Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Une véritable refondation (extraits du rapport au congrès)

· Inprecor n° 470-471, mai-juin 2002 · p. 7-14 · 7 758 mots

Italie Syndicalisme Économie mondiale

DOCUMENT

Une véritable

REFONDATION

Rapport au congrès du PRC

(extraits) Par Fausto Bertinotti*

Ceux grands courants traversent le monde de notre temps, deux ondes longues destinées à marquer l'avenir de l'humanité, du travail et de la vie. Ils vont en des sens opposés. L'un est un courant froid, qui parle le langage de la concurrence, de la primauté du marché et des marchandises, de l'économie, de la domination et de la guerre. L'autre est un courant chaud qui parle les langues des peuples, d'un autre monde possible, de la critique de l'économie et de la paix. Lequel prévaudra ? Notre destin individuel et collectif en dépend.

La mondialisation capitaliste a changé de vitesse et est toujours plus traversée par des crises qu'elle génère et alimente elle-même. Le néolibéralisme et la guerre s'accompagnent, car la mondialisation balance sur ses deux jambes. Mais un mouvement inédit et extraordinaire est né et se développe dans le monde précisément contre le néolibéralisme et la guerre. Le peuple de Seattle est devenu le mouvement des mouvements, en son sein et à ses côtés naissent des luttes, des résistances, des oppositions, des nouvelles expériences sociales. Avec ce mouvement, une critique diffuse et diversifiée de cette mondialisation a pris forme. Les deux courants s'opposent comme tendances, entrent en conflits significatifs, mais le premier continue à dominer et le second, celui de la contestation et de la critique, n'arrive pas encore à bloquer le premier, à le mettre en crise et à produire des alternatives de société à grande échelle, c'est-à-dire à inverser la tendance générale. Le tournant à gauche

Ici naît le problème politique que nous posons. Nous le posons de manière aiguë, parce que nous voyons en cette réalité le renouveau d'une grande occasion pour la transformation de la société, mais aussi un risque grave, celui que la mondialisation capitaliste donne libre cours à ses vocations destructrices. C'est le problème de la construction, en rapport avec le développement du mouvement, d'un nouveau projet politique en mesure de vivre déjà dans le temps alloué par l'affrontement en cours et en mesure de gagner l'espace, l'Europe et le monde, d'emporter le défi. C'est le problème de la construction de la puissance critique et de la masse critique capables de rendre effective la politique de l'alternative et de la transformation.

Le projet politique naît de notre critique de classe de la mondialisation capitaliste et de l'expérience du mouvement. Ce mouvement se propose de construire dans la société en Italie et en Europe, un modèle social et démocratique alternatif, qui pourra devenir aussi une alternative gouvernementale, sur la double base du refus de la guerre et des politiques néolibérales. (...)

Et, dans ce contexte, on propose de refonder la politique, après sa dévastation par l'homologation et la pensée unique du marché, à partir de la reprise de son ambition profonde de changer la société existante, de transformer la société capitaliste. La crise de la politique n'est pas uniquement la somme de tant de logiques contingentes et nationales. Elle est plus profonde et découle de l'abandon de l'idée de révolution. Franco Rodano avait raison déjà en 1969, quand il a dit que « l'idée de révolution est nécessaire et discriminante pour le discours politique ». Le discours non fondé sur le concept de révolution ne peut pas être suffisamment distinct et autonome et a donc tendance à se faire résorber par des thématiques de natures diverses. C'est ce qui est arrivé au cours des vingt dernières années. Ainsi, le retour à Marx est la condition de la renaissance de la politique. Sur la tombe de Marx, Engels a rappelé à leurs amis que Marx n'était pas essentiellement un économiste ou un philosophe, mais qu'il était aussi et avant tout un révolutionnaire. Sa plus grande formulation historique a été l'idée de la révolution. Il s'agit d'y retourner, pour aller au- delà, en saisissant les nouvelles contradictions du capitalisme d'aujourd'hui, en rencontrant les nouvelles subjectivités et les nouvelles pensées critiques, pour nous placer sur le terrain contemporain, avec une théorie et une pratique critique adéquates. Ce n'est pas une instance abstraite qui nous a poussé en ce sens, c'est notre expérience qui nous y a conduit.

Nous avons recommencé la réflexion sur le processus révolutionnaire, en dehors de toute tentation jacobine et loin de toute approche catastrophique, parce que nous en voyons la nécessité au regard de la crise de civilisation qui découle de cette modernisation capitaliste et nous en voyons la possibilité à la lumière de la renaissance d'un mouvement qui prétend à un avenir différent. Le début provocateur du document avec lequel nous avons entamé le débat avant le congrès avec les amis et camarades à l'extérieur du PRC, mais qui s'intéressent à notre discours, a ce sens, à nos yeux des plus importants : il indique un domaine de recherche et de luttes qui surdéterminent toute notre politique, celui d'approfondir la catégorie de la révolution et du processus révolutionnaire.

Ce n'est qu'ainsi qu'on peut comprendre le tournant de ce congrès, le courage par* Nous reproduisons ici de larges extraits (qui correspondent à environ la moitié du texte complet, trop ample pour nos colonnes) du rapport présenté par Fausto Bertinotti, secrétaire général du Parti de la refondation communiste (PRC) à l'ouverture des débats du congrès du PRC. La ligne générale de ce rapport a été adoptée par les congressistes. Le titre et les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor. Ce texte a été traduit de l'italien et annoté par Maria Gatti.

----- photo credits and running heads -----

D

Page 8

fois risqué de l'innovation, de la dureté, même douloureuse, des ruptures. Nous le faisons parce que c'est nécessaire pour reprendre la marche, pour tracer, contre tous les révisionnismes des vingt dernières années, une réforme de la politique qui représente une sortie de gauche de la défaite du XXe siècle et de la crise du mouvement ouvrier et qui affecte une nouvelle tâche historique au mouvement et aux communistes en son sein : la création d'un nouveau mouvement ouvrier.

La crise à l'échelle mondiale du centre-gauche, c'est-à-dire de la dernière tentative réformiste — qui n'est pas, toutefois, le fruit du hasard tellement elle est ancrée dans le cadre des diktats de la mondialisation capitaliste — indique à quel point sont vaines les recherches d'une perspective qui reste soumise à un débouché politique à court terme et à la recherche de la géométrie des alliances en fonction de l'alternance. Notre choix est complètement différent. C'est le choix de la reconstruction de la primauté de la politique, de l'option politique. C'est le choix de sortir la politique d'une condition subalterne. Ses deux repères, liés entre eux, sont une orientation du PRC radicalement à gauche, une actualisation de la lutte sociale et politique pour la transformation de la société capitaliste. Le rapport avec le mouvement en est le fondement principal. Nous voudrions contribuer à ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire de la lutte entre les classes, de la lutte pour la libération des femmes et des hommes de l'exploitation et de l'aliénation. (...) Les nouvelles conditions du travail

Alors, quel est le nouveau problème social que cette révolution capitaliste restauratrice nous propose et comment se manifeste-il dans l'organisation et la composition du travail ? Le problème consiste, en premier lieu, dans le fait que l'explosion du travail salarié face au capital ne le rend pas plus fondamentalement homogène et concentré mais, au contraire, fragmenté, désagrégé et diffusé jusqu'à la dispersion. Et, en deuxième lieu, ce changement s'insère dans un processus qui modifie le rapport entre capital et travail précisément dans le sens indiqué par Marx. (...) L'incertitude et la précarité deviennent les traits prédominants de la nouvelle condition sociale. La nature ambiguë et double du travail dans la société capitaliste fait un nouveau pas en avant avec la mondialisation. Elle assume les formes multiples de la prolongation du temps de travail pour certains et son absence, jusqu'au chômage, pour d'autres. On devient travailleur autonome, mais toujours dirigé par d'autres. On a des contrats fixes ou non, mais toujours plus précaires. Ces exigences poussent à s'adapter constamment, à devenir flexible, mais ne définissent plus automatiquement une appartenance sociale

Alors, voilà le problème : le processus d'unification des travailleurs traditionnels et des rapports sociaux exploités et aliénés ne va pas de soi, il exige un projet politique, une intervention dans les conditions matérielles et dans la subjectivité. Mais, en même temps, aucune force politique ne peut le faire tomber de l'extérieur, par idéologie. Alors il faut comprendre que, quand on parle de la croissance du mouvement des mouvements, on ne parle pas d'autre chose que de la lutte des classes.

Pour nous il s'agit de poser, sur des divers plans, la même question : la construction d'un nouveau mouvement ouvrier. Les liens et l'unité entre les différentes subjectivités critiques, les liens entre celle de classe, de genre, de l'environnement et de la paix ne découlent pas uniquement de la nécessité de donner vie à une critique générale de la société, mais est le résultat nécessaire aujourd'hui de la lutte sur les questions brûlantes de travail. D'en bas comme d'en haut, dans le conflit social comme dans la lutte plus large, il faut toujours voir les deux tendances à l'œuvre. L'une est celle que la restructuration capitaliste en cours détermine au niveau de l'entreprise, comme dans l'organisation de la société, de l'école, de la santé, et également l'organisation de l'État, les relations internationales. Elle peut déboucher sur de nouvelles réalités autoritaires, de nouvelles formes d'oppression et de domination, et même des formes destructrices. L'autre tendance est celle qui existe à l'état potentiel, dans le mouvement et qui, si elle ne veut pas perdre l'occasion, doit également prendre la forme d'un projet politique en mesure de donner de la force et de l'efficacité au conflit en cours et d'esquisser, dans une perspective à plus long terme, une alternative de société.

La mondialisation du temps de crise est caractérisée par l'instabilité. L'instabilité en est la conséquence directe mais c'est aussi la manifestation de la nature ouverte de la phase actuelle, c'est-à-dire le fait qu'elle pourra déboucher sur des conséquences complètement différentes. Si le travail et la condition sociale définissent la terre de cette lutte, la guerre en définit le ciel. Avec l'avancée de la mondialisation capitaliste, avec les phases successives de son développement, les Etats-Unis d'Amérique mettent en œuvre un discours et une politique de guerre, et, sur cette base, une idée des relations internationales, un ordre géopolitique du monde, un remodelage des rapports entre les États et l'économie. Le défi brutal et destructeur du terrorisme dans ce contexte constitue un échelon dans une escalade soustraite aux décisions et au contrôle de tout organisme international doté de souveraineté ou de représentativité. L'ONU est morte est avec elle le dessein à son origine. Mais même l'OTAN, qui avait aspiré au rôle du monopole mondial de la force, est mise de côté au profit d'un système d'alliances à géométrie variable où uniquement le point d'appui des États-Unis est ferme, et le seul objectif stratégique stable est la pleine réalisation de la mondialisation capitaliste. C'est pour cela qu'il faut mener une lutte sans quartier sur les plans économique, idéologique et militaire. (...) Le mouvement au centre

En Italie, le mouvement des mouvements a atteint un développement original, une ampleur et une consistance particulière Il a atteint une nouvelle phase sur le plan social, culturel et politique. Il s'insère à l'intérieur d'un phénomène mondial — le peuple de Seattle — mais grandit et se répand partout en Italie grâce à son pluralisme interne et la reconnaissance respective d'expériences différentes vues comme compatibles avec l'inspiration de fond du mouvement, marqué par la contestation de cette mondialisation et avant tout par l'opposition à la guerre et aux politiques néolibérales. Sur ces bases, un mouvement prend forme avec la configuration du premier mouvement après le Xxe siècle. Nous n'avons pas l'attitude à vanter nos mérites ni à promouvoir une forme de patriotisme de parti. Et pourtant, on peut revendiquer ce mérite car il ne regarde pas notre passé mais l'avenir, c'est-à-dire notre tournant politique et culturel. Nous l'avons pris. Nous l'avons pris quand, encore seuls, nous avons entrevu le dége social, la reprise de la lutte. Nous l'avons pris quand, avant Gênes, nous avons vu la nouveauté de la phase de la naissance du mouvement qu'on appelle à tort "no-global". Nous pouvons nous demander si le fait de l'avoir pris, quand plusieurs, même près de nous et entre nous doutent, n'était pas la preuve sur le champ de la validité des catégories d'analyse plus générales sur la nature de la mondialisation capitaliste et sur les nouvelles contradictions que nous avons cherché à faire avancer au cours de ces années ? Notre croissance découle de ces intuitions.

Et avec le parti, Liberazione, notre jour-

Page 9

nal, a progressé. Avec son travail original, réalisé dans des conditions très difficiles, il gagne une attention particulière. Nous en sommes vraiment reconnaissants. Il contribue à la croissance de tous.

De toute manière le choix que nous avons réalisé a été important pour le mouvement et pour le parti. En innovant par rapport à la tradition d'où nous sommes issus, nous nous sommes insérés dans le mouvement comme la partie d'un tout, en contribuant avec les autres et au même titre à sa croissance, avec notre mot à dire, mais en acceptant et pratiquant les décisions unitaires assumées en commun et en abandonnant tout penchant avant-gardiste L'hégémonie du parti sur le mouvement ne nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse est de contri-

APONALION buer à l'hégémonie du mouvement dans la société. LA.S.VO.L)

Un mouvement qui a déjà fait preuve de sa durée et de sa portée. Ce n'était ni évident ni facile. Il pouvait tomber, il a rencontré sur son chemin des obstacles qui auraient pu le briser.

On a tenté de le faire. Je continue à être convaincu que la répression à Gênes n'était pas mise en œuvre uniquement par le comportement de certains dirigeants des forces de l'ordre et même pas parce qu'il y a des forces de droite au gouvernement. Je demeure convaincu que cette répression tellement systématique et tellement violente constituait un choix sur le plan international avec l'objectif de faire se désintégrer le mouvement. Il pouvait l'être, et s'il n'a pas réussi, si la spirale de répression-violence-répression a été désamorcée, c'est grâce à l'une des caractéristiques de fond de ce mouvement, sa nature pacifique et non violente qui a dérouté l'adversaire, en empruntant des chemins nouveaux et différents. Il en était de même quand le mouvement ne s'est pas fait écraser par les tenailles du terrorisme et de la guerre, déclenchés par la torce cruelle et destructrice du 11 septembre, à New York et le choix cruel et destructeur de la guerre des USA et de leurs alliés en Afghanistan.

Le mouvement a émergé de ces tenailles avec le refus double de la guerre et du terrorisme et en revendiquant la paix comme un thème central dans la construction d'un autre monde possible. Le mouvement s'est élargi, a gagné de nouveaux terrains, a touché d'autres acteurs. À partir de la marche Pérouse-Assise, il est arrivé à Rome dans la manifestation contre la guerre des USA, a rencontré les occupations et luttes étudiantes contre la privatisation du savoir, a marché avec les immigrés en indiquant un terrain de lutte décisif pour l'avenir de notre pays, il a rencontré la ré-émergence des luttes écologistes et pour la santé, à l'usine et partout.

Il a rencontré la croissance du conflit social. La FIOM (1), le plus grand syndicat industriel du pays, qui est au forum social, devant le contrat séparé, a trouvé le courage de taire deux grèves générales dans son secteur où la participation des travailleurs est plus grande qu'aux grèves unitaires. Les syndicats de base, qui font partie du forum social, après des luttes importantes dans leurs secteurs, par exemple l'éducation, proclament une grève de

COMEDIA CAROLAROZMES

Congresso .RIMINE 4 - 7APRILE 2002

Sì, è proprio Ritondazione

LA RIFONDAZIONE

Vignette per sostenere

Liberazione les secteurs et amènent plus de 100 000 personnes à Rome. La CGIL, la plus grande centrale syndicale italienne, devant le défi lancé par le gouvernement et la Confindustria (2), proclame - après un moment, mais le fait est d'une importance extraordinaire — la grève générale et organise la manifestation gigantesque du 23 mars au Circo Massimo à Rome. Cette manifestation devait être un grand événement, extraordinaire et original.

On peut dire - sans diminuer la valeur du choix des différentes organisations syndicales et l'engagement direct de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs qui ont fait grève — que tout cela n'aurait pas eu lieu en ces termes, avec cette importance et cette intensité, sans le mouvement. On peut dire que cette grève est également fille du mouvement, qu'elle n'aurait pas eu lieu sans sa croissance.

De quelle nature est ce mouvement qui a duré et qui s'est répandu ? La question n'est pas vaine et notre proposition politique dépend de la réponse que nous y donnons. Notre réponse est qu'il s'agit d'un mouvement mondial, qui porte les marques des mouvements d'une longue période, c'est-àdire d'exprimer les besoins et les inquiétudes d'une nouvelle génération qui vit en critiquant la modernisation dans laquelle elle est plongée. On voulait intégrer et désintégrer cette génération dans cette modernisation capitaliste, et au contraire, on la retrouve sur les chemins qui mènent de Seattle à Porto Alegre, dans la contestation à l'école, sur les lieux de travail et les régions, on la retrouve dans de nombreuses expériences sociales à l'extérieur du marché, de volontariat, de mouvements associatifs, de communautés librement choisies.

Ce n'est pas un mouvement explicitement anticapitaliste. Ou, au moins, il ne l'est pas encore. Il peut le devenir et nous travaillons en ce sens. Il renferme déjà un anticapitalisme à l'état virtuel et latent, qui se manifeste dans son approche des grands problèmes du monde, de la guerre, de la faim, des maladies, de l'environnement et des problèmes locaux. Ses objectifs sont contre la philosophie de la mondialisation qui se définit comme néolibérale, et s'il ne réussit pas de manière univoque à en identifier les causes dans le mode de production capitaliste c'est certain qu'il sait les voir dans le modèle social et le système de pouvoir que construit la mondialisation.

Porto Alegre l'a mis en évidence avec beaucoup de force, dans la rencontre d'un peuple en formation qui parcourt le monde avec la radicalité des réalités sociales et politiques latino-américaines comme celles des Sans Terre et de la CUT, la centrale syndicale brésilienne. Pour comprendre ce qu'est Porto Alegre, il suffit de se demander ce qu'on aurait répondu, il y a quelques années si quelqu'un nous avait interrogé sur la possibilité d'une rencontre de cet ordre où que ce soit dans le monde sans la convocation d'une centrale internationale partidaire, syndicale ou religieuse. Et pourtant c'était et ce sera possible.

Il est nécessaire maintenant de penser de passer de Porto Alegre à l'organisation de l'opposition sociale en Europe et en Italie. La rencontre de Barcelone et la plate-forme qui y a eu l'aval des gouvernements et l'Union européenne se heurtent aux instances du mouvement. La manifestation du mouve ment à Barcelone indique les ressources pour la combattre. Le gouvernement Berlusconi, fort aussi de cette complicité et 1. Fédération des travailleurs de la métallurgie. 2. La confédération patronale italienne.

Page 10

de ce cadre, tente une percée en Italie. (...) La construction de l'alternative

Ces questionnements sont à l'origine de notre proposition d'une convergence entre les oppositions pour offrir, sur une base autonome, un côté politique à la lutte sociale, pour porter l'affrontement dans les institutions, contre le gouvernement, au niveau du conflit social. Celle-ci n'a aucune courbure de politique politicienne, ne pose pas le problème de l'alliance politique avec le centre-gauche, et répond à une autre logique, s'oriente vers un autre parcours et d'autres issues politiques. Elle intervient ici et maintenant.

Elle saisit le besoin politique de masse qui a traversé tout le 23 mars, saisit la demande de masse de l'unité et répond avec une proposition d'unité d'action des oppositions. L'objectif est clair : vivre cette bataille. La proposition est claire : une forme de lutte radicale au parlement, l'obstructionnisme, et une initiative forte et innovatrice dans la société, un paquet fort et concentré de référendums.

Or, c'était interprété par certains comme un nouveau chapitre de l'histoire sans fin du fils prodigue ou, moins incroyablement et plus malicieusement par d'autres, comme une sorte de maxi-amendement au document du congrès. On pourrait tout simplement laisser les faits le démentir, si les premiers n'avaient pas montré une incompréhension presque totale de notre ligne politique et, plus encore, de l'innovation que nous tentons d'introduire dans la culture politique avec notre pratique et dans son rapport avec le mouvement. Tandis que les seconds révèlent une idée de la ligne dont je suis assez loin, une ligne autarcique, la ligne politique comme une valeur en soi, une attente que les faits correspondent à celle-ci.

Au contraire, je pense qu'une fois le but déclaré et la trajectoire indiquée, il faut toujours reconstruire cette ligne, par rapport aux mutations qui interviennent, pour pouvoir avoir un impact sur le cours des événements. Dans ce cas, par ailleurs, tout est très simple : il y a une grande nouveauté dans la situation, à celle-ci correspond une initiative politique nouvelle. Sinon, franchement, on ferait aussi bien de rentrer à la maison.

Tout un autre chapitre, bien que toujours inscrit dans ce que nous pouvons définir comme l'unité d'action, est celui des élections administratives de ce printemps. Un rendez-vous politique important mais non 3. L'article 18 du Statut des travailleurs, qui interdit et sanctionne les licenciements abusifs, compte parmi les gains de l'Automne chaud de 1969.

pas parce qu'il constituerait un test du gouvernement Berlusconi ou, au contraire, de l'état de santé du centre-gauche ou même de notre croissance de soutien.

Non, c'est important parce que la question du gouvernement local a un grand poids, pris entre les politiques d'austérité du gouvernement central et la croissance d'une demande de qualité et du public qui naît dans les régions et les villes. Porto Alegre a également vu un débat sur ces thèmes. Nous y étions comme au forum social, mais il y avait également des porte-parole de différents courants réformistes et des maires de différentes villes. Pour nous, ce qu'on dit à Porto Alegre est aussi valable à Gênes ou à Reggio Calabria. Le budget participatif n'est pas un modèle abstrait, mais une idée générale de gouvernement de la ville, du territoire, fondée sur la participation populaire et sur la nécessité de revitaliser une démocratie représentative affaiblie et minée d'en haut (le gouvernement central) et de son intérieur (la marginalisation des assemblées élues) par une forte dose de démocratie directe. Ainsi la question du programme prend corps de nouveau. Les problèmes des zones défavorisées, de l'école, de la santé, des transports, de l'assistance et de la viabilité rencontrent celui de comment retrouver la capacité de concevoir le profil futur d'une ville en développement, sur le plan de l'urbanisme, de la culture, de la vie.

Vous voyez comment les thèmes du mouvement investissent dorénavant même les élections administratives et le gouvernement local. Une raison de plus d'être protagonistes de la recherche d'une unité des forces démocratiques et ouvertes, dans la foulée de ce nouvel élan, non seulement pour empêcher la droite d'élargir le gouvernement libéral aux marges, ce qui est en soi utile, mais surtout, pour porter dans les organismes locaux le vent des mouvements qui traversent le pays. Nous sommes en train de réussir dans un très grand nombre de situations.

Il est très important que la campagne électorale des alliances où nous nous trouvons exprime la reprise de la participation que vit le pays, qu'elle sache valoriser et se lier à la lutte sociale, qu'elle sache donner des espaces et des voix au mouvement. De toute manière c'est ce que fera le PRC. La leçon du mouvement des mouvements

Mais il ne faut pas concevoir la campagne électorale à part du travail politique du parti. Et plus généralement, nous devons savoir saisir les signes du temps. J'ai déjà dit à quel point je pense que la manifestation du 23 mars a été elle-même traversée par eux. Différente de celle de 1984 comme de celle de 1994, cette campagne est visiblement traversée par la montée des mouvements, ce qui ne diminue en rien l'importance du choix fait par la CGIL, ni sa représentativité. Elle donne une dimension plus large que celle qui est syndicale, voire politique traditionnelle, une dimension qu'on pourrait appeler méta-politique, une dimension qui vit dans le rapport entre le spécifique l'opposition à la liquidation de l'article 183 - et le général - une idée partagée en train de renaître sur la justice, la démocratie et la participation. C'est comme si le 23 mars au Circo Massimo un mouvement à l'état naissant soit revenu pour donner corps et visibilité à un monde du travail non seulement définissable sur le plan sociologique par le travail salarié mais comme la constitution d'une nouvelle conscience de soi. La lutte des classes resurgit comme protagoniste

Ainsi, la leçon apprise du mouvement des mouvements est appelée à une autre application. Ce serait insensé de tenter de nous emparer de ce conflit social, comme ce serait criminel de l'appeler à l'action collatérale avec les différentes hypothèses politiques. Nous avons appris du mouvement à contribuer, de l'intérieur, à son développement. Nous voulons contribuer, de l'intérieur, à porter à la victoire la lutte des travailleuses et travailleurs contre une loi qui cherche la liberté de licencier. Cette fois, après tellement de temps, on peut et on doit vaincre. On peut vaincre Berlusconi. Il y a également le risque de faire comme en 1984, dans de tout autres conditions ; mais on peut conjurer ce risque.

Mais ici il faut aussi poser notre autonomie de parti et l'autonomie des forces de contestation. Je crois qu'à partir de l'intérieur du mouvement de lutte sociale, il faut aller au-delà, travailler à la constitution d'une plate-forme alternative, de recomposition unitaire de tous les mouvements, et en premier lieu entre la lutte sociale et le mouvement des mouvements.

L'objectif d'étendre à toutes et à tous, même à ceux qui en sont exclus, la protection de l'article 18 pourrait en constituer un premier pas (3). Ainsi, nous regardons avec intérêt et partageons l'engagement de ceux qui proposent un référendum pour conquérir cet objectif. La mutation de la composition du travail, l'expansion fulgurante de la précarité et des contrats atypiques, la fragmentation du monde du travail exigent des objectifs unificateurs. Ceci pourrait être un premier pas. Une convergence des opposi-

Page 11

tions sur un point aussi significatif d'une rupture avec les politiques néolibérales et aussi d'une idée plus générale de construction de droits et pouvoirs des travailleurs serait, vraiment, un grand signal de réveil. On pourrait, alors accompagner le développement des luttes sociales, avec une saison référendaire forte et concentrée qui marche sur les deux jambes dans l'affrontement avec les politiques de droite, la reconquête d'aspects importants de l'état de droit, de la loi sur les commissions rogatoires, des conflits d'intérêt et la conquête de droits effectifs pour les populations laborieuses et les instances écologistes.

Il faut réfléchir sur les raisons pour lesquelles une proposition aussi forte, qui comble un vide, qui dépasse une faiblesse dans la lutte en défense de l'article 18 n'a pas encore décollé pour préciser un problème politique et pour proposer la recherche d'une solution. Si la manifestation du 23 mars a mis en évidence toute sa force, le point faible est le fait que la protection contre les licenciements abusifs ne touche qu'une partie du monde du travail et que l'autre, qui n'a pas de protection, est en croissance avec la décentralisation de l'appareil productif, pendant que sa protection d'ensemble, sur le plan social et contractuel, est encore diminuée.

Mais pour combler ce vide il faut sortir de la logique de la comptabilité, de l'acceptation de la primauté de la compétitivité et du marché et donc rompre avec le point de vue de l'entreprise qui a été dominant dans tout le cycle des dernières années, dans la gauche modérée comme dans le syndicalisme confédéral. Nous, comme toujours dans les moments les plus hauts de la lutte sociale, soutenons cette lutte et ses protagonistes. D'où il faut souligner l'importance du choix de la CGIL, comme celle de la grève générale organisée par la confédération le 16 avril, autre étape cruciale de cette mobilisation.

Mais ça ne nous fait pas oublier que la CGIL, même dans son dernier congrès, qui a toutefois choisi le non à la guerre, et la grève générale, demeure, sur le terrain fondamental des revendications et des politiques contractuelles, à l'intérieur d'une logique qui découle d'une période négative et gravement nuisible pour les travailleurs et le mouvement, celle de concertation. Aujourd'hui, alors que cette politique est attaquée par la droite, reste le problème inévitable d'une nouvelle plate-forme sociale sur les horaires, les salaires, la prestation de travail et les garanties de droits et de pouvoirs. Cette bataille politique peut imposer une gauche syndicale en mesure de placer l'objectif stratégique d'un nouveau syndicalisme confédéral autonome, démocratique et de classe et de le poser de manière effective dans un nouveau cycle de luttes.

En même temps, on peut se pencher sur le thème plus général de l'autonomie des forces contestataires. Il exige la capacité d'établir un nouveau lien entre le social, l'économique et le politique, sur un terrain où les frontières anciennes sont bouleversées. Et alors, même l'autonomie des forces anticapitalistes, de contestation, communistes doit assumer une nouvelle frontière qui traverse les mouvements, avec un rapport différent à des mouvements différents entre eux, qui va de l'intérieur au mouvement antimondialisation au rapport dialectique avec les luttes syndicales, qui travaille à leur recomposition en mettant au centre la recherche d'unité entre la classe ouvrière traditionnelle, les nouveaux rapports au travail et toutes les subjectivités critiques. Nouveau mouvement ouvrier

L'objectif stratégique est ambitieux mais clair : la naissance d'un nouveau mouvement ouvrier. Le PRC peut y contribuer tout de suite, en poursuivant la voie âpre mais indispensable du lien entre l'immédiat et les perspectives, entre le présent et l'avenir. La construction d'une plate-forme alternative en est un moment saillant. Pour nous, pour les forces de la gauche alternative, pour le mouvement, une tâche ambitieuse se dessine. Il s'agit de partir de la croissance extraordinaire des mouvements, pour faire naître et vivre un vrai programme d'alternative. Nous l'avons tenté au cours de toutes ces années, avec beaucoup de difficulté, parfois en réussissant à faire émerger une question - les retraites, les 35 heures, le salaire social — mais presque toujours d'en haut, en profitant d'une conjoncture politique particulière, ou à travers des convergences, importantes mais limitées, avec des secteurs de syndicalisme militant ou des réalités spécifiques.

Aujourd'hui nous pouvons faire le saut. L'idée de fond demeure celle de la conquête d'en bas, par la lutte, du lien interne, c'est-à-dire un ensemble de conquêtes, sur la base desquelles et avec lesquelles on peut provoquer un tournant dans la politique économique et sociale de l'État sur les plans national et européen. Mais ce qui change peut être décisif pour son sort. En effet, la phase change, le mouvement progresse sur la scène et la lutte sociale naît de son élargissement. C'est le moment de construire une inversion de tendance. Je pense que nous devons ouvrir une campagne, prolongée et articulée, sur le salaire européen. À monnaie unique, salaire européen. Il faut rouvrir la question de la distribution en grand, en Italie et en Europe. Soit en termes d'un déplacement en faveur des salaires et retraites modiques, soit en termes de la construction d'un nouveau cycle de politiques salariales, des stables aux précaires, du travail autonome de la dernière génération aux sans-emploi. Le salaire social pour les sans-travail et le salaire minimum dans tous les secteurs pour tous ceux qui travaillent d'une manière ou d'une autre sont des éléments de réponse à ce problème.

Et ainsi sur le thème de l'ancienne et nouvelle prestation de travail une nouvelle critique de l'organisation et du marché du travail peut renaître (...).

Nous avons dit : de Porto Alegre à l'opposition sociale, et maintenant nous ajoutons la construction de l'alternative. La proposition que nous avons avancée — et qu'à partir de ce congrès nous relançons avec un sens aigu d'une nécessité criante — est celle de l'ouverture d'une phase constituante en Italie pour la gauche alternative. Nous la cherchons comme la projection du mouvement, dont nous apprécions l'autonomie, le pluralisme, l'articulation et la diversité, les formes originelles de politisation des composantes décisives de son histoire et également son avenir. La contrepartie est la gauche alternative qui doit naître en assumant le

Page 12

rapport avec le mouvement, à partir de l'option contre la guerre et contre le néolibéralisme, comme fondements de sa subjectivité politique en construction, dans un processus ouvert et pluriel, dans sa physionomie et forme d'organisation. Nous, communistes, voudrions y participer avec d'autres qui ne sont pas communistes, nous, comme parti, avec d'autres qui ne sont pas un parti et ne veulent pas le devenir ou qui le veulent mais ne l'ont pas encore, dans une reconnaissance réciproque des différences et dans un projet politique partagé

La gauche alternative, et nous avec elle, peut sortir de l'état minoritaire et devenir un protagoniste de la vie publique du pays. C'est une perspective qui a rencontré des incompréhensions et difficultés sur son chemin, jusqu'à maintenant. Mais il nous semble qu'une double exigence l'a relancée, d'une part l'exigence de sortir de la crise de la politique, chose qui ne peut pas arriver spontanément, et d'autre part, d'une croissance du mouvement et de l'accentuation de l'affrontement social et politique.

On peut opposer à ce propos, et on l'a fait, un discours assez différent — je pense à l'option politique presque inverse, celle de la reconstruction d'une gauche large par une nouvelle alliance avec les modérés Franchement ça ne me paraît pas autre chose que la recherche d'équilibres plus avancés au sein du centre-gauche. Mais, au-delà des difficultés à comprendre la nature de la gauche dont nous parlons et d'où et comment elle doit naître, c'est la proposition stratégique qui ne nous convainc pas du tout.

Le centre-gauche est mort à cause de la faillite de la proposition politique qui l'a fait naître et vivre, non seulement en Italie mais dans le monde. L'idée de modérer le néolibéralisme dans un monde tellement transformée par la technologie que la politique s'évapore s'est brisée contre les écueils de la guerre et de la crise et se voit complètement infirmée par le mouvement de contestation de cette mondialisation, mondialisation que le centre-gauche prétendait gouverner plus efficacement que les droites. C'est précisément la consommation de cette hypothèse qui fait perdre même la capacité primitive du centre-gauche de concourir avec les droites, et, finalement, le réduit à la défaite. L'alternance ainsi conçue se révèle perdante (...). La refondation du parti

Le parti est soumis à une sollicitation formidable. Ce qui n'était pas possible jusqu'à hier le devient maintenant. La résistance est finie, un nouveau cycle de la politique a commencé. Une occasion s'ouvre devant nous, mais aussi, peut-être, un défi extrême. L'occasion est grande et c'est justement celle de la refondation pour recommencer, après la détaite et devant la naissance du premier mouvement après le XX* siècle, le discours sur la transformation de la société capitaliste, le communisme et le parti. Mais le défi est également dur. Si cette occasion n'est pas saisie, non pas la question de la transformation, qui resterait ouverte de toute manière, mais la possibilité qu'elle reste marquée par l'héritage de l'histoire des communistes et du mouvement ouvrier du XXe siècle serait compromise

Et le même mouvement pourrait emprunter des voies diverses et même lointaines de ses promesses les plus engageantes. Donc, c'est l'heure de changer nous-mêmes pour contribuer à changer le monde.

En effet, camarades, quand sinon maintenant ? Je voudrais le dire avec une intensité particulière à ceux qui ont des doutes et craignent de nous perdre. Notre parti a surmonté la lutte pour la survie, pour l'existence. Il doit cette survie en premier lieu aux camarades qui ont résisté, convaincus qu'une grande idée ne meurt pas, même quand il semblait à la plupart que tout était perdu, après l'écroulement de l'Est, après la dissolution du PCI, après que la vulgate bourgeoise eût voulu que le capitalisme fût la dernière étape de l'humanité et que la lutte des classes eût disparu. Ces femmes et hommes qui ont résisté ont eu leur récompense, non seulement par une reconnaissance morale, mais en voyant naître un mouvement qui leur a donné raison, qui affirme justement qu'un autre monde est possible. Cette résistance a pris mille formes qui ont pourtant eu lieu à l'intérieur d'une communauté, le parti.

On ne dira jamais assez à quel point vous avez participé au travail politique qui contribue le plus à créer une communauté, celui des fêtes de Liberazione, des manifestations, des organisations de rencontres, de repas de solidarité. Grâce à ce travail politique, nous sommes ici. Et grâce aux innovation que nous avons courageusement réalisées à l'arraché même si ce n'est pas de manière achevée. Deux de celles-ci ont un caractère proprement refondateur sur notre trajectoire. L'une est la rupture avec le gouvernement Prodi. C'était d'abord à cette occasion la perception précise que le centre-gauche, après l'entrée en Europe et se trouvant devant un carrefour, avait lui-même abandonné toute hypothèse réformatrice, pour choisir le cours modéré et néolibéral qui était sa perte.

Mais c'était aussi la perception d'une crise de la politique qui était en train de consommer ses actes et la conviction qu'il fallait déplacer, pour l'immédiat et en perspective, le centre de gravité de la politique. Le déplacer du rapport entre les forces organisées, du terrain institutionnel et juridique vers la place centrale des forces sociales, de la subjectivité, des luttes dans la société.

L'autre a été le choix de rester, comme nous l'avons fait, dans le mouvement des mouvements, en rompant ainsi avec notre tradition, pour faire partie de ce mouvement et participer à sa croissance. Gênes, en somme. Ce n'est pas un hasard que ce fut le vrai moment constituant des jeunes communistes, protagonistes réels au même titre que les composantes sociales et associatives les plus vives, de la fondation et de la croissance du mouvement aujourd'hui. Pour cela et grâce à ce travail, ils sont devenus une partie importante de l'univers jeune du pays. Choisir la désobéissance démontre cette capacité d'interpréter même sur le plan symbolique. La même chose vaut pour la présence en Palestine à Pâques, à partir de l'exemple des Femmes en noir. En somme, la pratique des Jeunes communistes contribue au renouveau du parti.

A partir de notre expérience il y a une demande convergente d'innovation pour pouvoir faire un bond en avant. A chaque tournant important, pour une organisation politique, on pose le rapport entre la continuité et la rénovation. Je reconnais que plusieurs fois c'était résolu dans notre histoire, et chez nous aussi, avec la formule de la rénovation dans la continuité. Ce n'est plus suffisant aujourd'hui ; aujourd'hui il faut mettre l'accent sur l'innovation et sur l'ouverture du parti au mouvement, à la société.

Le parti a eu, avec Gramsci, l'ambition de devenir un intellectuel collectif. Mais aujourd'hui, alors que nous avons dû comprendre qu'on ne porte pas la conscience de l'extérieur au mouvement, et alors que le mouvement pose de nouveau la question de quel modèle social nous voulons construire, aujourd'hui cette ambition doit être rénovée et même redoublée. C'est le mouvement dans son ensemble qui doit se considérer et devenir, pour nous, l'intellectuel collectif, le lieu et le laboratoire d'une socialisation des savoirs, des connaissances et des expériences, un réseau de relations où apprendre et enseigner, où construire des éléments d'un nouveau monde et contester l'ancien, et croître dans un parcours de libération collective et individuelle, de classe et de genre, de femmes et d'hommes. Avec le parti à l'intérieur comme un poisson dans l'eau. Un parti qui, pour sa part, discute, élabore, lutte et fait la société. Faire la société, construire la

Page 13

socialité, produire des cultures et un savoir critique, mettre en réseau les expériences de lutte et le savoir-faire n'est pas une option, ce n'est pas le domaine du volontariat plutôt que le militantisme. Ça fait tellement partie de notre projet. On le fait ou on perd. Ce n'est certes pas la première fois que l'urgence d'une discontinuité dans l'organisation politique se pose (...).

Dans ce dessein, il faut innover notre culture politique. Je sens ici tellement de résistances qui ne me convainquent pas. Je vois un paradoxe, on défend la continuité en son nom et en se cachant derrière les grands de notre histoire qui le sont devenus parce qu'ils ont su rompre le schéma dont ils ont hérité. On fait appel à un nom, à un legs, plutôt qu'à son enseignement. On cite beaucoup Lénine, mais il faut se rappeler qu'il était précisément lui le protagoniste de ce que Gramsci appelle une révolution contre le capital, parce que Marx avait prévu la révolution dans les points du plus haut développement capitaliste et au contraire, Octobre est arrivé pour le contredire, dans un pays des plus arriérés. Cette leçon de notre histoire qui nous aide à connaître et à transformer est vivante, et ce qui fait obstacle à la connaissance et la transformation doit mourir (...)

J'ai été parmi les camarades qui ont voulu un congrès ouvert ; ouvert entre les documents opposés et ouvert aux dissensions au sein de la majorité. Je ne vois pas de raison de le regretter. Le PRC pour la première fois dans son existence le fait avec cette ouverture qui naturellement est également conflit, souffrance, malaise. Dans le conflit souvent ce que nous ne voudrions pas sort aussi, des choses assez désagréables sortent, mais c'est la vie. On a pu discuter entre nous, et même se disputer, sur l'identité, une question des plus brûlantes pour les communistes, nous l'avons fait sans évoquer

TASCUNO SECON

ASC Il n'y a pas si longtemps les manifestants du PRC défilaient avec les effigies de Gramsci, Lénine, Marx, Che et.... de

Berlinguer, le parfaitement réformiste leader du feu PCI. Après ce congrès, Berlinguer n'est plus de mise !

le spectre de la scission. C'est un pas en avant. C'est un autre pas sur le chemin de la refondation que nous avons fait, tous ensemble, avec le débat de ce congrès. Mais le débat sert à éclaircir les positions.

Pour ma part j'ai vu, à travers l'orientation représentée par la revue L'Ernesto qui, légitimement, a soutenu un paquet d'amendements comme l'expression d'une position politique déterminée et j'ai vu, dans la plupart des interventions qui l'ont développée une critique toujours plus ouverte à la ligne du document intégral que, au contraire, je soutiens avec force. J'ai vu alors, je disais, s'esquisser un choix politique que je ne partage pas parce qu'il me semble globalement un frein à l'innovation au nom d'une histoire, celle d'où nous venons, comprise à tort comme un bloc, quand elle ne l'est pas du tout. Je vois cette position comme l'atténuation de la nature radicale du tournant, du tournant à gauche que nous proposons. Une atténuation, une réduction, un frein qui je crois le condamnerait à l'impuissance. Je repose la question : Pas maintenant, alors quand ? Je suis convaincu que notre tournant, pour ce que j'ai pu en saisir, a déjà eu plus qu'une justification. Sans lui... attention, nous ne serions pas passés comme ça par Gênes. Avec lui, nous pouvons maintenant tenter d'entreprendre notre avenir. Pour le construire, nous avons besoin de toutes et tous les camarades, du corps entier du parti, de ses gens et des autres qui nous regardent avec intérêt. Il faut surtout toutes les cultures, les tendances, les histoires qui vivent dans le parti et nous avons besoin de tellement d'autres qui restent dehors et qui pourtant n'acceptent pas l'ordre des choses actuel. Tout cela devra également vivre au sein des directions, dans une composition plurielle et ouverte à de nouvelles expériences et à une nouvelle génération. Rien ne nous est plus étranger que l'idée des direc-

DO LE PROPRIE CAPACIA

LODODDI Dusi tions homogènes, une idée militaire qu'il faut dépasser comme culture et comme pratique. Dans ce congrès, nous avons discuté de tout et de notre histoire elle-même. Nous l'avons fait non pas dans une conférence idéologique, qui pourtant serait une idée valable, non pas dans un débat fermé entre les permanents, mais dans les cercles, parmi les membres du, parti sans demander des diplômes ou examens autres que le propre vécu politique et culturel, individuel et collectif Le stalinisme est incompatible avec le communisme

Quelqu'un nous a dit : mais pourquoi maintenant des comptes tellement durs et profonds à régler avec le stalinisme ? Pourquoi avez-vous poursuivi cet engagement, ces fouilles, depuis Livourne ? Parce que, quand on résiste, c'est l'adversaire qui fixe le champ de bataille et l'ordre des problèmes, donc à ce moment-là quelques omissions sont compréhensibles. Mais quand la possibilité d'essayer de nouveau refait surface, quand la possibilité et la nécessité de retonder la politique à partir du mouvement et en même temps de rattraper son point culminant, la transformation de la société, alors tu ne peux plus tolérer du plomb dans l'aile, tu dois démontrer tes possibilités de faire ces choses pour ce que tu es, comme tu es, pour la culture que tu portes, pour l'idée de société que tu proposes. Le mouvement des mouvements, le nouveau monde possible, pour nous, le socialisme, se dresse contre cette modernisation capitaliste au nom d'un processus de libération des femmes et des hommes.

Notre communisme peut parler ce langage s'il se libère d'un renversement dramatique intervenu au cours de notre histoire De cette histoire les camarades qui l'ont vécue, loin de son épicentre, et dans le contexte historique italien si spécifique, portent d'autres marques, mais tous avec la noblesse de ceux qui ont combattu pour une grande cause et constitue la République démocratique. Mais tout cela ne doit pas nous éblouir. Le stalinisme est incompatible avec le communisme. La critique d'un pan de notre histoire, le déracinement de notre code de toute forme d'autoritarisme, de substitution du pouvoir des représentants à la libération des femmes et des hommes, la contestation de l'autonomie de la politique et de la vie, du travail et de la société ne relèvent pas d'un affrontement sur les années 1930 à l'Est, mais sur les années 2000 dans le monde (...)

Page 14

Notes de lectures

Une erreur sur cette page ?