Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COMMUNAUTÉ DES ÉTATS INDÉPENDANTS (CEI)

Adresse aux gauches révolutionnaires socialistes

· Inprecor n° 439-440, septembre-octobre 1999, n° 439/440 · p. 26-28, 28 · 2 544 mots

URSS et Russie IVe Internationale Stalinisme

u'est-ce qui nous distingue du programme du stalinisme, programme de la renaissance par en haut de l'URSS-VKP (complexe militaro-industriel) et du PCUS ? Ses défenseurs veulent recouvrir toutes les contradictions actuelles par le bonnet de l'ancien absolutisme bureaucratique, ils veulent à nouveau monopoliser le développement du capitalisme, après en avoir fait un capitalisme d'État.

Notre action, à l'étape actuelle, doit consister en la mise en œuvre des exigences économiques et politiques du prolétariat, en la concentration sur le programme minimum en vue du développement futur de la lutte. Vous pouvez voir que même les tentatives spontanées de réalisation du programme minimum par le mouvement ouvrier sont étouffées par l'Etat. Et le PC ukrainien (KPU) est un gendarme de la même façon que le PC de la Fédération de Russie (KPRF) est une arme émoussée aux mains des bureaucrates et au service de l'Etat bourgeois pour étouffer les travailleurs. Ainsi notre tâche est de montrer comment le KPU et le PS ukrainien (SPU) renforcent et protègent l'État bourgeois des progès de la démocratie...

Toutes les fractions du trotskisme sur le territoire de la CEI mènent leur action selon les principes de la concurrence petite-bourgeoise entre elles ! Alors. ou est-elle donc notre alternative ? Est-elle bien née en 1990, s'est-elle haussée à un degré qualitativement nouveau ? Alors que le problème de l'accumulation primi-

Quelle Opposition ouvrière Adresse aux gauches révolutionnaires socialistes d'Ukraine et de la CEI (extraits) tive des cadres n'a même pas été résolu. Les fractions existantes du trotskisme en CEI sont menacées par le danger qu'ayant liquidé la stratégie et le programme historiquement déveInternationale, l'ayant mis en pièces, elles ne se transforment tout simplement en courant stalinien de gauche et en produit de l'écroulement des vieilles "écoles du communisme" eux, les staliniens, sont pour la renaissance de l'URSS par en haut et nous seulement par en bas ; eux, les staliniens, sont pour Lénine-Staline et nous également pour Lénine mais sans Staline ; ils s'intitulent léninistes mais ce sont des traîtres car c'est nous les vrais léninistes, etc.

Je crains que les tendances actuelles du trotskisme ne jettent un voile sur la lutte historique de la Quatrième Internationale et qu'il n'en résulte une nouvelle falsification de l'Histoire qui jouera son rôle contre le développement du socialisme au cours du XXle siècle. Imaginez un peu : « il n'y a eu aucune IV Internationale. La IV n'est qu'une invention de M. Pablo et E. Mandel et une filiale politique de la CIA dans sa lutte contre l'URSS. L. Trotski, après avoir mis en scène l'assassinat de son sosie, a passé le restant de ses jours aux USA comme conseiller secret des présidents américains. » Ces ragots ont déjà été répandus par des "staliniens zoologiques" du KPU et du

Le néostalinisme, cette nouvelle construction 1999-2000, va se disloquer mais sa dislocation dégagera des effluves pestilentielles de misanthropie et toutes les variétés de social-fascisme. Il ne faut pas que le trotskisme accepte dans ses rangs le « syndrôme du stalinien désenchanté » qui veut raser jusqu'au sol « la vieille civilisation décrêpie » par les méthodes de la répression généralisée, du goulag et des actions militaires permanentes tout en générant une nouvelle élite mondiale pour une admininistration totalitaire. Ce lumpen de Hitler avec son admiration pour Staline comme constructeur du premier super-État mondial fait partie de la cohorte des staliniens aigris, il a dans les 35-40 ans et se prend pour un "intellectuel". Je me suis plus d'une fois heurté à ce

Aussi, L. Trotski, avec son esprit raffiné de marxiste révolutionnaire, avait-il livré un testament politique dans ses derniers travaux : c'est seulement avec des millions de prolétaires du monde entier que l'on doit se renforcer à partir du programme miniprogramme maximum ; il faut tout commencer par le commencement: dans nos mouvements et dans nos actions doivent vivre et se développer tout l'humanisme et tout le progrès social accumulés par l'humanité. Et ils devront persister et triompher sinon le national-patriotisme bourgeois, le social-fascisme et le néostalinisme détruiront la civilisation !

Voyez le résultat du développement mondial après 1945 : ce que l'on appellait la compétition économique entre deux systèmes, entre l'impérialisme occidental et le camp socialiste avec à sa tête l'URSS. Le plus haut degré de cette compétition a été la course aux armes nucléaires qui a déjà conduit humanité dans une impasse, les meilleures forces productives ont été englouties par la production de moyens de totale auto-des-

Pourquoi donc les néostalinistes se sont-ils associés à des anticommunistes zoologiques tels que les fractions bourgeoises des nationaux-patriotes russes ou les clans de directeurs d'entreprises industrielles en Ukraine ? La réponse est très simple Ils veulent la renaissance de l'URSS comme super-État, le renouveau de la course aux armements et d'un nouveau partage du monde au profit de TURSS comme gendarme mondial.

Dniépropétrovsk, le 18 mai 1999 Roman Kondakov* * Militant du mouvement socialiste et depuis 1990, de groupes «trotskistes» sur le territoire de l'Ukraine et de la Russie.

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ment réduit à la misère la majorité de sa population. Les intérêts nationaux ont été gelés au bénéfice des élites bourgeoises nationales et des grands bureaucrates de l'Etat. La crise sociale s'est déjà transformée en crise politique qui réunit tous les Etats de la CEl et leur donne un caractère commun. Le pouvoir des riches qui règne actuellement était relié dans le passé à un organisme unique, le PCUS, et à la propriété étatique soviétique que contrôlaient par parties les élites de la nomenklatura des républiques. Un monde sans lois

Face à une telle situation comment se comportent les Etats et leurs présidents les "pères des peuples libres" ? La réponse est très simple. Ils évaluent la situation avec les yeux du "tchinovnik", du responsable détenant le pouvoir au niveau local. Le bureaucrate de niveau local est le premier intermédiaire entre le système étatique et les droits du citoyen. L'activité du tchinovnik ou de la « bande de tchinovniks à l'échelle de la région ou de la ville » est entièrement criminelle. Ils prennent des pots-de-vin, mettant la loi de côté en la remplaçant à chaque occasion par « les droits de la personne privée » et ils s'écartent en permanence du respect de la loi et de sa mise en application. C'est pourquoi il ne reste pratiquement aucun droit civique ni aucun droit du travail.

Le leader de "l'opposition communiste" en Russie qui était encore il y a deux ans le principal concurrent politique de B. Eltsine, G. Ziouganov, a proclamé publiquement à plusieurs reprises : « le brave tchinovnik est le principal soutien de l'État ». Il s'ensuit que l'idéal du futur pour les « généraux de l'opposition communiste » apparaît être de toute évidence le capitalisme monopoliste d'État régi par des ministères de tchinovniks. Chaque bureaucrate, comme partie d'un système unique de bas en haut, assume des responsabilités politiques et militaires assurant un ordre totalitaire unifié.

Ce fonctionnement de "médiocres bureaucrates" , aussi bien en théorie qu'en pratique, n'apporte pas le moindre pourcentage d'aide à la société, en revanche il affermit dans toute la CEl le pouvoir des riches.

En raison de son territoire, de sa capacité productive (80% des capitaux de l'URSS ont été récupérés), et également de son réservoir unique de ressources naturelles, la Fédération de Russie pèse du plus grand poids parmi les Etats de la CEI. Sa capitale Moscou apparaît comme le centre financier et l'intermédiaire financier international le plus puissant de la CEl. Ayant commencé depuis les années 89-90 à établir les "règles de l'économie de marché" pour l'URSS-CEI, la Russie s'est modernisée en premier. Possédant sur son territoire presque tout le complexe militaro-industriel (CMI), le pétrole, le gaz naturel et "l'assortiment complet" des minéraux les plus utiles et les plus côuteux en Sibérie, ministres, généraux, nouvelle élite des "démocrates" et ancienne nomenklatura du PCUS ont tout réorganisé en "produits pour le marché de valeur internationale". En un court laps de temps sont apparus des capitaux gros et moyens. Il y a de l'assez grand capital car, en dépit de sa taiblesse et de son instabilité, la Russie agit dans ses rapports avec toutes les autres républiques de la CEl comme un impérialisme de l'intérieur.

La république de Russie s'est révélée la plus capable de conserver en partie et de moderniser l'industrie reçue en héritage de 'URSS. Elle possède le plus grand chantier de construction. C'est en Russie que se rend en permanence la « force de travail tempo-

ТОГДА ОН СКАЗАЛ: -

Aollostan

HE бросит тот, кто Первый кАМенЬ!

пІСТі ЗАРПЛАТОЙ, -000 тЕНЯ Et alors il a dit :

« Que celui qui n'est pas content de la paye me jette la première pierre ! » raire » en provenance des autres États de la CEl. Demeurée pendant de longues années dans les conditions extrêmes d'une crise profonde, la Russie est capable de produire toutes les variétés d'armes modernes et de techniques de guerre, conserver une armée permanente de près de 800 000 hommes et mener des guerres locales.

Dans tous les pays de la CEl existe un monde criminel. Les capitaux de l'ombre sont reliés entre eux, circulent à travers les territoires de toutes les "anciennes" républiques et atteignent leur plus grande concentration en Russie. Le capital de l'ombre et l'élite criminelle de Russie ont la possibilité de contrôler toutes les sphères du business criminel sur le territoire de la CEI. Pouvoir clanique absolu

Les républiques d'Asie centrale apparaissent comme les plus fermées, les plus autoritaires dans le système de la CEI. En ce qui concerne les détails de la vie dans ces républiques et les processus qui s'y déroulent, il n'y a presque aucune information sur la chaîne centrale de TV ni sur les chaînes des républiques relatant les informations communes. Les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale (Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan, Kazakhstan et Kirghizie) connaissaient le plus grand retard économique et le plus bas niveau socio-culturel. Leur économie exigeait en permanence des dotations financières à partir du centre et une répartition de spécialistes qualifiés pour travailler et vivre sur place : ingénieurs, médecins, instituteurs, agronomes, vétérinaires, chercheurs, directeurs, et tout simplement ouvriers qualifiés. Pendant toutes les années de l'existence de l'URSS, ces républiques ne pouvaient assurer elles-mêmes leur recrutement en "cadres nationaux"

Il suffit de se remémorer la lutte que mena dans les années 1986-1987 Mikhail Gorbatchev contre la mafia et la corruption où avait trempé tout l'appareil des premiers responsables l'Ouzbékistan. A ce moment tout le monde crut que la lutte s'était terminée par « la victoire de la perestroïka ». Cependant, lorsqu'en 1990-1991 les républiques eurent acquis la souveraineté puis l'indépendance, les appareils des premiers responsables devinrent les maîtres du pouvoir et des biens dans chacune des républiques d'Asie centrale. Après août 1991 leurs PC ne souffrirent en rien. Ils demeurèrent les dirigeants des structures politiques en conservant tout leur appareil et tous les biens du parti. Ils se contentèrent de troquer leur appellation pour "populaire" et "socialiste" Dans toutes les autres républiques les biens du PCUS furent confisqués, les structures du PCUS déclarées hors-la-loi et les fonctionnaires de l'appareil congédiés. En Ouzbékistan, au Turkménistan, Kazakhstan et en Kirghizie les front populaires nationalistes et les organisations religieuses islamistes n'ont pu entamer le monopole des « héritiers du PCUS ». Au Tadjikistan, très petite république montagneuse, l'antagonisme entre le pouvoir et l'opposition islamique a mené à la guerre

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CEl CIvile.

Actuellement on a le tableau suivant :

- le pouvoir absolu des présidents dans chacune des républiques d'Asie centrale,

- la concentration de presque tous les biens entre les mains des membres du gouvernement,

- la formation sur cette base de clans familiaux bourgeois grands et moyens,

- la répartition de toutes les responsabilités dans l'État exclusivement grâce aux liens familiaux ou au versement d'argent (n'importe quelle responsabilité intéressante s'achète).

C'est ainsi que l'islamisation renforcée de la population rappelle le type de rapports que Karl Marx avait dénommé « mode de production asiatique ».

Les peuples de l'Asie centrale "soviétique" ont très vite oublié qu'ils avaient été citoyens de l'URSS. Le pouvoir des riches les a très vite et très efficacement plongés dans "'Islam classique" supprimant le niveau moyen d'instruction en le remplaçant par les connaissances d'une religion moyenâgeuse et liquidant le minimum de niveau de conscience qui donne la possibilité d'organiser la lutte sociale.

Avec cela, tous les États d'Asie centrale se présentent comme des républiques laïques, démocratiques et populaires. Leurs présidents qui détiennent un pouvoir absolu et non limité par les parlements ou les assemblées du peuple, affirment qu'ils se battent contre l'extrémisme islamique et essayent de toutes leurs forces de ne pas admettre les conflits nationaux et religieux. Les anciens premiers secrétaires du parti et ministres des républiques, ayant tous reçu une "éducation communiste", se sont maintenant attribués les droits des sultans asiatiques, des khans et des émirs. Ils ont volé l'avenir de leurs propres peuples !

L'ancien ministre des affaires étrangères de l'URSS, Édouard Chevarnadze, actuellement président de la Géorgie, ressemble beaucoup à un prince du XVIlle siècle. Et le président de l'Azerbaïdjan, Geidar Aliev, deuxième personnage du comité central du PCUS entre 1982 et 1984, est très semblable à un sultan turc avec son clan innombrable et ses riches parents.

Il convient de remarquer qu'en dépit de la politique nationale autarcique des présidents et des gouvernements actuels, les États d'Asie centrale constituent le cadre de la CEl, jamais ils n'envisageront d'en sortir et en appellent même à la protection du patronat de Russie dans les questions fondamentales. Que les citoyens patientent...

Le capital grand et moyen qui s'est formé en CEl représente une propriété hypertrophique par son volume mais un très modeste pourcentage de l'activité productive. Parce que moins de la moitié de cette masse de marchandises et d'argent est de bonne qualité et digne de concurrence sur le marché mondial. C'est pourquoi sur toute

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l'étendue de la CEl, le paiement du salaire revêt en gros un caractère spéculatif. Les États fonctionnent avec du travail gratuit ou à moitié gratuit. Et ils apparaîssent comme l'instrument du pouvoir des riches.

Le facteur humain demeure à la dernière place sur tout le territoire de la CEl. Les salaires sont déduits des fonds communs et sont payés selon le principe restant, en tant que frais de production. Dans les ordinateurs et les livres comptables de beaucoup de firmes et de compagnies, le salaire des travailleurs est codifié comme dépense supplémentaire ou frais obligatoires.

Dans toute la CEl, les gouvernements et les moyens d'information de masse tentent d'expliquer qu'il existe une crise sociale et que lui sont reliés des processus pathologiques non maîtrisables, qu'il n'y a aucune issue, qu'il est indispensable que les citoyens prennent patience et « ne mettent pas à l'épreuve les nerfs des gens au pouvoir », toute demande serait insensée et il n'y aurait rien à faire

Mais la simple analyse des faits montre que la crise sociale provient de la politique bien orientée et conforme à leur loi de ceux qui défendent leur pouvoir, leurs biens et s'efforcent d'accroître leur revenu à n'importe quel prix.

Bloquer la politique du "pouvoir des riches" ne pourra qu'être l'œuvre de forces qualitativement nouvelles capables de lutter. En outre, en raison du caractère démocratique de ce combat, il faudra lui attribuer des objectifs internationaux socialistes.

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