Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IVe INTERNATIONALE

Mobilisation contre le « Plan Colombie »

· Inprecor n° 453-454, décembre 2000 / janvier 2001 · p. 33 · 1 390 mots

IVe Internationale Pérou et Bolivie États-Unis

Avec l'approbation du congrès des États-

1 . Unis du "Plan Colombie", le conflit poli-

tique, social et militaire colombien risque de devenir un des principaux scénarios d'affrontement anti-impérialiste dans le Tiers-monde.

La décision américaine de financer et de diriger directement le Plan Colombie est présentée comme une opération de lutte contre la drogue et le narcotrafic ; cependant, 80 % des 7 500 millions de dollars du Plan Colombie sont consacrés à l'objectif politique de combattre l'insurrection et se traduira par la destruction de cultures vivrières de 400 000 familles.

Les destructions de cultures et la dégradation écologique, ethnique et culturelle, se situe dans la lignée de "l'Opération Dignité" en Bolivie ; une opération dirigée par des "conseillers" et les militaires yankees et l'agence USAID.

Le Plan Colombie constitue l'agression étrangère la plus grave des années récentes à l'encontre d'un pays latino-américain et confirme la volonté impérialiste d'assurer son hégémonie en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il obéit à la vision nord-américaine selon laquelle le « désordre colombien se transforme en un risque régional », augmente « l'insécurité hémisphérique » et met en péril la « sécurité nationale » des États-Unis. Avec l'arrogance habituelle, l'Empire a décidé de transformer la Colombie et la région andine — en un nouveau terrain de guerre. 2 Le décret du 23 août de l'administration

Clinton qui accorde une « aide » militaire de 1319 millions de dollars au gouvernement du président Pastrana a une seule explication : une déclaration de guerre contre l'insurrection armée (FARC, ELN, EPL) et aussi contre les mouvements syndical, paysan, populaire et en défense des droits de l'Homme, contre les partis politiques de gauche et, en fin de compte, contre tous les acteurs démocratiques de la société colombienne. militaire qui a coûté 35 000 morts au cours des dernières années, 1 000 000 de « déplacés internes » (un chiffre qui n'est dépassé que par le drame rwandais-congolais) et 800 000 réfugiés, le plan Colombie, loin d'être une option de paix, constitue un instrument pour renforcer la capacité répressive de l'État, ainsi que celle des organisations paramilitaires criminelles. 3 . te nord-américaine s'inscrit dans un contexte Cette escalade de la stratégie interventionnislatino-américain marqué par la crise économique, la croissance des résistances sociales, et la perte de légitimité du « modèle néolibéral ». Dans certains pays les élites gouvernantes doivent faire face à des situations d'ingouvernabilité et des crises de domination (Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie).

Les soulèvements successifs — indigène en Équateur, populaire et paysan en Bolivie — ainsi que la décomposition du régime Fujimori d'une part, et le discours nationaliste de Chavez d'autre part, ont soulevé des tempêtes dans la région des

Andes. Simultanément, on assiste à une augmentation du mécontentement et de la résistance antinéolibérale dans d'autres pays de l'Amérique latine et des Caraïbes.

L'impérialisme nord-américain joue toutes ses cartes pour obtenir une « stabilisation » à tout prix. Le Plan Colombie vise a modifier en profondeur les rapports de forces dans le conflit interne colombien, voire a établir un contrôle sur les Amériques et les gisements pétrolifères d'Orinoco, ou réaffirmer la présence militaire dans la zone du canal de Panama et des Caraïbes. 4 . Etats-Unis exprime la volonté de tutelle et le L'argument de la « sécurité nationale » des refus le plus total et le plus arrogant de toute velléité de souveraineté nationale qui pourrait « concerner » les intérêts des États-Unis.

Cette politique soumet les pays et les peuples latino-américaines au contrôle économique et au pillage néocolonial des organismes financiers internationaux et des sociétés multinationales (remboursement de la dette externe, échange inégal, privatisations) et accélère la marche vers la création de la zone américaine de libre-échange (Area de Libre Comercio Americana, ALCA) qui recherche une « intégration » subordonnée aux intérêts des Etats-Unis et qui met en question les blocs régionaux existants, et notamment le Mercosur.

Il est ainsi question de mieux discipliner les gouvernements latino-américains, et de fermer la porte à tout projet alternatif de développement démocratique et souverain proposé par la gauche et le camp populaire.

En même temps, le Plan Colombie poursuit une délimitation des aires d'influence avec les impérialismes de l'Union européenne, en compétition pour les marchés latino-américains, les richesses bioénergétiques et stratégiques de l'Amazonie, en attribuant aux gouvernements de l'Union européenne le rôle de donateurs « humanitaires », avant tout pour atténuer les déséquilibres macro-économiques, garantir le paiement de la dette publique et privée et minimiser les incidences sociales « collatérales » de la politique de la terre brûlée.

5. A la ditiérence des autres opérations inter-

• ventionnistes américaines, le Plan Colombie utilise la pression militaire pour assurer l'application du plan d'ajustement antipopulaire et les dénationalisations convenus par le gouvernement Pastrana et le FMI en 1999.

Cet accord a établi les conditions pour faire avancer les contre-réformes qui cherchent à : miner l'enseignement, la santé publique gratuite et les systèmes de sécurité sociale solidaires ; approfondir la flexibilité du travail ; privatiser les entreprises étatiques, les routes et les fleuves ; vendre la biodiversité ; assurer l'exploitation privée des richesses énergétiques ; nier les droits des peuples indigènes.

Ce plan d'ajustement aggrave le chômage et la misère dans un pays où 50 % de la population survit avec moins de deux dollars par jour et où une petite oligarchie (3 %) possède 70 % des terres.

Ces contre-réformes de caractère antidémocratique, qui ne peuvent être appliquées qu'à la condition de remettre en cause les droits sociaux

IVe Internationale // Colombie fondamentaux et de violer les droits humains élémentaires, ont déjà été dénoncés par les mouvements sociaux au travers des grèves et des différentes manifestations de masse.

Devant la gravité de la situation, en tenant

•compte que « l'Operacion Sur » (scénario pilote du Plan Colombie) est déjà en cours dans la région de Putumayo, les organisations, réseaux et mouvements syndicaux, paysans, indigènes, de quartier, de femmes, religieux, Amnesty International et le Service Paix et Justice, ainsi que les partis et fronts politiques de l'Amérique latine (notamment les groupes membres du Forum de Sao Paolo) commencent à se mobiliser contre cette agression nord-américaine et en solidarité avec le peuple colombien.

De même, diverses ONG, groupes de solidarité en Europe, aux États-Unis et au Canada, conjointement à des personnalités comme Noam Chomsky, Eduardo Galeano, Jose Saramago, Dario Fo et Danielle Mitterrand, entre autres, ont signé un Manifeste pour la paix et les droits humains en Colombie.

Toutes ces mobilisations et campagnes se rejoignent pour exiger le plein respect de la souveraineté nationale et des droits de l'Homme, le démantèlement du paramilitarisme, la fin immédiate au terrorisme d'État et de l'impunité pour les coupables de nombreux massacres, le retrait des 300 « conseillers » militaires nord-américains et la fin de toute intervention étrangère, le respect de l'autonomie des mouvements sociaux, paysans et indigènes — y compris dans les zones contrôlées par l'insurrection armée — et la revendication du « dialogue et de justice sociale » comme condition pour la paix. 7 •fraternelles de la IV: internationale partici- Les sections, organisations sympathisantes et pent à ces mobilisations et campagnes, et s'engagent dans la bataille contre l'intoxication médiatique qui, sous prétexte de la lutte contre le trafique de drogue, cherche à neutraliser les actions d'un grand nombre d'ONG et de mouvements sociaux et démocratiques.

Simultanément, nous insistons sur la nécessité de développer une campagne — large, ouverte et unitaire — de solidarité avec les mouvements et organisations populaires et indigènes de Colombie, comme de l'Équateur et du Pérou, qui sont les cibles directes de la stratégie répressive du Plan Colombie.

Les forces de la IV° internationale s'accordent également sur la nécessité de mettre l'accent sur la nature de classe de cette guerre et sur la légitimité des luttes insurrectionnelles qui, en pratique, sont des luttes de résistance anticapitalistes contre les oligarchies locales et l'expression d'un anti-impérialisme concret.

En de telles conditions, la réalisation du prochain Forum Social Mondial (Porto Alegre, janvier 2001) est une occasion militante pour que les conséquences du conflit colombien et régional fassent partie tant des réflexions et débats sur l'opposition à la mondialisation capitaliste, que des projets politiques et sociaux de transformation radicale de la société. * Résolution adoptée à l'unanimité par le CEI de la IVe Internationale le 29 octobre 2000.

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