Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER ÉCOLOGIE - CLIMAT

Énergies douces, concurrence féroce

· Inprecor n° 491, avril 2004 · p. 29 · 655 mots

Écologie États-Unis

/ d'une concurrence économique féroce. Celle-ci éclaire le rôle des principaux protagonistes dans les négociations climatiques : les EtatsUnis et l'Union Européenne.

Privée de sources importantes de pétrole et de gaz naturel bon marché, confrontée à la domination états-unienne sur le Moyen-Orient, et traumatisée par Tchernobyl, l'Union Européenne développe une politique énergétique basée sur la diversification des approvisionnements, l'efficacité énergétique accrue et le développement des énergies renouvelables. Actuellement, 6 % de l'énergie utilisée dans l'UE provient de sources renouvelables (SER) (1) ; l'objectif est de parvenir à 12 % en 2010 (2). Or, une telle stratégie nécessite de gros investissements publics, sous forme d'aides à la recherche, d'incitants économiques et de commandes publiques, le but étant de soutenir les entreprises dans la phase initiale de démarrage du marché. Etant donnée la mondialisation et l'ouverture des marchés, ces efforts ne sont soutenables que si les prix relatifs de l'énergie issue de SER deviennent compétitifs par rapport à ceux de l'énergie produite à partir de combustibles fossiles, si des dispositions contraignantes limitent l'utilisation de ceux-ci, et si s'ouvre un marché mondial des technologies « propres » (les trois conditions étant liées entre elles).

Kyoto apporte une réponse aux différents niveaux. « Une fois le protocole de Kyoto mis en place, le marché mondial des technologies propres devrait prospérer », affirme un document de la Commission (3). L'enjeu est important. Le marché mondial de l'éco-industrie est estimé à 550 milliards d'euros. Les experts tablent sur son élargissement dans les cinq prochaines années, surtout dans les pays émergents, avec des taux de croissance de 5 à 8 % (4). L'UE est bien placée pour s'y tailler une place appréciable : ses entreprises sont en pole position mondiale dans le secteur des énergies renouvelables, notamment dans la construction d'éoliennes (75 % de la capacité installée de la planète). On comprend aisément pourquoi l'UE, loin d'être ébranlée par le choc avec les Etats-Unis lors des négociations de La Haye en novembre 2000, a maintenu le cap jusqu'aux accords de Marrakech et de Kyoto, puis a

June « Coalition pour l'Énergie

Énergies douces, concurrence féroce Renouvelable - L'OPEP des Renouvelables », selon la Commissaire à l'Environnement — qui compte aujourd'hui quatre-vingts pays.

Face à cette politique, les Etats-Unis sont moins monolithiques que la presse européenne le laisse croire. Très institutionnalisé, le puissant lobby environnementaliste pèse aussi sur le Parti Républicain, à telle enseigne que l'adoption de normes d'émissions de gaz à effet de serre figurait au programme du candidat G.W. Bush ! (5). Plus fondamentalement, le monde des entreprises est divisé. « La perspective que d'autres pays aillent de l'avant dans des limitations des gaz à effet de serre tandis que les Etats-Unis se mettent la tête dans le sable préoccupe beaucoup de compagnies américaines », écrit Business Week. « Les preuves que les activités humaines causent le réchauffement global devenant de plus en plus convaincantes, les chefs d'entreprise croient que des réductions d'émission sont inévitables dans de nombreux pays ». Et l'hebdomadaire de rapporter ces propos de Tom Jacob, haut responsable de la multinationale DuPont : « Les économies devront s'adapter. Les États-Unis feraient une erreur en s'isolant de ces pressions. Quand la réalité s'imposera, les États-Unis auront plus de retard à rattraper et nos concurrent seront devant nous dans le développement et l'utilisation de technologies douces » (6).

De part et d'autre de l'Atlantique, on le voit, les préoccupations écologiques ne pèsent pas lourd dans les stratégies « climatiques » en préSCHICCI. 1. La proportion aux États-Unis n'est que de 2 %. 2. Eurostat et COM (2002) 162 final. "Décision du Parlement et du Conseil : Une énergie intelligente pour l'Europe". 3. Le point sur le changement climatique. http//www.europa.eu.int/comm/environment/climat/climate_focus_fr.pdf 4. Analysis of the EU ecoindustries, their employment and export potential. http//www: europa.eu.int/comm/environment/enveco/industry_e mployment/ ecotec_exec_sum.pdf 5. "Global Warming : Bush's Double Blunder", Business Week, 9 avril 2001 6. "Global Warming : Has Bush on the Hot Seat", Business Week, op. cit.

Une erreur sur cette page ?