Murray Smith* écossais ont eu lieu le 1° mai (1). es élections au Parlement autonome L'événement du scrutin a été la percée des petits partis et des indépendants à gauche du Labour, et surtout du Parti socialiste écossais (SSP), formation de la gauche anticapitaliste radicale. « Un choc pour le système » titrait le quotidien The Herald. Le Times de Londres estimait que « L'Écosse entre dans une ère politique nouvelle ». Avec 7,68 % des suffrages, le SSP obtient 6 sièges. Les Verts, avec 6,7 %, ont 7 sièges (2). Il y a en plus quatre indépendants (3). La percée de ces candidats montre la désertion des partis traditionnels par une frange de l'électorat à la recherche d'une alternative à gauche. Autre signe du rejet de la crise de représentation politique, seulement 48 % des électeurs se sont déplacés. Désaffection pour le Labour et le SNP
Le Parti travailliste (Labour Party), au pouvoir à Édimbourg comme à Londres, s'il évite la catastrophe qui semblait possible au moment de la guerre contre l'Irak, sort affaibli de ce scrutin. La lente érosion de sa base électorale se poursuit. Avec 34,9 % des suffrages (39 % en 1999) il perd six sièges, pour se retrouver avec 50 (sur 129). Mais le grand perdant est le principal parti d'opposition, le Parti national écossais (SNP, indépendantiste). Avec 23,8 % (29 % en 1999) il passe de 35 à 27 sièges. Les deux autres partis de la « bande des quatre » du monde politique écossais, les libéraux-démocrates, partenaires au gouvernement avec les travaillistes, et les conservateurs, sont restés stables avec respectivement 17 et 18 sièges.
Si le gouvernement d'Édimbourg présidé par Jack McConnell a su se démarquer de celui de Tony Blair sur certaines questions (gratuité des études supérieures, soins des personnes âgées) il poursuit néanmoins une politique néolibérale de privatisations et d'attaques contre les services publics. Et en
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« Le SSP devient
Écosse comme en Angleterre, le Parti travailliste a soutenu la guerre. La coalition travailliste/libéraux-démocrates conserve de justesse la majorité (avec 67 sièges), mais les libéraux-démocrates réclament davantage de ministères. La presse écossaise avait spéculé sur une participation des Verts au gouvernement. Celle-ci a été exclue - pour le moment - par le leader du parti, Robin Harper. En effet, une telle participation risquait de provoquer trop de tensions dans le groupe parlementaire Vert, assez hétérogène, et dans le parti. Mais les déclarations de Harper laissent présager un soutien extérieur. Ces propos concernant les rapports de STOP AR son parti avec le pouvoir sont d'ailleurs assez pittoresques. « C'est pour nous une expérience nouvelle. Nous pourrions être en train de naviguer dans des eaux infestées par des requins. Nous ne voulons pas laisser traîner nos pieds dans l'eau pour qu'on nous les mange dès l'entrée de jeu » (4).
Le SNP se trouve devant des choix difficiles. Au début des années 1990, sous son ancien dirigeant, Alex Salmond, le parti indépendantiste s'était positionné nettement à gauche, et il commençait à mordre sur la base populaire du Parti travailliste. Par la suite il s'est recentré à droite, surtout dans
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la perspective - illusoire en l'occurrence — de gagner les élections de 1999. Ce cours s'est accéléré depuis 2001 sous la direction du pâle technocrate John Swinney, à l'avenir politique maintenant incertain. Le parti est néanmoins resté à gauche du Labour sur certaines questions, comme les services publics et la guerre. Pourtant il est en train d'échouer, par sa propre évolution et par l'impact de la montée de SSP, à se présenter comme une alternative de gauche capable de concurrencer le Parti travailliste dans l'électorat populaire. Sans réussir non plus à devenir, comme le voudrait sa propre aile droite, le chantre d'une Écosse néolibérale, suivant l'exemple irlandais d'une économie et d'un marché du travail dérégulés, et cherchant à attirer des capitaux étrangers.
Le SNP perd donc en ce moment sur les deux tableaux et devra redéfinir une stratégie. Par ailleurs, en se recentrant à droite sur les questions économiques et sociales, le parti de Swinney a aussi reculé sur la question de l'indépendance, provoquant l'hypothèse qu'il serait prêt à accepter une autonomie accrue au sein du Royaume-Uni. Ce * Murray Smith, militant du Parti socialiste écossais (SSP) et rédacteur de la revue Frontline publiée par l'International socialist movement (une tendance révolutionnaire marxiste, à l'origi ne du projet du SSP), a rejoint la LCR (section française de la IV* Internationale) en s'établissant en France. Il a été élu membre suppléant du Comité international de la IVe Internationale à son dernier Congrès. 1. Créé en 1999, le Parlement écossais dispose d'une large autonomie sur des questions comme l'éducation, la santé, le logement ou l'environnement. Pourtant Londres conserve le contrôle des leviers économiques et fiscaux décisifs. 2. Sur 129 députés, 73 sont élus au scrutin uninominal majoritaire à un seul tour, très défavorable aux petits partis, et 56 à la proportionnelle par listes régionales. 3. Il s'agit d'un travailliste de gauche, Dennis Canavan, déjà élu en 1999 ; Margo MacDonald, figure historique de la gauche indépendantiste, écartée des listes du SNP et élue triomphalement comme indépendante ; Jean Turner, médecin à la retraite présenté par un collectif de défense d'un hôpital menacé de fermeture ; et d'un représentant d'une liste de défense des retraités. 4. BBC News online, 5 mai 2003.
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qui est tout à fait logique. Un parti qui renonce à contester l'ordre capitaliste ne peut pas se battre de façon conséquente pour l'indépendance. Car celle-ci est rejetée non seulement par le gouvernement de Londres et la classe dirigeante britannique, mais aussi par la grande majorité de la bourgeoisie écossaise, et notamment les puissants milieux de la finance d'Édimbourg, sixième place financière d'Europe. Sur ce terrain aussi le SSP est en train de prendre de vitesse le SNP. Percée électorale du SSP
C'est bien la percée du SSP qui a été la plus remarquée dans la presse et les milieux politiques. Le lendemain du 1er mai, The Herald titrait : « Le SSP devient une force politique nationale ». En réalité, sur le terrain social comme dans le mouvement anti-guerre, très massif en Écosse, le SSP était déjà une force nationale. Les élections n'ont fait que le confirmer.
Déja aux premières élections au Parlement écossais en mai 1999, le SSP, qui n'avait été lancé que quelques mois auparavant, avait créé la surprise. Avec seulement 2 % au niveau national, le parti avait obtenu 7,25 % à Glasgow et décroché un siège. Le député Tommy Sheridan s'est rapidement fait connaître comme porte-parole au Parlement de « l'Écosse d'en bas » et de toutes les luttes populaires. La presse et le monde politique ont essayé dans un premier temps de présenter le SSP comme une anomalie et un anachronisme politiques, explicables par la personnalité de Tommy Sheridan et le microclimat politique de
Glasgow. La croissance du parti et ses résultats aux élections partielles et aux législatives britanniques de 2001 rendaient cet exercice de plus en plus difficile et les attaques contre le parti redoublaient.
Avec le résultat du 1er mai, cela a monté d'un créneau. Wendy Alexander, dirigeante travailliste, a déclaré « Je connais Tommy
Sheridan depuis longtemps et une des pires choses qu'on puisse faire aux salariés est de leur faire des promesses qu'on ne peut pas honorer : c'est quelque chose qui caractérise toute sa carrière politique ». Il est vrai que
5. Avec 40 % de femmes, le Parlement écossais arrive maintenant au troisième rang mondial, après le Pays de Galles et la Suède (The Herald,
5 mai 2003).
6. Le SSP s'est désisté pour Dennis Canavan et
Jean Turner (voir note 2) ainsi que pour le député sortant travailliste de gauche John McAllion, malheureusement battu.
7. The Scotsman, 6 mai 2003.
8. Les députés sont obligés de faire ce serment sous peine d'être exclus du Parlement.
Mme Alexander est une adepte de la socialdémocratie postmoderne, qui préfère ne rien promettre plutôt que de décevoir. Quant au journaliste George Kerevan, idéologue néo-thatchérien de la droite du SNP (et ancien trotskiste), il se livre dans le quotidien The Scotsman du 5 mai à une véritable chasse aux sorcières en agitant l'épouvantail trotskiste.
Les résultats électoraux du SSP sont pleins d'enseignements. Dans le vote pour les listes à la proportionnelle le SSP obtient 128 026 voix (7,68 %). Avec 15,2 % à Glasgow, le parti décroche un deuxième siège, et quatre autres têtes de listes sont élues dans les régions du Centre, de l'Ouest, des Lothians (Édimbourg) et du Sud, avec entre 5,4 et 7,5 des suffrages. Tommy Sheridan est rejoint par Rosie Kane, Frances Curran, Colin Fox, Carolyn Leckie et Rosemary Byrne. Quatre femmes et deux hommes : ce n'est pas un hasard. Le parti s'était donné l'objectif de la parité pour ses élu(e)s, après un débat à son congrès de 2002 qui fut assez vif et même tendu, mais qui s'est soldé par une nette majorité en faveur de la parité. Il a donc présenté comme têtes de liste dans les huit régions quatre hommes et quatre femmes (5).
Fait tout à fait remarquable, dans le vote par circonscriptions le SSP obtient 117 998 voix (6,2 %). Vu que le parti ne s'est pas présenté dans trois circonscriptions (6) cela veut dire que le total des voix pour les listes à la proportionnelle, où le parti avait des chances d'avoir des élus, est presque égalé par celui dans les circonscriptions où il n'en avait presque aucune. Cela contraste avec les Verts, qui ne se sont présentés dans aucune circonscription, en appelant - avec succès, il faut le dire - les électeurs d'autres partis à leur donner leur deuxième bulletin. Or, il est clair qu'il y avait des cas où pour des raisons diverses les électeurs ont voté pour le SSP dans les listes proportionnelles et pour un autre parti dans les circonscriptions et vice versa. Néanmoins, ce qui ressort est une solidité de l'électorat du SSP plus grande que le parti lui-même ne l'avait envisagé. Déja en
2001, aux élections britanniques où il n'y a pas d'élément de proportionnalité, le parti avait obtenu plus de 72 000 voix.
Sans surprise, c'est dans les circonscriptions de Glasgow que le SSP fait ses meilleurs scores - entre 10 % et 16 %
(28 % dans la circonscription de Tommy
Sheridan). Dans la « ceinture ouvrière » du centre du pays, il obtient entre 7 % et 10 %
(11,76 % dans la circonscription de la nouvelle députée Rosemary Byrne). Aucune région ne fait moins que 4 %, aucune circonscription moins que 2%. Aux élections municipales tenues le même jour le SSP a aussi fait une percée en nombre de voix, même si le nombre d'élus a été limité par le mode du scrutin. Dans de nombreuses circonscriptions législatives le SSP arrive devant les libéraux-démocrates et les conservateurs. Tommy Sheridan arrive en deuxième place derrière le Labour et devant le SNP. Dans 20 des 79 circonscriptions municipales de Glasgow le SSP arrive en deuxième place devant le SNP, dans 16 il dépasse les 20 %. Keith Baldassara parvient à garder le siège de conseiller municipal abandonné par Tommy Sheridan.
Le SSP s'était fixé comme objectif de s'établir comme force politique nationale présente partout, « des îles Shetland à la frontière » (avec l'Angleterre). Pari gagné. Le SSP a 80 sections à travers le pays, surtout mais pas seulement dans les régions ouvrières du centre. Le parti a obtenu 9 % des voix aux îles Shetland (et 11 % aux Orcades voisines) et la région de la frontière a maintenant une députée SSP. Dans les trois régions où le parti n'a pas d'élu il a raté de peu : il ne lui manquait que 126 voix, 900 voix et 2 000
Maintenant le groupe parlementaire du SSP va se mettre au travail. Il a déjà commencé à signaler par des gestes symboliques quelle sera son attitude. Au début de chaque parlement tous les députés se rendent à un service religieux solennel, en présence cette fois-ci du Prince Charles, héritier du trône, pour « célébrer les liens unissant Église et État, Couronne et Nation » (7). Tous les groupes parlementaires y étaient présents, sauf les six du SSP. Ensuite, il y avait ce qui est en train de devenir une pantomime, le serment d'allégeance à la Reine (8). Tommy Sheridan a fait une déclaration : « Moi et mes collègues de parti avons été élus sur un engagement clair et franc pour une Écosse indépendante et socialiste, une république socialiste, une Écosse de citoyens et non pas de sujets. Nous continuerons à nous battre pour cette Écosse-là ». En 1999
Tommy Sheridan s'était distingué en prêtant serment le poing levé. Cette fois-ci Rosie
Kane a levé la main comme il fallait, mais en ayant écrit sur la paume pour les caméras de la télévision, « Mon serment est devant le peuple ». Quant au nouveau député d'Édimbourg Colin Fox, il a entonné dans la
Chambre un hymne à l'égalité de l'époque de la Révolution Française, écrit par le poète national écossais, Robert Burns. En partie sans doute sous la pression du SSP, les Verts et le SNP ont aussi fait des déclarations plus modérées mais en affirmant la souveraineté populaire.
Au-delà de tels actes symboliques, qui
Rosie Kane : « Mon serment est devant le peuple » MY OAH
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ne sont pas sans importance dans un pays encore marqué par ces vestiges moyenâgeux, avec six députés l'impact du SSP dans le Parlement, sa capacité de prendre des initiatives, d'amplifier les campagnes du parti, d'être le porte-parole de tou(te)s les opprimé(e)s sera démultipliée. Comme le disait Frances Curran, ils vont « faire rentrer les luttes de la rue au Parlement ».
L'écho que le SSP rencontre au sein de la société écossaise a été reflété par le large soutien dans les milieux artistique et culturel, avec des écrivains comme Alasdair Gray, James Kelman, l'acteur-réalisateur Peter Mullan, les acteurs Gary Lewis, Dougray Scott, Davie Mckay, la comédienne Elaine C. Smith. Le réalisateur Ken Loach est venu de Londres faire un meeting de soutien. Intellectuel largement reconnu et doyen de la Faculté des Lettres à l'Université de Glasgow, Philip Hobsbaum a quitté le Parti travailliste (après 51 ans) en pleine guerre contre l'Irak, pour rejoindre le SSP. Influence syndicale croissante
Un des points marquants de la progression du SSP depuis 1999 est son influence croissante dans le mouvement syndical. De nombreux militants et responsables syndicaux se sont présentés sur les listes du SSP. Le Syndicat des pompiers est actuellement engagé dans un conflit dur avec le gouvernement de Blair. Plusieurs membres de ce syndicat ont été candidats du SSP aux législatives et d'autres aux municipales. Peu avant le scrutin un sondage a montré que seulement 2% des membres de ce syndicat avaient l'intention de voter travailliste (69 % en 1999) contre 19 % pour le SSP (2 % en 1999). Dans une des émissions électorales du SSP, Tommy Sheridan s'en était pris à ceux qui dépensaient des milliards « pour allumer des incendies et prendre des vies en Irak, alors qu'il n'y aurait pas d'argent pour ceux qui éteignent les incendies et sauvent des vies en Écosse ».
Des dirigeants syndicaux de gauche sont venus de Londres pour faire des meetings pour le SSP. Mark Serwotka, secrétaire du Syndicat des fonctionnaires d'État (PCS), a déclaré que s'il vivait en Écosse non seulement il voterait pour le SSP mais qu'il y adhérerait. Bob Crow, secrétaire général du Syndicat des cheminots (RMT), a déclaré à propos du Labour : « Pourquoi continuer à soutenir un parti qui agresse les salariés ? En ce qui concerne le RMT, le SSP est maintenant le meilleur parti ».
Il y a 103 ans les syndicats britanniques avaient créé le Parti travailliste pour défendre les salariés. La plupart des syndicats restent affiliés au Labour. Mais aujourd'hui les liens avec ce parti sont de plus en plus remis en cause. Même avant le conflit actuel le Syndicat de pompiers avait adopté une résolution autorisant le soutien aux candidats dont le programme correspondait aux buts du syndicat. D'autres syndicats sont en train de reconsidérer la façon d'utiliser leurs fonds politiques. Même ceux qui ne remettent pas encore en question le lien avec le Labour ont réduit leurs subventions au parti. Malgré la résistance de certains appareils syndicaux, le processus de distanciation entre les syndicats et la Parti travailliste va se poursuivre. Le SSP ne se contente pas de commenter ce processus, il cherche à le pousser en avant. Depuis trois ans le parti mène campagne sur le thème « Make the Break », qu'on pourrait traduire par « Rompre les liens » ou bien par « Franchir le pas », pour que les syndicats rompent avec le Labour.
Le SSP s'est formé en rupture radicale avec le New Labour social-libéral de Tony Blair et en plaçant le combat pour l'indépendance de l'Écosse dans une perspective socialiste. Les rapports entre le SSP et les deux principaux partis — le Labour et le SNP - sont maintenant un élément clé de la vie politique écossaise. Une des raisons conjoncturelles pour le lancement de l'Alliance socialiste écossaise (prédécesseur du SSP en 1996) et du parti deux ans plus tard était d'empêcher que ce soit le SNP qui profite du désillusionnement de l'électorat traditionnel du Labour. Ce défi est en train d'être gagné Le SSP est distancié de moins de 4 000 voix en vue de remplacer le SNP comme deuxième parti à Glasgow. Et l'éditorial du quotidien de dimanche Scotland on Sunday du 4 mai se demande si le SSP n'est pas en train de remplacer le SNP dans la ceinture ouvrière centrale du pays, en repoussant le parti nationaliste vers les campagnes périphériques. Il y a tout à parier que le SSP pourra dans les années à venir battre le SNP aussi bien sur le terrain social que sur celui de la question nationale. Par ailleurs il y a un flux régulier de militants et cadres de l'aile gauche du SNP qui passent au SSP.
Mais la raison fondamentale du lancement du SSP était, à partir d'une analyse de la transformation bourgeoise du Labour, de remplacer ce parti comme parti de la classe ouvrière en Écosse. C'est cela, le gros défi. Ce sera plus long. Mais le SSP a déjà fait un long chemin depuis sa création. Des militants d'extrême gauche, avec d'autres venus du Labour, du SNP, du PC ou de la mouvance écologiste, ont joué un rôle moteur dans son lancement. L'ambition était pourtant de faire non pas un parti d'extrême-gauche, mais un parti anticapitaliste large à vocation de masse. Cet objectif est sinon à portée de main, du moins nettement plus proche qu'il y a quatre ans.
On peut déjà dire que le SSP est en train de devenir un petit parti de masse. Mais vu l'histoire particulière et les traditions du mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, le caractère de masse d'un parti ouvrier dépend aussi de ses rapports avec le mouvement syndical. Il n'est pas sûr (mais il est possible) que le divorce, qui risque d'être prolongé et éclaté, entre les syndicats et le Parti travailliste conduise à des affiliations syndicales au SSP. L'histoire ne se répétera pas forcément de cette façon-là. Mais le processus déjà avancé de gagner une couche de militants syndicaux, les cadres organisateurs de la classe dans les entreprises, sera un élément décisif. L'autre grand défi est de s'adresser aux plus de 50 % des électeurs qui se sont abstenus ce ler mai, pour les convaincre que, comme le dit le SSP, « tous les partis ne sont pas pareils » et qu'on peut faire de la politique autrement.
Nos articles précédents sur l'Écosse et le SSP
• « Un nouveau parti pour le socialisme : le
SSP » de Frances Curran et Murray Smith,
Inprecor n° 447 de mai 2000.
• « Les mutations profondes du paysage politique » d'Alan McCombes, Inprecor n° 456 de mars 2001.
• « L'expérience du SSP : quel internationalisme ? » interview d'Alan McCombes,
Inprecor n° 459/460, juin-juillet 2001.
• « Le congrès du parti socialiste écossais
(SSP) prépare les élections du ler mai », interview de Frances Curran, Inprecor n° 480/481, mars-avril 2003.