Inprecor 1974–2004

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BRÉSIL

Un gouvernement de gauche radicale au Rio Grande do Sul

· Inprecor n° 432, février 1999 · p. 7-8 · 877 mots

Brésil

PT par

Ernesto Herrera* e 25 octobre 1998, l'alliance du

Front populaire (FP) dirigée par le

Parti des travailleurs (PT) l'a emporté lors des élections de l'État du Rio

Grande do Sul, au Brésil (1). Cette victoire, qui s'est accompagnée d'une formidable polarisation politique, a une portée bien plus large. Au deuxième tour des élections sénatoriales, Olivier

Dutra, candidat de la gauche, a obtenu 50,78 % des suffrages (2 844 767 voix), face au candidat officiel, Antonio

Britto, qui obtenu en a

49,22 % (2 757 401 voix).

L'affrontement entre deux projets politiques irréconciliables se développe maintenant sur la scène nationale, dans un contexte marqué par la crise économique, par les mesures d'austérité draconiennes imposées par le gouvernement néolibéral de Fernando Henrique Cardoso et le capital international, et par une résistance sociale qui se radicalise.

Le secrétaire du PT pour l'État du

Rio Grande do Sul a présenté le 7 novembre un premier bilan des élections, en rupture avec les options conciliatrices qui prévalent dans de nombreux secteurs de la gauche latino-américaine — y compris des dirigeants du PT lui-même. Le bilan comme les propositions sont parfaitement clairs : « Notre victoire — déclare la résolution — a été acquise dans le cadre d'une profonde lutte politique de classe. (...) Nous avons gagné grâce à un puissant mouvement politique que nous avons construit autour de nos propositions et de notre candidature. (...) C'est la victoire d'un projet politique radicalement démocratique qui revendique les responsabilités de l'État dans la régulation de l'économie, dans l'impulsion d'un développement basé sur la redistribution des bénéfices et la justice sociale, et dans la prise en compte des demandes de la société en matière d'amélioration de la qualiMiguel Rossetto (vice-gouverneur) et Olivio Dutra (gouverneur) té de la vie. (...) La lutte de classe intense qui a marqué cette confrontation électorale et la mobilisation sociale qui a assuré notre victoire ne se dissoudront pas dans cette nouvelle expérience de gouvernement. Les déclarations des barons de l'industrie locale et des instances patronales, le comportement des rangs conservateurs de ces derniers jours donnent le ton de ce que seront leurs rapports avec le gouvernement nouvellement élu. Mais si des secteurs du grand capital s'attacheront à isoler notre

Un gouvernement de gauche radicale au Rio Grande do Sul gouvernement, il pourra bénéficier, au contraire, d'une puissante mobilisation sociale des secteurs qui ont assuré notre victoire. »

La résolution de la direction régionale du PT

PT dessine le cadre de la confrontation, tout en affirmant le cadre programmatique stratégique

: « La période imposera une dynamique de lutte sociale de défense du gouvernement démocratico-populaire, un gouvernement qui, au-delà de l'administration de l'État, cherchera à définir une politique créative et offensive dans un contexte national d'exclusion sociale en pleine expansion.

Nous devrons relever le défi de nous constituer en alternative de gauche, une référence politique et culturelle pour le développement des forces démocratiques et populaires

En résumé, un gouvernement de gauche qui ne se contentera pas de gérer décemment les biens publics, mais disputera aussi le rapport de forces à la droite néolibérale, dans le cadre d'une véritable lutte de classe entre travail et capital. La résolution met ainsi en avant une des initiatives que devrait prendre le nouveau gouvernement, celle de « construire un vaste mouve-

* Ernesto Herrera est un dirigeant du Parti socialiste des travailleurs (PST, section uruguayenne de la IVe Internationale).

1. L'État de Rio Grande do Sul (capitale :

Porto Alegre), avec 10 millions d'habitants et un PIB de 56 milliards de réales (67,2 milliards de dollars... avant la dévaluation du réale, environ 40.3 milliards au moment où nous mettons sous presse) est le cinquième

État du Brésil par son importance.

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ment de masse qui s'oppose sur le plan idéologique aux choix politiques de Cardoso et des classes dominantes, et qui assume, en toute solidarité, la définition de la politique et la défense du gouvernement démocratique et populaire de Rio Grande. »

Cette même résolution propose encore trois initiatives : réaliser une expertise des privatisations en association avec les organisations sociales ; taire de la date du 1 janvier 1999, quand le camarade Olivio Dutra prendra ses fonctions, une grande mobilisation populaire ; et convoquer un vaste Rassemblement national pour s'opposer à la politique fiscale du gouvernement fédéral et aux accords de paiement de la dette des différents États.

Cette victoire et ce soutien populaire massif s'expliquent évidemment aussi par l'expérience des gouvernements successifs du PT dans des dizaines de municipalités de cet État et en particulier sa capitale, Porto Alegre. La mise en œuvre de la politique du « budget participatif » (2) a joué un rôle fondamental dans l'organisation et la mobilisation de dizaines de mil-

PT liers de personnes et

d'associations civiles pour défendre leurs revendications politiques, économiques et sociales. Mais aujourd'hui les problèmes se multiplient : chantage de la droite et des entreprises, hostilité ouverte d'une Assemblée législative (le parlement de l'Etat) où les partis favorables au néolibéralisme ont une large majorité (55 députés contre 20), et le poids de l'héritage brutal de la législature de Britto.

Raul Pont, maire de

Porto Alegre et "Tula 2. Cf. Thomas Coutrot. Démocratie directe : l'expérience de Porto Alegre, Inprecor n° 409 de janvier 1997.

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