Résolution du CEl de la IV° Internationale* "automne sanglant, déclenché par la pro
- vocation commise par le général Arie Sharon, superviseur des massacres de Sabra et Chatila au Liban en 1982 — avec l'escorte que lui a gracieusement fournie le général Ehud Barak, premier ministre "travailliste" d'un État israélien plus que jamais dominé par les militaires — constitue d'ores et déjà l'un des épisodes les plus brutaux de la longue histoire de violences criminelles perpétrées par l'entreprise sioniste à l'encontre du peuple palestinien. Le monde entier n'a pas manqué de constater, encore une fois, à quel point le discours des puissances impérialistes sur les droits humains et les droits des peuples est à usage variable en fonction des intérêts de leur hégémonie mondiale : bombardements intensifs et embargos meurtriers pour l'Irak et la Serbie, "États voyous" ; aide militaire sans égale et recommandations amicales pour Israël, membreclé du dispositif stratégique de la domination impérialiste dans cette région, qui est la principale exportatrice de pétrole dans le monde ; et dans tous les cas, non-reconnaissance des droits nationaux, ceux des Palestiniens comme ceux des Kosovars.
La provocation de Sharon n'a été toutefois que la goutte d'eau qui a fait déborder un vase plein à ras bord depuis fort longtemps. Elle a fait voler en éclats le processus mis en route depuis les accords d'Oslo et leur signature à Washington, sur la pelouse de la Maison blanche, en septembre 1993. Elle est la conséquence de la suraccumulation de frustrations au cours des sept années écoulées durant lesquelles la situation économique et sociale du peuple palestinien a empiré..
En signant ces accords, le général Rabin offrait aux Palestiniens un marché de dupes : il pouvait procéder au retrait des troupes israéliennes de l'intérieur des zones de peuplement palestinien au sein des territoires occupés en 1967 - retrait réclamé avec insistance depuis l'Intitada de 1988 par des
DOSSIER
seconde Intifada
membres de l'état-major israélien, soucieux de préserver le moral de leur armée et inquiets des conséquences de son enlisement dans des tâches de répression en Cisjordanie et à Gaza sur son état de préparation générale face à l'environnement arabe.
Outre ce redéploiement, Rabin n'offrait aucune concession de nature à satisfaire les revendications élémentaires des Palestiniens : démantèlement des colonies sionistes en Cisjordanie et à Gaza, retrait total de l'armée israélienne des territoires occupés en 1967, établissement d'un État palestinien sur l'ensemble de ces territoires, y compris Jérusalem-Est, et retour en Palestine des réfugiés de 1948 et 1967. || faisait seulement miroiter la possibilité d'accepter une version largement tronquée et dénaturée des aspirations palestiniennes, à la condition expresse que l'Autorité palestinienne (AP) dirigée par Yasser Arafat remplisse sa part des engagements, en démontrant qu'elle est capable de mater efficacement et durablement la population de Cisjordanie et de Gaza.
Ce marché de dupes a été très vite bloqué par une contradiction majeure : C'est au compte-gouttes et avec un retard croissant que les gouvernements sionistes successifs, ceux de Rabin, Pérès, Netanyahu et Barak, ont concédé aux Palestiniens quelques-unes seulement des promesses d'Oslo, en imposant à chaque fois à l'AP, comme condition pour l'étape suivante, l'exigence d'un surcroît de répression par procuration. Leur mentalité "sécuritaire", leur arrogance chauvine et leur mépris raciste des Palestiniens ont fait qu'ils se sont tous prioritairement souciés de complaire à la frange la plus réactionnaire de l'opinion publique israélienne. Ce faisant, ils ont mis en place une politique de développement des colonies sionistes et de quadrillage militaire et infrastructurel des territoires palestiniens, humiliante et révoltante au plus haut point pour la population de ces territoires.
Dans de telles conditions, il était tout à fait prévisible que l'AP, confrontée à l'exaspération des habitants de Cisjordanie et de Gaza, aurait beaucoup de mal, malgré ses efforts dans cette voie, à museler complètement la société palestinienne. Par ailleurs, Yasser Arafat et ses lieutenants étaient d'autant moins enclins à pousser plus loin l'escalade répressive que, d'une part, ils savaient qu'en perdant toute légitimité aux yeux de leur population, voire aux yeux d'une partie de leurs propres troupes, ils s'affaiblissaient * Cette résolution a été adoptée par le Comité exécutif international de la IVe Internationale lors de sa sessions du 30 octobre 2000, par 84,6 % des voix, contre 11,5 % des voix et 3,8 % d'abstentions.
eux-mêmes face à Israël ; et que, d'autre part, ils s'apercevaient progressivement avoir souscrit à un marché de dupes. Cette impasse de plus en plus évidente a déterminé l'explosion récente et l'automne sanglant qui en a résulté et qui est encore en cours. Ces événements illustrent de manière cruelle la faillite totale du choix stratégique de la direction Arafat consistant à miser sur la bienveillance de l'État sioniste et le soi-disant "arbitrage" de Washington afin d'obtenir un bantoustan dans les territoires de 1967. La faillite de plus en plus patente de cette stratégie n'a fait que nourrir la croissance de 'intégrisme islamique au sein de la populaon palestinienne.
Barak, qui s'efforce d'obtenir la participation d'Ariel Sharon à un gouvernement d'union sioniste, proclame aujourd'hui son intention de revenir au projet initial de l'état-major israélien, tel que conçu en 1988 : achever unilatéralement le redéploiement de l'armée israélienne en Cisjordanie et à Gaza, de manière à consolider le contrôle israélien stratégique de ces territoires et de leurs frontières extérieures, en plaçant sous siège permanent des enclaves de peuplement palestinien, réduites a la situation de vastes camps de concentration autogérés, constamment menacés d'être asphyxiés par un resserrement du blocus israélien.
La première différence entre cette perspective et l'interprétation israélienne des accords d'Oslo serait l'absence de collaboration directe entre la direction palestinienne et le gouvernement sioniste et un désintérêt méprisant affiché par ce dernier quant à la gestion interne des territoires palestiniens. Face à cela, la seule perspective progressiste qui s'offre au peuple palestinien serait de se doter à nouveau des formes d'auto-organisation qui ont caractérisé les premiers temps de l'Intifada, au lieu de l'administration répressive et hautement corrompue mise en place dans le cadre des accords d'Oslo.
La population palestinienne de Cisjordanie et de Gaza n'a pas les moyens à elle seule de desserrer l'étau israélien qui l'étouffe. Le rapport des forces lui est défavorable de façon écrasante. Elle ne peut espérer le modifier qu'en trouvant les appuis qui jusque-là lui ont fait cruellement défaut : • dans la pression du mouvement populaire de solidarité sur les gouvernements arabes pour les contraindre à apporter aux Palestiniens le soutien diplomatique et l'aide économique qui leur sont indispensables ; • dans la pression du mouvement de solidarité international pour la reconnaissance du droit des Palestiniens à un État, pour leur apporter une aide internationale d'urgence et pour empêcher l'État d'Israël de poursuivre sa politique d'étranglement des territoires palestiniens et pour couper toute aide militaire ou assimilée à cet État ; une des conditions pour un mouvement efficace de solidarité avec le peuple palestinien est de rejeter énergiquement toute manifestation d'antisémitisme ; • au sein même de l'État d'Israël, où le déchaînement de violence dont ont été victimes les Palestiniens détenteurs d'une citoyenneté israélienne de seconde zone a montré vers quels abîmes risque de glisser la société israélienne. Il faut espérer que cette perspective effrayante puisse pousser un grand nombre d'Israélien/nes à se mobiliser afin d'imposer à leur gouvernement de cesser d'affamer les Palestiniens et de reconnaître leur droit à un État souverain sur l'ensemble de leurs territoires occupés en 1967, comme élément indispensable sur la voie d'un règlement équitable fondé sur le principe des droits égaux de tous les peuples, des Arabes et des Juifs, sans lequel cette région du monde n'aura pour perspective d'avenir que la violence meurtrière et l'insécurité permanente.