Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SYRIE

« Je sais que je serais de nouveau emprisonné... »

Inprecor n° 494, juin 2004 · p. 29-30 · 2 108 mots

France Belgique IVe Internationale

« Je sais qu'en rentrant je serai de nouveau emprisonné... »

Entretien avec Marwan Othman, dirigeant du parti kurde Yekiti

Propos recueillis par Chris Den Hond* M du trotskisme est andes dreame arwan Othman, 45 ans, se réclame de Yekiti, le deuxième parti le plus influent chez les Kurdes syriens. Poète, il a passé au total près de quatre années derrière les barreaux syriens pour délit d'opinion. Invité par le Pen Club International il a pu sortir du pays. Et il retournera en Syrie. Partisan d'une alliance avec la gauche syrienne pour démocratiser le régime, présent au match de foot le 25 mars à la suite duquel il y a eu des dizaines de morts et une féroce repression au Kurdistan syrien, il partage la demande des deux millions de Kurdes en Syrie pour l'octroi de droits élémentaires et plus d'autonomie dans le cadre de l'État syrien. De passage à Paris et à Bruxelles à la télé kurde, nous avons eu un entretien chaleureux avec ce militant courageux et très populaire parmi les Kurdes syriens. • Pouvez-vous parler de la situation des Kurdes en Syrie ? Marwan Othman : Depuis des années, le régime syrien essaie d'arabiser la culture kurde. Les Kurdes n'ont pas le droit à l'enseignement dans leur langue. Notre objectif est néanmoins que la Syrie respecte ce qu'elle est : une mosaïque de peuples. Nous exigeons que l'Etat syrien supprime l'interdiction de notre langue et de notre culture. Nous exigeons des droits pour la minorité comme ça existe dans d'autres pays. Et évidemment la libération de tous les prisonniers politiques. Sur un total de 2 millions de Kurdes en Syrie, environ 250 000 n'ont pas de papiers, donc pas de nationalité syrienne, donc pas de droits pour travailler dans la fonction publique, pas le droit d'acheter un terrain ou une maison. Il faut donc donner la nationalité syrienne à tous ces gens. Le président Bashar al-Assad veut empêcher que les Kurdes et les Arabes luttent ensemble pour la démocratisation du régime syrien. L'Etat syrien a peur des Kurdes. Nous sommes politiquement bien organisés et représentatifs, tandis que les partis arabes n'ont pas autant de soutien populaire. Le président Bashar al-Assad a surtout peur d'une alliance stratégique entre Kurdes et Arabes de gauche. Pour cela, il fait tout pour agrandir le fossé entre les deux peuples. Le 10 décembre 2003 par exemple, des Kurdes et des Arabes ont organisé une manifestation ensemble. C'était la première fois en Syrie. • Pourquoi avez-vous été emprisonné et comment êtes-vous sorti de prison ? Marwan Othman : Je suis entré en prison après une manifestation devant le parlement syrien en décembre 2002, le jour international des droits de l'homme. On voulait manifester pour les droit de l'homme en Syrie Notre parti politique Yekiti (Unis) avait décidé d'organiser cette manifestation pour ouvrir une fenêtre dans ce pays où règne la peur. Mais le gouvernement a interdit la manifestation et comme d'habitude moi et mes amis, qui avions organisé la manifestation, avons été arrêtés et emprisonnés. Avec ces arrestations le gouvernement syrien voulait faire peur au peuple syrien pour l'empêcher de faire ce que nous avions fait, mais ça n'a pas marché, parce que quand nous avons été jugés devant le tribunal, il y avait deux fois plus de personnes que pendant la manifestation. Et tout le monde s'est levé quand nous sommes entrés. Après un an et deux mois nous avons été relâchés suite à une pression internationale, notamment d'Amnesty International et du Pen Club International. • Que pensez-vous et votre parti Yekiti d'une éventuelle intervention des États-Unis en Syrie comme en Irak? Marwan Othman : Nous sommes contre, parce que si on étudie bien les derniers événements au Moyen-Orient, on sait très bien que les Américains veulent y augmenter leur domination. Pour ça on s'est précipité pour organiser des manifestations devant le parlement syrien pour qu'on puisse parler avec le gouvernement syrien et résoudre le problème kurde et celui de la démocratie en Syrie. Nous avons expliqué au président du parle-

Syrie ment que nous ne voulions pas devenir le cheval de Troie pour quelqu'un. La Syrie est notre pays, mais le régime doit nous considérer comme des citoyens syriens avec les mêmes droits que les autres citoyens. Jamais nous ne voudrons servir comme outil pour une puissance étrangère. Pour éviter que des Kurdes ou d'autres citoyens syriens opprimés cherchent une solution via l'extérieur, le régime devrait nous accorder nos droits légitimes. Les Américains ont déjà un agenda spécial pour le Moyen-Orient, mais cet agenda ne peut jamais coïncider avec l'agenda de ses peuples. Un jour, les Américains devront partir. Nous sommes tout à fait conscients — mon parti aussi — qu'on ne peut pas déplacer notre Kurdistan dans un autre endroit. Les Arabes non plus, donc les Arabes et les Kurdes sont condamnés à vivre ensemble comme tous les peuples dans le monde entier et pour ça, notre problème ne sera pas réglé par les Américains ou d'autres forces étrangères. • Que pensez-vous de l'embargo imposé par les États-Unis contre la Syrie ? Marwan Othman : L'embargo dans la région fait toujours souffrir les peuples, pas * Chris Den Hond, journaliste à la télévision kurde par satellite ROJ TV, est membre du Parti ouvrier socialiste (POS), section belge de la IV• Internationale.

Page 30

Syrie les gouvernements. Par exemple l'embargo contre l'Irak a eu comme résultat que le gouvernement irakien a été plus fort, tandis que le peuple irakien devenait plus pauvre. Au

Souscription divers « arrondis » sur vos chèques d'abonnement... Grand merci !

voir garantir sa survie Inprecor a besoin de votre aide :

• Continuez à verser à la souscription permanente !

voisins, pour qu'ils tentent l'abonnement!

• Prenez un second abonnement pour le diffuser autour de vous !

Il n'y a pas d'autre moyen pour assurer la survie d'Inprecor !

13 477,31

Ancien total (en euros)

Claire R., France

10,00

Mare L., France

5,00

Guy-D., Luxembourg

15.00

Axel G., France

5,00

Jacques V., France

5,00

Jacques B., France

45,00

Patrick G., France

25,00

Michael L., France

35,00

Serge A., France

5,00

Etienne S., France

20,00

Philippe D., France

25,00

Daniel K., Suisse

9.00

Laurent V., Belgique

5,00

Roger G., Belgique

15,00

Michel H., Belgique

35,00

Leo T., Belgique

5,00

Philippe S., Suisse

94,00

Lucien M., Suisse

5,00

Jean-Luc P., France

15,00

Christian L., Grèce

20.00

Marc N., France

5,00

Gérard A., France

5,00

Claude F.F., France

5,00

Daniel K., Suisse

9,00

Maurice B., France

15,00

Max D., Martinique

20,00

Michel G., Allemagne

5,00

Tassos G., Grèce

5,00

Arnaud G., France

5,00

Yann K., Etats-Unis

4,00

Nobuo Y., Japon

19,00

Gérard V., France

5,00

Françoise L., France

5,00

Yves D., France

45,00

Alain G., France

5,00

Jean-Mare F., France

5,00

Alain A., Guadéloupe

45,00

Raymond C., France

25,00 lieu d'ouvrir des fenêtres pour les peuples, un embargo les ferme et rend le régime encore plus inflexible. La vie devient plus difpermanente

1 mai 2000 nous avions cumulé des centaines de dons, atteignant 31 718,97 francs, ce qui a permis enfin de doter en été 2000 votre magazine d'un ordinateur et d'un écran

Les finances d'Inprecor étant toujours précaires (c'est une des rares revues militantes qui soit entièrement autofinancée, et vos dons y sont pour quelque chose !) nous avons alors proposé une souscription permanente... à l'image de la révolution !

Depuis, entre mai 2000 et mai 2001 nous avons reçu 21 083,09 francs, puis entre mai

2001 et janvier 2003, 4 354,88 euros, entre janvier et octobre 2003 encore 1 072,91 euros et enfin (cf. liste ci-contre), entre octobre 2003 et juin 2004, 2 523,78 euros, surtout grâce aux

Malgré ces très bons résultats de la souscription permanente, la survie même d'Inprecor est aujourd'hui menacée. En effet, depuis 1993 (passage au mensuel), Inprecor n'a pas augmenté ses prix de vente et d'abonnement (déjà élevés au point de constituer un barrage pour certains de ses lectrices et lecteurs potentiels), alors que ses coûts de production et de diffusion ont subi l'effet de l'inflation. Résultat : Inprecor recommence à accumuler un déficit qui, si nous ne parvenons pas à le réduire, remettra en cause sa parution. Pour pou-

• Faites connaître Inprecor autour de vous, à vos ami(e)s, à vos collègues de travail, à vos

Frank P., France

5,00

Nabil K., France

Pascal E., France

5,00

Daniel S., Suisse

Paul G., Belgique

5,00

Michel S., Suisse

5,00

Jaime P., Espagne

5,00

Jacky M., France

Giuliano C., Suisse

25,00

Christian T., France

Juan T., Suisse

35,00

Yves H., France

Michel V., France

5,00

Renée R., Martinique

45,00

Claude G., France

5,00

Eric H., France

Luigi V., Italie

5,00

Pascal C., France

Paul B., K., Allemagne

15,00

Antoine P., France

Alfred M..-J., Martinique

5,00

Luc Q., France

Jean-Claude E., Belgique

5.00

Ruiz R., France

10,00

Sadok T., Tunisie

Jean-Paul P., France

15,00

Thierry L., France

Charles-Henri V., La Réunion

5,00

Gilbert P., Martinique

5,00

José Manuel B., France

5,00

Francis C., France

Delphine M., France

23,00

Michel D., France

Eric H., France

5,00

Michel B., France

Paul P., Suisse

15,00

Augusto C., Italie

Max D., Martinique

20,00

Alain B., France

Joseph W., Luxembourg

45,00

Philippe A., France

5,00

Christian V., France

35,00

Vito B., Italie

Gérard B., France

5.00

Patrick C., France

Patrick S., France

832,00

Didier M., France

Fred L., Grande-Bretagne

5,00

Marianne E., Suisse

45,00

Claude P., France

Francis P., France

5,00

Georges P.,- W., Luxembourg

45,00

Jean-Paul M., Belgique

5,00

Jean-Paul G., France

Joseph S., Luxembourg

20.00

Michel C., France

Antoni M.,M., Luxembourg

5,00

Gérard M., France

Jacques B., Suisse

7,78

Antoine R., France

Sous-total

Georges U., France

5,00

Nouveau total

Daniel A., France

5,00

Hassan Ch., France

10,00

(en euros)

ficile et il y a plus d'obstacles pour obtenir syrien?

5,00

5,00

Catherine G., France

5,00

Marie-Line M., France

20,00

Marie-Christine B., Suisse

20,00

5,00

5,00

5,00 aujourd'hui?

Stéphane M., France

5,00

15,00

5,00

5,00

5,00

Jean-Claude M., France

5,00

30,00

50,00

Jean Robert M., Luxembourg 45,00

Rodrigo C., P., France

45,00

21,00

5,00

100,00

5,00

10,00

Alain S., Luxembourg

5,00

Guy D., Luxembourg

5,00

5,00

5,00

5,00

Frédérique B., France

5,00

15,00

Emmanuel C., France

5,00

René & Monique L., France

10,00

35,00

5,00

10,00

10,00

2 523,78

16 001,09 une démocratisation à cause de l'embargo. Ça devient un prétexte pour le régime. • Quelle stratégie utilisez-vous pour obtenir une démocratisation du régime Marwan Othman : Les peuples kurdistanais (assyrien, syrien, arménien, kurde, arabe, turkmène) dans toutes les parties du Kurdistan ont beaucoup souffert de l'oppression. Il y a eu des massacres. Et là, il y a un problème avec la gauche syrienne. Elle n'a jamais rien dit contre l'oppression des Kurdes. C'est un problème, parce que pour empêcher que les Américains n'utilisent le problème kurde pour intervenir, il faut diminuer le fossé entre les Kurdes et la gauche, entre les Kurdes et les Arabes pour obtenir que la gauche et les partis démocrates construisent des bases et des ponts pour résoudre le problème kurde. Les Kurdes seuls n'ont pas la force pour démocratiser la Syrie. La gauche seule non plus. Donc il faut une alliance entre les deux. Avant de reprocher aux Kurdes leurs liens avec des forces étrangères, la gauche syrienne devrait tenter de nouer des liens avec nous, justement pour couper l'herbe sous les pieds de tous ceux qui sont tentés de s'allier avec des forces étrangères pour résoudre le problème kurde en Syrie. Parce qu'il faut comprendre que, si on se trouve dans un puits, on s'attache à n'importe quelle ficelle pour en sortir. • Depuis quand et pourquoi es-tu devenu trotskiste et qu'est-ce que ça veut dire Marwan Othman : Depuis ma jeunesse j'ai été attiré par la gauche. A l'université de Syrie, les idées de gauche étaient dominantes. Dans les années 1970, le marxisme s'est répandu dans le monde. Après avoir lu des livres sur l'Union Soviétique, j'ai compris que le régime régnant en Union Soviétique était un régime stalinien qui ne représentait pas le marxisme. Ça m'a poussé à chercher d'autres pistes, d'autres branches marxistes non staliniennes. J'ai beaucoup lu des livres de Mao et de Trotsky. J'ai constaté que Trotsky se situait très près de Marx. J'ai vu aussi que le trotskisme pouvait renouveler les choses et créer des nouveautés, plus que les autres courants marxistes. En 1983, j'ai adopté « le marxisme selon Trotsky ». Tout de suite, nous avons créé un groupe trotskiste parmi les Kurdes syriens et ce groupe a rencontré beaucoup de difficultés avec le gouvernement, mais également avec les autres groupes de gauche parmi les Kurdes et les Arabes. On avait des relations avec la IVe Internationale. En 1986, on a fait un grand

Une erreur sur cette page ?