Par Jan Malewski*
Dans Inprecor n° 447 de mai 2000 nous ouvrions le débat sur l'éventualité d'un retournement de la phase dépressive de l'onde longue, commencée au début des années 1970. Nous avions alors publié les contributions de Maxime Durand et de Marc Bonhomme, qui, par des cheminements différents, concluaient tous les deux que les conditions n'étaient pas réunies pour que l'économie capitaliste rentre dans la phase expansive d'une nouvelle onde longue. Nous le poursuivons dans ce numéro avec deux nouvelles contributions contradictoires : celle de Gianni Rigacci, pour lequel " le système capitaliste n'a pas surmonté son onde longue de stagnation " et celle d'Henri Wilno, qui envisage un " nouvel ordre productif ", ou, pour reprendre la terminologie mandélienne, d'une sortie de l'onde longue récessive.
Notons que cette dernière hypothèse est aussi envisagée par d'autres économistes. Ainsi pour Christian Schmidt « les États-Unis connaissaient un cycle de croissance classique au début des années 1990. Et c'est au moment où ce cycle allait se retourner en dépression vers 1993, que le kondratieff a démarré ». Et il considère que l'accroissement des inégalités — une redistribution en profondeur de la carte des revenus - constitue l'élément-clé du nouveau cycle long (cité dans Le Monde du 29 août 2000). Le MEDEF, organisme patronal français, s'est également penché sur l'hypothèse d'un « cinquième cycle Kondratieff » à l'occasion de son université d'été de cette année.
Rappelons que c'est à Léon Trotsky que le courant marxiste doit l'hypothèse « d'époques ascendantes, stagnantes ou déclinantes du développement capitaliste » (Inprecor n° 449-450 de juillet-septembre 2000 a reproduit deux de ses contributions sur ce thème). L'économiste russe Nikolaï Kondratieff avait ensuite élaboré une théorie de « cycles longs » (appelés ensuite des. « kondratieff »), dont il envisageait, en se fondant sur une analyse statistique des périodes passées, une répétition régulière tous les 50 ans, chaque cycle ayant selon lui, une phase ascendante et une phase régressive. Cette théorie fut sévèrement critiquée par Trotsky, qui réfutait l'idée de « cycles longs », considérant que la démarche de Kondratieff était une « généralisation erronée d'une analogie formelle » avec les cycles courts. A la suite de Léon Trotsky, Ernest Mandel a développé la théorie marxiste des « ondes longues ». Selon lui, si les débuts d'une phase dépressive de l'onde longue sont dus à l'accumulation des contradictions qui minent le mode de régulation lors d'une phase expansive, le retournement de l'onde vers une nouvelle phase expansive implique des facteurs exogènes à l'économie : une modification des rapports de forces entre les classes, une impulsion politique d'une direction bourgeoise raffermie,
Débat une « révolution technologique » permettant des gains de productivité, un élargissement du marché à la suite d'événements d'ordre « superstructure/ » (guerres, contre-révolutions...).
Si la théorie des ondes longues ne permet en rien de prévoir les retournements de la conjoncture économique - les crises cycliques de surproduction, ou récessions — elle autorise par contre des prévisions à moyen terme sur le caractère de ces crises et sur celui des périodes de croissance (leur durée, leur profondeur). Elle permet donc aussi d'envisager les conditions de la lutte des classes : l'évolution de l'armée industrielle de réserve (chômage) et les marges de manœuvre dont dispose le patronat pour céder devant les revendications sociales/salariales que le mouvement ouvrier revendique Les phases expansives de l'onde longue ont toujours permis au mouvement ouvrier d'accumuler des forces au travers des victoires dans les luttes partielles et, en permettant d'accroître ainsi la confiance des salariés dans leur force collective, ont stimulé des recompositions politiques en son sein. Au contraire, si le mouvement ouvrier n'est pas parvenu à infliger au Capital une défaite historique au cours des premières années de l'onde longue dépressive, employant les forces accumulées au cours de la période précédente, l'accumulation des défaites partielles conduit à une dégradation du rapport de forces au détriment du salariat (ce que nous avons pu observer aux cours des années 1980-1990).
Le débat économique que nous entendons poursuivre dans Inprecor, ne concerne donc pas seulement les spécialistes ès économie. Ses conclusions ont une importance pour déterminer les tâches du mouvement ouvrier. * Rédacteur d'Inprecor, Jan Malewski est membre du Secrétariat unifié de la IV° Internationale.
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