Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

OTAN EN GUERRE

Kosovo, il y a dix ans

Inprecor n° 434, avril 1999 · p. 4 · 426 mots

Ex-Yougoslavie

Kosovo, il y a dix ans Nous reproduisons ci-dessous des extrait de l'article de Catherine Verla publié dans Inprecor n° 285 du 3 avril 1989.

La province "autonome" du Kosovo a donc « ratifié » le changement constitutionnel qui recentralise la Serbie. La purge dans l'appareil provincial, de tous ceux qui étaient suspects d'être « trop Albanais », des dizaines de morts, la présence des tanks et le couvre-feu ont seuls permis un tel vote. (...) Les Serbes ont joué d'une corde passionnelle en accusant les Albanais d'une « volonté de sécession contre-révolutionnaire » et de « génocide » contre les minorités slaves du Kosovo. Mais aucune de ces accusations n'est recevable. En premier lieu, s'il y avait une réelle volonté de sécession, elle serait un droit ; mais en plus, cela n'a jamais été, jusqu'a présent, la volonté des Albanais du Kosovo. (...) II est cependant clair que si cette répression anti-albanaise se poursuit, cela pourrait changer, en toute légitimité. Quant à l'utilisation du terme « génocide », il s'agit là d'un scandaleux moyen pour camoufler les raisons réelles de l'exode des familles slaves hors du Kosovo. Celles-ci fuient le Kosovo avant tout pour des raisons socio-économiques, liées à la pauvreté de la province (40 % de chômeurs, contre moins de 2 % en Slovènie), mais aussi pour des raisons culturelles : « l'albanisation » effective d'une région où ils ne dominent plus. (...) La Yougoslavie a cumulée les maux du marché (creusant les inégalités entre les régions) et ceux de la bureaucratie (gaspillant les ressources redistribuées). Dès lors, chaque nationalité, riche ou pauvre, s'est sentie « exploitée » et brimée par les autres. La montée du nationalisme chauvin a été stimulée, en outre, par le tournant répressif des années 70, qui a non seulement mis fin au mouvement nationaliste croate, mais également à la montée des mouvements internationalistes hostiles à la réforme marchande et soutenant les revendications ouvrières contre celle-ci. A partir de là, c'est la possibilité d'une alternative démocratique et socialiste au régime qui a été brisée, transformant profondément la Ligue des communistes, et l'appareil d'État. (...) La triste jubilation de la population serbe, fêtant la sanglante recentralisation République, tournera court lorsque le roi Milosevic apparaîtra dans sa nudité. (...) Les forces de police fédérale qui ont fait couler le sang au Kosovo ne vont pas atténuer les exigences réactionnaires serbes, mais les stimuler. Or toute « solution » répressive, face au véritable danger d'explosion, risque de déboucher sur une guerre civile qui dépassera les frontières du Kosovo où elle a commencé. (...)

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