Par Majed Nassar et Nassar Ibrahim* L"Intifada actuelle repose sur un nombre
• de réalités politiques formant un cadre qui permet de mieux saisir les événements des dernières semaines dans les Territoire palestiniens occupés. Avant d'entreprendre leur analyse nous devons souligner cependant que l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza est seule responsable de l'Intifada. Cette occupation signifie des années d'une politique de terreur contre le peuple palestinien, des arrestations, des assassinats, le pillage de l'économie nationale, la confiscation des terres et l'établissement des colonies de peuplement. Les forces d'occupation refusent toujours de reconnaître les droits légitimes du peuple palestinien, notamment le droit à l'autodétermination, le droit de créer un État palestinien avec Jérusalem pour capitale et le droit de retour des réfugiés.
L'étincelle qui a allumé cette Intifada fut la visite provocatrice d'Ariel Sharon, en compagnie de centaines de soldats israéliens, à Al Haram A-Sharif. Toute tentative de mini* Dr. Majed Nassar, vice-président de l'Union des comités de santé (UHWC) est membre du Conseil d'Administration du centre d'information alternative (AIC). Nassar Ibrahim, ancien rédacteur en chef de El Hadaf, l'hebdomadaire du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), est membre du collectif d'AIC. Nous reproduisons cet article de News from Within n° 8 de novembre 2000, revue mensuelle publiée par AIC (AIC/News from Within PO Box 31417, Jérusalem, abonnement d'un an : 60 dollars ou équivalent).
Intifada :
: capituler
miser ce fait ou d'expliquer les événements actuels sans en tenir compte ne peut que mener à échec. Paix ou capitulation sans conditions
On a assisté à une perte de confiance croissante dans le processus de paix conçu selon la vision américano-israélienne, qui implique la réalisation exclusive des conditions israéliennes. Ces conditions sont : • l'éclatement de l'unité géographique et démographique du peuple palestinien en imposant les cantons A, B et C, séparés par les routes de contournement qui absorbent des milliers d'hectares de terres palestiniennes; • la construction et l'expansion de nouvelles colonies ; • le siège continu des villes, villages et camps palestiniens ; • la politique de démolition des habitations; • l'ignorance des droits humains fondamentaux des Palestiniens et de leurs droits nationaux; • l'emploi des prisonniers palestiniens comme monnaie d'échange pour obtenir de nouvelles concessions.
De plus, Israël a régulièrement refusé de respecter les résolutions de l'ONU, les remplaçant par ses propres références renforcées par la politique du fait accompli. Pour ce faire, Israël dépend exclusivement du soutien américain, qui couvre ses pratiques contre le peuple palestinien. De plus les États-Unis menacent continuellement de recourir à leur pouvoir de veto contre toute
tentative de condamner les crimes israéliens.
Les événements récents, tout comme le fiasco des sept années de processus d'Oslo avec tous les "accords" conclus dans ce cadre, relèvent de la même volonté de neutraliser et de nier les droits du peuple palestinien. Aucun de ces accords n'était un pas vers l'établissement d'une juste paix dans la région. La violence extrême employée par Israël contre le soulèvement palestinien n'est rien d'autre qu'une nouvelle tentative de dicter par la force une "paix" fondée sur la capitulation. Intransigeance israélienne
Bien qu'sraël se présente comme une partie prête au compromis, en réalité la politique du "fait accompli" illustre parfaitement son intransigeance. Barak s'est rendu à Camp David, qu'il voyait comme devant être le début des négociations concernant le statut final, porteur des conditions suivantes : • Pas de retrait aux frontières d'avant le 6 juin 1967, en violation flagrante des résolutions n° 242 et 338 de l'ONU ; • Insistance pour que la majorité des colonies soient maintenues et annexées par sraël, en contradiction également avec les mêmes résolutions de l'ONU et avec sa propre loi qui considère illégales toutes les colonies en Cisjordanie et à Gaza ; • Le déni de tout droit palestinien sur Jérusalem-Est et le traitement de Jérusalem en totalité comme la capitale éternelle d'Israël ; • Le refus d'accorder aux Palestiniens le droit de revenir dans les habitations dont ils ont été expulsés en 1948, également en contradiction avec la résolution de l'ONU n° 194; • Le refus d'accepter qu'une quelconque armée "étrangère" puisse prendre pied sur la rive ouest du Jourdain.
La signification de tout cela est claire : si jamais Israël accepte la création d'un État palestinien, ce sera une entité dépendante, non-viable et dépourvue de tout moyen d'autodéfense.
Il est important de comprendre ce que signifient ces conditions pour les Palestiniens et surtout celles concernant les principaux "faits accomplis" : les colonies et le réseau croissant des autoroutes israéliennes. Les colonies sont un projet politique israélien qui vise à la négation des aspirations palestiniennes à la liberté et à l'indépendance. Tout discours réaliste sur la création d'un État palestinien qui coexisterait avec les colonies et les routes de contournement implique un État privé de souveraineté : cela a toujours été une des principales causes de désaccord et d'affrontements. La vision israélienne de l'annexion des colonies existantes implique l'annexion de 15 % de terres palestiniennes en plus. Il y a actuellement environs 200 000 colons qui vivent dans plus de 140 colonies en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem. A
Hebron le cas est dramatique : 400 colons juifs vivent au milieu de 200 000
Palestiniens, mais contrôlent 20 % de la cité
La question des réfugiés est un autre problème fondamental au cœur de la cause palestinienne. Les réfugiés sont le résultat direct du projet sioniste en Palestine. 78 % de la superficie de la
Palestine a été occupée en 1948 et, en près consequence, d'un million de
Palestiniens sont devenus des réfugiés. Au cours de la Guerre des six jours, en 1967, un demi-million de nouveaux réfugiés les ont rejoints. Aujourd'hui près de quatre millions de réfugiés palestiniens vivent au Liban, en Syrie, en Jordanie et ailleurs, y compris en
Palestine.
Ce sont les faits sur lesquels se fonde l'actuelle Intifada. La seule conclusion qu'on peut tirer de tout cela c'est que tandis qu'israël parle avec éloquence de son désir de paix, il agit dans les faits comme un occupant brutal qui " entend maintenir son contrôle pour l'éternité. Oslo a seulement permis à l'armée israélienne de s'emparer de chaque ville et de chaque village palestiniens. Les plans de redéploiement mis au point à Oslo ont seulement amélioré la position stratégique de l'armée israélienne, sans nullement entamer son retrait. Le récent sommet du 17 octobre à Sharm a-Sheikh, avec Clinton,
Mubarak, Annan, Solana, Arafat et Barak ne fut qu'un pas de plus perpétuant la déception qui a dominé toutes les tentatives de régler le conflit de manière rationnelle. La résistance palestinienne fut présentée au cours de ce sommet comme une émeute et non comme l'expression profonde des aspirations de tout un peuple à la liberté et à l'indépendance. Ce sommet et ses résultats ont été l'expression de la vision américaine de la "paix" dans la région, une "paix" qui écraserait l'Intifada palestinienne, bloquerait le mouvement national arabe et entraverait les mouvements de solidarité en Europe et ailleurs dans le monde. Une des conséquences les plus vicieuses de ce sommet fut la tentative de mettre sur le même plan les victimes et les agresseurs et de nier la dimension politique du mouvement de libération qui constitue l'essence de la résistance palestinienne. En résumé Sharm a-Sheikh fut une tentative pour transformer le fait accompli par la force brutale israélienne en gains politiques qui s'imposeraient comme conditions politiques israéliennes dans tout accord futur.
Unité palestinienne sans précédent
Al-Aqsa Intifada se distingue par une unanimité d'intentions et de motivations de tous les secteurs de la société palestinienne, sans précédent depuis 1948
Dans les rues de Gaza, de Jérusalem et de
Cisjordanie les slogans exprimant le désespoir et la perte de confiance dans le processus de paix sont identiques. De plus, pour la première fois, les Palestiniens vivant à l'intérieur des frontières israéliennes (la "ligne verte") et ceux des camps de réfugiés en Jordanie, en Syrie et au Liban, sont unis par les mêmes revendications.
Depuis 1948 Israël a tenté d'isoler les
Palestiniens vivant à l'intérieur de la "ligne verte" du reste du peuple palestinien, les traitant comme des "Arabes d'Israël".
Malgré cela les Palestiniens de 1948 se sont engagés pleinement dans l'actuelle
Intifada (et un des leurs, Mohammad
Barakeh, affronte un procès pour avoir appelé à soutenir le soulèvement). Leur participation à l'Intifada est la reconnaissance de leur appartenance au peuple palestinien. L'Intifada est aussi leur moyen de lutte pour leurs propres droits. La stratégie israélienne : « les mettre à genoux »
Les Palestiniens à travers le monde se sont engagés à réaffirmer leurs droits nationaux inaliénables. L'intention de Sharon, avec la bénédiction du gouvernement israélien, était de créer un nouveau "fait accompli". Cela seul suffit à expliquer la réaction violente d'Israël face aux manifestants palestiniens qui protestaient contre la visite de Sharon. Le gouvernement Barak a voulu
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Nasser Soumi, Assemblage
délivrer un message clair au peuple palestinien : Israël est prêt à tout pour protéger ses propres intérêts politiques tels qu'ils ont été définis par Barak à Camp David. Les Palestiniens doivent s'agenouiller en signe de soumission et accepter les conditions israéliennes ou ils devront subir la terreur.
La tactique de l'armée israélienne -emploi concentré de la force le plus rapidement possible de façon à écraser toute résistance — n'a pas été loin de s'avérer efficace (mais pas complètement) masquée par les considérations politiques et les discours sécuritaires. Quatre éléments définissent la stratégie israélienne face à l'Intifada : • Maintenir la supériorité israélienne par des tactiques qui imposent des pertes maximales aux Palestiniens tout en préservant l'armée israélienne ; • Assiéger les villes et villages palestiniens en limitant sévèrement la liberté de mouvement grâce au contrôle absolu des routes par l'armée israélienne ; • Encourager les colons de Cisjordanie et de Gaza à attaquer les villages palestiniens ; • Présenter les affrontements comme l'opposant à une force palestinienne fortement armée et dangereuse, bien qu'israël sache parfaitement que la police palestinienne ne possède que des armes de poing en faible quantité. Cet argument sert de couverture et de justification à l'emploi disproportionné des hélicoptères de combat, des chars et des fusées. Dos au mur
Confronté à cette réalité Arafat s'est trouvé face à une nouvelle porte close. Toute tentative de rechercher un compromis à partir des conditions israéliennes concernant le statut final aurait signifié l'abandon de la lutte pour la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien. Aucun Palestinien ne pouvait l'accepter. Les revendications palestiniennes restent simples et claires : la fin de l'occupation, le démantèlement de toutes les colonies ; la garante de la liberté et de l'indépendance palestinienne dans un État souverain avec Jérusalem pour capitale ; le droit au retour des réfugiés.
Le peuple palestinien cherche une solution politique juste et non une nouvelle forme, plus élaborée, d'occupation. C'est pour cette raison que le conflit continue et que la résistance se renforce. C'est pour cette raison que l'occupation israélienne, avec toutes ses tactiques de terreur et d'agression, ne sera jamais capable d'écraser l'esprit palestinien et son désir de justice. L'Intifada est une résistance politique populaire, dotée d'un programme et de buts clairs. Elle se poursuivra jusqu'à leur réalisation.