Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IVe INTERNATIONALE

L'écologie en débat au Comité exécutif international

Inprecor n° 453-454, décembre 2000 / janvier 2001 · p. 17-18 · 1 576 mots

Écologie IVe Internationale

au Comité interna le Comité Exécutif International (CEl) a ors de sa réunion du mois de novembre, discuté du projet de résolution sur « Le socialisme et l'écologie » qui sera soumis au débat en vue du XV° Congrès Mondial de la IV° Internationale. Ce projet a été préparé par une commission d'élaboration mise en place à l'issue du CEl de février 2000.

Ces notes rédigées rapidement sont loin de rendre compte de la richesse, la diversité et la complexité des contributions au débat du CEl. Un débat qui devra se poursuivre, y compris au delà de nos rangs. Le CEl a en effet décidé de mener ce débat publiquement dans la presse de l'Internationale, en invitant tous ceux qui souhaitent participer à l'élaboration d'écrire des contributions que nous souhaitons pouvoir publier (1). La publication

Ryui dans Inprecor du document, dans sa version actuelle (donc provisoire), comme celle du compte rendu du débat oral, décidée par le CEl, vise précisément à la promotion de ce débat large et ouvert. Combler le retard

Comme l'a expliqué le rapporteur de cette résolution, le projet a une portée programmatique : il a l'ambition de contribuer au renouveau, sur un aspect essentiel, du programme marxiste révolutionnaire. Il vise en fait à combler le retard considérable qu'a accumulé notre mouvement dans la réflexion de fond sur l'écologie. Le projet a été rédigé à partir d'un document qui avait été préparé en 1990 et publié dans la revue Quatrième Internationale (2) - mais qui, faute de temps suffisant pour la discussion, n'avait pu être approuvé par le XIlle Congrès de l'Internationale. De l'avis du rapporteur, ce texte était une excellente base de départ, mais il était nécessaire de l'actualiser, de le rendre plus lisible et, surtout, de dépasser un

, exécutit tional certain "euro-centrisme", par la mise en évidence du rôle de plus en plus important des mouvements socio-écologiques du "TiersMonde". (Soit dit entre parenthèses : les expressions "Tiers Monde" ou "Sud", qui apparaissent dans le projet pour désigner les pays du capitalisme dépendant ou périphérique, n'ont aucune valeur scientifique, et ne sont utilisées que par commodité). Le document de 1990 souffrait aussi d'un certain "ouvriérisme" et il a fallu corriger cela par la référence à la significative participation, dans la bataille pour l'environnement, des mouvements paysans et indigènes

Selon le rapporteur, le projet est une ten-

Mephoto. tative de diagnostic marxiste de la crise écologique, qui met au centre de l'analyse le lien de celle-ci avec la logique productiviste/destructrice du système capitaliste. Il se distingue aussi des textes écologiques habituels par une proposition radicale de solution de cette crise qui menace l'avenir de l'humanité : contre la marchandisation du monde, une économie fondée sur d'autres 1. Les contributions envoyées à notre presse (Inprecor, PECI, BP 85, 75522 Paris Cedex 11. France ou, mieux, e-mail : [email protected]) seront transmises à la commission d'élaboration reconduite par le CEI. Elles pourront être publiées (la rédaction se réservant le droit de les adapter de manière à éviter les redites et les éventuels faux débats). 2. Cf. Quatrième Internationale n° 39, décembre 1990-janvier 1991, pp. 89 à 116.

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critères que la valeur d'échange et la loi du profit — les besoins sociaux et la préservation de l'environnement. Ce qui implique un changement des rapports sociaux et une planification socialiste/démocratique. Le texte vise aussi à promouvoir la convergence entre les mouvements sociaux et l'écologie autour de revendications d'intérêt commun.

Le rapporteur a admis que le projet est perfectible, qu'il comporte des faiblesses, des redites et des lacunes, et il a invité les camarades du CEl à contribuer, par la discussion, à son amélioration.

Beaucoup de camarades de différents pays - Luxembourg, Québec, Pays-Bas, Allemagne, Etat espagnol, Équateur, Grande Bretagne, Philippines, Italie, France, Brésil, Porto Rico, Portugal - ont participé au débat oral en session plénière, un débat à la fois franc et amical.

La plupart des intervenants ont reconnu l'urgence pour l'Internationale de se saisir de cette problématique, et la portée programmatique du débat ouvert. Ils ont aussi loué le travail de la commission et reconnu l'importance du projet proposé, qu'ils ont comparé à d'autres documents programmatiques approuvés dans le passé, comme celui sur la libération des femmes ou sur la démocratie socialiste. Mais les critiques et les propositions de correction n'ont pas manqué pour autant. Des enrichissements souhaitables

Beaucoup de ces critiques ou propositions ont été reconnues comme légitimes par le rapporteur. Il a exprimé le désir d'en intégrer au moins une partie à la version remaniée du document, dans la mesure du possible — c'est-à-dire, dans les limites du texte, qui ne devrait pas dépasser le volume actuel (pour permettre sa traduction).

Voici, en les regroupant par thèmes, quelques unes de ces remarques : • Capitalisme et environnement — Il ne suffit pas de parler du capitalisme, il faut discuter de la technique existante dans nos sociétés et du modèle productiviste dans le rapport de la société avec la nature. Et il ne suffit pas de parler de planification démocratique : il faut insister sur la préservation de l'environnement comme un des objectifs essentiels de toute planification. — Il faut montrer de façon plus claire les liens entre la mondialisation capitaliste et l'environnement, les dégâts écologiques résultant des « ajustement structurels » et des politiques de dérégulation. — Il manque une référence aux dégâts écologiques causés par les guerres impérialistes (ou réactionnaires), que ce soit en Europe — les bombardements de l'OTAN contre la Serbie - ou dans les pays du Sud (Philippines, Timor Oriental, etc.). — Nous sommes contre le mode de production capitaliste, responsable de la destruction de l'environnement, mais nous ne sommes pas des avocats de la « production zéro », notamment dans les pays du Sud, qui ont besoin de développer leur productivité pour satistaire les besoins élémentaires de leur population. • Automobile, transports, énergie — Il faut développer la critique de la dimension culturelle des sociétés capitalistes, leur mode de vie et de consommation. En particulier, il faudrait donner une place plus importante à la critique de la « société automobile » (ou la « dictature de l'automobile ») et à l'analyse des problèmes écologiques immenses provoqués par le système de la voiture individuelle — promu par le marketing de l'industrie automobile, par l'idéologie individualiste bourgeoise, mais aussi par la structure urbaine des grandes villes, qui oblige les travailleurs à des grands déplacements. Il faut poser la question d'une réorganisation complète du système des transports — par exemple, le train à la place du camion, les transports collectifs à la place de la voiture — et d'une nouvelle planification urbaine. On ne peut pas faire l'économie d'une critique en règne du lobby routier et des multinationales pétrolières. Le pétrole, source de tant de pollution et de « marées noires » est de toute façon destiné à s'épuiser au cours des prochaines décennies : d'où l'urgence de la recherche de sources d'énergie renouvelables. • Mouvement ouvrier et mouvement écologique - Pour renforcer l'alliance entre le mouvement ouvrier et les mouvements écologiques, il faut mettre en avant des questions qui relient les deux : la santé au travail, les nouvelles sources d'emploi créées par les énergies renouvelables, etc. Il faut aussi se donner comme objectif une « écologisation » du mouvement ouvrier et de la IVe Internationale elle-même. En même temps, il faut être clair : nous ne défendons pas tous les emplois actuellement existants, par exemple dans l'industrie nucléaire ou l'automobile. Il faut s'engager à lutter pour garantir à chacun un emploi et un revenu, mais pas nécessairement son poste de travail actuel. - Notre autocritique, comme marxistes, face à la question écologique, doit s'accompagner d'une critique des ONG écologiques, qui sont souvent apolitiques et/ou hostiles au marxisme. Dans l'analyse des courants du mouvement écologiste manque la référence au courant dit de « l'action directe », d'inspiration libertaire, composé de jeunes très combatifs, qui ont joué un rôle important dans les mobilisations anti-néolibérales. — Le combat écologique a souvent des liens avec les luttes de minorités nationales (par exemple, les Noirs aux USA) ou de communautés indigènes, qui sont victimes de formes particulièrement brutales de pollution et destruction de l'environnement. - Quelle que soit l'opinion qu'on a sur l'avenir de l'énergie nucléaire, il faut trouver des solutions techniques aux problèmes des déchets nucléaires qui se sont déjà accumulés dans des proportions formidables et qui doivent être neutralisés. - Le document de 1990 contenait une liste de revendications écologiques soutenues par notre mouvement : abolition de l'énergie nucléaire, etc. Elle a disparu de la nouvelle version, et c'est dommage, dans la mesure où il s'agit de revendications qui sont consensuelles dans l'Internationale. Les questions à approfondir

Sur d'autres questions, par contre, le rapporteur est resté sceptique, ou dubitatif, soit par désaccord, soit parce qu'il s'agissait, à son avis, de questions controversées, qui doivent encore être discutées dans le mouvement ou qui ne sont pas indispensables dans le document: - Le document est trop critique envers Marx et Engels. On peut montrer, en s'appuyant sur des travaux marxistes récents, qu'il y a une forte dimension écologique dans leurs écrits. — Il faudrait être plus critique envers les partis Verts, qui n'ont plus rien de radical. Leur évolution est allée vers des positions de plus en plus modérées et droitières. Ils se sont institutionnalisés et embourgeoisés, comme le montre leur position lors de la guerre de l'OTAN contre l'ex-Yougoslavie. — Il faudrait aborder la question démographique, qui est une donnée essentielle

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