L a deuxième étape de la campagne élec-
torale a désigné les principales figures du spectacle de l'élection présidentielle. Ont pu réunir dans le délai prescrit le million et demi de signatures : l'actuel président, L. Koutchma ; le président du Soviet Suprême d'Ukraine (SSU), A. Tratchenko ; le député du SSU et leader du SPU (PS d'Ukraine), A. Moroz ; le député du SSU et leader du KPU (PC d'Ukraine), P. Simonenko. Toute cette élite politique s'est déclarée prête à sauver "'Etat national" de la "crise structurelle". Le culte du chef
Au grand déplaisir du KPU et de son leader peuvent encore être candidats le centriste E. Martchouk et la "socialiste progressiste" Natalia Vitrenko.
Le KPU a accusé les "patriotes de gauche" A. Tratchenko, A. Moroz et et N. Vitrenko d'avoir entravé "l'unité des forces de gauche" , le monopole de cette unité devant revenir de droit au KPU et le candidat unique des "forces de gauche" ne pouvant être que P. Simonenko, "notre gloire et notre fierté !" comme s'exprime la presse patriotique du KPU à propos de son leader. Il n'y a cependant aucun doute que les deux principales figures politiques du spectacle présidentiel seront L. Koutchma et P. Simonenko.
P. Simonenko est un "tchinovnik" (bureaucrate) bourgeois héritier de la nomenklatura idéologique du PCUS. Le programme de "patriotisme populaire" du leader du KPU est le symbole du conformisme au service du pouvoir des monopoles.
La propagande effrénée de "patriotisme" et la prétention au monopole idéologique au sein de l'Etat bourgeois de la part du KPU et du Front des forces populaires patriotiques qu'il a créé sont les premiers signes de la manipulation de la conscience des masses et l'aveu d'un "réformisme sans réformes". Ce "réformisme sans réformes" se traduit par l'étouffement social et politique par l'Etat bourgeois de toutes les couches du prolétariat ukrainien.
L'équipe des cadres de l'appareil du KPU se compose des anciens bureaucrates idéologiques et administratifs qui ont servi le pouvoir monopolistique du PCUS. Ils consituent aujourd'hui dans leur masse les chaînons inférieurs des organes étatiques ou bien sont devenus retraités (1).
Leur "égoïsme collectif" les amène à vouloir atteindre le niveau de la petite ou de la moyenne bourgeoisie. Ils ont déjà agi contre le prolétariat et continueront à le faire, comme gendarmes de l'Etat bourgeois
Le national-patriotisme du KPU est un gendarme qui agit contre les réformes démocratiques progressistes. |
C'est un exemple classique de parasitisme sur un prolétariat dépolitisé et en l'absence d'une classe ouvrière agissant comme force politique indépendante.
L'idéologie du KPU
Les staliniens zoologiques du KPU synthétisent les idéaux impériaux de la Russie monarchique semi-féodale et ceux de la
"bureaucratie soviétique" : « L'alternative, c'est un nouveau régime réunissant les meilleurs éléments de notre passé tant soviétique que des siècles précédents, et les approfondissant. » (2) Ou encore : « A la différence de nombreux faux patriotes de tendance nationaliste, le PC d'Ukraine demeure sur des positions véritablement patriotiques qui reposent sur les traditions spirituelles, culturelles et historiques au long cours du peuple ukrainien. C'est pourquoi les communistes défendent logiquement et protègent les traditions et les valeurs sacrées de l'orthodoxie, en se basant sur le fait qu'atteindre l'un des objectifs de leur programme — l'unité et l'accord dans la société ukrainienne — est impossible sans la participation de l'Eglise orthodoxe qui peut et doit prendre une part active à la renaissance spirituelle et culturelle de l'Ukraine. » (3) Comme au bon vieux temps stalinien, ce n'est pas la politique qui est responsable des malheurs du peuple : « Nos consultants émettent souvent l'hypothèse que les actuelle catastrophes en Ukraine, les gelées inhabituelles à cette époque de l'année depuis plus d'un demi-siècle, font partie de la même série que les longues années de sécheresse en Corée du Nord entraînant la famine, les inondations en Chine, les inondations, les glissements de terrain et les typhons dans la région des Carpathes, le déchaînement des éléments à Cuba, la grande sécheresse de l'an dernier dans la région de la Volga ayant détruit la moisson. De sources diverses tout cela apparait comme le résultat de l'effet climatique, véritable arme secrète de destruction du XXlè siècle. » (4)
Leur rapport à leur propre histoire mérite d'être mentionné : « Mais le 19 août 1991, quand tout cela se produisit, je pensais que le fait pour les dirigeants du pays de prendre toutes les responsabilités était positif et je ne le considérais pas comme un coup d'Etat car dans le Comité d'Etat il y avait tous ses dirigeants (5). C'est pourquoi, et même maintenant, je suis loin de penser que c'était un coup d'Etat... Le soir du 19 août, sur l'insistance des militants et des dirigeants des institutions et des organisations régionales, nous nous sommes réunis et avons examiné comment agir par la suite. La majorité des participants à cette réunion soutenait les positions du Comité d'Etat en ce qu'il fallait rétablir l'ordre dans le pays. Beaucoup d'entre eux eurent à en subir les conséquences, on les écarta des responsabilités, bien qu'il se soit agi de professionnels de haut niveau. Déjà le 20 août au matin il était devenu évident qu'avec le concours de gens très haut placés s'était déclanchée une aventure qui pourrait avoir des suites terribles. C'est ce qui s'est passé. Et pourtant, bien auparavant, sur l'initiative d'une des organisatione de ville, on avait examiné la question de retirer notre confiance à Gorbatchev lui-même : la recommandation a été exprimée à nos membres faisant partie du CC du PCUS de voter clairement contre Gorbatchev. Nous pensions qu'il fallait décharger ce démagogue de la responsabilité de Secrétaire général et l'exclure de la direction du pays. » (6) Notons que dès les 22 et 23 août 1991 tous les comités de région et de ville du PCUS en Ukraine annoncèrent dans leurs publications que leur appareil n'entretenait aucune relation avec l'action du Comité d'Etat et que les communistes devaient juger ce dernier comme un complot aventuriste « contre le processus constitutionnel de développement de la démocratie ». En grande hâte on détruisit toutes les instructions expédiées par le Comité d'Etat aux comités de région et de ville du PCUS pour « soutenir et renforcer l'état d'exception ». Des lettres confidentielles avec la demande « de sauver et protéger les travailleurs des comités régionaux et urbains du PCUS de l'arbitraire des "démocrates" » circulèrent au nom de Gorbatchev.
Lors d'une rencontre avec les électeurs et plus précisément avec les militants du KPU et les vétérans du PCUS, le 11 juillet Dniepropétrovsk, P. Simonenko a annoncé que s'il le voulait, il pourrait devenir l'homme le plus riche d'Ukraine. Il en résulte logiquement que pour le leader du KPU la campagne présidentielle peut s'avérer un moyen d'enrichissement personnel oU bien P. Simonenko prend le pouvoir en Ukraine pour faire fructifier son propre capital, ou bien L. Koutchma rémunère le "leader d'envergure nationale" pour son abandon du rôle de "sauveur du peuple",
Toute la propagande électorale du KPU possède le cactère d'un ultimatum bureaucratique mou : « Si moi, le citoyen Simonenko, deviens président d'Ukraine, je vous permettrai de toucher la portion de salaire et de bénéficier de la portion de droits civils qui vous sont reconnus à vous, les électeurs, selon les lois bourgeoises ». Le prolétariat, comme force ouvrière vivante, n'est plus qu'un objet de manipulation et d'exploitation.
A la mi-juillet, dans toute l'Ukraine, a eu lieu une augmentation radicale et généralisée du prix de toutes les variétés d'essence et de diesel. Les prix ont grimpé de 250300 %. Conséquence de cette hausse de l'essence, on a assisté à celle de toutes sortes de produits de première nécessité et des produits alimentaires et donc à une plus grande dépréciation du salaire moyen. Aucun média national n'a jusqu'à présent été en mesure de fournir une réponse cohérente et d'expliquer la vraie raison de la hausse de l'essence. Dans l'esprit des gens a eu le temps de se conforter l'idée que « l'affaire est manipulée par la maffia de l'intérieur » et qu'il ne s'agit pas de facteurs défavorables extérieurs. Ce pompage complémentaire « dans la poche du citoyen » de moyens pour la campagne électorale, le président et le Soviet suprême en portent la responsabilité partagée.
ATP SAMAN
1 З ГОДА ВОССТАНОВИЛИ ПАРТИЮ,
ЗА 5 ЛЕТ ВОЗРОДИМ СТРАНУ
ПЕТР СИОНЕНКО
ЭТО сильная держава, справедливая власть Deux affichettes de campagne de P. Simonenko. En haut il « est le gouvernement fort, le pouvoir juste », et en bas il annonce : « en 3 ans on a construit le parti, en 5 ans nous ferons renaître le pays ». 1. Par exemple, le comité régional de Dniépropétrovsk, l'une des structures les plus solide du KPU, siège dans le bâtiment du Centre ministère de l'Intérieur (MVD d'Ukraine), 1 rue Tchéliouskine, appt. 415, à Dniepropétrovsk. Cest bien de ce service et de ses "consultants" que partent l'idéologie et la propagande du "patriotisme d'Etat" 2. M. Rechetniak, « Les hommes de culture derrière Simonenko, pour un nouveau régime ». Pravda pridnieprovia (Vérité du Dniepr) (organe du comité régional du KPU), n° 10, juin 1999. 3. P.N. Simonenko, premier secrétaire du CC du KPU, Pravda pridnieprovia, op. cit. 4. E. Konovalov, « Le tsar Famine — une calamité nationale », Pravda pridnieprovia, op. cit. 5. Le 19 août 1991 les chars ont investi les rues de Moscou et d'autres grandes villes de l'URSS et un Comité d'Etat pour l'état d'urgence, formé de responsables des ministères de l'Intérieur, de l'Armée et du KGB, avec à sa tête le vice-président Guennadi Ianaiev, avait annoncé la destitution de Mikhail Gorbatchev de la présidence de l'URSS. Devant la résistance populaire, dont Boris Yeltsine (alors président de la République fédérative de Russie subordonnée à l'Etat soviétique) à Moscou et Anatoly Sobchak (maire) à Leningrad ont pris la tête, et les hésitations de l'armée, le coup d'Etat (rappelant à ses premières heures par certains aspect la déposition de Khrouchtechev en 1964) fit long feu. Boris Yeltsine, auréolé d'une nouvelle légitimité, s'en est servi pour dissoude le PCUS et asseoir son pouvoir en Russie, alors que la déclaration de l'indépendance de la majorité des républiques soviétiques vidait le pouvoir de Gorbatchev en URSS de son contenu. Début septembre 1991 le congrès extraordinaire des députés adoptait un document imposé à Gorbatcher par les dirigeants des dix républiques soviétiques (Russie, Ukraine, Bielorussie, Kazakhstan, Ouzbekistan, Kirghizie, Tadjikistan, Turkménie, Arménie et Azerbaïdjan) transformant l'URSS en une "Communauté d'Etats Indépendants" (CEI). 6. Interview du candidat à la présidence de l'Ukraine, P.N. Simonenko, publiée sous le titre «Notre leader n1°1 : notre gloire et notre fierté » par Novaia volna (Nouvelle vague), « journal patriote de la jeunesse », organe du CC des LKSMU (organisation de jeunes du KPU), n°4, juillet 1999.