La recrudescence de la répression et la montée du mouvement du
Le 29 octobre s'est déclenché un des plus puissants mouvements de grève au Brésil.
400000 métallurgistes de la région de Sao Paulo, appartenant au plus fort syndicat du pays, et malgré l'opposition de leur Président, le
«jaune» Joaquin Andrade, ont commencé une campagne de luttes salariales. Sous la direction de l'opposition syndicale de Sao Paulo, des milliers de travailleurs ont arrêté leurs machines - ce qui est toujours interdit au Brésil - et ont commencé à former des piquets de grève devant les usines. Cette combativité ainsi que le degré d'organisation élevé d'un mouvement populaire qui vit encore sous la botte d'une sanglante dictature militaire, se heurte en contrepartie à son corollaire : la répression brutale.
C'est ainsi que le lendemain du début de la grève, l'un des dirigeants syndicaux, Santo Dias
Benedito de OLIVEIRA et dem apres la mon tée d'un des plus grands mouvements de la classe ouvrière brésilienne et malgré cette courte trajectoire, il est déjà possible d'établir un bilan. C'est ce qui a été fait, par exemple, par les plus importants dirigeants des grèves et leaders syndicaux.
La dictature, ainsi que le patronat, qui ont tout d'abord été pris par surprise, possèdent à l'étape actuelle une stratégie très claire : d'un côté, imposer des défaites, à l'aide d'une violente répression, et démoraliser dans le même temps les travailleurs, entrés leaders. en essayant de discréditer les dirigeants les plus combatifs. D'un autre côté, ils recherchent les conditions les plus favorables pour gagner dans «l'opinion publique» et les «milieux politiques» de classe; c'est dans ce but que le Ministère du travail a présenté au Congrès un projet de loi établissant des réajustements semestriels de salaires, au lieu des réajustements annuels actuels. Le projet prévoit ainsi un réajustement légèrement supérieur pour les salaires les plus bas. En même temps, le régime pousse discrètement à la création de partis «populaires» qui pourraient jouer un rôle de
Brésil
Parti des travailleurs da Silva, Vice-président d'une liste d'opposition syndicale des métallos de la ville, a été tué par les forces de police (c'est le cinquième ouvrier tué depuis le début de l'année). Avec le déchaînement de la répression, plus de 300 travailleurs ont été emprisonnés et ont subi des interrogatoires, et parmi eux, les plus importants dirigeants syndicalistes combatifs. Une dizaine d'entre eux sont, soit toujours en prison, soit dans une semi-clandestinité. La répression frappe donc de manière sélective : emprisonnements massifs, mais s'attaquant aux
Néanmoins, les travailleurs brésiliens continuent leur combat. Après dix jours de lutte, la majorité des travailleurs , soit 280000 personréguliènes, est toujours mobilisée et tient rement des assemblées générales auxquelles participent plus de 20000 ouvriers...
frein du mouvement ouvrier et
C'est le sens des avances faites par la dictature au PTB (Parti travailliste brésilien (1).
Il devient essentiel, pour la dictature, de ne pas accorder des augmentations de salaires importantes sous la pression des grèves actuelles, même si ces hausses ne vont pas à l'encontre des intérêts du patronat et n'affectent pas substantielle-
1) Parti populiste de Lionel Brizola, créé initialement par le dictateur
Vargas, et qui a possédé une large base ouvrière jusqu'en 1964
ment leur taux de profit. Tel a été le cas, par exemple, des grèves déclenchées par les employés de banque à Porto Alegre, dans l'Etat de Rio Grande do Sul, qui ont duré quatorze jours en septembre. Cette volonté de ne pas céder au mouvement de grèves s'est manifestée à plusieurs occasions : le syndicat des employés de banque de
Best dirigé l'un des principaux syndicalistes «authentiques» qui bénéficie du soutien des princisyndicaux, qui se sont d'ailleurs dans cette ville située à l'extrême sud du Brésil; ce mouvement de grève fut l'un des mieux organisés, avec la mise en place de comités de grève dans les banques mêmes, ainsi que l'élection d'un «commandement» de grève, etc. C'est ainsi qu'il a été possible de maintenir la grève pendant dix jours après l'intervention du Ministère du Travail qui fit arrêter la direction syndicale.
Les données sur la répression sont très révélatrices. cours des derniers mois, environ 1000 travailleurs ont été arrêtés comme dirigeants de grèves -d'après la dictature, ce sont des «provocateurs, grève». Ils ont tous été libérés après la fin des grèves auxquelles ils avaient participé et après avoir été tabassés systématiquement pendant leur séjour en prison. Les arrestations et les séviaugmentent sensiblement ces derniers temps. On peut déjà compter huit interventions dans les syndicats.
Mais la répression la plus violente se manifeste lors de la dissolution des piquets de grève, où l'on assiste à des scènes de passage à tabac, à des agressions de la part de la police et de la cavalerie, à l'utilisation fréquente des gaz lacrymogènes, etc. Cette répression a déjà provoqué quatre morts et des centaines de blessés, dont certains très gravement. L'un des morts est tombé sous les balles des policiers; un autre est mort des suites d'un passage à tabac, un troisième fut victime d'un accident alors qu'il essayait d'échapper à la cavalerie et, enfin, le quatrième ouvrier a été tué récemment (le 2 octobre) alors que l'armée essayait de briser les piquets de grève des métallos de Sao Paulo. Les militaires ont foncé sur les travailleurs, abattant l'ouvrier Santos, dirigeant de l'opposition syndicale de branche à Sao Paulo. BRIZOLA, LE PTB ET LA COLLABORATION DE CLASSE
Jusqu'à présent, les efforts de la dictature pour concrétiser une politique de collaboration de classe n'ont pas obtenu les succès escomptés. Le retour du leader Brizola fut un échec même dans l'Etat du Rio Grande do Sul, son tiet, ou le PTB n'a aucune influence auprès de la classe ouvrière.
L'autre parti pouvant être utilisé pour freiner le mouvement de masse, le Parti communiste brésilien (PCB), n'a eu jusqu'à présent aucune prise sur les luttes actuelles, ni même sur le mouvement ouvrier en régle générale. Il n'en a pas moins multiplié les déclarations conciliatrices vis-à-vis des «auto-ré. formes» du régime. Le PCB ne cesse de déclarer qu'il faut éviter les grèves prolongées pouvant déboucher sur des affrontements sérieux. Il propose à la place de soi-disant «grèves-tortues» (débrayages) ou des grè ves de courte durée, un ou deux jours. Le Premier secrétaire du Comité central revenu d'exil le mois dernier grâce à la loi d'amnistie partielle (et malgré l'interdiction maintenue PCB comme parti légal), a déclaré qu'il était tout à fait d'accord pour une Assemblée cons-
LA MORT DE L'OUVRIER qui essayait de fuir la répression de la cavalerie a eu lieu au cours de la grève des métallos de la région de Betim
(Minas Gerais), qui fut dé.
clenchée dans les derniers jours de septembre et qui fut réprimée brutalement.
Un piquet de grève s'était formé à la porte de l'usine
FIAT et a rassemblé le plus grand nombre d'ouvriers jatituante, dirigée par l'actuel dictateur-président, Joao Batista Figueiredo. Cette déclaration n'a toutefois pas été reprise par le Secrétaire général, Luis Carlos Prestes, ce qui démontre l'existence de divergences importantes au sein du PCB, qui prépare d'autre part son prochain gème Congrès.
La stratégie du PCB consiste à maintenir «l'unité des oppositions» au sein du MDB (parti de l'opposition tolérée). Cette unité pourrait d'ailleurs englober des secteurs «indépendants» du gouvernemental, NA. S'appuyant sur cette stratégie, le PCB a soutenu l'amnistie restreinte «offerte» par le régime, disant que c'était un «premier pas» vers l'amnistie générale et critiquant par la suite les Comités Amnesty-Brésil (CBA) qui se battaient eux, dès leur fondation, pour une réelle amnistie générale; le Parti communiste a désavoué aussi les prisonniers politiques des plus importantes prisons du pays qui déclenchèrent déclenchèrent un mouvement de grève de la faim, au moment même où le projet gouvernemental passait au Congrès. Il s'est opposé aussi - souci de cohérence oblige ! - à la création taire destinée à enquêter sur les tortures et les assassinats politiques commis par les forces de police, sous prétexte qu'il «ne car cela pourrait retarder «l'ouplus significatives sont les déclarations des porte-parole du PCB à propos des mesures économià plusieurs reprises, ils ont avancé la nécessité d'un«pacte social». mais vu au Brésil : 8000. Le piquet fut attaqué violemment par la police militaire. Outre la mort de l'ouvrier, deux travailleurs ont aussi été blessés par balle et plusieurs par des coups de sabre - l'un d'eux a eu la main sectionnée. Plusieurs
Sont été également blessés par les chevaux que la police faisait charger sur la foule
Grâce au retour de ses principaux dirigeants et sous couvert d'une activité plus légale, tolérée malgré la clandestinité, - statut commun à toutes les organisations de la gauche brésilienne - il est probable que le Parti communiste brésilien s'accroître de manière significative. Le retour de Prestes a été un événement politique important. Si le Parti communiste réussit à regagner son influence antérieure au sein du mouvement ouvrier, il est d'ores et déjà certain qu'il jouera un rôle stabilisateur d'une importance déterminante dans cette période de transition. LES FRUITS DES GREVES
Les principaux des grèves reconnaissent cette année, peu de victoires importantes ont été remportées en termes économiques. Les augmentations de salaires gnifiantes ont été récupérées par l'inflation galoppante qui s'est abattue sur l'économie brésilienne. En septembre dernier, le taux d'inflation a atteint 7,96% - hausse qui prend la seconde place après mois de janvier 1964 qui avait été de 11,2 %. Les prévisions pour cette année donnent un taux d'inflation de 70%.
Sur le plan organisationnel, il n'y a pas eu non plus de vietoires importantes. Le régime continue à refuser de donner satisfaction à des revendications telles que le statut des délégués syndicaux ainsi que leur stabilité d'emploi, armes va les travailleurs fois plus loin.
affronter une répression s'organisent pour même d'y répondre, tant du côté des organisations de base dirigeants que grève. Les travailleurs prendre la relève et d'assurer insila direction des luttes l'arrestation des dirigeants les plus importants.
aussi la nécessité de créer des structures de les autres catégories et au sein celle du semble.
poussée politique de la part du mouvement syndical combatif. Les dirigeants les plus importants ont dévoilé clairement que «la répression de la part de l'Etat constitue l'arme principale du patronat», qu'il
«faut, plus que jamais, les commissions d'usine - une des plus grandes du mouvement, etc. Néanmoins, les principaux leaders ouvriers sont d'accord pour reconnaître la forte poussée du mouvement ouvrier et son niveau de maturité élevé. Il existe aujourd'hui un degré d'organisation plus grand et revendicatifs.
prennent conscience qu'il faut aller chaque
Ils sont conscients aussi qu'ils vont devoir que jour plus sanglante et ils triel - en place les structures le plus à - avec le cas, par exemple, des. commissions d'usine - que du côté des «commandements» de
Syndicat gent dès à présent la création des «suppléants» capables de latine, après travailleurs Ils sentent tive piquets de soutien parmi faire pression. de la population dans son en-
Il y a eu d'autre part une importante par «jaune» lutter en lutte.
contre l'appareil répressif et pour un gouvernement des travailleurs» afin de remporter des importantes. avancée de la part des dirigeants s'accompagne d'une prise de conscience égale de la base : la quantité de mots d'ordre plus combatifs des oppositions syn-
La nettement augmenté depuis les derniers mouvements
La très importante gne de luttes salariales développée par les métallurgistes de la région de Sao Paulo et de Guarulhos - son faubourg indus-
Best une preuve. Le mouvement a débouché grève du 29 octobre, après un mois de négociations infructueuses avec les employeurs, et touché environ 400000 travailleurs. Appartenant au plus syndicat du Brésil, des Métallurgistes de Sao Paulo, dirigé par «l'éminence jaune» de l'Amérique
Joaquin Andrade, ces se trouvent depuis lors engagés dans une grève acavec la mise en place de greve. Ils doivent face à une violente réUn des dirigeants, le cinquième ouvrier, est déjà mort sous les coups des forces de police. Cette grève gigantesque, malgré sa «dépendance» rapport à ce syndicat a été organisée par l'opposition syndicale. Et on peut déjà remarquer que, dix jours après son déclenchement, la majorité des travailleurs, soit 280000 personnes, est toujours
Il est important de signaler aussi l'extension géogra- l'extension phique du mouvement, que l'intégration de catégories de travailleurs. Au d'octobre, mouvement des travailleurs ruraux a eu lieu avec les travailleurs de la canne à sucre de la de Pernambouc nord-est du Brésil), pôle princisainess anciennes vie aste disannes» (2). La grève a été rigée par les syndicats ruraux, rassemblés autour de la «Fédération des travailleurs agricoles de Pernambouc» et soutenue par la CONTAG (Confédération nationale des travailleurs de l'agriculture). Ce mouvement a duré une semaine permettant par la suite des victoires partielles importantes.
On peut donc, d'une manière correcte, affirmer que la
LA POUSSEE DE L'OR PARTI DES L'élément le plus important de la poussée du mouvement ouvrier est la croissance du Parti des Travailleurs. Le 13 octobre, s'est tenue la réunion du mouvement pro-PT dont il ressort les éléments suivants : la réaffirmation de la Charte de principes et de la Plateforme politique (voir Inprecor numéro 60 octobre); l'approbation d'une déclaration politique ainsi proposition tionnelle (voir annexes). Cette proposition donne forme à l'organisation de base (ce qui mandans le projet initial) et propose une structure de fonctionnement démocratique con-
: «L'organisation du PT doit être du bas vers le haut». 2) Les ligues ont été la plus importante expérience de radicalisation paysanne jamais vue au Brésil. Elles ont existé jusqu'avant le coup d'Etat de 1964.
UN MOUVEMENT INTER-PROFESSIONNEL DE PORTEE NATIONALE répression n'a pas encore été capabie de faire reculer le mouvement ouvrier populaire, malgré certaines défaites locales ou d'ordre économique. Le mouvement progresse. La lutte contre le projet de loi sur les réajustements salariaux, en discussion au Congrès, se développe et gagne la rue. Tres important aussı est le fait que l'approfondissement des liens entre les dirigeants syndicaux et les Comités pour l'amnistie se renforce dans la lutte contre la répression du mouvement populaire. Ce fait révèle une évolution importante part des CBA; des secteurs de plus en plus importants défendent la nécessité de combiner la lutte pour l'amnistie générale à la lutte contre la répression, contre l'Etat bourgeois et pour le socialisme. GANISATION POUR LE TRAVAILLEURS
La Commission provisoire s'est élargie grâce la participation de personnalités importantes. La première est celle de Manoel da Conceiçao, le principal leader paysan du Brésil, ex-Président du Syndicat des travailleurs ruraux de Pindaré-Mirin (Etat de Maranhao), qui vient de rentrer d'exil. Un autre dirigeant important est José Ibrahim, l'un des animateurs du mouvement d'opposition syndical en 1968, ex- syndical en 1968, Président du syndicat des métallurgistes d'Osasco (Sao Paulo) qui vient aussi de revenir d'exil. C'est un renforcement important au sein d'une commission qui comprenait déjà les dirigeants «authentiques» les plus importants, tels que Luis Inacio da Silva (Lula), Paulo Skromov, Jaco Bittar, Olivio Dutra. Cette commission provisoire, qui sera d'ailleurs élargie par la participation de représentants régionaux importants la «Rencontre nationale fonctionnera ainsi qu'à des militants pro-PT», qui se tiendra dans un délai de 120 jours.
Un autre élément important aussi de l'accroissement du PT est l'adhésion de l'APML (Action populaire marxiste-léniniste), principale organisation centriste brésilienne, qui défendait jusqu'à présent le «Parti populaire», expression d'un «Front de mobilisation populaire».
Cette avancée du mouvement se combine, comme il est normal, à un mouvement de différenciation interne. Au cours de la rencontre du 13 octobre, se sont dégagés deux courants : le courant majoritaire qui met l'accent sur le caractère classiste du PT, sur le lien indissoluble entre lutte contre la dictature et la lutte anti-capitaliste, et un courant minoritaire, qui préfère dénoncer la lutte contre la dictature et laisser de côté pour le moment la lutte contre l'exploitation et le capitalisme. Cela met en évidence les deux batailles essentielles à mener : la lutte pour la croissance du mouvement pour le PT, pour sa construction en tant que parti de la classe et la lutte interne, afin de garantir la continuité de la position fondamentale - un parti sans patrons, défendant les intérêts historiques des travailleurs.
La crise de la dictature militaire brésilienne évolue de manière très complexe. On assiste à une certaine libéralisation au niveau des super-structures, accompagnée d'un accroissement de la répression des mouvements de masse. La dictature œuvre dans le sens d'une transition «à l'espagnole». Mais, en contrepartie, elle doit faire face à un mouvement ouvrier qui démontre que, de son côté, il n'a aucune envie de voir se réaliser à ses dépens un «Pacte de la Moncloa» à la brésilienne.
1er novembre 1979