dans un monde en crise.
Cette contradiction, qui ne cesse de se tendre depuis une génération avec le développement de la crise endémique du capitalisme, a engendré une valse-hésitation du peuple québécois, qu'a bien comprise et que reflète bien la direction péquiste, hésitation qui paralyse la riposte anti-néolibérale des classes ouvrière et populaire du Québec. D'où une riposte qui s'amorce et qui tombe en panne, des directions syndicales et populaires au verbe haut mais finalement impuissantes et une gauche politique qui n'en finit plus de rompre avec le bloc nationaliste.
Un parti politique avec un programme qui lie d'une façon indissociable libération nationale et sociale doublé d'une pratique d'enracinement dans les luttes sociales et l'intervention constante sur la scène politique est bien sûr la réponse appropriée à cette paralysie historique. Mais cette réponse aura besoin de leçons historiques encore plus puissantes pour briser la torpeur populaire.
20 janvier 1999