Les événements récents du Cambodge ont révélé de nouveau, de la façon la plus dramatique, les conséquences désastreuses du nationalisme et des intérêts étroitement égoïstes caractéristiques de toutes les bureaucraties d'origine stalinienne dominant des pays où le capitalisme a été renversé.
A coup sûr, les tentatives du capital international, et de petits-bourgeois démoralisés, de faire grand bruit autour de la «tragédie cambodgienne» doivent être dénoncées avec vigueur pour ce qu'elles sont : un exercice cynique d'hypocrisie politique.
L'impérialisme américain, qui déverse des larmes de crocodile sur les vies perdues au Cambodge, voudrait faire oublier que ce sont ses propres bombardements sauvages du Vietnam et du Cambodge, l'invasion par ses propres troupes du Cambodge, pour ne pas parler du génocide perpétré des années durant au Sud-Vietnam, qui ont détruit totalement la base matérielle de survie de dizaines de milliers de gens.
Ce faisant, il a créé la base objective pour les problèmes cruciaux de ravitaillement et de santé auxquels les trois pays indochinois ont été confrontés après leurs révolutions victorieuses.
Editorial
Cambodge
*Aucun soutien au régime Pol Pot *Retralt Immédiat de l'armée régullère vietnamienne *Pour la fédération socialiste des peuples indochinois
La bourgeoisie internationale qui défend à présent la cause de la souveraineté nationale du Cambodge, est la même qui, des siècles durant, a établi des régipartie du monde, refusant de reconnaître à ces pays, non seulement la souveraineté nationale, mais même un minimum de droits nationaux à l'auto-détermination. bourgeoisie internationale qui a subventionné des guerres terroristes, soldées par le massacre de millions d'hommes, de femmes et d'enfants, et ce, afin de maintenir son ordre colonial; et c'est toujours la même refuse de reconnaître le droit des peuples sur les cinq continents, de l'Irlande à l'Afrique du Sud et à la Palestine.
De la même façon, il faut dénoncer l'hypocrisie de la bureaucratie soviétique qui ose invoquer la défense des «droits de l'homme» au Cambodge, tout en foulant aux pieds les droits humains les plus élémentaires des citoyens de son propre pays, sans même parler des du peuple tchécoslovaque et d'autres peuples d'Europe orientale.
Quant au grand « progressiste féodal», ci-devant dirigeant du Cambodge, le Prince Norodom Sihanouk, il s'agit de rappeler la persécution féroce exercée prend les meurtres de nombreux cadres et dirigeants communistes, auxquels Pol Pot et ses frères d'armes ont échappé de peu.
Mais tout cela ayant été dit, et tout en concentrant leur feu, comme toujours, contre l'imhommes de main, les marxistes révolutionnaires ne peuvent cacher aux masses la responsabilité des bureaucraties au pouvoir. Si aujourd'hui, la bourgeoisie internationale capable de profiter de l'affaire cambodgienne - en termes de propagande, de stratégie politique et peut-être dans le futur, en termes militaires - la responsabilité de ce cours désastreux doit en être imputé carrément aux bureaucraties au pouvoir, sans quelque distinction que ce soit entre elles.
Il est parfaitement légitime de parler de désastre. Il suffit de prendre en considération le changement de la situation depuis l'époque où les crimes de l'impérialisme américain contre les peuples d'Indochine soulevaient contre lui l'opinion publique du monde entier; depuis le temps où l'héroïque résistance des peuples indochinois contre ces crimes inspirait des milliers de combattants anti-impérialistes à l'échelle internationale; depuis le temps où le retrait sous sa domination, qui com- des troupes impérialistes US
d'Indochine était à juste titre considéré par les masses laborieuses comme un coup immense porté à la réaction et au capitalisme partout dans le monde, et comme un grand pas en avant de la révolution mondiale.
Aujourd'hui, l'immense capital de sympathie conquis par la Révolution indochinoise parmi les travailleurs du monde a été très largement compromis. Ce sont les agissements criminels de tous les bureaucrates en place, qui ont transformé leurs divergences sur des problèmes économiques, politiques et idéologiques en conflits inter-étatiques, au niveau militaire dans un premier temps, puis, à présent, dépassant ce seuil jusqu'à totale au Cambodge, qui sont responsables de ce
Ces nouveaux développements ne peuvent que provoquer désorientation, cynisme et démoralisation dans des secteurs importants de la classe ouvrière et du mouvement anti-impérialiste à l'échelle internationale dans les pays coloniaux et semi-coloniaux.
La IVe Internationale dénonce la responsabilité de la bureaucratie concernant ces développements désastreux. Des guerres fratricides et des menaces d'actions militaires n'ont rien à voir avec le communisme et le socialisme. Elles sont totalement contradictoires aux ques. Au contraire, elles représentent la maturation des fruits empoisonnés de la théorie stalinienne du «socialisme dans un seul pays», c'est-à-dire du messianisme nationaliste, marquant de plus en plus de points au sein des PC bureaucratisés. Sans prendre en considération le moins du monde les intérêts supérieurs de la classe ouvrière internationale - sans même parler des intérêts supérieurs de la révolution mondiale - chacune de ces bureaucraties est maintenant prête à défendre ses propres intérêts immédiats, y compris les armes à la main contre les autres «partis frères» au pouvoir.
LA SOLIDARITE AU
PEUPLE VIETNAMIEN VUE PAR LE POF Extraits de la résolution du CC du PCF
Cahiers du Communisme, numéro 1, janvier 1979
.../... Les dirigeants de la République socialiste du Vietnam parlent avec la plus grande franchise de la réalité de leur pays meurtri et de leurs énormes difficultés. Ils ne cachent pas certaines erreurs qu'ils combattent dans leur activité si complexe dont ils taisent souvent ce qu'elle a de si courageux...
.../...
Les calomnies proférées contre le Vietnam par les moyens d'information visent plus généralement à jeter le discrédit sur l'idée même du socialisme.
Cette campagne de dénigrement porte gravement atteinte au crédit et au prestige de la France. Notre intérêt national est de respecter l'indépendance et la souveraineté du Vietnam, d'apporter au peuple vietnamien l'aide dont il a besoin et d'établir de bonnes relations entre nos deux pays.
Faire connaître la vérité sur le Vietnam, faire acte de solidarité à L'égard de son peuple qui lutte pour une vie libre et pacifique dans le socialisme, exiger des Etats-Unis qu'ils respectent leurs engagements de continuer à réparer les immenses destructions dont ils sont responsables, c'est agir en même temps en faveur de la liberté, de la démocratie. C'est faire honneur à la France.
.../...
Communistes et travailleurs de tous les pays, voici, après les révélations de Khrouchtchev sur les crimes de Staline au XXe Congrès du PCUS, ou l'écrasement de la Révolution hongroise de 1956 ou du Printemps de Prague de 1968 par les tanks soviétiques, une nouvelle occasion de comprendre l'importance historique de la lutte pour l'internationalisme et la démocratie ouvrière engagée par Trotsky, l'Opposition de gauche et la IVe Internationale.
Cette lutte n'a pas été, et n'est pas une question de tactique, sur des problèmes historiques dépassés, ni un combat personnel pour le pouvoir entre Staline et Trotsky. Elle fut et elle demeure une lutte sur des questions de vie et de mort pour le mouvement ouvrier international, pour le communisme.
Les événements d'Indochine, après le retrait de l'impérialisme américain et le renversement de l'ordre bourgeois semi-féodal, confirment encore que sans cette approche combinée de l'internationalisme et de la démocratie ouvrière et paysanne, aucun des problèmes-clé auxquels les peuples de la région sont confrontés ne peut trouver de solution.
En poursuivant, des années durant, sa politique de «détente » avec l'impérialisme américain, en n'accordant à la Révolution indochinoise qu'une aide parcimonieuse, et par conséquent en prolongeant de plusieurs années la guerre d'agression, en concentrant des forces armées conséquentes - y compris des armes nucléaires - aux frontières de la République populaire de Chine, en soutenant le régime pro-impérialiste et réactionnaire de Lon Nol au Cambodge contre la majorité écrasante du peuple cambodgien, la bureaucratie soviétique a créé le cadre pour le déroulement de la tragédie qui se joue aujourd'hui.
Dans ces conditions, les dirigeants du jeune et faible Parti communiste cambodgien devinrent complètement dépendants
de la bureaucratie chinoise. Après le renversement du régime Lon Nol, le gouvernement de Pol Pot, tout juste constitué, devint sans cesse davantage un instrument fantoche de Pékin.
Ayant adopté, depuis le début des années 70, un cours politique consistant à considérer PURSS comme l'ennemi principal, la bureaucratie chinoise à son tour utilisa son hégémonie sur la direction du PC cambodgien pour lancer une campagne systématique anti-soviétique et anti-vietnamienne. Elle a nourri le nationalisme cambodgien et n'a pas hésité à faire appel à la bourgeoisie internatioentreprises dirigées à la fois contre les Etats ouvriers soviétique et vietnamien.
La bureaucratie vietnamienne aurait pu rendre l'issue de ce processus moins certaine si elle avait présenté aux masses et aux communistes cambodgiens l'alternative attrayante d'une authentique fédération socialiste indo chinoise. Une fédération dans laquelle les trois peuples auraient joui des mêmes droits et de toutes les formes de la démocratie ouvrière et paysanne qui leur auraient donné la possibilité de maîtriser leur propre destin. Il n'y a aucun doute qu'une telle fédération aurait contribué à résoudre les graves problèmes économiques et sociaux auxquels la Révolution indochinoise était confrontée dans les trois pays au lendemain des immenses destructions et du bouleversement provoqués par la barbarie de l'agression impérialiste.
Mais au lieu d'adopter un tel cours internationaliste, la bureaucratie vietnamienne a transformé la conception de la fédération en une formule cachant avec peine la domination et le contrôle du Vietnam. Les rapports de la bureaucratie vietnamienne avec le Laos fournissent une preuve frappante de cela aux yeux des masses cambodgiennes. Dans ces conditions, il était inévitable que le nationalisme hostile aux vietnamiens, traditionnel au Cambodge, reprenne corps et fournisse à la fois à la bureaucratie chinoise et à ses agents à Pnom-
Penh la base indispensable pour coloniaux et semi-coloniaux où le succès dépend proprement prolétariens.
à l'entre-deux guerres - est riche de leçons dans ce domaine.
couper !
Pour ce qui est des méthodes hyper-terroristes de déportations massives et d'exécutions leurs campagnes irresponsables massives du régime Pol Pot, elcontre l'Etat ouvrier vietnamien. les ont engendré à large échelle
«COMMUNISME ET NATIONALISME VIETNAMIEN»
Publié aux Editions Galilée en vente à la librairie La Brèche
Dans ce nouveau livre de notre camarade Pierre Rousset, le lecteur retrouvera un certain nombre de données factuelles et des analyses déjà largement présentes dans son précédent ouvrage, « Le Parti communiste vietnaminen» (deuxième édition, considérablement enrichie, parue dans la petite collection Maspéro en 1975). Le matériau initial est cependant refondu et réorganisé autour de la question-clé des rapports du mouvement communiste vietnamien (dans ses diverses composantes, aussi bien celle liée à l'IC stalinienne, que celle liée au trotskysme) avec la question nationale (sous ses divers aspects : rapports aux courants nationalistes sace du patinine et departe avec le ton d'ine amdande dans un sous-ensemble indochinois marqué par une commune colonisation
Toutes questions, comme on le voit, qui restent parfaitement actueles, tant en ce qui concerne le devenir des peuples d'Indochine que ce ivre peut aider à appréhender, que, plus généralement, les problèmes actiques rencontrés dans toutes les luttes anti-impérialistes des pays notamment d'une juste articulation des objectifs démocratiques-nationaux et des objectifs
L'histoire du PC vietnamien, comme celle des trotskystes vietnamiens, même limitée - comme dans le livre de Rousset,
On y voit les difficultés d'élaborer une orientation qui évite aussi en le secteur propagandiste (qui, en voulant émanciper les masses sséisme conservateur, évacue la question nationale, et s'interdit mobilisation possible des masses sur ce terrain ou ne fait rien pour en disputer la direction à la petite-bourgeoisie ou aux réactionnaires) que l'opportunisme liquidateur (où, sous prétexte de prendre en compte la dimension nationale, on relègue au second plan la lutte de classe et on maintient des illusions sur des forces sociales qui, par nature, sont incapables de rompre le cordon ombilical qui les lie à l'impérialisme et à la grande propriété foncière). Quelles difficultés, pour des organisations sans passé (comme en Chine, communisme et mouvement ouvrier naissent de concert) de constituer leur identité révolutionnaire en romvie, c'est-à-dire de se réapproprier ces racines qu'on vient justement de
L'autre grand apport du livre est la continuation du travail entrepris ans te de de pour éch er le elfein en dipe au son dan upart des sections de celle-ci: leur transformation en organisatior contre-révolutionaires au service des intérêts diplomatiques du Kremlin.
La thèse de Rousset est que c'est justement au cours des années qu'il étudie dans son livre, dans les rapports complexes qui se nouent avec Moscou, le PCF et le PC chinois, à la lumière des expériences heureuses ou malheureuses faites, que commence à se dessiner le visage d'un communisme national spécifique qui, en rusant avee la ligne, en s'apivant sur les « spécificités locales». prend ses distances (mais trou issi paradoxalement par la ses limites; un parti qui, malgré une ce taine compréhension de la révolution mondiale, reste vietnamo-centré).
A la lumière de cette étude, on souhaiterait que d'autres ouvrages a entrepris pote le c chinois dans son «Maine et Communis me» (Galilée). Il nous manque quelque-chose de semblable pour le
J.M. Freyssat
mécontentement, passivité et démoralisation au sein des masses cambodgiennes, facilitant ainsi la tentative irresponsable de la bureaucratie vietnamienne de «résoudre» la question cambodgienne par une invasion militaire d'envergure, commencée vers Noël 1978.
En protestant contre l'invasion du Cambodge par l'armée régulière vietnamienne, la IVe Internationale n'accorde pas un atome de soutien aux terroristes sanguinaires de la clique Pol Pot. Ce régime aura davantage discrédité le socialisme que n'importe quel autre depuis celui de Staline dans les années 30. Mais la tâche de renverser ces tyrans était et demeure celle des ouvriers et des paysans cambodgiens. Aucune circonstance ne peut justifier que cette tâche échoie aux bureaucrates et aux armées d'autres pays.
Le maintien de la présence de l'armée vietnamienne sur le territoire du Cambodge n'aura pas pour seul effet de transformer en farce la prétention du nou-
A LIRE AUSSI DANS INPRECOR 1. Une guerre criminelle; dération du Secrétariat unifié de la IVe Internationale parue dans le no 20, du 20 janvier 1978. 2. Un conflit plus politique que frontalier; de Pierre
Rousset;
paru dans le no 21, du 2 février 1978. 3. L'Indochine en crise, de
Pierre Rousset;
paru dans le no 34, du 21 septembre 1978. 4. Vietnam : progrès de la révolution au Sud, de Fred
Feldman;
paru dans le no 34, du 21 septembre 1978. 5. Trois ans après la victoire, quelques problèmes de la révolution vietnamienne, de
Pierre Rousset;
paru dans le no 36, du 19 octobre 1978.
veau régime de Pnom-Penh de substituer une alternative authentiquement à la tyrannie de Pol Pot.
Elle ne fera pas que dévoiler le caractère fantoche du nouveau régime par rapport à Hanoi, comme celui de Pol Pot l'était par rapport à Pékin. Elle entretiendra en outre le sentiment national cambodgien contre l'occupation étrangère et risque de déclencher une résistance massive et à long terme - même sous forme de guerre de guérilla prolongée -qui, dans les conditions actuelles, pourrait faciliter la tâche de la dictature réactionnaire thaï et de l'impérialisme : préparer une contre-offensive contre la révolution vietnamienne pour la première fois depuis leur défaite éclatante de 1975.
Il est d'autant plus impératif, pour défendre les intérêts de l'Etat ouvrier vietnamien contre l'impérialisme, d'exiger le retrait immédiat du Cambodge de l'armée vietnamienne.
Les paysans, les ouvriers et les peuples opprimés doivent s'opposer à toute demande d'intervention des Nations-Unies au Cambodge. Une telle intervention - bien qu'improbable étant donné le rapport de forces actuel en Indochine et à l'échelle internationale - ne saurait être qu'un voile masquant avec peine l'intervention de l'impérialisme américain. Les dirigeants nord-américains ont utilisé les Nations-Unies pour masquer leurs actes contre-révolutionnaires pendant la guerre de Corée dans les années 50 et plus tard en combattant les forces nationalistes au Congo.
La tentative d'utiliser le Cambodge comme prétexte pour renforcer l'encerclement militaire US, le boycott diplomatique et le blocus économique du Vietnam, doit être aussi combattue.
Les dirigeants américains, qui ont causé tant de morts et de destruction en Indochine, doivent fournir une aide considérable pour reconstruire le Vietnam, le Laos et le Cambodge, sans aucune condition.
Aucun soutien au régime Pol Pot!
Retrait immédiat de l'armée régulière vietnamienne du
Cambodge !
Libre choix pour les ouvriers et paysans cambodgiens de leur propre gouvernement !
Arrêt des menaces et des conflits militaires entre Etats ouvriers !
Pour un front uni des Etats ouvriers contre l'impérialisme!
Retour à la tradition léniniste d'un authentique internationalisme prolétarien !
Pour la fédération socialiste démocratique des peuples indochinois, sur une base de stricte égalité !
Contre la censure bureaucratique, pour le pouvoir démocratique des ouvriers et des paysans !
Impérialistes, hors du Cambodge, hors du Vietnam !
CRITIQUE
COMMUNISTE
Actualité de
Léon Troteky
Critique communiste numéro 25-novembre 78-20 F