Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE

Contre l'élimination de l'État-providence en Europe

· Inprecor n° 492-493, mai 2004, n° 492/493 · p. 12-14 · 2 504 mots

Allemagne Syndicalisme Grande-Bretagne

Par Sozialismus*

Lagenda 2010 du gowernement social-

démocrate/vert à Berlin n'est pas une spécificité nationale. Depuis le changement de millénaire, les grands traits d'un « agenda de renouveau économique et social pour l'Europe » (Commission européenne) ont été renforcés lors de plusieurs sommets européens. L'Europe - toutes les différences nationales prises en compte — a un ordre du jour commun : « l'élimination » progressive de l'État providence, contre laquelle s'est formé un courant de résistance ces dernières années. Le 1er novembre 2003, 100 000 personnes ont manifesté à Berlin, un bon prélude de la mobilisation envisagée pour la journée d'action européenne contre la perte des acquis sociaux. Allemagne Gouvernement social-démocrate / verts. Taux des prestations sociales (part des dépenses pour la sécurité sociale par rapport au PIB en 2000) (P) : 29,5 % ; taux de chômage en 2003 (C) : 10,3 %. Marché du travail : entre autres, diminution de l'allocation chômage (acceptabilité, période bloquée), remplacement de l'allocation chômage par une allocation chômage !! (niveau de l'aide sociale), démantèlement du secteur des bas salaires par l'introduction d'emplois « mini-midi » et du revenu minimum d'insertion, extension de l'intérim, restriction du droit de la protection contre les licenciements abusifs (dans les petites entreprises). Retraite : la « transformation du système » par des retraites complémentaires basées sur l'actionnariat se poursuit par le biais de pendant un certain temps membre de la direction centrale du PDS. Il est actuellement l'un des animateurs de la Wahlalternative. e-mail : <[email protected]>, site web (où est disponible ce texte en plusieurs langues européennes) : <www.sozialismus.de>

Contre l'élimination

de l'État-providence

modifications dans le domaine de l'assurance retraite légale : la constitution du réajustement des retraites d'ici à 2004, l'ajournement du paiement des retraites, la hausse des cotisations retraites pour l'assurance invalidité et l'assurance maladie. Il est prévu d'introduire un facteur démographique qui - conformément aux projets de la commission Rürup - devrait faire baisser le niveau de la retraite nette de 69,5 % à 57,8 % d'ici à 2030, de même que d'allonger le temps de travail. Santé : les assurés devront fournir 9 milliards d'euros à court terme, et 19 milliards d'euros d'ici à 2007 par la privatisation des prestations, le versement de compléments lors des consultations, de l'achat de médicaments et de séjours à l'hôpital. La fin du système de financement paritaire va être accélérée par une aide aux employeurs. Avec la solution « assurance du citoyen » ou « prime individuelle », un changement radical de système nous attend dans les années à venir. Grande-Bretagne Gouvernement travailliste ; P : 26,0 % ; C: 5,1 % Marché du travail : le New Labour a maintenu les lois sur le travail et les syndicats des gouvernements Thatcher et Major, parmi lesquelles la « Jobseeker Allowance » (allocation de recherche d'emploi), les compensations salariales exonérées du versement des cotisations et limitées à un semestre. La promotion des emplois à bas salaires fait également partie de la stratégie du New Labour de même que la privatisation complète ou partielle des infrastructures publiques et du système éducatif (partenariat public/privé ; mise en place ou forte augmentation des droits d'inscription à l'université). Retraite : en raison du faible montant de la retraite minimum (16-20 % du salaire moyen), l'assurance vieillesse dépend essentiellement des fonds de pension et des

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retraites d'entreprise. Ces deux systèmes doivent faire face à de graves problèmes financiers depuis l'éclatement de la bulle de la nouvelle économie. Il est aussi question de porter la durée de la vie active de 65 à 70 ans. Santé : débat sur les privatisations partielles du système national de santé, notamment des hôpitaux. Pays-Bas Gouvernement démocrate-chrétien / libéral ; P : 27,4 %; C : 3,8 % Marché du travail : en octobre 2003, les partenaires sociaux et le gouvernement ont adopté un nouvel accord social après de longues négociations : gel des salaires en 2004 et 2005 ; en contrepartie le gouvernement a renoncé aux restrictions prévues de la retraite anticipée, de l'assurance chômage et de l'assurance retraite anticipée. A partir de 2006, les prestations sociales doivent être de nouveau liées à l'évolution des salaires (et non plus à l'inflation) ; le gouvernement soutient l'assurance maladie à hauteur de 200 millions d'euros. Retraite : dans le cadre des accords avec les partenaires sociaux, le gouvernement a suspendu les modifications prévues de la retraite anticipée, dont le système doit être renégocié en 2004. Santé : complémentaire privée obligatoire pour un revenu annuel supérieur à 30 700 euros. Ticket modérateur lors des consultations. Pour les médicaments remboursés, la caisse primaire d'assurance maladie prend en charge les coûts sans supplément. Longues attentes pour les interventions chirurgicales. Autriche Gouvernement conservateur/populiste de droite ; P : 28,7 % ; C : 4,4 % Retraite : malgré les grèves nationales en mai/juin 2003, la réforme des retraites n'a pu être désamorcée que de manière insignifiante. La fédération des syndicats autrichiens (ÖGB) continue à s'attaquer à l'allongement d'un an de la vie active ; à la réduction des allocations de retraite de plus de 1,5 mois par an; à la suppression de la retraite anticipée en cas de chômage ou à l'allongement de la période d'assurance ; au rabais de 4,2 % par an en cas de retraite anticipée ; à la revalorisation de la pension au cours de la première année de retraite ; à l'extension de la période de cotisation de 15 à 40 ans. Santé : en Autriche, les patients vont devoir porter la main au porte-monnaie de manière conséquente : taxes de pharmacie (4,25

Solou morgen Routest ій es

« Demain ce comfort sera le tien !! » (à Schröder...) euros par médicament), forfait hospitalier (8 euros/jour, 17,70 euros/jour pour les coassurés); feuille de soins (3,63 euros/trimestre); frais de transport chez le médecin (minimum 22,40 euros). Le dentiste n'est plus pris en charge. France Gouvernement de droite ; P: 29 %, C : 9,4 % Retraite : malgré des grèves généralisées en mai-juin 2003, le gouvernement Raffarin a imposé l'allongement de la vie active de 37,5 ans à 40 annuités en 2008 ; 41 annuités en 2012 et 42 annuités en 2020. Il a également annoncé des réductions de 3 à 6 % (en 2008) par an pour les retraites anticipées. Introduction d'une assurance supplémentaire couverte par le capital. Santé : ces dernières années, les remboursements pour les médicaments, prothèses et les actes médicaux (de 2 à 20 euros par visite médicale) n'ont pas cessé de diminuer. Les prothèses auditives, les lunettes et les implants dentaires ne sont plus ou très peu remboursés. Le gouvernement veut proposer de nouvelles restrictions à la mi-2004 pour combler le déficit de la sécurité sociale : baisse des compensations salariales pour les salariés de la fonction publique, augmentation des charges sociales, taxation des feuilles de soins, ticket modérateur pour les frais d'hospitalisation. Italie Gouvernement populiste de droite / post-fasciste ; P : 25,2 %; C : 8,6 % Marché du travail : restriction de la protection contre les licenciements abusifs dans les entreprises de plus de 15 salariés ; flexibilisation du marché de l'emploi par des contrats de travail individuels ; droit des entreprises à n'employer que des intérimaires et à se diviser en plusieurs mini-unités de travail. Retraite : sur fond de grève générale (24

Union européenne / Allemagne octobre 2003), le gouvernement Berlusconi poursuit l'allongement de la vie active, de 59,4 ans aujourd'hui à 63 ans dans un premier temps puis à 65 ans à partir de 2008 (pour les hommes) ainsi que l'allongement de la période de cotisation de 35 à 40 ans. Santé : complément privé pouvant aller jusqu'à 36 euros par prescription (couvre au maximum 8 prestations), les prothèses dentaires ne sont pas couvertes, taxation de l'ordonnance, ticket modérateur échelonné pour les médicaments. Espagne Gouvernement conservateur [battu aux égislatives de mars 2004, remplacé par un gouvernement social-démocrate, ndlr]; P: 20,1 %; C: 11,3 % Marché du travail : le durcissement du versement des allocations chômage entrepris par le gouvernement a dû être annulé à la suite d'une grève générale le 20 juin 2002 Retraite : droit à une retraite complète après 35 annuités à partir de 65 ans (fonction publique respectivement 30 et 60 ans). Depuis 2002, l'allongement de la durée de la vie active est encouragé. Les syndicats exigent une augmentation de la retraite minimum (en 2002 maximum 471 euros/mois). Santé : de manière générale, les prestations

DAMINA General streik bricht das Diktal der basen Boss

« La grève général brise le diktat des patrons » sont gratuites, pour une hospitalisation prolongée, on exige un supplément calculé en fonction du revenu. Les médicaments ne sont prescrits que s'ils sont remboursés. Le supplément est de 40 %. Portugal Gouvernement conservateur populiste ; P : 22,7 % ; C : 9,3% Retraite : pour la retraite, on se base sur la période complète de cotisation (et non plus sur les années au revenu le plus élevé), ceci progressivement d'ici à 2016, ce qui entraî-

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Allemagne / Union européenne ne une baisse de la prestation. Santé : ticket modérateur à hauteur de 25 % chez le dentiste, de 30 à 60 % pour les médicaments. Grèce Gouvernement social-démocrate [battu aux législatives de mars 2004, remplacé par un gouvernement conservateur, ndlr] ; P: 26,4 % ; C : 9,3 % Retraite : grève générale (comme en mai 2003) contre la dégradation de la retraite : allongement de la vie active jusqu'à 65 ans ; disparition de la retraite minimum ; diminution de la retraite (la retraite moyenne correspond à peine à 50 % du revenu moyen). Santé : ticket modérateur pour les médicaments, à hauteur de 25 % pour les soins dentaires, les lunettes, les prothèses et les appareils auditifs. Le marché du travail en 2010 Danemark Gouvernement conservateur / libéral ; P : 28,8 %, C : 5,5 % Marché du travail : dès le milieu des années 1990, une politique des « droits et devoirs » a été mise en place : réduction de la durée maximale de droit à l'allocation chômage de neuf à quatre ans ; droit à une période de réinsertion de trois ans avec des aides salariales, des formations, des changements d'emploi ; en cas de refus, les prestations sont diminuées voire supprimées. Retraite : pendant la période de préretraite (de 60 à 66 ans), les revenus sont inférieurs à l'allocation chômage, mais supérieurs à la retraite de base (maximum 1 660 euros) ; ce n'est plus une prestation financée par les impôts, mais une prestation cofinancée par participation de la caisse d'assurance chômage. Cette exigence entraîne une tendance à la baisse de la retraite. Les projets visant à limiter la retraite anticipée se sont jusqu'à présent heurtés à la pression des syndicats et de la société. Santé : ticket modérateur à hauteur de 3560 % pour les soins dentaires ; les prothèses dentaires ne sont pas remboursées. Ticket modérateur échelonnée pour les médicaments (jusqu'à 69 euros, 100 %; jusqu'à 167 euros, 50 %, etc.) ; seuls les médicaments inscrits sur la liste verte sont remboursés. Suède Gouvernement social-démocrate ; P : 32,3 %; C : 5,5 % Retraite : selon la réforme des retraites entrée en vigueur en 2001, il existe une retraite de base (à partir de 65 ans) et un fonds de pension (privé ou public) dépendant du niveau de revenu assorti d'un facteur démographique (pension en fonction de l'espérance de vie, pas avant 61 ans). La base du calcul n'est plus les 15 « meilleures » années, mais l'ensemble des revenus Santé : le système de santé suédois a été fortement appauvri : fermeture d'hôpitaux ; licenciement de personnel provocant de longues files d'attente ; des facteurs concurrentiels ont été introduits partout. Le ticket modérateur est de maximum 97,43 euros/an ; dans les hôpitaux (8,62 euros/jour) ; médecin (jusqu'à 28,15 euros). Ticket modérateur pour les médicaments jusqu'à 463 euros/an. Les soins dentaires sont gratuits jusqu'à l'âge de 20 ans. (...) Finlande Gouvernement social démocrate / centriste ; P: 25,2 % ; C : 9 % Marché du travail : réduction des allocations chômage et politique de l'emploi active. Retraite : comme en Suède prévaudront à partir de 2005 : l'élévation de l'âge de la retraite à 63 ans, la retraite anticipée seulement à partir de 62 ans ; l'introduction d'un facteur démographique (espérance de vie). Santé : ticket modérateur pour les consultations, les médicaments (max. 594 euros), les séjours à l'hôpital (stationnaire : 26 euros/jour ; ambulatoire : 22 euros/jour). Remboursement à 60 % des soins dentaires, mais pas des prothèses dentaires. Dans les années 1990, la réduction drastique des capacités d'accueil des hôpitaux a eu pour conséquence de longues files d'attentes. Notre Europe est une Europe sociale

Pourquoi la privatisation, la dérégulation et le démantèlement social en Europe ? L'accumulation de capital — et de ce fait la croissance économique - dépend des investissements nets. Si ces investissements restent trop faibles, la production est rationalisée, et les investissements publics sont réduits. La demande de travail salarié diminue alors et les possibilités de financement des caisses sociales et publiques s'érodent. Les conflits de répartition s'accentuent, ce qui détériore les conditions de lutte et d'opposition des employés et de leurs syndicats, des chômeurs et de leurs organisations de défense, des retraités et des malades. La politique de réduction des salaires, d'allongement de la vie active, d'extension des secteurs à bas salaires et d'annulation des acquis sociaux conduit à une baisse généralisée du niveau des salaires, à la destruction du statut social des employés, et à la désagrégation des droits démocratiques et sociaux (autonomie tarifaire, protection contre les licenciements abusifs).

Les dirigeants ne vont pas renoncer d'eux-mêmes à la spirale qui tire vers le bas la majorité de la population. Nous devons nous défendre contre cette stratégie de destruction. L'opposition à cette coupe sombre des acquis sociaux et à la réduction des salaires doit trouver son prolongement dans la redécouverte politique d'une Europe sociale. Nous exigeons : • l'abolition des privilèges accordés aux revenus boursiers et aux grandes fortunes, une imposition réelle des grosses entreprises ; une hausse de l'impôt sur la fortune et de l'impôt sur les successions ; • la coordination du système fiscal européen, afin d'endiguer le dumping fiscal des entreprises et de fermer les paradis fiscaux ; • l'imposition des transactions en devises (impôt européen Tobin) et des produits boursiers ; la régulation des marchés financiers internationaux et des flux de capitaux ; • un programme mondial de lutte contre le sous-développement, la pauvreté et la faim pour lutter contre la polarisation grandissante Nord-Sud ; • la lutte contre le chômage de masse par le biais d'investissements publics accrus dans des secteurs en pleine croissance ; la réduction du temps de travail ; une politique de l'emploi active ; • l'aménagement de systèmes d'assurance sociaux et une modernisation réelle du système de santé ; • un changement radical de politique, orienté vers la création d'une économie sociale et un élargissement de la fonction publique à la sécurité sociale, la santé et l'éducation.

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