Par Livio Maitan* es 15 et 16 juin les électeurs italiens ont été appelés à voter pour deux référendums d'initiative populaire. Le premier demandait que l'article 18 du statut qui protège les travailleurs de licenciements sans une cause juste, soit élargi aux travailleurs des entreprises de moins de 16 salariés, qui ne jouissaient pas de ce droit. Plus de trois millions de travailleurs étaient directement intéressés. Le second référendum concernait la construction de réseaux électriques dont on cherchait a contrecarrer la construction incontrôlée.
Contre les deux référendums, et tout particulièrement contre le premier, s'était formé un front très vaste : toutes les organisations patronales, la coalition gouvernementale, la très grand majorité du centre-gauche, dont la majorité des Démocrates de gauche (DS), deux confédérations syndicales, CISL et UIL, la Ligue des coopératives et les organisations des commerçants et des artisans.
Ce front, correspondant à 92 % des voix exprimées lors des dernières élections législatives, n'appelait pas à voter « non », mais prônait la non-participation au vote dans le but d'empêcher que soit atteint le quorum nécessaire de 50 %+1 de votants (rappelons que désormais en Italie l'abstention « normale » est autour de 35 %).
Pour le référendum s étaient prononcés dès le début le Parti de la refondation communiste (PRC), qui en fait a récolté la majorité des signatures nécessaires, les Verts, la FIOM et les syndicats de base et par la suite le Parti des communistes italiens (scission du PRC, dirigée par Armando Cossutta). Finalement ont donné leur adhésion l'ARCI (1), et la principale confédération syndicale CGIL, qui, toutefois ne s'est pas engagée excessivement dans la campagne. La presse et la télévision ont gardé le silence sur la tenue même des référendums jusqu'aux tout derniers jours.
Échec
de la tentative
référendaire d'élargir les
droits des travailleurs
La campagne s'est soldée par un échec : seulement 25,7 % des inscrits ont participé au vote. Parmi eux 10 322 598 (87,3 %) ont été favorables à l'élargissement de l'article 18 aux petites entreprises (moins de 15 salariés) et 1 648 142 voix (12,7 %) s'y sont opposés. Le bilan en débat
Comme il fallait s'y attendre, ces résultats ont provoqué des vives discussions dans les organismes de direction du PRC. Mais finalement un très large accord a été réalisé : il fallait reconnaître sans détour qu'on avait essuyé une défaite, mais en même temps souligner le fait que, malgré tout, plus de dix millions d'électeurs avaient voté en faveur d'un élargissement des droits des travailleurs, après des années au cours desquelles ce n'était pas l'élargissement de ces droits, mais leur défense contre les contre-réformes patronales qui avait été à l'ordre du jour.
Un commentaire des camarades se réclamant du courant Bandiera Rossa explique qu'en dernière analyse le référendum a reflété le rapport de forces existant plus généra lement à l'étape actuelle. Il ne faut pas oublier que même récemment la classe ouvrière a essuyé des échecs, malgré des luttes souvent combatives et des mobilisations très larges. Les métallos n'ont pas obtenu le renouvellement de leur contrat national ; FIAT a licencié des milliers de travailleurs ; le gouvernement a fait adopter par le Parlement des décrets allant dans le sens d'accroître ultérieurement la précarité des travailleurs ; les mobilisations dans la fonction publique ont commencé à refluer (tou* Livio Maitan, membre du Comité international et du Bureau exécutif de la IVe Internationale, fait partie de la direction nationale du Parti de la refondation communiste (PRC). 1 ARCI (Associazione ricreativa culturale italiana, Association culturelle de loisirs italienne) surgie dans les années 1950 sous l'hégémonie du PCI et liée aux Maisons du peuple. A l'heure actuelle les DS y maintiennent une influence certaine, mais l'association opère d'une façon de plus en plus autonome.
tefois, une manifestation de deux cent mille personnes a eu lieu à Rome après que ce commentaire eût été écrit). Plus généralement, on souffre encore des conséquences d'une longue phase de reculs, de défaites, des difficultés découlant du cadre néolibéral.
Dans un tel contexte il est important que plus de 10 millions d'électeurs aient voté « oui ». C'est une tâche urgente d'analyser de plus près les résultats du scrutin pour mieux comprendre qui sont ces dix millions et pour donner une réponse à la question de savoir si la défaite essuyée est la dernière d'une assez longue série ou si quelque chose de nouveau se dessine.
Par ailleurs, il faut s'interroger sur le rôle du mouvement altermondialiste et des autres mouvements qui se sont développés au cours des deux dernière années et des résultats de l'effort visant à combiner unité et radicalité. A ce sujet, nous pouvons reprendre ce que nous avons expliqué à plusieurs reprises dans le passé : le mouvement se situe dans une vague symbolique de critique éthique de l'existant, se regroupant autour des événements, mais sans se traduire en un mouvement quotidien avec des mécanismes d'enracinement susceptibles d'animer des batailles avec des revendications bien définies. Ce fut le cas à Gênes et, après Gênes, à Porto Alegre et à Florence. Lors du référendum « le peuple du forum social » a fait partie des dix millions de « oui », comme l'indique surtout le vote des grandes villes, mais il n'a pas réussi pour autant à produire des effets en chaîne, à établir des liens forts et durables dans les quartiers, sur les lieux du travail et ailleurs, de manière à lui permettre de percer effectivement dans la population dans son ensemble.
Par ailleurs, le mouvement pour la paix avait acquis en Italie des dimensions sans précédent, mais la guerre a éclaté quand même : nous n'avons pas encore saisi les effets de cette réalité sur le mouvement et ses différentes composantes. Il est vrai que souvent les drapeaux de la paix n'ont pas été rétirés des maisons, mais la guerre semble avoir disparu de l'agenda politique. Refonder l'unité
En ce qui concerne les perspectives, c'est une responsabilité de l'Olivier et des DS d'avoir séparé délibérément revendications sociales et dimension politique. En fait, ils ont subordonné et subordonnent les luttes sociales aux exigences du cadre politique bipolaire qu'ils ne remettent pas en question sous quelque forme que ce soit. C'est pourquoi d'ailleurs ils ont rejeté un référendum qui échappait à la logique bipolaire.
Pour nous il est absolument clair qu'il faut donner la priorité à l'opposition sociale, le seul moyen de taire évoluer favorablement le rapport de forces dans le pays.
Nous n'avons pas le moindre doute sur la nature et les projets du centre-gauche. Mais ne pouvons pas ignorer pour autant l'exigence de l'unité pour battre Berlusconi qui est très répandue au niveau de masses. Le seul moyen d'aborder ce problème sans tomber dans des projets politiciens c est, répetons-le, de miser sur l'opposition sociale en défiant le centre-gauche justement sur ce terrain. C'est avec une telle approche qu'il faut poser le problème d'une alliance pour renverser la coalition au pouvoir. Il ne s'agit pas de rechercher dès maintenant des accords bâclés susceptibles de pousser vers une dérive politicienne le PRC lui-même. Le point de départ doit être l'utilisation du potentiel des plus de dix millions de voix pour le « oui » lors du référendum du 15 juin.
Cette problématique a été au centre des débats du PRC lors de son Comité politique national fin juin. Le résolution approuvée à une très large majorité projette la construction pour l'automne « d'une campagne de mobilisation qui lie les questions sociales à la défense et l'élargissement des espaces démocratiques. Ceux qui se sont mobilisés dans la bataille pour le référendum, aussi LE CRITIQC COMMUNISTE ah i e
• Marxisme et démocratie
* Antoine Artous - Démocratie et émancipation sociale * François Sabado - Révolution et démocratie • Léon Crémieux - Démocratie, citoyenneté et rapports de production Catherine Samary - De la citoyenneté à l'autogestion Henri Maler - Marx, la démocratie, le communisme Sylleps:
bien les forces organisées que les presque 11 millions d'électeurs qui ont voté oui, représentent le point de départ (...) Les expectatives de lutte au niveau de masses contre la politique du centre-droit et les pratiques concrètement alternatives esquissées par les mouvements permettent d'aller de / avant et d'aborder la phase qui s'ouvre et les demandes d'alternative en posant la problématique d'un rapport nouveau entre le PRC et ce qui a été jusqu'ici l'Olivier, en projetant une alternative programmatique autour des contenus émergés au vif du conflit et de l'opposition sociale. Ce n'est pas un rapport programmatique entre deux sujets, mais un rapport entre de nombreux partenaires, ouvert aux mouvements dans les formes que les mouvements eux-mêmes décideront de choisir ».
Il est évident qu'il est plus facile d'exprimer de telles exigences dans une résolution que de les concrétiser dans les mobilisations réelles. L'issue dépendra avant tout, il va de soi, de la dynamique socio-politique dans les prochains mois et les prochaines années.
Mais cela dépendra aussi du rôle que le PRC saura effectivement jouer en s'avérant capable de rénover profondément ses conceptions organisationnelles, ses structures et son mode de fonctionnement.
Vient de paraître !
La rédaction de la revue
Critique Communiste, en collaboration avec les éditions Syllepse, vient de commencer la publication d'une série de petites brochures visant à la fois à la présentation et à la discussion des questions théoriques/politiques d'actualité. Ont déjà parus :
« Mondialisation et impérialisme » et
« Marxisme et démocratie ».
Nous ne pouvons que recommander la lecture de ces fascicules si utiles.
En vente à la Librairie La Brèche,
27 Rue Taine, 75012 Paris
(métro Daumesnil), tél.: 01 49 28 52 44, au prix de 7 euros
(franco de port)