Par epuis le début des années 1990, une main de fer brutale s'est abattue sur la Tunisie. Tout Sayyed Murshid forme d'expression indépendante a été étranglée. À une sévère répression s'est ajouté une étouffante tutelle bureaucratique de la société. A l'extérieur, les critiques de cette situation ont souvent eu des difficultés à trouver le moindre écho.
Cependant, après plusieurs années d'un joug brutal, quelque chose a commencé à bouger. Plusieurs actions et initiatives ont exprimé l'amorce de ce changement.
En décembre 1998, une quarantaine de personnalités de sensibilités diverses décidaient de la création du Comité national des libertés en Tunisie (CNLT). À l'automne dernier apparait le Rassemblement pour une alternative internationale de développement (RAID), section tunisienne du mouvement ATTAC, qui demande son accréditation sans obtenir jusqu'à ce jour la moindre réponse.
En mars dernier, le CNLT a rendu son rapport sur la situation des libertés. Très documenté, il est explosif. Il traite des nombreuses atteintes aux Droits de l'Homme, dénonce la collusion de l'appareil judiciaire avec les services de sécurité et fournit une liste d'officiers de sécurité responsables de tortures.
Lors des obsèques de Bourguiba, le régime, gêné, a choisi de ne pas les retransmettre en direct. Les limitant au maximum pour éviter toute expression publique indépendante, il n'a pu empêcher des comparaisons très défavorables pour Ben Ali.
Tunisie : Desserrer l'étau !
La récente grève des chauffeurs de taxi est aussi une autre expression du malaise. Qu'un tel secteur lié par clientélisme au pouvoir réagisse est significatif d'un ras-le-bol devant la corruption et un népotisme qui ont atteint des sommets jamais vus auparavant. Plus récemment encore, des grèves et protestations lycéennes massives ont eu lieu dans le Sud tunisien. Pendant trois jours, des milliers de lycéens ont pris le contrôle de la rue avant de subir une répression sévère.
Il faut enfin noter une vigilance nouvelle à l'étranger sur la situation des droits de l'homme et des libertés en Tunisie. Sous la pression de la réprobation internationale, après des années de soutien inconditionnel en Occident, une prise de distance envers le régime de Ben Ali s'est amorcée, y compris de la part de personnalités et de secteurs jusque-là très liés ou très favorables au régime. En Tunisie même, la solidarité devient tout particulièrement vigoureuse. Pour la première fois depuis des lustres, des dizaines de personnes ont forcé le barrage de police qui encerclait l'hôpital où Taoufik Ben Brik se trouvait et ont ainsi pu le rejoindre. De même, lors de l'ouverture du procès des inculpés de RAID et de celui de Jalel Zoghlami, de nombreuses personnes s'étaient déplacées. Il ne faut pas non plus oublier la grève des avocats tunisiens. La résignation qui jusque-là prédominait est bien dépassée. Cela concerne, certes, des couches et des secteurs réduits, mais ce phénomène est vraiment décisif. La grève de la faim de Taoufik Ben Brik catalyse donc l'expression de ce ras-le-bol croissant. C'est une première victoirte. Le régime de Ben Ali a déjà énormément perdu au niveau international : sa nature de dictature est dorénavant connue très largement. La peur change de camp. Le bras de Taoufik Ben Brik fer engagé n'est pas terminé, mais quelque chose d'important se déroule en
Ice moment même en Tunisie. C'est bien un véritable tournant. Taoufik Ben Brik : un cas exemplaire de répression et de solidarité
Le 29 mars dernier, trois militantes des droits des femmes font une grève de la faim d'un jour pour protester contre le refus des autorités de les laisser aller assister à une réunion préparatoire de la marche mondiale des femmes.
Le 3 avril, le journaliste Taoufik Ben Brik Zoghlami, 39 ans, travaillant notamment pour le quotidien La Croix et l'agence de presse suisse Infosud, débute une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements et les harcèlements dont lui-même et ses proches sont les victimes depuis près de deux ans. Ce harcèlement prend des formes multiples : pression directe, menaces, coupure du téléphone et du fax, surveillance policière, confisquation du passeport, agression physique... Il a aussi été inculpé pour « propagation de fausses nouvelles menaçant l'ordre public » et « diffamation de corps constitué ». Il risque une peine de six ans de prison. Réclamant le rétablissement de tous ses droits civiques, Taoufik Ben Brik s'est imposé comme un journaliste indépendant, résolu et courageux. C'est ce qui lui vaut d'être dans le collimateur du régime.
Une suite d'incidents sérieux se sont produits depuis le début de son action. La police a d'abord investi le local de la maison d'édition Aloès où Taoufik menait sa grève de la faim expulsant les présents. Après qu'il ait perdu plus de dix-huit kilos, les médecins ont décidé son hospitalisation. Son épouse Azza et sa sœur Salida devaient être agressées au sein même de l'hôpital (lire la suite en page 35)
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Desserrer l'étau !
(Suite de l'article de la dernière page) où il était conduit. En pleine nuit, il dut se rendre dans un second hôpital avant de rentrer chez lui, par crainte d'un enlèvement. Sa maison a alors été l'objet d'un encerclement policier complet, son téléphone coupé. Une délégation de solidarité de journalistes algériens a été empêchée « physiquement » de le rencontrer. Une délégation de France comprenant des journalistes et des membres de Reporters sans frontières (RSF) a été agressée près de son domicile, son matériel détruit. Son état de santé est arrivé au stade où il risque un accident cardiaque. Le 1e mai, la mère de Taoufik Ben Brik a annoncé que les membres de la famille Ben Brik commençaient une grève de la faim. Ensuite, son frère Jalel Zoghlami, très actif dans le soutien à sa grève de la faim, a été sévèrement battu par les forces de l'ordre et arrêté avec trois autres personnes : Sihem Bensedrine, Noomane Tayeb, Ali Bensalem (1). Après avoir subi de graves violences policières, ces derniers ont été relâchés. Jalel Zoghlami a été incarcéré. Il est passé devant le juge le samedi 29 avril et accusé de violences contre les forces de l'ordre. Le procès a été marqué par une forte présence de solidarité. Les avosa libération (2). nées et il a enfin reçu l'autorisation de voyager. Jalel Zoghlami condamné à trois mois de de se rendre en Algérie et en France. Répression contre le RAID l'homme concerne des personnes arrêtées en raison de leurs activités au sein du RAID Le 8 avril, Fathi Chamkhi et Mohamad pellés en effectuant la photocopie de documagasin de photocopie, lheb El Hani, a aussi tions extrêmement difficiles et inculpés de « maintien d'une association non reconnue; tion de troubler l'ordre public ; outrage à l'ordre public ; appel à la rébellion et incitation des citoyens à violer les lois du pays ».
cats tunisiens se sont aussi mis en grève le jour du procès. Jalel Zoghlami a commencé une grève de la faim le 29 avril pour obtenir
Mercredi 3 mai, toutes les charges contre Taoufik Ben Brik ont été abandonprison ferme a demandé à son frère d'arrêter sa grève de la faim. Au moment où nous mettons sous presse, Taoufik Ben Brik poursouit sa grève de la faim tout en projettant
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Le dernier cas d'atteinte aux droits de Chourabi, membres du RAID ont été interments de l'association RAID. Le gérant du été arrêté ! Ils sont détenus dans des condidiffusion de fausses nouvelles avec l'inten-
Tunisie SOLIDARITÉ-URGENCE
Envoyez des messages de protestation à la présidence tunisienne. Exprimez votre soutien aux victimes de l'arbitraire. N'oubliez pas d'envoyer une copie de votre message aux associations de solidarité,
Réclamez immédiatement La libération de Jalel Zoghlami, Fathi Chamkhi, Mohamad Chourabi et lheb el Hani !
• Fax de la présidence de la République de Tunisie: 216-1-744-721
• Téléphone de Taoufik Ben Brik : 216-1-87-
• Copie de message pour les membres de RAID fax : 33/0-1-04.72.53.99.46.
• Copie de message pour Taoufik Ben Brik à RSF Fax : 33/0-1-45.23.11.51. Ils risquent 13 ans de prison. Leur procès a débuté le 20 avril.
Un fort mouvement de solidarité s'exprime notamment en France, en Suisse, en Algérie, en Egypte et au Maroc. Le cas de Taoufik Ben Brik bénéficie d'une forte couverture médiatique. De nombreux journaux français, suisses, algériens et arabes couvrent l'affaire sans oublier télés et radios. Des associations, personnalités et de nombreux citoyens ont exprimé leur soutien.
Najet Zoghlami s'est rendue en Algérie, Suisse et en France pour défendre son frère. Elle a répondu à de nombreuses interviews Elle a même été reçue à l'Élysée par le porte-parole adjoint de la présidence de la répu-
ATTAC-France a lancé une pétition en faveur des membres du RAID et du gérant de la boutique. Elle organise une série de réunions publiques en France avec Sadri Khiari, membre du RAID (3).
Devant de telles persécutions et de telles atteintes à la liberté d'expression, de circulation et de réunion en Tunisie, il est décisif que continue à se manifester la solidarité la plus active et la plus large avec ces victimes le 4 mai 2000 1. Seham Bensedrine, militante des droits l'homme, a été harcélée depuis la constitution de la maison d'édition Aloès.
Zoghlami est porte-parole de l'Organisation des communistes révolutionnaires, section tunisienne de la IV° Internationale. Il est depuis 1992 sous le coup de deux condamnations pour appartenance à une organisation illégale. Passible de 20 mois de prison, il vivait dans la clandestinité depuis de nombreuses années. 3. Sadri Khiari est sous le coup d'une inculpation en raison du rapport sur les libertés publiques en Tunisie publié par le CNLT. Précisons de Taoufik Ben Brik, Jalel Zoghlami, Sihem Bensédrine et Ali Bensalem sont aussi membres du CNLT.