Inprecor 1974–2004

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VIÊT-NAM

On reparle de Georges Boudarel...

· Inprecor n° 455, février 2001 · p. 17 · 528 mots

Indochine

I est assez réconfortant de prendre connaissance d'un texte vietnamien actuel parlant de Georges Boudarel en termes élogieux.

C'est en février 1991 qu'il avait défrayé la chronique : alors qu'il s'apprêtait à prendre la parole lors d'un colloque sur "l'actualité vietnamienne" organisé au Sénat par une institution officielle, un individu entouré d'une vingtaine de comparses s'empare du micro. Il se présente : Jean-Jacques Beucler, ancien député, ancien sous-secrétaire d'Etat, ancien prisonnier du Viet Minh de 1950 à 1954. || accuse Boudarel d'avoir dirigé un camp de prisonniers français et d'avoir du sang sur les mains.

L'Affaire Boudarel" était lancée et devait durer plusieurs années. La plainte portée contre lui pour "crime contre l'humanité" sera finalement considérée comme "infondée" par la justice française. Le dernier épisode judiciaire date de juin 1998 et déboute ses accusateurs.

Cet ancien militant communiste qui avait refusé de faire son service militaire, alors qu'il était enseignant à Saïgon en 1950 et avait rejoint le Viet Minh, aurait dû bénéficier d'un soutien énergique de la part des autorités vietnamiennes et de ses anciens camarades. Or ce fut le silence. On ne devait pas prononcer le nom de Boudarel au Viet-Nam. Pourquoi ?

Rentré en France en 1967 après le vote de la loi d'amnistie, il revoyait d'un oeil de plus en plus critique nombre d'actes et de réalisations des communistes vietnamiens qu'il avait approuvés auparavant : le rapport Khrouchtchev de 1956 avait commencé à le faire réfléchir.

Devenu enseignant à la faculté de Jussieu, il écrit en 1983 des pages percutantes dans un ouvrage collectif intitulé "La bureaucratie au Vietnam" (1) et en 1991 il fait paraître son "Autobiographie" (2) ainsi qu'un ouvrage sur le "mouvement des cent fleurs" au Vietnam dans les années 1954-1956 (3) où il critique de façon acerbe (et très documentée) les méthodes de la bureaucratie vietnamienne pour museler les intellectuels. Cela ne pouvait lui être pardonné par les autorités vietnamiennes et le nom de Boudarel devait tomber dans l'oubli.

Certes, ce début de "réhabilitation" appelle également des commentaires et si Boudarel est totalement innocent des accusations de sévices physiques octroyés à des prisonniers, il a bien accepté, en raison de ses conceptions de l'époque, de participer à la "rééducation" des prisonniers selon la technique "maoiste" qu'il devait cririquer par la suite mais que Huu Ngoc semble toujours approuver (l'approuve-t-il en son for intérieur ?).

Georges Boudarel a été victime d'un accident vasculaire cérébral en 1998 et se trouve actuellement en maison de repos Même s'il ne peut répondre dans l'immédiat à l'invitation qui lui est faite de retourner à Hanoi, il aura eu au moins le réconfort de voir que ses amis vietnamiens ne l'ont pas oublié

Jean-Michel Krivine 1. "La bureaucratie au Vietnam", Vietnam-AsieDébat-1, L'Harmattan (1983) 2. Georges Boudarel, Autobiographie, Jacques Bertoin éd. (1991) 3. Georges Boudarel, Cent fleurs écloses dans la nuit du Viêt-Nam. Communisme et dissidence 1954-1956, Jacques Bertoin éd. (1991) * Huu Ngoc a remplacé Nguyen Khac Vien aux Éditions en langues étrangères de Hanoi. Cet article a été extrait du site de Viet-Nam Agency en septembre 2000 et traduit de l'anglais par J-M. Krivine. n° 455 - février 2001 Inprecor

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