Inprecor 1974–2004

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ESPAGNE

VIIe Assemblée de la Gauche unie, un retour vers le passé ?

· Inprecor n° 489-490, janvier-mars 2004, n° 489/490 · p. 59-60 · 2 069 mots

État espagnol Euskadi IVe Internationale

VIl Assemblée fédérale un retour vers le passé ?

Par Jaime Pastor*

L'approbation majoritaire des Thèses

politiques, l'ajournement de la discussion sur l'organisation et sur les statuts et l'élection presque plébiscitaire de Gaspar Llamazares en tant que candidat au poste de Premier ministre ont conclu une Assemblée (congrès) qui, en dépit de l'image d'« amabilité » qu'on a voulu faire passer dans les médias, a été saupoudrée de symboles fortement polémiques et n'a pas pu éviter la présentation de deux listes critiques lors de l'élection de la direction.

Des faits pas du tout anecdotiques paraissaient refléter l'intérêt de la direction pour la politique pratiquée par le Parti communiste espagnol (PCE) au cours de la « transition espagnole », s'étant manifesté à plusieurs reprises ces derniers temps au travers de son identification avec l'approbation de la Constitution en 1978 et son adhésion à la Déclaration de Gredos souscrite par les rapporteurs constitutionnels. Il en fut ainsi de la projection en ouverture d'une vidéo donnant une image partielle de l'histoire de la Gauche unie (Izquierda unida, IU), qui omettait, entre autres choses, l'étape de la direction de Julio Anguita, alors que défilaient à l'écran des personnes qui ne sont plus depuis longtemps au sein d'IU, ce qui a obligé la présidence, devant les protestations de l'Assemblée, à déclarer que la vidéo ne représentait pas le point de vue d'IU. Ce fut le cas encore lors de la mise en valeur de la présence de certains invités, comme Santiago Carillo et José Maria Fidalgo. Cette symbolique passéiste entrait en concordance avec la disposition majoritaire de chercher à tout prix un consensus avec toutes les forces politiques et syndicales au nom de la lutte contre le Parti populaire (PP, au gouvernement). La proposition « personnelle » de Llamazares de présenter des candidatures « anti-PP », annoncée deux jours après la clôture de l'Assemblée, ne peut que renforcer un tel sentiment.

La disposition de certains porte-parole du secteur Llamazares de chercher une liste de la Gauche unie, unitaire pour l'élection du Conseil politique fédéral n'a pas pu empêcher la présentation de deux listes différentes, l'une avancée par le Courant convocatoire pour l'Andalousie, la Plate-forme des gauches et l'Espace alternatif et l'autre proposée par la CUT-Rojos et le Courant rouge. Bien que les deux blocs oppositionnels soient parvenus à un consensus autour d'un document politique commun, la condition - présentée comme non négociable par la CUT et le CR - que Juan Manuel Sánchez Gordillo figure en première place d'une liste commune a empêché d'arriver à un accord. Eurocommunisme « vert » ?

Le débat sur le rapport politique de Llamazares et celui sur les Thèses sont venus confirmer les craintes et les divergences que l'Espace alternatif a formulées en ce qui concerne l'orientation que la « nouvelle » direction a déjà adoptée. Si nous partageons de nombreux aspects de l'analyse internationale ainsi que les critiques de la politique du gouvernement du Parti populaire, nous ne pouvons accepter la tendance à la modération de la pratique et du discours sur les questions fondamentales, tels le projet de Constitution européenne ou le conflit basque (exprimé par l'oubli conscient et systématique de la défense du droit à l'autodétermination). Cette modération est associée à l'absence de retenue lors de l'affirmation de la priorité d'apparaître comme « une force de gouvernement ». Cette orientation va de pair avec le projet d'un parti dont la direction serait « renforcée », projet qui, s'il n'a pas été adopté lors de cette Assemblée, est lancé déjà depuis un certain temps.

Ces critiques et d'autres (en particulier à propos du projet de rajouter le qualificatif « vert » au nom de l'IU) ont été formulées par diverses délégations et sensibilités. Mentionnons en particulier celle de la minorité andalouse, qui, partant d'une référence initiale au « mouvement des mouvements », a souligné la nécessité de mettre l'accent sur la crise du réformisme keynésien et d'adopter l'appel de l'assemblée des mouvements

Espagne sociaux du Forum social européen de Paris. En réponse aux minorités de Madrid et du Pays valencien, la majorité s'est limitée à retirer le projet de changement de nom, tout en réaffirmant tout le reste et en particulier sa volonté d'étendre le « modèle » catalan (un gouvernement régional pluriel avec le Parti socialiste) à l'ensemble du cadre étatique

Le débat de la commission des thèses a permis d'intégrer un bon nombre d'amendements présentés par les diverses fédérations ou sensibilités, après le rejet des document alternatifs présentés séparément par la Plate-forme des gauches et le Courant rouge. Divers amendements partiels défendus par l'espace alternatif ont été intégrés, mais cela ne fut pas le cas de celui faisant un bilan des gouvernements de la « gauche plurielle » en Europe ni de celui formulant le rejet du projet de Constitution européenne Ce dernier amendement a cependant obtenu un nombre significatif de votes, bien que le rapporteur ait réussi à neutraliser une partie des délégué(e)s en arguant qu'il était prématuré de se prononcer. Le compromis adopté fut la convocation d'une conférence fédérale pour avoir une position lorsque sera convoqué le référendum promis.

La surprise est venue de la commission sur les statuts qui lors d'un vote préliminaire a été majoritaire pour reléguer le débat à une conférence nationale en automne prochain. Les rapporteurs n'ont pu cacher leur désarroi. La suggestion de révoquer la décision de la commission à la suite d'un débat en séance plénière a été prudemment écartée par le secteur Llamazares, à la suite d'une réunion interne, avec l'argument « technique » que le temps manquait pour examiner les milliers d'amendements reçus. Il ne semble pas pour autant que ce secteur ait renoncé à faire adopter dans l'avenir les réformes visant à réduire les droits des mino* Jaime Pastor, dirigeant d'Espace alternatif (Espacio alternativo, EA, une organisation partie prenante de la Gauche unie au sein de laquelle militent les partisans de la IVe Internationale), est membre du Conseil politique fédéral de la Gauche unie (Izquierda unida, IU). Traduit de l'espagnol par J.M.

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Espagne rités et la démocratie interne.

En marge de tout cela l'Assemblée plénière a entendu diverses interventions des dirigeants de l'IU, des vétérans comme Marcelino Camacho et des invités, presque toutes dans un but essentiellement médiatique. Diverses résolutions sélectionnées par une commission présidée par Rosa Aguilar ont été soumises au vote. Un projet de résolution sur le conflit basque, présenté par 140 délégué(e)s, contre le procès de Kontxi Bilbao, membre de la présidence du Parlement basque et en faveur d'un fédéralisme de libre adhésion, n'a pas été communiqué à l'Assemblée plénière, provoquant le mécontentement de ses promoteurs.

Finalement, la liste de direction menée par Llamazares, a reflété une quasi-parité entre son secteur et le PCE, avec Frutos, le secrétaire général du PCE, en seconde position, témoignant clairement de la réconciliation qui a eu lieu entre les deux. Cette réconciliation se fonde sur une remarquable coïncidence de points de vue en ce qui concerne les rapports avec le PSOE, la volonté commune de se distancer non seulement du Plan Ibarretxe (1) mais aussi du projet du fédéralisme de libre adhésion formulé par Esker Batua (l'organisation d'IU au Pays basque) et enfin la commune revendication de l'identité « communiste » de l'époque de la « transition ». Des différences significatives persistent cependant au sein de la nouvelle majorité recomposée en ce qui concerne l'autodéfinition « écosocialiste » et le modèle d'organisation à mettre en place L'évolution de ces divergences dépendra des négociations sur les futures listes électorales et, surtout, des résultats électoraux de mars et juin prochains. Construire un pôle des gauches dans l'IU

L'élection de la direction n'a pas créé de surprises, la liste majoritaire obtenant 76,5 % des voix, celle dirigée par Carlos Rejón (sur laquelle était présent l'Espace alternatif) 13,8 % et celle de Sánchez Gordillo 9,6 %. Il y eut quelques votes blancs qui se seraient sans doute portés sur une liste unique de l'opposition. Le fait que celle-ci n'a pu être réalisée ne devrait surtout pas empêcher la poursuite du dialogue entre les deux blocs. En Andalousie le CCA et la CUT, qui représentent 42 % de la fédération, vont poursuivre le travail commun. Les 1. Pour une analyse du Plan Ibarretxe on se reportera à l'article de José Ramón Castaños, La souveraineté basque et le fédéralisme espagnol, raisons d'un appui critique au « plan Ibarretxe *, Inprecor n° 488 de décembre 2003, pp. 25 à 28.

rapports seront plus difficiles avec un secteur du Courant rouge qui a fait la démonstration de méthodes de débat et de travail qui rendent difficile une collaboration fondée sur le respect et la confiance mutuels. Pour sa part, l'Espace alternatif devra s'efforcer, pour que la convergence apparue lors de la présentation de la liste dans cette Assemblée permette d'établir des formes de coordination entre les sensibilités distinctes que nous représentons, de former une aile gauche capable non seulement de nous différencier de la majorité sur les questions qui nous séparent mais aussi de faire des propositions alternatives fondés sur la ligne de notre document commun. Cela n'empêche pas de reconnaître que des divergences persistent entre les composantes de cette liste sur des questions comme la place de l'écologisme radical ou la modèle d'organisation fédérale au sein de l'IU - questions sur lesquelles nous devrons poursuivre le débat.

Bien des questions restent encore ouvertes et il serait prématuré de faire un pronostic sur l'évolution de la Gauche unie que la nouvelle équipe dirigeante pourra promouvoir. Les premières déclarations publiques de Llamazares — à propos de listes unitaires pour le Sénat ou du discours de Noël du Roi

- paraissent confirmer la tendance à diluer le profil alternatif d'IU et de réduire les divergences avec les autres forces politiques au nom de la lutte commune contre le Parti populaire. Ce faisant IU semble plus intéressée par un électorat proche du PSOE que par celui, plus critique ou tenté par l'abstention. Ce n'est pas nous, qui avons présenté la liste « Pour une gauche unie démocratique, plurielle, fédéraliste, anticapitaliste et alternative » qui allons nier l'importance stratégique de la nécessité de battre le Parti populaire lors des prochaines élections. Comme nous le disions dans notre document politique commun, « nous partageons la volonté de

VIENT DE PARAITRE

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combattre cette droite chaque fois plus agressive mais nous pensons aussi que sans un renforcement de la mobilisation sociale et d'une gauche alternative intransigeante dans la lutte contre le néolibéralisme et contre la guerre globale, nous courrons le risque de voir se répéter, cette fois-ci sous la forme d'une farce, les étapes du gouvernement du PSOE qui faciliteront un retour de la droite ».

Nous sommes convaincus que dans un contexte de polarisation gauche-droite accélérée et d'une fracture chaque jour plus grande entre le néocentralisme d'une part et la plurinationalité et la libre association de l'autre, ce ne sont pas les positions timides en ce qui concerne le projet de Constitution européenne et le défi démocratique territorial qui conduiront le PSOE a s'opposer plus franchement et à un renforcement de l'IU La formation d'un gouvernement de la « gauche plurielle » en Catalogne constitue un important test de ce processus et il faudra faire l'expérience jusqu'où il ira dans la satisfaction des espoirs de changement créés dans la majorité de son électorat ; mais rien ne justifie un pari inconditionnel pour une formule dont l'essai local pratiqué à Barcelone vit déjà des contradictions importantes, résolues plus d'une fois au détriment des mouvements sociaux et en faveur des spéculateurs et d'un « modèle » de ville de plus en plus inhabitable.

C'est pourquoi le débat ne devrait pas tourner autour de la question de savoir si la Gauche unie est capable de gouverner ou non, mais plutôt autour d'une autre question : comment contribuer à ce que la défaite du parti populaire, que nous souhaitons, ouvre un processus qui conduise à la rupture nécessaire avec le néolibéralisme, le néocentralisme et la stratégie de la « guerre permanente ».

numéro spécial

Résolutions du XV° Congrès Mondial de la IV° Internationale

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