Inprecor 1974–2004

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ALLEMAGNE

La coalition « rouge-verte » dans la voie de la contre-réforme

· Inprecor n° 484, août 2003 · p. 14-17 · 3 617 mots

Allemagne Syndicalisme

Par Paul B. Kleiser*

A pres seize annees de goumernement

conservateur-libéral de Helmut Kohl — qui furent, surtout à leur fin, des « années de plomb » — la victoire électorale de la coalition social-démocrate et verte (SPD, Grünen), à l'automne 1998, avait engendré un certain climat de soulagement, surtout dans les milieux syndicaux. A en croire leurs discours, les sociaux-démocrates voulaient « moderniser » l'Allemagne en préservant la « justice sociale » : « Nous voulons concilier le niveau actuel de la protection sociale avec une meilleure utilisation du marché. Nous ne voulons pas tout faire différemment, mais beaucoup d'une meilleure façon », disait Schröder dans ses meetings. Quelques hésitations... et à droite toute !

Au début, dans sa phase de « lune de miel », le nouveau gouvernement a fait passer quelques réformes abolissant certaines contre-réformes du gouvernement destitué. Il ne s agissait évidemment pas de mesures radicales en faveur des salariés, mais quelques améliorations concernant les retraités et les assurés sociaux (par exemple les dentiers étaient de nouveau remboursés) ont vu le jour. Côté environnement, l'introduction de la taxe écologique, présentée comme allant réduire la consommation de l'énergie, n'a pas été mal accueillie. Rapidement cependant, les tensions au sein du gouvernement - entre l'aile néolibérale, dirigée par Schröder et Fischer, et l'aile néokeynésienne, dirigée par Lafontaine - se sont exacerbees au point que Lafontaine n'avait d'autre choix que de se soumettre ou de se démettre du gouvernement (et du parti, dont était le président)

A partir de ce moment toutes les mesures gouvernementales ont suivi la logique libérale de la défense « de la position natio* Paul B. Kleiser est collaborateur du mensuel Sozialistische Zeitung (SOZ).

nale » et du renforcement de « l'offre » : • La réduction des impôts a bénéficié aux plus riches et au grand capital : le taux d'imposition de la tranche la plus élevée des revenus est passé de 53 % à 48,5 % et doit prochainement passer à 42 % concernant les « ménages » et le taux d'imposition des bénéfices des entreprises a été réduit de 40 % à 25 %. Ce sont surtout les communes, le maillon faible, dont les revenus ont été lésés ; • La réforme des retraites — nommée la « Riester-Rente » du nom de l'ancien n° 2 du syndicat IG Metall, ministre du travail du premier gouvernement Schroder - a abouti a une privatisation partielle soutenue par l'Etat et à un abandon partiel du systeme de repartition : • Des mesures de « lutte contre le chômage » rendent les chômeurs/chômeuses responsables de leur situation et introduisent de facto une contrainte au travail ; • La nouvelle loi sur l'immigration reconnaît pour la première fois que l'Allemagne est un pays d'immigration, mais fait des intérêts du pays la seule ligne directrice pour accorder le droit de séjour aux immigrés. En même temps, les mesures de dissuasion contre les êtres humains indésirables sont renforcées par la mise en place des camps et des prisons d'expulsion. • Des efforts sont faits en vue de transformer l'armée fédérale en une force de déploiement rapide, dans le cadre de la mise en place d'une armée européenne (pour le moment avec la France, la Belgique et le Luxembourg). Déjà dans le « livre blanc » du ministre de la défense conservateur, les inté rêts de la grande Allemagne étaient définis comme « mondiaux », surtout en ce qui concerne la livraison des matières premieres dont le pays a besoin. L'actuelle coalition poursuit ce chemin.

Toutes ces mesures ne purent pas empêcher le pays de glisser dans une récession a partir du deuxième trimestre 2001 ; en 2002 l'année des élections, il y avait une croissance modeste de 0,2 %. Et puisque l'essor désiré se faisait attendre, tous les sondages donnaient perdante la coalition « rouge-verte ».

La menace de guerre contre l'Irak et l'horreur de la guerre de la plupart des Allemands a permis à Schröder de remonter dans les sondages. Sa position ferme contre les plans de Bush lui a valu un regain de popularité. De plus, les graves inondations qui ont touché le sud de l'ancienne RDA ont permis à Schröder de jouer le rôle du « duc de la digue », et de gagner les sympathies de la majorité de la population à l'Est. Le tout a été bien orchestré par les mass-médias, dont Schröder sait parfaitement faire usage. Et moins sont discutés les contenus politiques plus l'espace est libre pour la réclame et la mise en scène. Le tandem Schröder-Fischer a finalement gagné les élections avec quelque 13 000 voix d'avance « Agenda 2010 »

Passées les élections, l'essor annoncé se laissait attendre. L'économie allemande reste dans la récession et la croissance en 2003 va s'approcher du zéro. Le ministre des finances, Hans Eichel, qui prétendait présenter un budget équilibré en 2006, a dû déchanter. Un sentiment de marasme s'est répandu un peu partout. C'est sur ce terreau que surgit une attaque des capitalistes contre les salaires (directs et indirects, c'est-à-dire les charges sociales), encadrée par une politique du gouvernement renforçant la pression sur les salariés et les chômeurs. C'est aussi la raison principale des nouvelles mesures de réduc tion d'impôts. Ces dernières devraient (en théorie) conduire à l'annulation des subventions. En réalité, elles vont faire exploser la dette de la « main publique » (Etat fédéral, Provinces, Communes), qui atteint déjà presque 1 300 milliards d'euros.

« Nous devons réduire les prestations de l'État, favoriser la responsabilité individuelle et demander plus d'efforts de chacun », déclarait le chancelier Schröder devant le Bundestag, le 13 mars 2003, résumant la politique de « réformes » adoptée par la coalition « rouge-verte ». Selon le chancelier, le travail est trop cher en Allemagne, le « deuxième salaire » (1) trop haut est la « cause structurelle » de la situation difficile

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de l'économie. En réalité, ces coûts sont la conséquence du chômage de masse et de la réunification allemande. En procédant à la destruction de l'industrie autochtone à l'Est le capitalisme allemand a réduit au chômage entre deux et trois millions de salariés (2).

« L'Agenda 2010 » est la version renouvelée et radicalisée des « propositions Hartz » (3) de l'année passée, dont le chancelier annonçait qu'elles feraient baisser le chômage de deux millions. Le cœur des propositions de la commission Hartz était de créer dans chaque district une Agence de services du personnel (Personal Service Agentur, PSA), si possible sur une base privée, mais en cas de manque d'intérêt de la part du privé les « offices du travail » (ANPE allemand) devaient en prendre la charge. Ces PSA devaient « employer » le maximum de chômeurs sur la base d'un travail intérimaire et les louer aux entreprises. On parlait de « créer » ainsi 780 000 postes de travail jusqu'en 2005. « Nous avons libéré le travail temporaire et intérimaire des règlements bureaucratiques et nous l'avons revalorisé, afin que les entreprises puissent couvrir leurs besoins en personnel qualifié d'une façon flexible. » (4), expliquait Schröder devant le Bundestag.

Le deuxième volet des proposition de la commission Hartz, c'est l'instauration des emplois au rabais, dont l'employeur, exonéré de l'essentiel des charges sociales et des impôts, ne paye qu'un forfait à condition que le salaire reste inférieur à 400 euros, ainsi que des emplois payés entre 400 et 800 euros, dont l'employeur ne paye qu'un pourcentage réduit de charges sociales. Ceux qui veulent devenir des travailleurs indépendants ou créer une petite entreprise peuvent former une « Moi-SA » («Ich-AG» quelle expression !) et reçoivent, si leurs revenus ne dépassent pas 25 000 euros par an, une subvention mensuelle de 600 euros la première année, de 360 la deuxième et de 240 la troisième année, à condition de renoncer aux allocations de chômage. Par ces mesures le gouvernement espère la création de 500 000 postes de travail. Il s'agit de créer un secteur de travail mal payé et précaire (ou d'élargir massivement ce secteur déjà existant), que les Américains appellent « working poor », c'est-à-dire des travailleurs qui ne peuvent pas vivre des revenus de leur travail. Et de peser de cette manière sur le coût du travail moyen en Allemagne, tout en aggravant encore la crise des caisses sociales, privées de cotisations pour l'essentiel par l'exonération des charges patronales.

« L'agenda 2010 » à proprement parler est une attaque encore plus directe contre les chômeurs : Jusqu'ici les allocation de chômage (Arbeitslosengeld, 58 % du salaire net) étaient payées pour une durée maximale de 32 mois. Maintenant la durée maximale va être de 12 mois pour les moins de 55 ans, et de 18 mois pour les plus âgés. Par ces mesures les chômeurs perdront une somme de 3,8 milliards d'euros ; la perte maximale pour un individu pourrait s'élever à 14 000 euros par an. Après une année de chômage, l'ANPE allemand payait normalement une allocation-aide (Arbeitslosenhilfe) selon les besoins, mais avec un plafond (qui était la règle) de 53 % du salaire net obtenu avant le chômage. Maintenant les chômeurs de longue durée ne toucheront que le revenu minimum (RMI, autour de 560 euros pour une personne seule et 920 pour un couple, mais avec des variations selon la région). Quelques 1,8 million de personnes perdront leur alloca1. Par « deuxième salaire » il entend les charges sociales qui, en Allemagne, s'élèvent en moyenne à 42 %, et dont seule la moitié est payée par les employeurs. Le taux actuel des cotisations de retraite est de 19,5 %, celui de l'assurance-maladie en moyenne de 14,5 % et celui de l'assurance-chômage de 7,2 %.

tion-aide (une perte de 3,6 milliards d'euros par an environ) et entre 30 % et 40 % des chômeurs ne seront plus indemnisés.

Les réductions des prestations des caisses-maladie sont un autre volet de cet

« Agenda 2010 ». Le déficit de ces caisses — de l'ordre de 3,5 milliards d'euros par an — a été le prétexte pour ouvrir des négociations entre la ministre social-démocrate de la santé, Ulla Schmidt (une ancienne maoïste), et le spécialiste de la CDU/CSU et ancien ministre de la santé, Horst Seehofer, visant à réduire les dépenses de santé de 20 milliards d'euros. Les propositions visent déjà à arrêter le remboursement des prothèses dentalres et à remettre en cause le maintien du salaire en cas de maladie au-delà de six semaines — ce qui ouvrira un marché aux assurances privées.

La précarisation avance

Parlant de « l'Agenda 2010 », l'ancien trésorier du SPD, aujourd'hui président de l'université suisse de St Gallen, Peter Glotz, formulait la vision social-démocrate « postmoderne » en ces termes : « La société de la compétence apparait comme une société de l'exclusion consciente de beaucoup de gens du monde du travail moderne (...) Nous devons à la longue vivre avec une nouvelle sous-classe sociale, qui ne parvient pas à occuper des postes de travail exigeant des hautes compétences, ou n'accepte pas ceux qui exigent un effort ».

Selon le premier rapport sur la pauvreté et la richesse, publié par le gouvernement fédéral et couvrant la période 1990 à 1998,

« l'analyse du développement en Allemagne jusqu'en 1998 montre, que l'exclusion sociale a augmenté alors que la justice de redistribution a décru. » (5) A l'époque, la coalition rouge-verte parlait encore d'une « lutte

Dieser Betrieb wird bestreikt

2. Les frais de l'unification alleres de travail avec l'IG Metall

(par exemple le système 4 fois mande depuis 1990 sont estimés

32 heures). Le land à la somme modeste de 900 milliards d'euros, ce qui a coûté

Niedersachsen, dont Schröder au moins 1 % de croissance par était le ministre-président avant de devenir chancelier, possède

3. Peter Hartz est le directeur du des un quart actions de

Volkswagen

Volkswagen, l'entreprise de loin

Wolfsburg qui, dans le passé.

la plus importante de cette proavait négocié à plusieurs reprivince

4. Sozialismus, n° 5/2003, p. 20.

ses des compromis sur les heu-

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contre l'exclusion sociale et la mauvaise assistance comme partie intégrale de notre stratégie globale » (6).

Parlant du « courage pour le changement », « l'Agenda 2010 » expose la distance entre le discours et la pratique. Cette distance est illustrée par l'emploi d'une terminologie empruntée directement à la « novlangue » orwellienne : l'augmentation des charges des salariés s'appelle « responsabilité individuelle », la réduction des prestations sociales « incitation à plus d'emplois », les cadeaux aux riches en matière d'impôt sont des « décharges pour investisseurs » et l'extension du travail précaire s'appelle « flexibilité du marché du travail ».

Depuis 1973 le taux des « sans-emploi » est passé de 1,2 % à plus de 10 % de la main-d'œuvre. 1,8 million des chômeurs sont sans-emploi depuis plus d'un an. Un tiers des chômeurs sont des pauvres selon des critères de l'Union européenne, c'est-àdire qu'ils obtiennent moins de 50 % du revenu moyen des salariés. Depuis 1974 le nombre de personnes vivant avec un revenu minimum a quadruplé à l'Ouest tandis qu'à l'Est il a doublé depuis 1993, pour atteindre aujourd'hui 2,7 millions, dont 1,1 million ont moins de 18 ans. Toutes les recherches prouvent que l'exclusion dans la jeunesse est une hypothèque très grave pour l'avenir. La gauche dans le SPD et chez les Verts

Après la déclaration gouvernementale de Schröder du 14 mars, huit député(e)s sociaux-démocrates ont commencé à collecter des signatures pour obtenir l'organisation d'un référendum dans le parti (il faut les signatures de 10 % des membres, soit 67 000). Parlant du « souci pour l'avenir de notre parti », tout en appuyant « notre gouvernement fédéral dirigé par le SPD et notre chancelier Schröder », ils formulaient des demandes à contre-courant de la politique officielle du parti : « Nous sommes contre une privatisation des risques de la vie. Les réductions de l'allocation-chômage, de l'allocation-aide, du revenu minimum et la remise en cause du payement du salaire en cas de maladie sont asociales et aboutissent 5. Lebenslagen in Deutschland (Conditions de vie en Allemagne), sous la direction du ministère du travail et de l'ordre social, Berlin 2001, p. XV. 6. Ibid., p. 215. 7. Voir www.mitgliederbegehren.de 8. Deutscher Gewerkschaftsbund est la confédération des syndicats allemands. 9. La Treuhand fut l'organisme étatique respon sable pour la privatisation et les ventes des entreprises et des terrains à l'Est.

à une régression dangereuse de la consommation. Au lieu d'assainir les budgets publics par la seule voie de réduction des dépenses, nous devrions taxer les grandes fortunes. Nous voulons la réintroduction de l'impôt sur les grandes fortunes. Nous sommes contre la réduction des impôts pour les riches et contre la baisse du taux de l'imposition de la tranche maximale du revenu. Nous avons besoin d'accroître la demande des revenus faibles et moyens, pour que la demande privée soutienne la conjoncture et crée des emplois. Les droits des salariés ne sont pas un obstacle mais une précondition pour un travail productif et qualifié. (...) Des syndicats forts sont pour nous une partie intégrale de la vie économique à laquelle on ne peut pas renoncer. » (7)

La direction du parti a réagi immédiatement, en convoquant une conférence extraordinaire à Berlin. Cette conférence fut bien préparée et orchestrée ; partout il avait des slogans comme « Notre chemin pour l'avenir : Agenda 2010 » ou « L'Agenda 2010 est un programme social-démocrate pour la croissance et l'emploi ». La conférence a applaudi les interventions du chancelier, de l'équipe gouvernementale et aussi celles de l'opposition. La plupart des délégués, même critiques, ont souligné qu'il ne faut pas affaiblir le chancelier. Pour préserver leur gouvernement ils acceptaient ainsi cyniquement sa politique de plus en plus néolibérale. Finalement, malgré les critiques, quelque 90 % des délégués ont voté pour les propositions de l'équipe Schröder. La petite rébellion, qui n'avait réussi à collecter que 20 000 signatures, s'est évaporée.

C'est à peu de choses près le même scénario qui a été mis en scène chez les Verts, où le cap vers un néolibéralisme net ne rencontre pas (ou très peu) d'opposition organisée. Mais des individus insatisfaits quittent le parti.

Tous les partis en Allemagne perdent actuellement des membres, mais la socialdémocratie est en tête. Et les syndicats ?

Avec l'unification allemande et l'intégration des syndicats officiels de l'ancienne RDA dans le DGB (8) il y eut d'abord une augmentation de l'influence des syndicats ouest-allemands qui étaient invités à coopérer dans la conquête de l'Est. Très souvent, les bureaucrates de l'Est jouaient le rôle de « touche d'ouverture » pour le capital ouest-allemand. Les directions syndicales n'ont ni critiqué le démontage des industries est-allemandes, ni les programmes de privatisation élaborés par la Treuhand (9) Et le boom qui suivit l'unification permettait une augmentation des salaires et une « euphorie nationale » aussi bien dans le mouvement ouvrier que dans toute la société. Les syndicats gagnaient beaucoup de membres par la fusion avec les syndicats de l'Est ; le total des membres dépassa les 11 millions (depuis, ils en ont perdu près de 30 %).

Puis vint le capitalisme ordinaire... la crise de 1993-1994 et les attaques du patronat. Les directions des syndicats n'étaient pas du tout préparées à cela. Le chef de l'IG Metall, Klaus Zwickel, proposa alors une «alliance pour le travail » avec le patronat et le pouvoir, c'est-à-dire que le syndicat acceptait de renoncer à des demandes d'augmentation des salaires si en contrepartie le patronat employait davantage de travailleurs. Mais pour le patronat, ces propositions étaient une invitation à demander toujours plus, surtout une réduction massive des prestations sociales afin de réduire les charges sociales et annexes en dessous de la barre de 40 %. Le gouvernement Kohl, d'accord avec les propositions du patronat, a commencé à les transformer en lois. Les syndicats quittèrent alors la fameuse « alliance » et mobilisèrent contre le gouvernement, ce qui finalement fut une des raisons de la fin de l'ère Kohl.

Sous le gouvernement Schröder tout recommença. Au début il y eut des accords concrets et même une petite augmentation réelle des salaire, surtout dans le domaine des services, mais avec la nouvelle récession la nouvelle alliance éclata et les syndicats n'eurent plus d'interlocuteur pour leur politique du « partenariat social ». Les directions syndicales, toujours fidèles à la social-démocratie, développaient une sorte de « partage du travail »: avec cette dernière les attaques du gouvernement « rouge-vert » ne trouvaient que peu de résistance. Ainsi, alors que cela taisait vingt ans que les syndicats protestaient contre le travail intérimaire, ils ont signé une convention collective qui accepte le principe que les employés chez les PSA reçoivent un salaire réduit. Les syndicats ont aidé à créer un secteur à bas salaire et ils ont fait très peu pour défendre les conventions collectives des régions (Flächentarifvertrag) A l'Est, cette sorte de convention est encore valable pour moins de 40% des employés et ce chiffre est en baisse permanente, tandis que 25% ont des conventions firme par firme (ce qui rend très difficile le travail des délégués du personnel) et 30 % sont sans convention collective aucune. (A l'Ouest ces chiffres sont respectivement de 60 %, de 10 % et de 15 %.) Les différences entre les deux parties de l'Allemagne augmentent toujours et il n'y a pas seulement une diffé-

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rence de culture politique énorme, mais aussi une atomisation toujours plus grande de la classe ouvrière à l'Est. Une grève défaite

Officiellement les métallurgistes travaillent 38 heures par semaine à l'Est, c'est-à-dire trois heures de plus qu'à l'Ouest. La réalité est souvent bien pire. Pour lutter contre la destruction de la convention collective et les différences toujours plus grandes entre les deux parties du pays, l'IG Metall a appelé à la grève pour les 35 heures à l'Est.

Tout le monde savait que c'était une opération osée vu la pression du patronat et la propagande des mass-médias. La grève a tenu bon pendant presque cinq semaines malgré des incidents où des gens voulant travailler ont été transportés dans les usines par des camions ou même des hélicoptères.

Mais la longue grève provoqua une interruption de la production dans les grandes firmes automobiles à l'Ouest, chez Volkswagen, Opel, Mercedes et BMW, ce qui a conduit à une division au sein de la direction de l'IG Metall, sous la pression des présidents des délégués du personnel de ces grandes entreprises, qui sont en général très liés au management par les privilèges que ce dernier leur octroie.

La campagne des mass-médias, la pression du gouvernement et la division de l'IG Metall (entre Zwickel et le numéro deux, Jürgen Peters, qui devait le remplacer prochainement) aboutirent à l'abandon de la grève, ce qui provoqua naturellement une grande amertume dans les milieux syndicaux. On peut parler de la trahison de la grève par une partie de la bureaucratie syndicale.

En tout cas, il s'agit d'une défaite grave et lourde de conséquences qui va hypothéquer les luttes futures. Ainsi il est peu probable que l'IG Metall puisse vraiment se défendre et mobiliser contre les attaques de « l'Agenda 2010 ». La grève perdue et les luttes au sein de la direction ont conduit plusieurs milliers de membres à quitter le syndicat. Une conférence extraordinaire est convoquée pour le mois de septembre mais il n'est pas du tout évident que ce syndicat va être en mesure d'élire une nouvelle direction cohérente.

L'avenir de l'IG Metall, mais aussi celui de Verdi, le syndicat unifié des services, aura également un impact important pour le développement des forums sociaux qui commencent à se créer un peu partout en Allemagne, remettant en cause le néolibéralisme en général et la politique du gouvernement Schröder en particulier.

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