Inprecor 1974–2004

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ÉDITORIAL

La police tire sur une mobilisation massive à Göteborg

· Inprecor n° 459-460, juin-juillet 2001 · p. 60, 59-60 · 1 034 mots

Europe

c'est ce qu'on retiendra avant tout du sommet de l'Union européenne à Göteborg en Suède, clos le vendredi 15 juin. Pour la première fois depuis qu'à Seattle, en décembre 1999, des dizaines de milliers de manifestants avaient pris la rue de manière organisée contre la mondialisation capitaliste, la police a employé des armes à feu. C'est aussi la première fois depuis 1920 qu'en Suède on compte trois blessés par balles (tous Somme

La police tire

dans le dos !) à l'issue d'une manifesta-

Sciemment ou non, la police suédoise a joué la provocation. Alors que les rues de Göteborg se remplissaient de groupes de manifestants, dès le matin des policiers ont lancé des chiens contre eux, provoquant une réponse violente à la violence de l'attaque. Durant toute la journée des groupes de manifestants étaient harassés par des policiers à cheval - alors que les organisateurs de la manifestation de l'après-midi avaient l'accord des autorités pour que les policiers à cheval soient absents des lieux de la manifestation. Dès le matin la police a chargé les cortèges pacifiques, tentant de les diviser — c'est alors que les premières barricades, plus tard enflammées, ont été bâties pour protéger les manifestants. De plus, ces derniers ont été attaqués à plusieurs reprises par des bandes de néo-nazis, apparemment tolérés par la police...

Parlant au nom des organisateurs de la marche anticapitaliste, Tommy Lindqvist du Parti socialiste (1) a dénoncé cette attitude lors de la 1. Parti socialiste (Socialistiska Partiet) est la section suédoise de la IVe Internationale (en Suède la social-démocratie se prénomme... social-démocratie et le terme "socialiste" est associé au projet socialiste). 2. Cité dans "Swe-Crónica detallada de los sucedido en la ciudad de Gotemburgo durante las manifestaciones en contra de la Cumbre Europea", Equipo Nizkor, <[email protected]>, 17 juin 2001. 3. Internationalen du du 19 juin 2001. 4. Interview à Libération du 18 juin 2001.

t européen de Göteborg :

• sur une mobilisation massive conférence de presse tenue à 18h le vendredi : « La responsabilité de ce qui est en train de se passer incombe entièrement à la police. Elle a provoqué les manifestants dès les premières heures » (2). Anders Svenson, représentant du SP au sein du comité d'organisation de la manifestation du 18 juin (15 000 manifestants) a déclaré à l'hebdomadaire du SP : « Les médias ont eu un comportement scandaleux, ils ont repris verbatim la version de la police sans même tenter de regarder à l'extérieur ce qui se passait » (3). 966

Si en aparté les chefs d'États européens n'ont pas hésité à critiquer le

Premier ministre social-démocrate suédois Göran Persson (les téléspectateurs ont pu voir - indiscrétion volontaire ? - le président français Jacques Chirac lui lancer « C'est très dangereux, vous auriez pu tuer des gens »), le discours officiellement adopté est tout autre : Pour Blair « il est important que nous ne cédions pas un pouce à ces gens » ; Jospin lui emboîte le pas, arguant qu'il faut « faire face avec une absolue détermination » ; enfin Otto Schilly et Daniel Vaillant, respectivement ministres de l'intérieur allemand et français, sociaux-démocrates tous les deux, réunis le 17 juin à Berlin, somment l'Union européenne d'adopter « une attitude commune et dure contre cette nouvelle forme de criminalité extrémiste qui franchit les frontières ».

Tout en notant que « l'exaspération de certains milieux militants et de couches sociales (...) est réelle », Christophe Aguitton, au nom d'ATTAC, a rappelé : « Nous sommes en faveur des manifestations non-violentes. Nous ne participons pas et ne participerons en aucun cas à des actes d'une nature violente. Mais rien ne justifie l'usage des armes à feu qui ont été utilisées en Suède » (4). Certaines organisations ou réseaux, présents dans le mouvement contre la mondialisation capitaliste, tels les autonomes allemands, tentent de surfer sur l'exaspération croissante de la jeunesse radicalisée, qui voit son futur oblitéré par la mainmise des multinationales sur les biens communs de la planète. Ces organisations, peu intéressées par l'extension et la massification du mouvement,

(suite de l'article au verso, en page 59)

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Sommet européen de Göteborg : La police tire sur une mobilisation massive

(suite de la dernière page) essayent de transformer les manifestations en scènes de saccage. A Göteborg les provocations de la police suédoise ont contribué à grossir leurs rangs.

Dans son éditorial, l'hebdomadaire de nos camarades suédois a écrit : « L'attitude du Parti socialiste envers le terrorisme individuel et les émeutes comme méthode politique n'a pas changé depuis des années. Nous le condamnons et nous menons une lutte politique pour convaincre la jeunesse qui pourrait être attirée par la violence des "habits noirs". C'est une lutte patiente au sein du mouvement de masse, aux côtés de nos camarades de travail, pour tenter de le gagner à l'alternative démocratique et socialiste. (...) Après Göteborg il est temps de préparer le sommet de Gênes. Et la conclusion tirée par les dirigeants de l'Union européenne après Göteborg n'est ni de démocratiser ni de modifier la politique néolibérale. Au contraire, le pouvoir politique et financier veut s'enfermer davantage dans sa coquille. Gênes sera soumis à un véritable état de siège. Le Premier ministre Silvio Berlusconi a déjà annoncé la mobilisation de 13 000 policiers, l'interdiction des accès aux frontières aériennes et ferroviaires et l'installation des dirigeants sur un luxueux yacht quelque part au large de la Méditerranée. (...) A Göteborg les officiels n'avaient d'intérêt que pour l'interdiction des manifestations, le recours aux canons à eau et aux gaz lacrymogènes, la généralisation des fouilles corporelles... En somme, un pas de plus vers l'État policier. C'est le résultat obtenu par les "habits noirs" anarchistes, qui préfèrent agir ailleurs lorsque des dizaines de milliers manifestent dans les rues contre le pouvoir. (...) Mais une chose ne doit pas être occultée. Durant ces quatre jours Göteborg fut le théâtre des manifestations les plus massives contre la politique de l'Union européenne jamais vues en Suède. Les milliers de ceux qui ont organisé trois manifestations immenses sans avoir recours à une quelconque attitude menaçante sont les véritables vainqueurs. Ce sont eux qui représentent le futur. » (5)

Jan Malewski 5. Editorial d'Internationalen du 19 juin 2001.

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U ne répression policière sauvage :

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