Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PAKISTAN

Brève histoire de la gauche pakistanaise

· Inprecor n° 441, novembre 1999 · p. 30-34 · 3 996 mots

Inde et Asie du Sud Syndicalisme URSS et Russie Chine

Par Farooq Sulehria*

La gauche au Pakistan trouve ses origines

dans le mouvement communiste indien. Celui-ci puisa sa propre inspiration dans les révolutions russes de 1905 et d'Octobre 1917. Lénine lui-même accorda une attention considérable à l'Inde et, bien avant lui, Karl Marx montra un grand intérêt envers ce qu'il nomma « un pays intéressant » et un « bon allié futur ». Il écrivit plusieurs articles sur le sous-continent indien, spécialement lors de la guerre d'indépendance de 1857 Celle-ci devait se conclure par une défaite qui renforça et consolida la base impérialiste pour un siècle, véritable ère d'exploitation, de pillage et de répression.

Cependant, l'exploitation et le pillage, qui avaient besoin d'une base industrielle et d'une infrastructure, donnèrent naissance à un vaste prolétariat. L'exploitation intensifiée généra également une résistance de la paysannerie. Au début du XXe siècle, les syndicats et les grèves ont commencé à apparaître alors que les plus grandes provinces, comme le Punjab et le Bengale, étaient en complète révolte et que la paysannerie se soulevait contre l'exploitation impérialiste britannique.

Les révolutionnaires indiens qui partirent en exil ont aussi établi des contacts avec leurs camarades européens. À travers ces liens, la révolution russe de 1905 montra une voie nouvelle pour les révolutionnaires indiens. En 1911, ces révolutionnaires en exil formèrent aux États-Unis le parti Kairti Kissan. Rapidement, il s'implanta aux États-Unis, au Canada et en Europe.

La révolution russe d'Octobre 1917 ébranla aussi l'Inde. En 1920, le Parti Communiste d'Inde (CPI) fut créé. N. M. Roy, son dirigeant, participa aux réunions de la Ille Internationale. En 1934, le CPI fut inter* Farooq Sulehria est membre du comité exécutif du Parti travailliste du Pakistan (LPP — Labour Party Pakistan). L'article que nous reproduisons a été publié dans la revue australienne Links nº13 de septembre 1999 (traduction d'André Morin).

dit en raison de son influence rapidement croissante. Sa popularité effrayait l'impérialisme. Cette interdiction n'empêcha toutefois pas la diffusion des idées marxistes. Les communistes continuaient à travailler inlassablement sous couvert de différentes organisations.

Sous la direction de Staline la Ille Internationale connut une période de complète dégénérescence. De la " troisième période " aux fronts populaires, du pacte de non-agression avec Hitler à l'alliance avec les Alliés, le Komintern prit de nombreux zigzags. La nullité de la clique bureaucratique soviétique se manifesta dans sa «théorie» du socialisme dans un seul pays et des deux étapes de la révolution. Le CPI suivit aveuglement la ligne stalinienne, trahissant à la fois le prolétariat indien et la révolution. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale commença, le CPI s'y opposa jusqu'à ce que Staline passe un accord avec les Alliés. II refusa de diriger la lutte contre l'impérialisme britannique parce que : 1) Staline était devenu son allié, 2) selon la théorie des deux étapes, l'Inde devait passer par la révolution démocratique sous direction de la bourgeoise.

D'autre part, des millions de jeunes révolutionnaires et de combattants de la liberté se sacrifièrent héroïquement pour la libération de leur patrie de l'impérialisme britannique. De 1940 à 1945, 10 000 combattants de la liberté périrent en martyrs, des dizaines de milliers furent emprisonnés, des dizaines de milliers d'autres furent fouettés. Mais pour le CPI, ces combattants de la liberté étaient des agents de la " cinquième colonne "

1946 fut l'année de la révolution. Le sous-continent était en ébullition. Des soulèvements de masse et des grèves marquèrent le début de l'année. Le prolétariat était à leur tête. Le 10 février, des marins firent grève. Pour montrer leur solidarité avec ces derniers, les ouvriers de la Royal Air Force se mirent en grève. Le 1 mars, les Sepoys, des soldats indiens recrutés par les britanniques, se révoltent à Jalapur. Le 18 mars, à Dera Doon, c'est le tour des unités Sepoys Gurka

• Karachi, Bombay, Madras et de nombreuses autres villes connaissent des grèves générales. Le 3 avril, suivant la police de Delhi, la police dans l'ensemble de la province de Bihar se soulève. En Mai, 100 000 employés des postes et des chemins de fer sont en grève, rejoints le 23 par 400 000 travailleurs de l'industrie.

Durant cette période le CPI servit de briseur de grève. Ne tirant aucune leçon des révolutions vaincues en Chine (1925-27) et en Espagne (1934-37), il resta aveuglément sur la ligne stalinienne des deux étapes, espérant une révolution nationale démocratique qui ne vint jamais. Cette carence idéologique, couplée à une alliance honteuse avec l'impérialisme britannique, compromit le CPI aux yeux de la classe ouvrière : ils évoluaient dans deux directions opposées.

Cette situation profita au parti du Congrès et à la Ligue Musulmane. Parce qu'ils dirigeaient cette révolte, qui aurait pu mettre un terme à l'impérialisme aussi bien qu'au capitalisme et au féodalisme, les mobilisations ne visèrent pas plus loin que l'obtention de l'indépendance nationale. Les masses payèrent un lourd tribut pour les fautes du CPI. Non seulement une chance de libération de la classe avait été gâchée, mais le sous-continent indien devait aussi être plongé dans le sang. De violentes émeutes et de vastes mouvements de population laissèrent derrière elles des traces indélébiles. Lorsqu'en 1947 les Britanniques quittèrent l'Inde, le CPI soutint la partition, ordonnant à ses cadres musulmans d'émigrer au Pakistan. Le Parti Communiste du Pakistan (CPP)

Le CPP hérita non seulement des cadres du CPI mais aussi de son idéologie : la théorie des deux étapes de la révolution. Suivant cette perspective, il rejoignit la Ligue Musulmane pour y soutenir la bourgeoisie contre les chefs féodaux. Mais la Ligue Musulmane a toujours été un parti de féodaux musulmans. Ceux-ci débarrassèrent vite le parti de ses " infiltrés ". Ces purges

Page 31

(cf. notre article en p. 36), Inprecor donne la parole aux milipoussèrent le CPP à un autre extrême. Au lieu d'organiser la classe ouvrière pour une révolution, il chercha un raccourci : un coup d'État.

Là aussi le CPP se lia avec une section libérale de la bourgeoisie, en la personne du général Akbar et de sa belle mère, la Bégum Shahnawaz. Ils discutèrent avec le général d'un projet de coup d'Etat. Cette tentative, connue comme « l'affaire de la conspiration de Rawalpindi », se limita à une discussion : elle fut découverte en 1951 avant d'être entreprise. Le gouvernement interdit alors le CPP et ses branches étudiantes et syndicales. Au moment de l'interdiction, le parti avait environ 200 membres.

Après l'interdiction, des membres du CPP formèrent le Azad Pakistan Party (APP, parti de l'indépendance du Pakistan). Dirigé par un nationaliste radical, Mian ljtikhar Ud Din, l'APP devait fusionner en 1957 avec d'autres groupes prétendument libéraux pour donner naissance au Parti National Awami (NAP, Parti National du Peuple). Le NAP avait un programme réformiste dont les éléments-clés étaient l'anti-impérialisme, la laïcité, l'autonomie régionale et l'industrialisation.

Après cette fusion, les communistes mirent de côté leur identité propre et n'organisèrent aucun mouvement de classe indépendant. En 1958, alors que la crise capitaliste s'aggravait, les ouvriers descendirent dans la rue. Un mouvement de la classe ouvrière déferla à travers tout le Pakistan. Il affecta aussi la paysannerie. La même année, le dirigeant du NAP, Maulana Bhashani, (alors au Pakistan Oriental, devenu ensuite le Bangladesh) forma une association des paysans de l'ensemble du Pakistan, la Kull Pakistan Kissan Association. Des actions ouvrières débutèrent à Lahore pour toucher l'ensemble du pays. Le général Ayoub imposa la loi martiale le 26 octobre 1958 afin de briser ce mouvement. Le conflit sino-soviétique

À partir de 1956, le conflit bureaucratique sino-soviétique s'aggrava. Cette compétition fut un recul pour le mouvement international de la classe ouvrière, désorientant une masse de militants conscients et divisant la classe ouvrière.

Malgré ses déformations bureaucratiques, la révolution chinoise de 1949, en raison de ses succès dans l'éradication du féodalisme et du capitalisme, exerça une grande force d'attraction dans le monde colonial. La révolution chinoise s'avéra même contagieuse pour le Pakistan, qui possédait une frontière commune avec la Chine.

tants du Partie travailliste du

Pakistan).

En effet, aussi faible que soit d'hui, le LPP constitue en son l'espoir d'une renaissance. Le maoïsme attira une frange de la classe ouvrière, de la jeunesse et de l'intelligentsia, en particulier des étudiants.

Une raison majeure de cette inclination vers lui fut une réelle aversion pour la théorie stalinienne des deux étapes, qui bloqua la lutte de la gauche pakistanaise à un moment où la révolution était un véritable cri de guerre. Mais la bureaucratie chinoise n'était pas fondamentalement différente de la bureaucratie russe. Elle avait aussi ses propres priorités et ses déformations idéologiques.

Les événements révélèrent sa véritable nature. Elle apporta un soutien au dictateur Ayoub Khan. En 1965, Chou Enlai congratula Ayub Khan pour son succès dans une «élection» qui n'était même pas basée sur le suffrage universel mais sur une " démocratie de base " : quelques milliers de pseudo représentants élus de conseils locaux élisaient le président. Ne Chu, le chef d'une délégation commerciale chinoise en visite, qualifia le dictateur Ayoub de représentant du peuple.

Lorsqu'une guerre éclata entre l'Inde et le Pakistan la même année, elle fut qualifiée de guerre populaire par la bureaucratie chinoise qui soutint totalement la dictature

Alors que le général Pervaz Musharraf s'empare du pouvoir Pakistan (LPP, Labour Party la gauche pakistanaise aujoursein, depuis quelques années, Ayoub et le chauvinisme pakistanais. Quand Chun Lee, maréchal de l'armée populaire chinoise, visita le Pakistan après la guerre, il qualifia le système d'Ayoub de " démocratie de base " qui ressemblerait au système de la commune.

Les maoistes pakistanais commencèrent par soutenir Ayoub Khan. Ils déclarèrent aussi que sa politique extérieure était progressiste, oubliant totalement que la politique extérieure est simplement la prolongation de la politique interieure. La politique de collaboration de classe que la bureaucratie chinoise avait adoptée s'exprimera ouvertement au Pakistan au cours de cette période.

La bureaucratie soviétique ne jouait pas plus un rôle radical. Elle soutenait la bourgeoisie indienne. La ligne de la gauche pro-Moscou au cours de cette période peut être appréciée avec un extrait de Outlook, organe mensuel du parti. En avril 1964, on pouvait y lire : « notre bourgeoisie nouvellement émergente entrera en conflit avec la bourgeoisie internationale. Poussés par des convulsions économiques, Habib Ullahs, Sehgals et Walikas devront se tourner vers le bloc socialiste pour les échanges commerciaux. Ce processus mettra un terme au monopole occidental sur notre économie.

Page 32

C'est vers ceci que nous nous dirigeons. Et je serais le plus grand fou si je m'opposais au général Ayoub au sujet de cette porte s'ouvrant sur la gauche ». À une autre question, le même numéro suggéra que, si les masses étaient conscientes, la « démocratie de base » pourrait préparer l'institution de véritables soviets. La gauche pro-Moscou se dissolvait dans des partis bourgeois prétendument libéraux et progressistes.

La gauche, elle-même, restait divisée entre pro-Moscou et pro-Pékin. La première soutenait une aile de la bourgeoisie, la qualifiant de progressiste, la seconde soutenait l'autre aile, en la qualifiant aussi de progressiste.

Durant cette période la gauche n'assista pas à un essor économique international ouvrière se limitait à de simples slogans.

Le mouvement révolutionnaire de 1968-69 sans précédent. Le boom qui suivit la Seconde Guerre Mondiale affecta aussi le Pakistan. Un processus significatif d'industrialisation débuta pour la première fois, donnant naissance au fossoyeur du capitalisme, le prolétariat. La gauche, durant cette phase, au lieu d'organiser et de se lier aux nouvelles couches du prolétariat, était en train de rechercher des progressistes au sein de la bourgeoisie auxquels elle pourrait apporter un appui. Son flirt avec la classe

C'est pourquoi, quand un mouvement révolutionnaire, le premier de ce type, débuta en 1968-69 et renversa la dictature militaire qui avait fait du dictateur Ayoub le plus riche président du plus pauvre des pays, la gauche se trouva déconcertée

Au cours de ce mouvement, qui dura quelques mois, deux pouvoirs parallèles étaient en présence. D'une part, les ouvriers et les paysans contrôlaient le pays. De l'autre, en raison de l'absence de direction prolétarienne, la bourgeoisie gardait la mainmise sur l'appareil d'État.

Le mouvement commença comme une protestation contre la hausse du prix du sucre. Les étudiants s'y joignirent. Abdul Hameed, étudiant du Collège Polytechnique Rawalpindi, fut tué lors d'une manifestation.

Cette étincelle mit le feu à l'ensemble de la société. Le prolétariat rejoignit le mouvement. Les ouvriers prirent le contrôle des

Page 33

filatures et des usines, les paysans se soulevèrent, des comités de grèves apparurent contrôlant les villes. Dans la zone industrielle de Faisalabad, l'administration locale dut obtenir l'autorisation du dirigeant ouvrier local Mukhtar Rana pour l'approvisionnement par camion. La censure disparut. Les chemins de fer propageaient le message révolutionnaire à travers le pays. Les ouvriers inventèrent de nouvelles méthodes de communication.

C'était un nouveau phénomène. Mais cela ne tombait pas du CIel. L'industrialisation, l'exploitation et l'oppression, élargissant l'écart entre riches et pauvres, en furent à l'origine. Dans les années 1960, les classes dirigeantes avaient intensifié leur pillage. Par exemple, en 1965, selon Links, un hebdomadaire de Delhi, les biens de la famille du dictateur Ayoub étaient estimés à 250 millions de roupies, sans compter les sommes transférées dans des banques étrangères. 97 % du secteur des assurances appartenaient à 22 familles. Par contraste, le revenue mensuel d'une famille ouvrière était de 780 roupies (16 dollars américains à l'époque).

En 1967, les travailleurs des chemins de fer commencèrent une grève. Le syndicat officiel s'y opposa. Le syndicat non-reconnu, contrôlé par les communistes, fut aussi contre, parce qu'il soutenaient Ayoub Khan " anti-impérialiste ". Néanmoins, les cheminots formèrent des comités ouvriers et commencèrent leur lutte.

Le gouvernement eut recours à toute sorte de répression, il dut cependant céder sur certaines revendications avant que la grève ne s'arrête. La classe ouvrière, la paysannerie et les étudiants étaient en révolte complète. Mais la gauche, toujours prisonnière de sa théorie des étapes, rêvait d'une révolution démocratique bourgeoise dirigée par la bourgeoisie progressiste.

Le professeur Muzafar Ahmad, un dirigeant communiste du National Awami Party, expliqua cette position dans la revue Outlook. Quand il parlait de conditions objectives favorables, il ne voulait pas dire pour le socialisme mais pour la démocratie bourgeoise. La conscience du Pakistan n'était absolument pas socialiste, donc la révolution devait passer par des étapes, disait-il. Nous avons vraiment besoin d'un parti révolutionnaire, mais dans la prochaine étape, concluait-il. La formation du Parti du Peuple du Pakistan (PPP)

Le PPP (Parti du Peuple du Pakistan) fut créé en septembre 1967. Son programme était radical et socialiste. Un dirigeant communiste, J. A. Rahim, avait rédigé son manifeste. Zulfiqar Ali Bhutto, père de Benazir Bhutto, apparaissait sur la scène politique comme un défi à la dictature d'Ayoub. Les communistes, tant les pro-soviétiques que les maoïstes, soutinrent la dictature Ayoub alors que Bhutto représentait les sentiments des masses.

Bhutto, lui-même grand féodal du Sindh, avait été ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Ayoub. Intelligent politicien bourgeois, il recourut au slogan du socialisme et tendit la main à certains éléments de gauche pour fonder le PPP. Lorsque la dictature Ayoub commença à prendre Bhutto pour cible, il devint un symbole de résistance, renforçant sa popularité

Get sa mainmise sur le parti. En fait, la popularité du PPP était une conséquence du mouvement révolutionnaire des années 196869. Avant même les premières élections générales jamais tenues sur la base du suffrage universel, les masses avaient rejoint ce

Le dictateur Zia Ul Haq promenant la démocratie parti en raison de son programme socialiste Les dirigeants ouvriers, renforcés par le mouvement de 1968, rejoignirent aussi ce parti.

Cela n'était pas un accident si le PPP devenait un parti de masse. Dans le monde colonial, seuls des partis avec un programme socialiste deviennent populaires. Ceci reflète le besoin d'un changement socialiste. Mais la gauche pakistanaise, comme d'habitude, échoua à comprendre le déroulement des événements. Elle trouva en Bhutto un bourgeois radical et commenca à le soutenir. Au lieu de soutenir et d'organiser des luttes de classes, la gauche développa les illusions de la classe ouvrière en Bhutto et dans le PPP. Elle se réconcilia avec les féodaux et les capitalistes au sein du PPP, les présentant même comme des dirigeants acceptables. Ainsi, le PPP devint un parti de la classe ouvrière avec des dirigeants féodaux qui recouraient à des slogans socialistes.

Au lieu d'organiser le PPP sur un programme socialiste radical, il fut organisé sur une base démocratique bourgeoise, ce qui mena le parti à un tournant droitier. Ce fut encore son idéologie qui bloqua la gauche pour organiser le PPP sur une base révolutionnaire. Elle travaillait juste en phase avec la politique étrangère de Moscou et de Pékin.

Lorsque le PPP arriva au pouvoir en 1972, de nombreux communistes rejoignirent le gouvernement, mais le PPP ne put mener de changement fondamental malgré quelques réformes radicales. Ceci déçut la classe ouvrière. Le prolétariat descendit dans la rue de mai à septembre 1972. Le mouvement fut spécialement fort à Karachi. Le gouvernement décida de briser les mobilisations. Il fit tirer sur une manifestation ouvrière à Gandhi, Karachi, laissant des dizaines de morts. Ceci provoqua la colère des communistes qui avaient rejoint le gouvernement, certains démissionnèrent en protestation. Peut-être avaient-ils oublié que les gouvernements capitalistes, aussi radicaux peuvent-ils être à certains moments, répriment toujours le prolétariat.

Déçue par Bhutto et le PPP, la gauche alla chercher des figures bourgeoises plus progressistes, laissant la classe ouvrière fidèle au PPP, à la merci de ses dirigeants féodaux et capitalistes. La gauche échoua à offrir une quelconque alternative au cours de la période. De là, quand la déception augmenta, ce furent les fanatiques religieux de droite et les forces réactionnaires qui devinrent une alternative au PPP. En 1977, un mouvement commença contre le gouvernement, acculé par la situation économiques et l'intervention américaine. La gauche ne comprit ni sa nature ni celle de sa direction et le qualifia de mouvement pour les libertés démocratiques en appelant la classe ouvrière à le rejoindre.

Dans une déclaration du 12 avril 1977 à Hyderabad, Miraj Mohamad Khan, dirigeant du Front de Libération Nationale (Qaumi Mahaz e Azadi, parti pro-Pékin) ainsi que Sher Mohamad Marri et Ata Ullah Mengal,

Page 34

fusionnèrent pour créer le Awami National pouvoir mais elle déçut sévèrement la classe deux dirigeants nationalistes baloutches pro-Moscou expliquaient : « nous appelons les ouvriers, paysans, étudiants, intellectuels et les masses opprimées à rejoindre le mouvement du peuple en cours, mouvement des libertés démocratiques. Nous croyons que ce mouvement débarrassera notre mère-patrie de la dictature ». Ils espéraient débarrasser la " mère-patrie " de la " dictature " via les fondamentalistes religieux. Qualifier le régime Bhutto de dictature n'était pas correct que ce soit socialement ou politiquement.

L'espoir démocratique en des fanatiques religieux soutenus par les États-Unis d'Amérique était irrationnel. Leurs analyses et espoirs illogiques furent anéantis lorsqu'une autre dictature militaire débarrassa la « mère-patrie » de « la dictature de Bhutto ». Ce fut la gauche qui souffrit le plus durant ce régime militaire dirigé par le général Zia Ul Haq La gauche dans les années 1980

Les années 1980 furent des années de résistance à la dictature. Le prolétariat a mené une résistance héroïque et une lutte sans précédent. Pour la gauche, ce fut une décennie de fusions et d'alliances.

Bhutto fut pendu en 1979, montrant que la bourgeoisie ne tolère même pas quelques réformes et que l'impérialisme peut aller très loin pour réprimer le mouvement de la classe ouvrière.

La pendaison d'un Bhutto âgé popularisa le PPP. Il devint le symbole de la résistance contre la dictature. Un front uni, le Mouvement pour la Restauration de la Démocratie, fut formé. L'aile droite du PPP, les libéraux et la gauche s'associèrent sur la base de cette plate-forme. Un front uni contre la dictature n'est pas une mauvaise politique mais la gauche, au lieu de présenter un programme transitoire et de le lier à un programme socialiste, s'auto-limita.

À ce moment, le PC (stalinien pro Moscou), le Parti des ouvriers et des paysans (MKP, maoïste) et le Parti socialiste (stalinien) possédaient de solides bases de masses dans différentes régions. Mais ils ne les utilisèrent pas pour lancer une lutte indépendante.

La question nationale au cours de la période devint même plus dure à cause de l'impitoyable oppression par le régime au Sindh, la province de la Frontière du Nord Ouest et au Balouchistan. Mais la gauche échoua à prendre une position.

En 1986, plusieurs groupes

Parti (AWP). Ce fut une nouvelle tentative d'alliance de collaboration de classe avec des illusions dans la bourgeoisie. Des bourgeois nationalistes étaient les principaux dirigeants de la nouvelle formation. Peu après les groupes scissionèrent. En 1987, le QIP (Parti national révolutionnaire, Qaumi Inglabi Party) fut formé comme produit de la fusion de différents partis de gauche et nationalistes bourgeois. Il devait se dissoudre après une année. En 1988, l'AJP (Awami Jomhori party, Parti démocratique du peuple) fut formé par des maoistes et des staliniens, mais au bout de quelques mois à peine, peu avant des élections, il scissionnait, ne sachant pas s'il devait soutenir Benazir Bhutto ou Nawwaz Sherif.

Cependant en 1986, un nouvel élément intervient dans la politique de la gauche pakistanaise. Le groupe " La lutte " rassemble des militants autour du journal mensuel Mazdoor Jeddojuhd (Lutte ouvrière). Le groupe "La lutte" avait été formé en 1980 aux Pays-Bas, agissant d'abord au sein du PPP. Pour lui la période était celle d'une lutte pour la démocratie, la classe ouvrière ayant de nombreuses illusions sur le PPP. En 1986, les principaux dirigeants du groupe rentrèrent d'exil car il y avait maintenant des libertés limitées sous la dictature militaire Effondrement de la gauche pro-soviétique

La chute de l'URSS a fracassé la gauche pakistanaise. Elle a quasiment disparu. D'un autre côté, le régime militaire s'interrompit à la suite de l'accident aérien qui tua le dictateur, le général Zia, et des élections furent tenues en 1988. Benazir Bhutto arriva au ouvrière. jalai La désillusion engendrée par le PPP et l'éclatement de l'URSS généra désespoir et pessimisme. La gauche stalinienne du Pakistan, comme ailleurs de par le monde, évolua vers la social-démocratie. Le début des années 1990 fut une période de conscience contre-révolutionnaire au Pakistan, donnant naissance à la montée du fondamentalisme.

Le groupe " La lutte ", cependant, ne perdit pas sa foi dans le socialisme. Il mit un terme à sa politique entriste sur la base de son analyse que la classe ouvrière quitterait le PPP à partir de maintenant et qu'une alternative devait être présentée. Pour construire ce parti alternatif, il lança en 1993 le Jaddejuhd Inglabi Tahrik (Mouvement de lutte révolutionnaire) pour la formation d'un parti des travailleurs par le mouvement syndical. En 1997, après quelques succès, il forma le Labour Party Pakistan. Les partis staliniens sont aujourd'hui réduits à des petits groupes.

Dans le but de survivre, le CP et le MKP fusionnèrent en 1994 pour donner naissance au CMKP (Communist Mazdoor Kissan Party). Le 3 juin 1999 trois autres partis (AJP, Pakistan National Party, Socialist Party) fusionnèrent pour former le NWP (National Workers Party). CMKP et NWP croient tous les deux en un programme démocratique bourgeois et le NWP est de plus en plus en train d'évoluer vers la droite. Les deux sont des partis âgés avec peu de chance de croissance.

À présent, le LPP, le CMWP et le NWP sont les trois principaux partis de gauche Au-delà de ces trois organisations, il existe d'autres groupes de gauche qui possèdent à peine de l'influence. Aucun n'a une base de masse. La gauche dans son ensemble est à peine reconnue comme une force aujourd'hui. Cependant, le LPP a obtenu un certain succès depuis sa formation, gagnant un écho, en particulier dans le

Sindh. Il existe un fossé énorme à gauche

Le LPP le comble. Aujourd'hui il possède plus de 1500 adhérents, mais ceci n'est pas très stable

Les réductions d'effectifs, les privatisations, la pauvreté et un chômage toujours croissant vont conduire les ouvriers à retourner dans la rue. La gauche va avoir une chance d'organiser ces masses radicalisées. Mais en même temps, les fondamentalistes peuvent apparaître comme un grand danger car ils sont à présent plus fort et mieux organisés.

Une erreur sur cette page ?