Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

VENEZUELA

Une politique anti-impérialiste

· Inprecor n° 483, juillet 2003 · p. 18 · 755 mots

Cuba États-Unis

Une politique anti-impérialiste Unis, dont le département d'État avait fait un our un pays historiquement lié aux Etatsmodèle de démocratie face au projet révolutionnaire cubain, la politique extérieure de Hugo Chavez constitue une rupture importante. Mieux, elle est la plus avancée des pays latino-américains, dans un pays aux portes de l'empire. C'est au nom de la lutte contre un monde unipolaire que la diplomatie vénézuélienne a développé des stratégies tous azimuts vers l'intégration latino-américaine, le renforcement des liens avec l'OPEP, le développement des relations économiques avec la Chine et la Russie.

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement a demandé au bureau militaire des États-Unis, installé dans la principale base militaire vénézuélienne de déménager. Il fit introduire dans la Constitution l'interdiction du territoire aux troupes étrangères. Dans le même temps, le gouvernement a interdit le survol du territoire vénézuélien aux avions US se dirigeant vers la Colombie dans le cadre de la surveillance prévue par le plan Colombie, lequel a été publiquement désapprouvé par le nouveau président. Le projet de Zone de Libre Échange des Amériques (ZLÉA, ou ALCA en abréviation hispanophone) que les États-Unis voudraient voir entrer en vigueur en 2005 est refusé par le président Chavez, qui lui préfère une intégration politique latino-américaine. Lors du sommet à Québec, le Venezuela fut le seul pays à émettre des réserves à la mise en place de l'accord.

Toujours en relation avec le Colombie, le président Chavez refuse de qualifier les FARC d'organisation terroriste, se contentant de condamner les actions terroristes menées par cette guérilla.

Pendant sa campagne électorale et jusqu'à ce jour, le président Chavez fait de la solidarité avec Cuba un axe de sa politique extérieure. Contre l'embargo imposé depuis 1960 par les États-Unis contre l'île, le Venezuela a entamé une collaboration importante. Dans le domaine pétrolier, les deux pays ont signé un accord d'approvisionnement d'État à État, qui accorde à Cuba des conditions de crédit favorables indexées sur le prix international du baril : plus le baril est cher, plus la facture à payer cash est basse et la partie en crédit élevée. Cuba fournit en retour des contingents de médecins et d'entraîneurs sportifs, a soigné 5 000 patients vénézuéliens dans les hôpitaux cubains et accueille des centaines d'élèves dans ses écoles de médecine. Le Venezuela est le seul pays latino-américain à n'avoir pas voté la derest régulièrement salué dans les apparitions publiques de Chavez.

Le Venezuela a signé un accord pétrolier avec une dizaine d'autres pays des Caraïbes et d'Amérique centrale, avec des conditions de crédit similaires, même si légèrement moins avantageuses que pour Cuba, qui assure aux petites économies des factures pétrolières moins douloureuses.

Chavez a soutenu la politique de relance de l'OPEP et a accueilli en 2000 le sommet de l'organisation pendant lequel il a été décidé de respecter scrupuleusement les quotas de production. La conséquence immédiate a été la remontée du prix du baril qui est passé de moins de 10 dollars à plus de 20 en quelques semaines. Dans le cadre de cette relance, le Venezuela a cherché le rapprochement avec les grands pays exportateurs que sont la Libye, l'Arabie Saoudite, l'Iran et l'Irak.

Chavez a rendu visite à Saddam Hussein, devenant le seul chef d'État à avoir bravé l'embargo décidé en 1991 par le conseil de sécurité des Nations Unies. Ces relations ont passablement énervé le département d'État de Washington, qui voit là un axe Venezuela-Moyen-Orient peu favorable aux importations de brut aux États-Unis.

Le Venezuela s'est opposé aux guerres en Afghanistan et à la récente guerre en Irak.

Récemment encore, Chavez s'en est pris au Fonds monétaire international, à la Banque Mondiale et à l'Organisation mondiale du commerce - agences qui oppriment les peuples plus

Malgré tout, les relations commerciales avec les États-Unis ne sont pas modifiées. Le Venezuela reste le principal fournisseur américain de pétrole des États-Unis. Ces derniers, qui souhaitent la chute du Président Chavez et avaient participé activement à la tentative de coup d'État d'avril 2002 et reconnu le gouvernement transitoire du dirigeant patronal Carmona, sont isolés au niveau continental en raison du strict respect de la légalité constitutionnelle du gouvernement Chavez. L'Organisation des États Américains avait condamné le coup d'État. Pour autant, en dehors de Fidel Castro, Chavez ne bénéficie pas d'alliés stratégiques en Amérique. Lors de la dernière réunion du Groupe de Rio au Pérou (juin 2003), Chavez fut le seul chef d'État a émettre une « réserve stratégique intégrale » à la déclaration finale et a publiquement réclamé un débat international sur l'éventualité d'une intervention militaire en Colombie.

E. D.

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