Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER : ISRAËL ET PALESTINE FACE À LA SECONDE INTIFADA

L'État, la société civile et l'armée en Israël depuis la guerre du Liban

· Inprecor n° 453-454, décembre 2000 / janvier 2001 · p. 52-58 · 7 360 mots

Palestine et Israël Liban

Depuis la guerre du Liban jusqu'au second soulèvement palestinien

Par Sergio Yahni* epuis la création de l'État d'Israël, la définition de sa population juive s'est appuyée sur le service militaire. Le parfait citoyen d'Israël était celui qui servait l'État lors des guerres contre le monde arabe. Cette définition marginalisait autant le citoyen arabe-palestinien que le citoyen juif orthodoxe, en effet aucun des deux ne servaient dans l'armée, de plus le citoyen arabe-palestinien était aussi exclu de la vie civile et de l'Etat par la définition ethnique de ce dernier comme étant un État juif. Dans ce contexte qui est d'un côté ethnique et de l'autre militariste, s'est créée l'image d'un citoyen qui sert l'Etat sans contester les objectifs nationaux et dont, d'autre part, les droits sont définis par ce service (sont inclus es droits à l'éducation, à la santé et au bien-être social). Pour être viable, ce système nécessitait des guerres avec des objectifs clairs pour l'opinion publique. La guerre du Liban a rompu cette convention entre l'État, la société civile et l'armée et a ainsi créé une rupture sociale et politique dans la société civile israélienne qui existe encore aujourd'hui. Une des caractéristiques principales de la guerre au Liban a été que ses objectifs n'ont jamais été clairement exposés à l'opinion publique et au gouvernement d'Israë par ceux qui l'ont perpétrée : Ariel Sharon, Raphaël Eytan et Menahem Begin. Créer une bande de sécurité de 40 kilomètres a été en juin 1982 la raison officielle avancée par le gouvernement israélien pour justifier l'invasion. Cette bande de sécurité était seulement un prétexte : même les sous-officiers savaient que l'invasion ne s'arrêterait pas avant Beyrouth. A la fin de la bataille de Beyrouth, quand la direction de l'OLP s'est retirée à Tunis, c'est-à-dire quand les objectifs de la guerre avaient été atteints, la raison *Sergio Yahni est collaborateur d'Alternative Information Center (AIC). Cet article est issu d'un précédent travail écrit en collaboration avec Diego Crenzel et présenté lors du séminaire de l'UNED "Proche-Orient : Quel type de paix ?" à Barcelone en juin 2000.

L'État,

en Israël

d'être de cette dernière a changé. Une fois Beyrouth sous contrôle on a tenté d'imposer au Liban un gouvernement pro-israélien, celui des phalanges dirigées par Béchir Gemayel. Ce gouvernement a signé un accord de paix avec Israël, or Gemayel a été assassiné et cette stratégie anéantie Comme conséquence de l'assassinat, les phalanges dirigèrent le massacre dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila dont les troupes israéliennes avaient fermé les accès et les issues empêchant ainsi la fuite de leurs habitants.

Parallèlement aux changements sociaux et idéologiques qui ont accompagné les modifications dans la politique internationale et le développement technologique des années 90, cette guerre a été déterminante pour les modifications sociales, politiques et culturelles internes à la société israélienne, par exemple dans la relation État/société civile/armée et dans la relation de cette dernière avec les peuples arabes et en particulier le peuple palestinien. Comme conséquence de la guerre et de la réaction populaire qui s'en est suivie en Israël, la place occupée par l'armée et le service militaire dans la structure sociale israélienne s'est trouvée dévalorisée.

D'autre part, on peut indiquer comme une des conséquences de cette guerre l'Intifada palestinienne 1(1987-1991). Jusqu'en 1982, la présence des troupes israéliennes d'occupation en Cisjordanie et dans la bande de Gaza empêchait le développement d'une opposition politique à l'occupation israélienne. Les dirigeants nationaux palestiniens qui avaient une présence publique, même ceux qui étaient étrangers à la lutte armée, avaient été arrêtés et en grande partie exilés à l'étranger. Cette répression, dont l'objectif selon le discours officiel israélien faisait partie d'une « lutte contre la terreur », rendait particulièrement vulnérables les forces politiques non armées, et ainsi, paradoxalement créait un espace où la lutte armée devenait la seule voie ouverte à l'expression du mouvement national palestinien. Finalement, la lutte armée était dirigée par l'OLP hors de la Palestine (parfois par l'intermédiaire d'ordres donnés aux organisations de l'intérieur, parfois depuis le Liban ou la Jordanie). La guerre du Liban a eu comme conséquence la diminution des effectifs militaires israéliens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, ce qui a donné lieu au développement d'une société civile palestinienne qui ne recevait pas de directives de l'OLP en exil puisque celle-ci avait à résoudre des problèmes vitaux et immédiats. Cette société civile en construction formée d'organisations populaires, d'organisations des droits de l'homme, de syndicats, d'organisations d'étudiants, etc. a été celle qui cinq ans plus tard a déclenché l'Intifada.

Comme nous le verrons, tant le soulèvement palestinien que nous vivons aujourd'hui que la réponse des institutions politiques et militaires de l'État d'Israël peuvent être compris comme une répercussion du développement de cette guerre Le camp pour la paix et l'armée d'Israël

Au-delà de groupes radicaux et marginaux en nombre le mouvement pour la paix et la contestation de la politique militaire en Israël a surgi comme une conséquence du traumatisme de la guerre de 1973

Jusqu'à cette guerre, la population israélienne avait une confiance totale dans le gouvernement, dans l'armée et dans la politique menée par ces derniers. En 25 ans, cette politique avait conduit à trois guerres (1948, 1956, 1967) qui non seulement avaient fini par affirmer la supériorité militaire d'Israël sur ses voisins mais aussi par additionner les territoires sous son contrôle. Ce ne fut pas le cas en 1973, quand les armées égyptiennes et syriennes surprirent l'armée israélienne avec une attaque conjointe par laquelle des territoires qui avaient été occupés par l'armée israélienne en 1967 furent récupérés. Bien que pendant la contre-attaque Israël réussit à traverser le canal de Suez et à occuper des territoires égyptiens supplémentaires en Afrique, il ne put occuper de nouveau totalement les territoires récupérés par l'Égypte et la Syrie.

Ce qu'on appelle « le traumatisme de la

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Guerre de Yom Kippour » provient de l'effet de surprise de l'attaque et du grand nombre de morts et de blessés dans les batailles.

A la fin des batailles de 1973, les soldats démobilisés sont allés manifester contre ce qu'on a appelé « la politique irresponsable du gouvernement de Golda Meir ». Ce mouvement de contestation n'a jamais critiqué le système militaire israélien mais la direction politique de l'Etat qui n'a pas su prévoir et se préparer pour la guerre. Il a obtenu que le gouvernement nomme une commission judiciaire d'investigation qui a jugé coupable la direction militaire du fiasco de la guerre mais qui a absous la direction politique

Une des plus importantes conséquences politiques de la guerre de 1973 a été la perte du gouvernement par le Parti travailliste qui le dirigeait depuis la création de l'État. Le pouvoir a été perdu à cause d'une rupture interne dans les rangs travaillistes et le est passé gouvernement au

Likoud. Ce fut un traumatisme majeur pour le travaillisme qui non seulement constituait la direction politique de l'État mais qui était l'État lui-même : l'armée, les services de sécurité, les syndicats et les industries organisés dans la Histadrout ainsi que l'académie étaient de façon hégémonique tenus par ce parti. Pour les classes dirigeantes et surtout pour la direction bureaucratique cette déroute électorale était comparable à la perte du pays.

Avec la visite de Sadate à

Jérusalem, en 1977, commença le processus de paix israélo-égyptien sous les auspices de Menahem Begin, alors

Premier Ministre. En mars 1978, après une rencontre frustrante entre Begin et Sadate à

Ismailia (Égypte), alors que le processus de paix semblait entrer dans une crise insurmontable, un groupe d'officiers de réserve déclarait dans une lettre ouverte au Premier ministre : « Un gouvernement qui prétérerait un Israël dans les limites du "Grand Israël" à une coexistence pacifique basée sur de bonnes relations avec ses voisins générera en nous une sérieuse appréhension. Un gouvernement qui préfère créer des colonies au- delà de la ligne verte au lieu d'achever le conflit historique et d'établir des relations normales va créer des doutes sur la justesse de notre cause. La force de l'armée d'Israël réside dans l'identification de ses soldats avec le chemin fondamental de l'État d'Israel. »

Cette lettre fut signée au début par 350 officiers de réserve. Fin mars, les rédacteurs de la lettre annonçaient qu'ils avaient obtenu 10 000 signatures supplémentaires et appelèrent à une manifestation pour le 1er avril à laquelle participèrent 40 000 personnes. La campagne pour obtenir des signatures et organiser la manifestation fut à l'origine de la création du mouvement connu aujourd'hui comme "Shalom achshav" (La Paix maintenant). Ce mouvement de contestation s'est distingué pendant la guerre du Liban et pendant l'Intifada comme

Nasser Soumi, Assemblage, 1989 une force d'opposition au gouvernement, non parlementaire et qui exprimait en général la ligne politique majoritaire du centre-gauche sioniste.

« La Lettre des officiers » fut, dans l'histoire d'Israël, la première expression d'une certaine relation (plutôt sous-entendue parmi les militaires signataires) entre la politique du gouvernement et la motivation des officiers pour accomplir leur service militaire. Mais "Shalom achshav" n'a pas été simplement une force d'opposition mais aussi l'expression du sentiment d'une grande partie des citoyens d'Israël que l'Etat leur avait été usurpé. Pour autant, ce fut une "opposition responsable" qui est restée toujours fidèle aux institutions militaires de l'Etat qu'elle considérait comme étant les siennes et dont elle demeurait aux ordres.

Depuis 1982, l'idéologie de cette

"opposition responsable" combinait une opposition active au gouvernement du

Likoud, qui s'est surtout exprimée par une participation massive à des manifestations et des meetings contre la guerre avec l'espoir que ses cadres continueraient d'être à la direction des forces armées. Avec cette conception, ne pas s'enrôler était impensable comme l'était aussi la notion de ne pas obéir aux ordres. Aujourd'hui la situation est radicalement différente : ne pas aller à l'armée est considéré comme un choix personnel. Il n'y a pas de données exactes, mais différents médias ont annoncé que seulement 20 % des soldats de réserve font leur service annuel et qu'à peu près 30 % des jeunes parmi ceux qui sont aptes ne font pas le service militaire obligatoire

Ce changement a été provoqué autant par la guerre du Liban que par l'intifada palestinienne.

La guerre du Liban conjointement à la libéralisation de l'économie nationale a fini par briser la superposition entre l'État et la société civile et a créé pour la première fois parmi la population juive d'Israel un individu dont les intérêts comme citoyen peuvent être différents des intérêts de l'État. L'armée, qui au début de la guerre du Liban était l'expression totale de la symbiose entre l'État et le citoyen, à laquelle il fallait tout sacrifier jusqu'à sa propre vie, a été l'institution au sein de laquelle cette rupture a été la plus évidente. Ce processus ne fut pas une réaction spontanée à la guerre mais fut plutôt conditionné par l'apparition de contestataires qui défièrent ouvertement l'application systématique d'ordres militaires en contradiction avec la conscience individuelle.

L'invasion du Liban

On peut trouver les origines de l'invasion du Liban dans la visite du secrétaire d'État de l'administration Reagan, Alexander Haig, au

Moyen-Orient en avril 1981. Lors de cette visite, le secrétaire d'État introduisit l'idée de créer un bloc antisoviétique dans la zone. Du point de vue de l'administration nord-américaine, la Syrie était le principal allié de l'URSS au Moyen-Orient.

Il s'agissait donc pour Israël de créer un bloc anti-syrien, et c'est ainsi que le gouvernement israélien et son chef d'État-major, le général Raphaël Eytan, ont interprété cette politique. Et l'on vit dans la visite de Haig un

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feu vert pour accroître la tension militaire, déjà existante au Liban, avec l'OLP et la Syrie. Ce fut ainsi jusqu'en juin 1981, lorsque les tirs d'artillerie de 'OLP obligèrent Israël à signer un accord indirect de cessez-le-feu avec l'organisation palestinienne, qui a perduré jusqu'au 4 juin 1982.

Pour le ministre de la Défense du second gouvernement Begin élu en 1981, le généra Ariel Sharon, ce fut l'opportunité de mener une guerre qui allait de pair avec un plan mégalomane de création d'un nouvel ordre pro-israélien au Moyen-Orient. Deux mois après l'arrivée au ministère de Sharon, l'étatnajor reçut une instruction qui avait pour bjet la préparation d'un plan détaillé pour l'opération, avec les objectifs suivants : - éloigner les canons palestiniens hors de portée des territoires juifs en Galilée supérieure ; - détruire politiquement et militairement l'OLP à Beyrouth ; - imposer à Beyrouth un gouvernement libanais qui signe la paix avec Israël ; — assurer l'évacuation des forces syriennes du territoire libanais.

Ces plans étaient prêts en janvier 1982. Selon eux la guerre se transformait en un instrument pour imposer la politique israélienne à un pays voisin et à cause de cela ils rompaient le consensus public en Israël, fondé sur une conception des guerres comme défensives et comme l'ultime recours. Pour cette même raison, les préparatifs de guerre furent cachés non seulement à la presse mais aussi aux ministres et aux officiers de l'état-major qui n'y étaient pas directement impliqués. Cette dissimulation a conduit à une situation où les soldats aux combats s'alimentaient de vagues rumeurs sans avoir d'ordres qui puissent dévoiler les objectifs réels de la guerre. De plus, si le plan prévoyait que les troupes israéliennes dépassent éventuellement l'autoroute Beyrouth-Damas, l'annonce officielle du gouvernement fut que l'objectif était seulement de créer une bande de 40 kilomètres en territoire libanais, au nord de la Galilée, et d'éloigner ainsi l'artillerie palestinienne.

Les conditions dans lesquelles la guerre a commencé en juin 1982 — avec un gouvernement pas complètement légitime aux yeux d'une partie importante de la population d'Israël, avec les plans mégalomanes du général Sharon et dans une atmosphère de conspiration — ont été les éléments d'une réaction massive des forces oppositionnelles. Dès le 7 juin les étudiants de l'université hébraïque de Jérusalem ont organisé la première manifestation contre la guerre devant la résidence du premier ministre. Le lendemain, le Front démocratique pour la paix et l'égalité (dirigé par le Parti communiste) fit voter au parlement une motion de défiance contre le gouvernement. Le 13 juin, 20 000 personnes manifestaient contre la guerre à Tel Aviv, et le 3 juillet 100 000 personnes participaient à une manifestation appelée par "Shalom achshav", également à Tel Aviv. Le lendemain, 120 soldats de réserve de retour du Liban, manifestaient devant la résidence du premier ministre, et le 7 juillet des soldats de réserve des "commandos de l'état-major" demandèrent la démission du général Sharon dans une lettre au premier ministre.

Tous ces faits étaient nouveaux dans une société où la guerre était aussi le berceau de son identité collective. Dans cette société les critiques adressées au gouvernement s'arrêtaient au moment de revêtir l' uniforme, et le service militaire était une preuve de bonne conduite et une condition préalable à la contestation. La réaction massive la plus radicale fut l'attitude des soldats objecteurs qui s'organisèrent dans le mouvement "Yesh Gvul" ("il y a une limite"). Comme pour les activistes de "Shalom Achshav", la plupart de ceux de "Yesh Gvul" sentaient que l'État cause de ses objectifs, était illégitime. Ils décidèrent donc de ne pas y participer. On peut y voir une forme de patriotisme qui refuse l'utilisation de l'armée à des fins politiques ne concernant pas directement la défense de l'État.

En juillet 1982 il y avait déjà un soldat de réserve en prison parce qu'il avait refusé d'aller au Liban et, jusqu'à la retraite de Beyrouth, 170 à 180 soldats furent emprisonnés pour la même raison.

Ce qui avait commencé comme une attitude patriotique, dépassa ses propres limites du fait que, d'une part, le gouvernement du Likoud n'était pas un phénomène passager ou accidentel, mais était partie intégrante de la réalité socio-politique d'Israël et que, d'autre part, la guerre du Liban était devenue une partie de la réalité quotidienne. L'attitude de "Yesh Gvul" avait ouvert une brèche : le refus du service militaire était devenu une alternative légitime. Des militants du mouvement ont calculé que pour un soldat ayant subi une peine de prison, dix soldats avaient réussi à faire leur service hors du Liban après l'avoir demandé et cent soldats avaient trouvé des moyens de ne pas aller au Liban sans avoir à exprimer leurs objections (ce phénomène fut nommé l'objection grise). Cette réalité nouvelle permit aux différents groupes, qui étaient auparavant hors du champ du discours politique légitime (tel le mouvement féministe, qui joua un rôle essentiel dans la contestation pendant l'Intifada), de pouvoir s'exprimer sans avoir à prendre des attitudes militaristes.

La guerre du Liban et la contestation. contre elle, et plus tard l'Intifada ainsi que d'autres développements sociaux, ont été des agents du changement d'une société monolithique vers une société hétérogène, où il est presque impossible aujourd'hui de trouver des éléments d'identité communs à tous. La brèche de légitimité ouverte part les activistes du "Yesh Gvul" pendant la guerre s'est transformée de fait en droit du citoyen à choisir sa relation avec l'État et l'armée. La pression populaire créée par cette légitimité à conduit l'armée à accepter l'intervention des pères dans les conditions du service militaire de leurs enfants, et cette intervention s'est transtormée en 1997 en contestation avec l'apparition du "mouvement des quatre mères". Ce mouvement a été créé après un accident aérien ou 73 soldats ont trouvé la mort en se rendant au Liban. Quatre mères de soldats ont alors protesté « en tant que mères » contre un service militaire dangereux et sans aucune logique visible. Elles ont reçu un appui populaire qui conduisit tous les dirigeants politiques à promettre un rapide retrait du Liban à la veille des élections de 1999. La société Palestinienne dans les Territoires occupés

On ne peut pas séparer la guerre du Liban des événements qui se sont déroulés avant et après elle dans les Territoires occupés. D'une certaine façon on peut aussi voir l'Intifada palestinienne comme une des conséquences de cette dernière.

Depuis 1967 Israël à mené une politique d'intégration économique des Territoires occupés. Elle devait conduire à une augmentation du niveau de vie de la population palestinienne, diminuer sa résistance à l'occupation et créer les conditions pour une solution politique ouvrant la voie à l'annexion éventuelle d'une partie de ces territoires et à la négociation d'un accord de paix avec le Royaume de Jordanie en ce qui concerne l'autre partie. L'OLP étant le principal obstacle pour imposer cette politique, les différents gouvernements ont tenté de la détruire où, au moins, de la diviser.

La première tentative sérieuse pour diviser le mouvement national palestinien fut menée par Yitzhak Rabin en 1976 lorsqu'il organisa des élections municipales en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, auxquelles l'OLP ou ses fractions ne pouvaient pas participer. Cette tentative de Rabin visait à faire apparaître une direction politique

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locale qui constitue une alternative à l'OLP, qui soit légitimée par un processus électora et avec laquelle il puisse négocier une solution politique. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu : les candidats élus en

1976 s'étaient bien présentés comme indépendants, mais ils étaient liés à l'OLP en exil.

D'autre part, la stratégie des différentes fractions du mouvement national palestinien était principalement militaire. Dans cette optique le sud du Liban jouait pour la révolution populaire palestinienne le rôle d'un

« Viêt-nam du Nord », d'où étaient sensées partir les attaques contre Israël. Cette stratégie ne réservait qu'un rôle passif à la popuation palestinienne des Territoires occupés :

rester sur sa terre, s'y incruster et attendre la libération. La guerre du Liban a déstabilisé cette stratégie et à donné un rôle plus important aux

Palestiniens en Palestine, malgré la direction de l'OLP. Dès le milieu des années 1980 les dirigeants palestiniens des Territoires occupés commençaient à organiser la population en vue d'un soulèvement tandis que la direction en exil essayait de se réorganiser dans les zones non occupées par

Israël au Liban et de chercher des moyens diplomatiques pour communiquer avec Israël

Dans le cadre de l'application des accords de Camp David entre israël et l'Égypte concernant l'autonomie palestinienne, le gouvernement de Menahem Begin rendit public unilatéralement en

1980 l'ordre militaire n° 947 imposant une administration civile dans les Territoires occupés, qui prendrait une partie des responsabilités du gouvernement militaire existant depuis 1967. L'OLP et la direction nationale locale

"Comité de Direction organisée en

Nationale" s'opposèrent à cette mesure ce qui conduisit a une grande vague de résistance en novembre 1981. Le gouvernement israélien en rendit responsable l'OLP en exil.

Il réagit en destituant neuf maires élus et en lançant une répression intense contre la population, à laquelle participèrent des colons israéliens.

Dans cette situation, la proposition d'Alexander Haig de créer un bloc antisoviétique au Moyen-Orient ouvrait pour sraël la possibilité non seulement d'en finir sur le plan politique et militaire avec l'OLP mais aussi d'appliquer les projets israéliens dans les Territoires occupés. Comme les dirigeants israéliens considéraient que les cadres locaux de l'OLP se limitaient à recevoir et appliquer les ordres venant de l'étranger, il considéraient qu'il suffirait de démanteler la direction de l'OLP pour désarmer les cadres locaux et ainsi imposer la politique

L'analyse israélienne des relations entre l'OLP en exil et le mouvement de résistance dans les Territoires occupés du début des années 1980 n'était pas erronée, mais l'espoir du gouvernement Begin qu'il suffirait d'en finir avec la première pour pouvoir imposer sa politique dans les Territoires occupés témoignait de son aveuglement. Comme l'explique un des dirigeants des comités de choc (organisations armées qui existaient pendant l'Intifada), au début des

Nasser Soumi, Assemblage, 1990 années 1980, les Territoires avaient déjà des cadres politiques qui pouvaient prendre des responsabilités dans la lutte et qui les prirent : « La crise de l'OLP après l'invasion Israélienne [du Liban] nous a laissé orphelins Mais parce que nous étions membres de partis politiques, nous avons compris que nous devions prendre des responsabilités sans attendre que [la direction à l'extérieur] nous dise ce qu'il fallait faire. Les organisations populaires qui se sont créées à partir des années 1970 ont été notre principal champ d'action et les partis nous laissaient agir comme bon nous semblait. Cela nous a permis d'écouter le peuple et de percevoir sa combativité. »

De cette façon l'invasion du Liban, qui par ailleurs réduisait les effectifs militaires chargés de contrôler la population locale dans les Territoires occupés, a donné la possibilité aux cadres politiques en Palestine de transformer la population de sujets passifs qui attendent la libération, en agent actifs de cette libération. L'activité politique de ces cadres a augmenté en même temps que les affrontements avec les autorités de l'occupation et a atteint son apogée en décembre

1987 dans un soulèvement général, connu aujourd'hui comme Intifada et qui a surpris aussi bien les autorités israéliennes que l'OLP en exil.

Les services de sécurité d'Israël n'ont jamais pu écraser l'Intifada, mais les changements politiques internationaux, notamment• la disparition du bloc soviétique et la guerre du Golfe, ont fini par créer une crise interne au mouvement national palestinien qui l'a conduit à négocier avec Israël sous la tutelle des États-Unis. De ce point de vue, on peut constater dans les accords d'Oslo un pacte entre, d'une part, l'incapacité de l'État d'Israël à résoudre « le problème palestinien » par les moyens répressifs et, d'autre part, une volonté de l'OLP de survivre politiquement aux changements dans l'arène politique internationale en s'alignant sur les exigences impérialistes. Une des conséquences de ces accords a été la création sous contrôle israélien d'une entité palestinienne autonome (sur 18 % des Territoires occupés) et d'une zone de contrôle mixte (42 % des Territoires occupés), où résident près de 80 % des

Palestiniens.

Par sa nature géographique

(l'entité palestinienne est divisée en six zones autonomes discontinues auxquelles il faut ajouter plus de cinquante zones sous contrôle mixte), socioéconomique (l'entité palestinienne ne dispose pas des moyens permettant de créer une économie différenciée de celle d'Israël) et politique (l'entité palestinienne ne peut prendre des décisions politiques ou juridiques qui contrarient les intentions israéliennes) l'entité palestinienne s'est transformée d'un véhicule conduisant à l'indépendance nationale en un organe de contrôle israélien sur la population, dirigé par un sommet bureaucratique, qui monopolise aussi bien la vie politique que la vie économique de la population palestinienne

L'impossibilité pour ce sommet de se transformer en un point d'appui pour la libération nationale a créé une atmosphère d'inquiétu-

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de sociale au cours des sept années d'application des accords d'Oslo... La guerre occultée

Depuis qu'en 1985 l'armée israélienne s'est établie dans la "bande de sécurité", la guerre du Liban a disparu durant plus de dix ans des préoccupations de l'opinion publique israélienne. Il y a à cela plusieurs raisons. Du point de vue politique, depuis 1984 Israël a eu à sa tête un gouvernement de coalition entre le travaillisme et le Likoud, appelé "d'union nationale" , avec Shimon Peres pour Premier ministre et Yitzhak Rabin pour ministre de la Défense. Ce gouvernement a permis que la base sociale et politique du mouvement de protestation retrouve une certaine confiance dans la direction politique du pays. Ainsi elle fut bien mieux disposée à accepter les solutions politiques proposées par cette direction.

Le retrait de l'armée de la "bande de sécurité" constitua un changement d'ordre quantitatif et un autre d'ordre qualitatif. D'abord il y a eu une réduction significative du nombre de soldats israéliens présents au Liban depuis l'établissement de cette bande. Ensuite les soldats "réservistes" (qui étaient en pointe de la vague de protestation) ont quasiment disparu, une grande part de leurs tâches étant prise en charge à partir de ce moment par "L'Armée du Sud-Liban" du général Lahad. Cela a aussi signifié pour l'armée une réduction des pertes. De plus, avec l'Intifada en Palestine, la thématique libanaise fut reléguée au second plan, l'opinion publique s'étant tournée vers les événements dans les Territoires occupés.

Au cours de ces années la présence militaire au Liban et le prix à payer pour elle sont devenus une routine indiscutable. Dans le cadre de cette routine s'est produit un double changement — à la fois un approfondissement et une dépolitisation - des méthodes de riposte populaire, différentes de celles du mouvement de protestation du début de la guerre. Le refus de se battre au Liban a cessé de se fonder sur une objection idéologique mais sur une objection individuelle. Comme en Israël l'unique moyen de ne pas accomplir le service militaire régulier ou de réserve est d'invoquer des raisons médicales ou psychologiques, les raisons psychologiques se sont popularisées pour y échapper. La presse israélienne a aussi mentionné les cas de soldats réguliers qui préféraient être emprisonnés (pour des raisons disciplinaires) plutôt que de servir au Liban.

Ce phénomène de démoralisation était inégal, avec un pic parmi ceux qui précédemment avaient servi en tant qu'officiers ou soldats d'élite. Cela a aussi ouvert des possibilités d'ascension pour une population qui jusque là était marginalisée. Ainsi ce phénomène a conduit également à une modification sociologique du corps des officiers. Jusqu'aux années 1980 les officiers étaient principalement liés au travaillisme. Dans les unités d'élite la proportion de ceux qui étaient issus des Kibboutz et des Moshavs était plus grande que dans la population israélienne. Depuis le début des années 1990 cette proportion dans le corps des officiers et dans les unités d'élite a diminué alors que parallèlement augmentait celle des colons et des individus liés aux partis sionistes religieux (de droite).

C'est sous le gouvernement de Benyamin Netanyahu, devenu premier ministre au milieu de l'année 1996, qu'il commence à être question en Israël de la nécessité d'un « retrait unilatéral du Liban ». A côté des divers mouvements de protestation, en particulier des « quatre mères » (une réminiscence suggérant les quatre "matriarches" du judaïsme), apparaissent des figures politiques qui parlent de l'intérêt d'abandonner le Liban, avec ou sans accord Yosi Beilin, actuel ministre de la justice et un des architectes des accords avec les Palestiniens, est un des premiers à avoir exprimé cette position. L'utilité de la dite "bande de sécurité" a disparu, argumentaitil, et Israël peut se défendre aussi efficacement sinon même mieux à partir des frontières reconnues internationalement.

Ce qui pourrait sembler curieux, c'est qu'au lieu de soulever une vague de critiques indignées, la proposition a reçu, surtout au cours de la dernière année du gouvernement Netanyahu, l'adhésion de la majorité des dirigeants politiques israéliens et des officiers supérieurs des forces armées. Celui qui a exprimé le plus chaudement son soutien au retrait fut l'ex-général et artisan de la présence israélienne au Liban, l'homme de droite, Ariel Sharon.

Ces coïncidences étranges méritent une explication plus développée. Signalons, entre autres, certains des traits particuliers du mouvement des mères pour le retrait. Comme nous l'avions déjà mentionné, ce mouvement a surgi à la suite d'un accident d'avion dans lequel périrent 73 soldats en route pour le Liban. Bien qu'il n'ait jamais généré une adhésion aussi large que "Shalom Achshav", ce mouvement a concentré les phénomènes d'éclatement du consensus dont nous avions déjà parlé et ceux marquant l'apparition d'un nouveau type de société en Israël.

Sa première caractéristique se situe dans le nom même de l'organisation : Mères. Être mère de soldats leur confère une position et un droit pour mettre en question les décisions de l'armée et de la classe dirigeante. Il se peut qu'en Europe cela serait une évidence, mais en Israël ce n'est évident que depuis quelques années. La deuxième caractéristique, liée à la première, c'est qu'il s'agit d'un groupe dont le noyau est formé de femmes. De femmes qui exigent la prise d'une décision politique, mais qui est d'abord militaire. Encore un saut sur la voie de la destruction des paramètres sociaux traditionnels. La troisième caractéristique tient aux formes d'action de ce mouvement, qui a adopté des méthodes particulières de protestation, comme des randonnées nationales à bicyclette, traversant diverses localités du pays pour diffuser ses mots d'ordre. La quatrième caractéristique réside dans l'essence même du message : sortir de Liban tout de suite, sans spécifier ce qui doit se passer après, position qui devrait conduire cette organisation à se dissoudre peu de jours après le retrait israélien du Liban.

Ce mot d'ordre unique du mouvement résume le changement opéré au sein de la société israélienne. En 1920 Yosef Trumpeldor, un combattant sioniste, a dit peu avant de mourir en combattant à la frontière nord « il est bon de mourir pour notre patrie », phrase qui est devenue le symbole et la consigne de plus d'un demi siècle de la vie en Israël. Les "quatre mères" expriment le renversement de cette attitude du sacrifice individuel pour la collectivité nationale et son remplacement par le sentiment de l'existence de la mort et de la vie, tant personnelle que sociale.

1998 et 1999 n'ont pas été des années d'une activité militaire exceptionnelle au Liban. Les caméras du Hezbollah ont filmé ses actions militaires, mais cela n'a pas accru substantiellement le nombre de victimes israéliennes, qui s'est maintenu à un niveau similaire à celui de 1995 ou 1996 (autour de 25 soldats tués chaque année). Cependant, en lien avec les changements sociaux et les modifications de la perception populaire du rôle de l'armée, du sacrifice pour des objectifs nationaux, etc. l'exigence du retrait du Liban est devenue un des enjeux de la politique israélienne. Avec la démission du gouvernement du Likoud en 1999 et les nouvelles élections, on a assisté à un fait sans précédent dans la politique israélienne. Un ex-général, commandant en chef des forces armées il y a encore quelques années, s'est présenté aux élections avec parmi ses promesses électorales « le retrait du Liban avant juillet 2000 avec ou sans accord de paix ». Il s'agit d'Ehud Barak, l'officier le plus décoré de l'histoire militaire israélienne, qui promet-

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tait le retrait en le présentant comme la meilleure façon de mettre fin à un conflit armée de plus de deux décennies. Il ne fait pas de doute que la promesse de mettre fin à la présence militaire israélienne au Liban a contribué à son triomphe à l'issue du scrutin de mai 1999. Du Camp David Il au soulèvement du 29 septembre

La politique libanaise de Barak se fonde sur le fait que la population israélienne n'est pas disposée à payer le prix du sang qu'Israël payait pour sa présence au Liban. Le retrait a donc rendu populaire sa politique. C'est ainsi qu'il a essayé d'utiliser la même recette sur la scène palestinienne. Plus de 60 % de la population israélienne accepte les accords d'Oslo en tant seule manière pour l'État d'Israël de se débarrasser des 2 000 000 de Palestiniens. Mais, en même temps, l'existence de 400 000 colons en Cisjordanie et dans la bande de Gaza rend impossible aux yeux de l'opinion publique israélienne un retrait total sur les frontières du 4 juin 1967.

La signature des accords d'Oslo a ouvert une nouvelle époque dans Nasser Soumi, Icône pour Jaffa les relations entre Israël et les Palestiniens. Jusqu'à ces accords les relations étaient marquées par la lutte entre l'occupation israélienne et la résistance palestinienne. A la suite de ces accords les relations se sont transformées en un processus de négociations entre le gouvernement d'Israël et l'Autorité nationale palestinienne. On pouvait présumer que du fait de la nature temporaire de ces accords les actions unilatérales dans les territoires litigieux seraient gelées.

Mais la réalité fut différente. Durant les sept années le processus de colonisation des Territoires occupés s'est poursuivi et maintenant, en l'an 2000, la population des colons israéliens a augmenté. Ainsi l'expansion démographique et géographique des colonies israéliennes a modifié la nature finale de l'entité palestinienne qui doit voir le jour lors des accords définitifs. Conjointement à l'expansion des colonies israéliennes a été créé un réseau de routes qui ne servent qu'aux colons et qui divisent le territoire palestinien restant. On a également assisté à une modification de l'opinion publique internationale envers la présence israélienne dans les Territoires occupés. Si en 1993 on parlait de l'occupation israélienne, en 2000 on parle de territoires litigieux, si en 1993 les colonies israéliennes étaient des entités illégales, en 2000 elles sont devenues objets de débat. Ainsi aujourd'hui, en l'an 2000, on peut dire qu'Israël est parvenu à créer une matrice de contrôle qui empêche l'existence d'un État palestinien viable.

Au cours de la conférence de Camp David Il Ehud Barak, qui avait déjà perdu sa majorité parlementaire, tenta d'utiliser toutes les marges possibles offertes par son opinion publique, comme cela fut fait avant le soulèvement palestinien. Si ces marges permettaient d'entrevoir la création d'un État palestinien, elles le réduisaient en n'envisageant pas le démantèlement de la majorité des colonies israéliennes en Cisjordanie et à Gaza et en ne permettant d'accorder que des concessions minimes en ce qui concerne la ville de Jérusalem. Néanmoins Barak a choisi de dicter à Arafat un accord du style "à prendre ou à laisser" qui conduisait à la création d'un État palestinien mais dont la nature et la forme étaient inacceptables pour tout dirigeant palestinien. De plus, l'opinion publique palestinienne, y compris les rangs du Fatah, avait perdu ses illusions envers le processus d'Oslo. Son niveau de vie ayant baissé, elle contemplait comment une direction corrompue négociait un accord où l'État palestinien à créer ressemblait plus à un bantoustan sud-africain qu'à un pays souverain. Par ailleurs elle avait en exemple la lutte du Hezbollah comme alternative.

A Camp David Il le Premier ministre israélien a proposé à Arafat un accord avec lequel Israël gardait trois blocs de colonies en plus des colonies israéliennes dans le périmètre municipal de Jérusalem et le contrôle des frontières. Ces blocs représentaient entre 5 et 10 % de la Cisjordanie mais, du fait de leur position géographique, ils la divisaient en trois territoires séparés et presque sans communication possible entre eux. D'un point de vue palestinien cela signifiait abandonner totalement la viabilité de la souveraineté nationale. De plus, dès qu'on commencerait à réaliser les accords d'Oslo, seule une élite économique et bureaucratique profiterait de la division des territoires sous l'administration de l'Autorité nationale palestinienne, en y établissant des monopoles politiques et économiques.

Dans ce contexte le soulèvement palestinien du 29 septembre fut la reprise par le peuple palestinien de sa lutte pour l'indépendance. C'était à la fois une réaction à la politique de Barak qui tenait compte des faiblesses de la société civile israélienne et une lutte pour la démocratie au sein de la société palestinienne où le peuple et les organisations armées ont pris la place des bureaucrates corrompus de l'administration Arafat. Pour sa part, Arafat a compris que son avenir impliquait de se séparer de la politique de ses fonctionnaires et de se situer en tant que leader de la lutte populaire. S'il ne l'avait pas fait il aurait perdu sa place au sein du mouvement au profit des dirigeants populaires du Fatah, tels Barghouti, et il est probable que la direction du mouvement serait passée entre les mains des organisations islamistes La réaction de la société israélienne

Comme il a été dit, la politique du Premier ministre israélien arrivait aux limites autorisées par le consensus politique en Israël, qui inclut aussi les partis de la gauche sioniste. Le refus palestinien d'accepter qu'on lui impose ces limites, qui ne répondent pas aux nécessites palestiniennes minimales, a été interprété en Israël comme un retrait de la direction palestinienne du processus de paix et l'ouverture d'une voie conduisant au conflit armé pour lequel les forces armées israéliennes se préparaient depuis septembre 1996 (depuis le conflit du tunnel sous le Mont du Temple).

La confrontation entre les forces armées

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israéliennes et l'Autorité palestinienne a des caractéristiques différentes des confrontations armées passées, y compris la guerre du Liban, et dévoile les faiblesses de la société israélienne. Au cours du premier mois de la confrontation la lutte palestinienne était avant tout une lutte de masse, où on pouvait au plus entendre des tirs en l'air. La riposte israélienne fut mortelle - les soldats ont tiré pour tuer (la majorité des blessures au cours de cette période et aussi postérieurement atteint la partie supérieure du corps des victimes), alors qu'il n'y a eu aucune tentative d'employer des moyens de répression non mortels. Plus que l'usage de la force et l'absence de victimes israéliennes, c'est l'affaiblissement du sentiment de sécurité de la population juive qui poussait à l'intensification de l'emploi de la force. L'escalade militaire menée par Israël au cours de toute cette période à conduit à une escalade correspondante du côté palestinien. En réponse à l'emploi mortel des armes à feu, les Palestiniens ont aussi commencé à tuer des soldats et des colons israéliens. En réponse aux bombardements aériens de localités palestiniennes est apparu l'emploi des voitures-piégées dans les cités israéliennes. Bien que la proportion des victimes n'ait pas changé, les actions palestiniennes ont commencé à provoquer entre deux et trois morts israéliens par semaine.

D'un autre côté, alors que l'escalade a déjà atteint le niveau d'une guerre de basse intensité et que dans les Territoires occupés les effectifs israéliens ont dépassé les 10 000 hommes, l'armée n'a toujours pas recours aux réservistes. La raison en est simple - à la différence d'autres époques, la population civile n'est pas prête à payer le prix nécessaire pour poursuivre l'occupation et l'armée craint que les pertes supportées par les réservistes ne conduisent rapidement à un retournement de l'opinion publique en faveur d'un retrait total des Territoires occupés. Pour la même raison Israël fait tout pour que les affrontements ne puissent provoquer une guerre avec le monde arabe. Dans un tel cas il faudrait faire appel à la mobilisation des réservistes, sans lesquels Israël ne pourrait tenir tête dans une guerre totale, mais l'armée n'est pas certaine que ces derniers répondront à l'appel.

Le prix payé maintenant par la population juive d'Israël est avant tout un sentiment croissant d'insécurité. Le 30 septembre la population palestinienne d'Israël a manifesté en solidarité avec les Palestiniens des Territoires occupés, en clamant également ses propres revendications. La riposte d'Israël a coûté la vie à 13 Palestiniens citoyens d'Israël et des centaines furent blessés. Mais la population juive en a surtout retenu le sentiment de vivre dans un État assiégé par les Arabes. Ce sentiment fut renforcé par les médias israéliens qui ont présenté les citoyens palestiniens d'Israël comme des ennemis de l'État qui tentent de le détruire par leurs actions. L'impasse socio-politique en Israël

Le gouvernement Barak a vu dans le sentiment d'insécurité de la population juive l'ultime moyen pour assurer sa survie politique. Comme nous l'avons dit, Barak a perdu sa majorité parlementaire à la veille de la conférence de Camp David Il et envisageait de tomber sur une motion de défiance au Parlement dès l'ouverture de la session d'hiver. Lors de son ouverture en octobre le Premier ministre a donc appelé à la constitution d'un gouvernement d'urgence nationale, arguant de la situation de guerre dans les Territoires occupés. Barak a immédiatement manœuvré entre le Likoud d'Ariel Sharon, qui dispose de 19 sièges au Parlement et le parti séfarade ultra-orthodoxe, Shas, qui dispose de 17 sièges. Finalement il a obtenu un parapluie parlementaire du Shas pour une période de 30 jours. Du fait de ses contradictions internes le Likoud n'a pu entrer dans une coalition d'autant plus que la direction de Sharon lui même est instable, devant faire face à la surenchère de l'ex-Premier ministre Netanyahu, ce qui l'a conduit à imposer à Barak des conditions impossibles.

Bien que le parapluie parlementaire du Shas empêche le gouvernement de tomber, ce dernier n'a aucun moyen de faire accepter ses projets de loi par le Parlement, même pas le budget de 2001. D'autre part Barak, les travaillistes et leurs associés savent qu'en cas de nouvelles élections, ils les perdront largement. De ce fait l'unique objectif de Barak estode survivre, en espérant qu'apparaîtra une constellation parlementaire ou extraparlementaire qui lui permettra de reprendre le pouvoir. Mais Barak ne peut survivre face au parlement qu'aussi longtemps que le Shas ouvre son parapluie parlementaire, c'est-à-dire tant que les affrontements continuent.

La seule possibilité extraparlementaire que peut envisager le gouvernement Barak pour survivre politiquement serait un triomphe militaire remporté sur les Palestiniens qui obligerait Arafat ou tout autre dirigeant palestinien à accepter un diktat, dont les conditions seraient pires que celles de Camp David II. Mais pour obtenir un tel triomphe militaire il devrait mobiliser les unités de réserve qui payeraient un tel prix que la situation politique intérieure approcherait du chaos.

De ce fait le gouvernement a opté pour une voie médiane. Il poursuit une guerre de basse intensité employant surtout les moyens de combat aériens, moins efficaces militairement que les moyens terrestres, mais ne risquant pas de renverser la situation intérieure. D'autre part il prend des précautions pour que le nombre des victimes dans la population israélienne ne dépasse pas une certaine limite. C'est dire que c'est l'impasse politique et sociale où s'est fourvoyé Israël qui est la cause des souffrances croissantes du peuple palestinien et que tant qu'il se trouve dans cette impasse Israël ne peut accepter une sortie pacifique de la crise

Quelle qu'en soit l'issue, on peut penser qu'elle aura un poids comparable à celui de la guerre d'octobre 1973 et qu'elle établira une ligne divisant en deux époques différentes l'histoire de l'Etat d'Israël. On peut être presque certains que la crise actuelle mènera le travaillisme à une défaite historique dont il mettra des années à se remettre, si même il parvient à se recomposer politiquement. Il est de même certain que la crise actuelle conduit à une polarisation majeure de la société israélienne entre les forces qui préfèrent une meilleure intégration régionale au maintien de la caractérisation juive de l'État et celles qui voudraient renforcer encore son identité juive exclusive. Il en est de même pour les forces qui sont en faveur de la paix en Israël — dans leur pratique politique elles devront faire un choix entre le sionisme et la lutte pour la paix.

Dès maintenant nous pouvons voir des divisions politiques embryonnaires tant au sein de la société en général qu'au sein du camp de la paix israélien. Alors que s'élèvent des voix contre les colonies juives dans les Territoires occupés et d'autres contre l'alignement des Juifs sur les forces politiques arabes, le mouvement "Shalom Achshav" lui-même se divise en suivant cette polarisation cependant que l'extrême-droite nationaliste descend dans la rue pour exiger plus de sang arabe.

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