Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRÈCE

Le joli mois de mai de la résurrection du mouvement ouvrier

· Inprecor n° 459-460, juin-juillet 2001 · p. 29 · 668 mots

Grèce et Turquie Syndicalisme

Par Georges Mitralias* la suffi que le gouvernement du PASOK rende publiques les idées maîtresses de sa réforme du régime des retraites pour que le climat social et politique change radicalement. C'était comme si la menace réelle de voir les montants des pensions divisés par deux et l'âge de retraite passer de 60 a 65 ans ou même plus, avait réveillé brusquement une société grecque depuis longtemps somnolente et fataliste.

En l'espace de quelques jours, le mouvement syndical squelettique et discrédité réoccupait le devant de la scène sous la pression de sa base en colère. La preuve de ce réveil tant attendu était éclatante : la grève générale et les manifestations du 26 Avril dépassaient par leur ampleur la simple résurrection du mouvement syndical et constituaient un véritable "événement fondateur" pour l'ensemble de la gauche grecque. Elles étaient de loin les plus grandes des vingt dernières années (la CGT prétendait même qu'elles n'avaient pas de précédent depuis la fin de la guerre !). Quelques jours plus tard, les manifestations du 1e Mai offraient l'occasion d'une seconde explosion, presque aussi spectaculaire. Et enfin, l'énorme succès de la seconde grève générale le 17 Mai, confirmait la certitude qu'il s'agissait d'une lame de fond inégalée venant des profondeurs de la société et du mouvement ouvrier grec.

Les conséquences de ce sursaut de masse avaient quelque chose d'un véritable séisme social et politique. D'abord, la base et les dirigeants syndicaux liés au PASOK, se révoltaient contre "leur" gouvernement. Ensuite, pris de panique, le conseil des ministres retirait l'ensemble de ses "propositions" et promettait l'ouverture d'un dialogue avec les syndicats "a partir de zéro". La crise du parti social-démocrate était si profonde que le premier ministre, Kostas Simitis, était même mis en minorité au Comité Exécutif du PASOK ! D'ailleurs, tous les sondages sont éloquents : la chute de la popularité du PASOK est vertigineuse et ce parti, habitué depuis 20 ans à des scores électoraux au-dessus de 38 %, tombe désormais sous la barre des 27 % !

Évidemment, l'affaire est loin d'être close à l'avantage des syndicats et M. Simitis peut toujours remonter la pente Cependant, une première constatation s'impose : rien ne sera plus comme avant ! Le prestige personnel du premier ministre et de son gouvernement en a pris un coup si terrible qu'on voit mal comment il pourra se redresser dans les mois à venir. Chose plus importante, leurs politiques néolibérales ne seront plus acceptées comme une fatalité.

L'avancée est sûrement de taille et on ne saurait pas la sous-évaluer car elle offre déjà les prémisses pour la reconstruction tant du mouvement syndical que de la gauche grecque. C'est ainsi que, sous la pression de la base des salariés, on a vu les divers sectarismes reculer au profit de l'unité d'action du mouvement syndical. Pourtant, cette unité

Grèce retrouvée restera fragile tant que le PC n'abandonnera pas définitivement ses tentations de fonder ses propres syndicats "rouges", , et tant que les bureaucrates syndicaux du PASOK ne se décideront pas à refuser eur participation au piège du "dialogue" organisé par le gouvernement sous ses conditions.

Enfin, tout reste à faire pour que la gauche grecque puisse accompagner ce réveil du mouvement ouvrier, afin de retrouver sa crédibilité perdue. Pour l'instant, c'est la droite qui en profite, tandis que les partis de gauche se montrent toujours aussi impuissants et incapables de préparer une alternative politique à la crise du PASOK. En transformant radicalement les données sociales du problème, l'explosion en cours de la colè re des salariés offre une base de départ pour la reconstruction du mouvement syndical et la recomposition de la gauche. La suite ne sera pas facile mais désormais on peut compter sur la combativité d'une classe ouvrière grecque qui semble s'identifier au mot d'ordre le plus scandé dans ses récentes manifestations : « Peuple en avant et ne baisse pas la tête, il n'y a qu'un seul chemin : résistance et lutte ! » •

Une erreur sur cette page ?