Par Thies Gleiss*
Dans le pays européen le plus important économiquement se profile - vingt ans après la dernière grande bataille syndicale - une lutte avec des conséquences dépassant largement les frontières de l'Allemagne. En 1984 la majorité des syndicats organisés dans la Confédération allemande des syndicats (DGB, Deutscher Gewerkschaftsbund) osa une lutte pour les 35 heures. Il y eut une grève de six semaines avec des lock-out et une polarisation ouverte dans les syndicats. Une minorité des syndicats, alors appelée « la bande des cinq », avec surtout le syndicat de la chimie et le syndicat des mineurs, mettait en cause l'unité syndicale et négociait avec le gouvernement démocrate-chrétien/libéral un compromis concernant une réduction du temps de travail. Le ministre du travail et membre de la CDU, Norbert Blüm, faisait passer plusieurs lois pour la préretraite.
Aujourd'hui, même ces formes timides d'une réduction du temps de travail sont dénoncées, mais on oublie souvent qu'elles étaient une réaction politique face à des demandes beaucoup plus radicales voulues par la majorité des syndicats en lutte contre le chômage de masse. L'IG-Metall, le syndicat des imprimeurs et leurs alliés n'avaient - malgré les hésitations de leurs directions plutôt conservatrices - pas d'autre choix que de former des nouvelles alliances sociales pour imposer une réduction du temps de travail journalier et hebdomadaire.
Le mouvement antinucléaire, anobli par le succès des Verts aux élections fédérales (pour la première fois ils avaient réussi à être représentés dans le Bundestag) et le très * Thies Gleiss, syndicaliste dans la métallurgie du district de Cologne (Köln), délégué du personnel, membre de la direction de l'Internationale Sozialistische Linke (ISL, Gauche socialiste internationale, une des deux fractions publiques de la section allemande de la IVe Internationale — l'autre étant le RSB, Revolutionär Sozialistischer Bund, Ligue socialiste révolutionnaire), collabore au mensuel SoZ Sozialistische Zeitung.
Début d'une rupture
et le SPD
grand mouvement antimissiles (bien qu'il se soit trouvé déjà dans sa phase déclinante) ouvraient des possibilités fructueuses. Sans ces mouvements sociaux avec des racines profondes dans la société, la bataille pour les 35 heures aurait eu une fin aussi lamentable que la lutte (perdue) pour la semaine de 35 heures en Allemagne de l'est l'année passée. Le chancelier Kohl condamna la semaine de 35 heures comme « stupide et aberrante » (« dumm und töricht »), les organisations patronales mobilisèrent d'une façon jamais vue juqu'alors contre la violation de leur « catalogue de tabous ».
Pour les ouvriers en lutte et surtout pour la gauche politique, le compromis de 1985 qui prévoyait l'introduction de la semaine de 35 heures par étapes en dix ans, provoqua une grande déception, vu la situation prometteuse après une grève si dure et si longue. Cette critique était juste, mais on doit quand même avouer que la grève avait changé le rapport de force entre les classes, ce qui était sensible un peu partout en Europe. En tout cas, les syndicats vivaient un printemps qui s'est avéré suffisamment long pour massivement freiner le projet politique central de la nouvelle coalition libéraleconservatrice au pouvoir depuis 1982, qui se qualifiait « changement moral-spirituel ». Avec le concept d'une semaine de 35 heures, qui franchit potentiellement le cadre de la société capitaliste, le point de départ le plus puissant de la lutte contre le chômage de masse avait été mis à l'ordre du jour en Europe. Un printemps court du mouvement ouvrier
Mais ce printemps prometteur n'a pas été suivi d'un été ou d'un automne chaud Les directions syndicales se sont de plus en plus arrangées avec le gouvernement conservateur de l'éternel chancelier Kohl, surtout après la fin de la RDA et l'unification allemande en 1990. Le rythme lent de la réduction du temps de travail prévu par les contrats était contrecarré par des mesures de rationalisation et de flexibilisation ainsi que par une augmentation des cadences. Il y avait relativement peu de redistribution du travail. Même les syndicats avouaient que seulement quelque 140 000 postes de travail avaient été créés suite à l'introduction de la semaine de 35 heures. Ainsi, un chômage de masse durable d'environ 10 % devenait la réalité profonde de la société ouest-allemande, et, après l'unification de toute l'Allemagne, la situation s'aggravait. En Allemagne de l'est, la politique délibérée de désindustrialisation après l'Anschluss aboutissait à une « zone économique particulière » où le taux de chômage réel atteignait entre le quart et le tiers de la population active, où les jeunes quittaient le pays pour l'ouest et où le temps de travail était plus long, où les salaires étaient plus bas et l'insolence des capitalistes plus forte qu'ailleurs. Le change au taux de un pour un du Mark RDA en Deutschemark RFA en été 1990 produisait un choc économique à l'est et un boom économique pour les industries de consommation à l'ouest.
Les réticences des directions syndicales et le chômage de masse permanent augmentaient la pression sur les salaires des travailleurs. Pendant deux décennies il y eut pratiquement une stagnation du pouvoir d'achat. Dans les entreprises, les parties des salaires dépassant les conventions collectives étaient réduites ou rayées. Beaucoup de travailleurs perdirent leurs majorations pour heures supplémentaires à cause des contrats sur la flexibilisation du travail ou à cause de la mise en place d'un « compte pour le travail annuel ». En même temps, chaque année les prix des services publics et des services des entreprises récemment privatisées comme la Poste ou l'énergie (avec la seule exception des frais du téléphone) augmentaient. Des « réformes » dans la santé (comme la participation aux frais pour les médicaments ou l'hospitalisation) et l'introduction de l'assurance dépendance payée par les seuls travailleurs réduisaient encore les salaires disponibles. De plus, depuis quatorze ans, les salariés payent une taxe additionnelle appelée « supplément de solidarité » pour financer la restructuration capita-
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liste de l'Allemagne de l'est.
Tous ces faits ont constamment creusé la base matérielle du mouvement syndical. Un sondage réalisé il y a deux ans dans l'IG-Metall, donnait une image sans équivoque : une majorité écrasante des membres, et beaucoup de non-organisé(e)s ou ex-membres, attendaient de la direction en premier lieu une politique pour une augmentation des salaires. Mais cette tâche primaire d'un syndicat, la vente collective de la force de travail, était de moins en moins remplie. A presque chaque négociation des conventions collectives se répétait le même rituel : après de longues déclarations durant des semaines, affirmant qu'on n'accepterait jamais de mauvais accords concernant les salaires et la durée de ces accords, surtout pas pour les bas salaires et pour les jeunes, les conventions acceptaient presque toujours des accords d'une durée tellement longue qu'ils aboutissaient, même si le taux de l'inflation restait modeste, à une baisse du salaire réel et à une détérioration de la situation des apprenti(e)s. Cela devait provoquer la colère dans les rangs des jeunes et dans des structures syndicales d'entreprise, parce que la direction syndicale avait dédaigné les décisions des centaines de comités d'entreprises et des assemblées de base syndicale qui votaient régulièrement pour des augmentations égales pour tous (au lieu d'un pourcentage) et pour des durées réduites des conventions. La base s'en va
C'est pourquoi le nombre des membres des syndicats allemands, à l'exception du syndicat des policiers et des organisations professionnelles comme celle des conducteurs de locomotives, des pilotes d'avion ou des employés spécifiques, était en chute libre. La masse des salarié(e)s avait des doutes justifiés sur le fait que les syndicats du DGB soient encore un instrument utile pour l'augmentation des salaires et les jeunes perdaient toute volonté de lutter pour un avenir meilleur. Depuis 1991, les syndicats du DGB ont perdu un bon tiers de leurs membres. Leur augmentation spectaculaire après l'unification avec les anciens syndicats de la RDA a été réduite à zéro en dix ans. « La communauté des fans se dégonfle » ricanait une étude de l'institut économique du patronat. Les chômeurs surtout quittaient en masse les syndicats. Dans beaucoup d'entre eux il n'y a pratiquement plus de structures de chômeurs et pour beaucoup de licenciés, le chemin va de l'agence pour l'emploi à la boîte aux lettres pour envoyer leur lettre de démission au syndicat.
Pendant vingt ans la réaction de la direction syndicale consistait en une « modernisation » de l'organisation. Plusieurs syndicats se sont réunis pour former des plus grands, regroupements comme l'IG-Metall qui avait intégré les syndicats du bois et du textile, ou le syndicat de la chimie qui intégrait les mineurs. En premier lieu, une fusion du syndicat des services publiques (OTV) avec les syndicats des mass-média voyait le jour et formait la nouvelle grande fédération syndicale Ver.di.
Cela a été accompagné par des « réformes de structure » et des vagues de campagnes pour gagner de nouveaux membres — de plus en plus sans contenu concret. Les anciennes écoles de formation des cadres du mouvement syndical comme « l'Académie du travail » (Akademie der Arbeit), d'autres institutions de formation et de recherche ont été soit fermées, soit détachées et souvent privatisées. En outre, pendant les années de plomb de l'ère Kohl et la pression de l'idéologie néolibérale de plus en plus puissante, se produisait une dégradation politique terrible dans le sens de la nouvelle vision du monde après la chute du Mur.
2010x
La majorité des directions syndicales voulait un recentrage du travail dans les entreprises (« Verbetrieblichung »). On croyait ainsi pouvoir servir la clientèle la plus importante en matière de cotisation, les ouvriers qualifiés, mâles et non-immigrés. Mais même ce calcul à court terme devait échouer.
En matière de politique, la majorité des direction syndicales était bureaucratiquement liée à la social-démocratie, mais avec une morosité grandissante. Le rôle du SPD en tant qu'« opposition » minable au gouvernement de la CDU conservatrice et du FDP libéral était accepté avec amertume, mais loyalement. Pour la campagne électorale de 1998, les directions syndicales engagèrent plus de quatre millions d'euros pour soutenir le SPD de Gerhard Schröder et les Verts de Joschka Fischer voulant enfin obtenir un changement de gouvernement. Mais après la victoire électorale de la coalition rouge-verte la déception fut rapide et les syndicats ont été dupés à plusieurs reprises par « leur » gouvernement Pacte pour l'emploi mal-aimé
Inaugurée à la suite d'une proposition du chef de l'IG-Metall, Zwickel, au milieu des années 1990, mais devenu mourant, « le pacte pour l'emploi » (Bündnis für Arbeit) fut repris pour être enterré après des négociations sans résultats. Ces réunions des « partenaires sociaux » - entre le gouvernement, les syndicats et les organisations patronales - tournaient en effet à vide. Les patrons commençaient même à se moquer de ct
rencontres et à manifester leur désintérêt en soulignant que les chefs syndicaux n'étaient pas prêts à faire des concessions. Après une tentative de renouveler ce fameux « pacte pour l'emploi » en 1998, le chancelier Schröder s'intéressait de moins au moins à ce concept. Pour sa part l'establishment des Verts, où on trouve pas mal d'adversaires du syndicalisme, le dénigrait ouvertement.
La théorie de la « troisième voie » - que Schröder a emprunté à Tony Blair - dénonçait l'idée de pacte social comme ringarde, car, malgré la servilité et la volonté de collaboration des directions syndicales, cette idée se fonde sur une vision de la société divisée en classes sociales et déchirée par des intérêts antagonistes. Schröder préférait de plus en plus recourir à ses divers « gouvernements à part », extraparlementaires, à ses commissions d'experts et son « conseil éthique », qui devaient faire des propositions à réaliser « une à une », sans négociations. Les négociations en vue d'un « pacte pour l'emploi » s'enlisant de plus en plus, Schröder manifestait son impatience et traitait avec mépris les chefs syndicaux.
Si les seize ans du règne de Helmut Kohl furent pour le mouvement syndical des années de plomb avec une tendance à la pourriture, les années de la coalition rouge-verte devenaient de plus en plus une humiliation permanente. Interrompue seulement par la campagne électorale de 2002, la coalition développait une politique néolibérale et antisyndicale, ce que ses prédécesseurs n'auraient jamais osé faire avec une telle radicalité. La social-démocratie et les Verts sont ainsi en train de réaliser un vrai changement « moral-spirituel » en Allemagne. Baisse des salaires et puissance militaire
Au fond, cette politique contient deux positions programmatiques : • Un programme de réduction des salaires et des charges sociales, pour augmenter le taux de profit du capital privé ; • Des efforts conséquents pour défendre et développer la position de l'Allemagne dans le « nouvel ordre mondial » avec des moyens économiques, diplomatiques et aussi militaires.
Au moins depuis la réélection du chancelier Schröder en 2002, l'expression « nos coûts du travail sont trop élevés » domine les discussions politiques en Allemagne. Ce discours accompagne des attaques contre les salaires sur tous les fronts. Les salarié(e)s devraient ainsi renoncer à une partie de leurs salaires, appelée « le deuxième salaire », qui permet de financer, selon les principes historiques et politiques de la solidarité, les retraites, la sécurité sociale et l'assurance-chômage. Au total il s'agit de 180 milliards d'euros. Les patrons considèrent qu'il s'agit d'une dépense trop élevée. Bien qu'en principe les employé(e)s et les patrons en payent la moitié chacun, il s'agit en réalité d'une partie de la masse salariale épargnée pour l'avenir. Les réductions des retraites, des remboursement des frais médicaux et du maintien du salaire en cas de maladie ont déjà favorisé l'assurance privée. Mais cela ne suffit pas au patronat, qui voit dans la privatisation des systèmes de retraite et de l'assurance-maladie un terrain privilégié pour que les compagnies d'assurance et les banques puissent y réaliser des profits.
Depuis 1998, le mouvement syndical a, à plusieurs reprises, fait des concessions importantes en matière de prestations sociales. Il acceptait la privatisation partielle des retraites et il calmait la résistance naissante contre le payement d'une partie du prix des médicaments et la taxe d'entrée de 10 euros pour les soins médicaux. Ces concessions des directions syndicales furent si rapides qu'il n'était même plus possible de réviser les programmes et les décisions des conférences syndicales d'autrefois. Mais le problème le plus grave c'est l'acceptation par les syndicats de la logique du « deuxième salaire exorbitant ».
Outre les salariés, les jeunes sans emploi et les retraités constituèrent la deuxième cible de la politique de « troisième voie » de Schröder. Le chômage de masse coûte à la société 65 milliards d'euros par an et la caisse des retraites doit être subventionnée par une somme encore plus grande. A coté des attaques pour diminuer les charges patronales il y avait des décisions politiques pour une réduction des retraites et surtout une diminution de l'allocation de chômage payée pour 12 mois au maximum (18 mois pour ceux qui ont 55 ans et plus) au lieu de 32 mois. Dans le cadre des lois Hartz les chômeurs sont attaqués de trois côtés : le montant et la durée des allocations sont réduites, les règles de ce qu'on peut exiger d'un chômeur pour qu'il accepte un nouveau poste sont aggravées et ressemblent maintenant quelquefois au travail forcé. La déqualification rapide ainsi imposée permet de faire glisser les chômeurs vers le « secteur à bas salaire », que les patrons, les experts et le gouvernement aspirent à développer. Ce secteur va être accompagné par les petits boulots, le temps partiel et le travail intérimaire pour faire pression sur le marché du travail et réduire ainsi l'ensemble des salaires.
En acceptant de se mettre à la table des négociations autour des lois Hartz, les directions syndicales ont accepté une politique diamétralement opposée aux décisions de eurs congrès et à la politique d'autrefois. Cela concerne surtout le travail intérimaire, qui selon tous les sondages, est méprisé et se heurte à un refus quasi unanime de la population allemande. Notons que le programme actuel du SPD prévoit encore l'interdiction du travail intérimaire !
Ces derniers temps, pour la première fois depuis le Troisième Reich, le Capital et l'État ont entrepris une offensive pour obtenir la prolongation du temps de travail journalier, hebdomadaire et annuel ; autrement dit, le capital essaye d'augmenter la plus-value absolue, en employant les termes de Karl Marx. Déjà, quelques provinces (Länder) ont introduit la semaine de 41 ou 42 heures pour les fonctionnaires (qui n'ont pas le droit de grève en Allemagne). Cette prolongation devrait être étendue au service publique dans son ensemble et après à l'industrie privée. En outre, il y a une discussion sur la réduction du nombre des jours fériés et des vacances. Il y a également des plans visant à repousser l'âge de la retraite à 67 ans ou même plus tard. Derrière tous ces plans, il y a une seule idée : faire baisser les salaires. Dans les négociations contractuelles de ce printemps, les patrons ont demandé de l'IG Metall d'accepter une prolongation du temps de travail dans les entreprises sans augmentation de salaire, ce qui a été refusé. Malheureusement, la direction syndicale a cette fois aussi avalé des nouvelles exceptions en cas de difficultés d'une entreprise. Cela veut dire qu'il y a maintenant maintes exceptions à la règle générale de la semaine à trente-cinq heures, même si l'attaque directe a été parée. La grève perdue à l'est
Le chancelier Gerhard Schröder répète sans cesse qu'il ne voit pas d'alternative à une politique de réduction des salaires ; il s'agit pour lui d'une contrainte de la mondialisation que le pays devrait maîtriser.
En ce qui concerne le deuxième point fort du programme de son gouvernement -l'apparition militaire sur la scène internationale - il voudrait en revanche être félicité. La réintroduction du militaire dans la politique allemande - annonçait Schröder avec fierté devant les caméras rassemblées - était sa mission historique la plus importante Quel déclin pour un chancelier du parti de Bebel, Schumacher et Willy Brandt!
Malgré quelques réticences les directions syndicales ont accepté ce cours vers l'armement et la guerre ! Elles ont renoncé sans
aucune nécessité à un élément important de l'identité du syndicalisme allemand. A une seule exception - le chef de Ver.di, Frank Bsirske, est membre des Verts - tous et toutes sont membres de la social-démocratie.
Depuis l'unification capitaliste de l'Allemagne, la condition ouvrière est marquée par une forte inégalité en matière de salaire et de temps de travail entre les travailleurs est- et ouest-allemands. Dans la ville de Berlin elles sont quelquefois si grotesques que le côté de la rue, où on habite, décide du salaire et du temps de travail ! Le fait que l'IG Metall ait finalement osé commencer il y a longtemps une lutte pour les 35 heures, même si elle n'a pas abouti, témoignait d'un courage certain. Il y eut de longs débats dans la bureaucratie dominée par des fonctionnaires venant de l'ouest, qui se sont REFORMIEREN WIK
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Schröder (SPD) et Fischer (Verts, ont la même pensée : développés en une bataille fractionnelle. La grève pour une réduction du temps de travail fut perdue d'une façon exemplaire. Après trois semaines de grève, pendant laquelle l'IG Metall à l'est commettait de nombreuses fautes tactiques, le chef de l'IG Metall annonça dans la presse — sans avoir obtenu quoi que ce soit et sans qu'il y ait eu un vote - que la grève était finie. Auparavant déjà, des fonctionnaires syndicaux et surtout des chefs des comités d'entreprise dans des usines (surtout automobies) de l'ouest indirectement touchées par la grève orientale avaient multiplié des déclarations tout à fait déloyales et nuisibles au syndicat.
Après la grève, l'IG Metall a vécu une lutte intense de fractions qui devait aboutir à l'élection de deux leaders des tendances opposées, Jürgen Peters et Berthold Huber, comme attelage de direction pour calmer les tensions. La grève perdue à l'est a montré d'un seul coup que le pouvoir des syndicats en Allemagne - grande fierté des secteurs de la social-démocratie encore orientés vers le mouvement ouvrier - ne valait plus grand-chose. Le DGB, qu'on appelait souvent le « géant endormi » parce que pendant longtemps il ne perdait pas de membres (ni de grèves !), même en temps de crise, commençait à mettre à jour ses fissures. La désorientation des syndicats semblait avoir atteint son apogée. Réveil de la gauche
Mais l'année 2003 a également réveillé les restes de la gauche syndicale qui avait vécu pendant des années une existence plutôt lamentable. Il y avait toujours des groupes de la gauche politique organisée qui essayaient, avec beaucoup d'énergie, mais sans grands succès, de faire bouger les syndicats. Et quand il y avait, dans le cadre des négociations contractuelles, des grèves d'avertissement, c'était toujours cette gauche qui prenait l'initiative. Pourtant des activités autonomes dans les entreprises — telles qu'on les connaît en Italie, en France, en Grèce ou même en Grande-Bretagne — étaient plus rares en Allemagne que la neige à Palerme. La coordination fédérale « réseau de la gauche syndicale » était plutôt un cercle de discussion des individus sans rayonnement et même sans volonté de faire avancer les choses.
Pour la première fois, durant le débat parlementaire sur les lois visant une privatisation partielle des retraites, des meetings de protestation, organisés par la gauche indépendante, ont eu lieu. Ces lois sur les retraites, présentées par Walter Riester, l'ancien numéro deux de l'IG Metall devenu ministre du travail, ne pouvaient pas être bloquées de la sorte. Mais ces initiatives de la gauche ont eu pour conséquence la formation de nouveaux groupes locaux de la gauche syndicales. Au cours des négociations contractuelles du printemps 2004, pour la première fois depuis les années 1970, une gauche syndicale a fait son apparition, présentant des informations indépendantes et publiant ses propres tracts
Au cours de l'année 2003, surtout après le discours du chancelier le 13 mars annonçant le fameux « agenda 2010 », pour la première fois depuis longtemps, on a pu voir des réactions critiques de la base syndicale largement dépolitisée. Ceux qui avait toujours voté pour la social-démocratie, parce qu'ils espéraient encore que le SPD travaillait pour un capitalisme à visage humain, avec des postes de travail sûrs et des salaires certes réduits, mais progressant régulièrement, ont commencé à se révolter. Ceux qui étaient encore membres du SPD, quittaient en masse le parti. A l'époque de Helmut Schmidt, le parti avait encore un million de membres; en vingt ans ce chiffre s'est réduit à 630 000, avec une perte de presque 50 000 au cours de la seule année 2003. Beaucoup de membres actuels ont honte de le déclarer. Selon les sondages, moins de 30 % des électeurs voteraient actuellement pour la social-démocratie. Le district de Dortmund, un fief traditionnel du SPD, a maintenant plus de membres que toute l'ancienne RDA. Depuis quelque temps, le SPD perd toutes les élections et les enquêteurs parlent d'une rupture de confiance profonde des salarié(e)s envers lui.
On a pu voir de petits fonctionnaires syndicaux sociaux-démocrates, qui avaient leur vie durant défendu toute les décisions du syndicat, monter au micro, la larme à l'oeil, pour dire que c'en était fini avec le SPD.
En mai 2003, la direction syndicale social-démocrate essayait une dernière fois d'organiser une protestation comme autrefois. Elle faisait venir les permanents et les cadres syndicaux d'entreprises aux meetings de protestation pour dénoncer la politique de la coalition rouge-verte d'une façon prudente. Mais cette fois-ci ces meetings et démonstrations dans plusieurs villes n'ont pu rassembler plus de 90 000 participant(e)s. Quelques jours après, Theo Sommer, le chef du DGB, annonçait « la pause d'été », une expression maintenant entrée dans la littérature. Schröder et Merkel sont des gangsters sociaux
Schröder.
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MODELL SCHLAND
Gangster
L'histoire a pris un autre cours. Dans le cadre de l'université d'été d'ATTACAllemagne, des cadres de la gauche indépendante dans les entreprises et les syndicats décidèrent d'appeler à une manifestation nationale à Berlin, le 1e novembre. En même temps, des grèves politiques sont apparues, contre les décisions du gouverne-
ment et les débats dans le Bundestag portant sur les lois Hartz. Pour respecter les formes, ces grèves étaient présentées comme voulant assurer l'autonomie contractuelle garantie par la Constitution, mais en réalité il s'agissait de grèves contre la social-démocratie et contre la politique de son gouvernement. La base syndicale mobilisait massivement pour la manifestation à Berlin.
Les dirigeants syndicaux ne disaient rien et laissaient faire, comme l'illustre bien l'exemple du district de Cologne. Dans un premier temps les dirigeants étaient aux abonnés absents et refusaient des cars ; après quelques semaines la manifestation était annoncée comme « information interne » et déclarée « raisonnable » ; encore quelques jours plus tard, la direction annonçait que des « paniers-repas » seront pris en charge pour les manifestants. Finalement — entre-temps la conférence de l'IG Metall avait pris la décision historique de saluer la manifestation à Berlin et la participation de nombreux syndicalistes, sans toutefois appeler directement à y participer — les cars pour Berlin furent payés. Au cours des dix jours précédant la manifestation on avait assisté à une mobilisation syndicale sans directives « par en haut », mais avec une certaine complaisance de la direction. Résultat : plus de 100 000 personnes protestèrent à Berlin contre la politique du gouvernement rouge-vert.
Lorsque, dans le cadre du Forum social européen (FSE), une journée d'action européenne fut conçue et quand la CES eut fixé les 2 et 3 avril comme date pour celle-ci, il devint clair pour tout le monde qu'une mobilisation beaucoup plus grande qu'en mai 2003 était nécessaire et même que celle de novembre à Berlin. Le FSE avait vu pour la première fois la participation publique d'un chef d'un syndicat allemand, Frank Bsirske, de Ver.di. Il se prononçait en faveur d'une nouvelle alliance entre les syndicats et les mouvements sociaux ; cela faisait plus de vingt ans qu'on n'avait plus entendu de tels propos dans les sommets du mouvement syndical.
En même temps les efforts des dirigeants syndicaux visant à empêcher la discussion sur la nécessité de rompre l'alliance politique des syndicats avec le SPD cessaient de facto. Dans les Bourses du travail, les conférences des délégués et surtout dans les entreprises et parmi les délégués du personnel, une période de débats libres a commencé. Ceux qui ont travaillé dans ce milieu pendant des années, comprennent et apprécient ce changement du climat politique.
Le week-end précédant les manifestations du 3 avril 2004 a vu la conférence de
NEOLIBERALE NAUS AUS DEN
GRUNEN!
Chez les Verts allemands les militants grognent.
aussi : « Les néolibérans hors des Verts ! » proclame cette pancarte le 3 avril à Berlin. fondation de la gauche dans Ver.di. Pour la première fois, un courant oppositionnel — qui n'est pas le projet sectaire d'un groupuscule de gauche et ne peut pas être facilement dénigré par la direction du syndicat — s'adressait au public. Un nouveau parti ouvrier
Deux regroupements pour discuter le problème d'une alternative politique à la social-démocratie ont dominé pour l'instant les informations dans la presse, l'un à Berlin et l'autre en Bavière du Nord. Si ces deux tendances ont le mérite de s'être adressées au public les premières (mais même cela est discutable), elles ne sont pas seules et ne formulent pas forcément les propositions les plus intéressantes. En tout cas, la situation bouge un peu partout.
Il se peut qu'on soit en train de vivre la crise finale des 150 ans de mariage entre le mouvement syndical et la social-démocratie. Contrairement à la situation en GrandeBretagne, ce mariage a toujours été politique. Malgré les rapports structurels et organiques entre le SPD et les syndicats, il y a toujours eu une indépendance organisa-
Eine Bite le CDU:
Dankt Schröder mit der
threnmitaliedschaft
En haut : « Une demande à la CDU : remerciez Schröder pour son affiliation ! » En bas : « La démolition sociale est un projet du SPD=CDU=Verts=PDS=FDP »
SOZL ALABBAU
EIN PROJEKT YON: = COU-=29) = PDS = FDP
tionnelle, qui résulte du développement de la social-démocratie comme parti ouvrier autonome et non parti des syndicats. Si maintenant le lien politique entre le SPD et les syndicats est en train de se dissoudre, les conséquences toucheront des millions de têtes et de cœurs ; et la gauche doit réagir avec une nouvelle forme de politique de masse, qui ne fut jamais possible dans les décennies passées.
Les grandes manifestations du 3 avril à Berlin, Cologne et Stuttgart étaient un petit indice pour cela. Elles représentaient l'unité dialectique d'une organisation par « en haut » et d'une mobilisation largement autonome par « en bas ». L'appareil du DGB n'était capable de contrôler qu'une partie du programme développé sur les tribunes. Il lui fallait laisser courir la mobilisation et les activités dans les villes et les entreprises le 2 avril.
Les masses n'ont pas beaucoup respecté les travers idéologiques de beaucoup de bureaucrates. Ces bureaucrates, qui dans le passé ont empêché ou freiné pas mal de mobilisations, sont poussés à côté ; l'histoire se fait. En même temps il faut éviter de repousser ces permanents qui, durant des décennies, ont collé à la social-démocratie et qui se sentent orphelins aujourd'hui. Le processus de différenciation traverse tout le mouvement syndical, plus ou moins rapidement selon les conditions concrètes. Le mouvement syndical se trouve devant la tâche gigantesque de parer aux attaques massives contre les salaires de la classe ouvrière —les salarié(e)s et les chômeurs — en Allemagne et au niveau international. De même, les hommes et les temmes partout dans le monde ont l'espoir que le mouvement ouvrier allemand pourra déjouer dans l'œuf une « prise du pouvoir mondial » par le capital allemand. Voilà deux tâches de dimension historique !
Personne ne connaît les résultats des luttes qui s'annoncent. Sur la voie de la séparation avec la social-démocratie, le mouvement syndical peut naturellement être défait, s'il cherche à éviter la confrontation nécessaire avec le capital et le gouvernement. Il serait dans un tel cas repoussé au niveau des entreprises et condamné à un syndicalisme à l'américaine. La tâche de la gauche est de barrer la route à un tel développement. Le maintien d'une grande confédération unitaire, négociant des conventions collectives selon le principe de solidarité du fort avec le faible et garantissant le pluralisme de positions et de courant: — cette idée du syndicalisme vau o en grands efforts nécessaires.