Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRAN

La mobilisation anti-impérialiste, l'auto-organisation et les élections présidentielles

· Inprecor n° 69, 7 février 1980 · p. 3-11 · 6 846 mots

Iran Syndicalisme

A révolution iranienne vécu un terrible paradoxe qui continue d'ailleurs de faire sentir ses effets politiques et sociaux : le régime du chah a été défait après l'entrée en lutte de la classe ouvrière industrielle iranienne (on se rapelle notamment l'importance de la grève du secteur pétrolier) me de la plus longue et de la plus meurtrière grève générale de l'Histoire contemporaine.

Mais pour diverses historiques (le poids de la défaite de 1953 et de la trahison du Parti stalinien Tudeh, le caractère récent de l'industrialisation débutée au milieu des années soixante, le poids de l'armée de réserve industrielle la répression policière organisée par le régime) la classe ouvrière iranienne ne disposait pas lorsqu'elle est entrée massivement en lutte ne serait-ce que d'un embryon de mouvement ouvrier indépendant, organisé et clandestin.

Entre 1975 et 1978 il y a eu une réelle montée des luttes ouvrières, mais le caractère limité de ces luttes, qui ne duraient pour des raisons de répression le plus souvent que quelques heures, au plus quelques jours, et l'absence d'intervention politique organisée dans les entreprises (aussi bien de la part du Tudeh que des organisations guérilléristes) n'ont pas abouti, dans le climat de terreur policière du régime du chah à l'organisation d'un mouvement ouvrier semi-légal, indépendant comme il a pu en exister dans les dernières années de l'Espa-

La mobilisation a

l'auto-

les élections

gne franquiste ou aujourd'hui au Brésil avec le mouvement des oppositions syndicales et le courant qui se propose de construire un Parti des travailleurs.

UNE SERIE DE

CONQUETES ECONOMIQUES

ET SOCIALES

Depuis l'insurrection victorieuse de février 1979 ce décalage, qui a été renforcé par la politique liquidatrice du Tudeh soutenant sans faille la «République islamique» et son leader Khomeiny, et les erreurs des groupes centristes, s'est conjuavec l'acquisition de gains économiques et sociaux réels pour les secteurs les plus modernes du prolétariat industriel (1). Le salaire minimal a été doublé, ce qui malgré une inflation de 40% pour cette année représente un gain économique réel. La semaine de travail vient d'être finalement ramenée de 48 à 40 heures par un décret du Conseil de la révolution islamique. Dans les entreprises nationalisées (elles représentent désormais entre 70 et 80% du secteur industriel) les ouvriers ont un statut de fonctionnaire (2) et ne sentent plus peser sur leur épaules la menace du licenciement et du (1) Selon les statistiques iraniennes, sur deux millions de travailleurs industriels, un peu plus de seulement travaillent dans des entreprises de plus de 50 salariés. (2) Cela concerne les ouvriers titu-

Dans plusieurs usines, y a actuellement des mouvements revendicatifs pour que le personnel «stagiaire» bénéficie de la sécurité de l'emploi.

Iran nti-impérialiste, organisation et

: présidentielles

chômage (on comprend la menace que signifie une armée de réserve industrielle sur la combativité de la classe ouvrière quand on sait que sur une population active de 12 millions de personnes en Iran, il y a selon les estimations gouvernementales plus de 3,5 millions de chômeurs qui ne perçoivent aucune indemnité que ce soit).

Enfin, en plus des nouveaux avantages sociaux qui peuvent varier d'une usine à l'autre, il y a la fin du climat de terreur imposée dans les ateliers et sur les chaînes par l'encadrement de la Savak et de ses syndicats jaunes. Il suffit de circuler quelques minutes dans les ateliers de l'usine de montage General Motors à Téhéran pour voir les ouvriers discuter politique le long des chaînes arrêtées en sirotant un verre de thé pour comprendre quelles sortes d'avantages sociaux non «quantifiables» leur a apporté la chute du régime du

Ces différents éléments permettent de comprendre pourquoi, de février à novembre derla classe ouvrière iranienne n'a pas occupé le devant de la scène politique. Le tournant dernier par le régime l'interdiction presse d'opposition, les mesures d'intimidation contre l'extrême-gauche, le procès et la condamnation à mort des militants du PST à Ahwaz et surtout l'offensive militaire entamée contre le peuple kurde, n'a guère franchi les portails des usines (ce qui signifie pas qu'il n'y a pas

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eu des mesures d'intimidations, des cas de répression sélective, surtout dans les provinces pétrolières du sud et une remontée de l'arrogance patronnale). massive et l'incapacité direction Khomeiny et de son Parti Républicain islamique à transformer en l'espace de quelques semaines ou de quelques mois le capital politique qu'ils avaient accumulés par son oppo-

FACE A LA SABOTAGE

L'élément moteur de cette première phase d'auto-organisation, comme cela s'est d'ailleurs produit dans d'autres situations révolutionnaires a été la crise économique.

Selon les estimations qui ont cours dans les ministères iraniens eux-mêmes, la production industrielle ne représente plus que 20 ou 30% des chiffres de l'année 1978 (3). Les exportations non-pétrolières représentent le tiers de leur niveau de 1977/78 et les importations la moitié du chiffre de cette année-là (4).

Le sabotage capitaliste, la fuite à l'étranger des profiteurs de l'ancien régime, la grève de l'investissement, le rapatriement des techniciens étrangers, la guerre économique, d'abord silencieuse puis ouverte de l'impérialisme, la désorganisation et les résistances de l'appareil bureaucratique de l'Etat (5) ont été autant d'accélérateurs de l'auto-organisation.

Le gouvernement Bazargan, contrairement à ses plans initiaux a finalement été con(3) Hors la production pétrolière, passée de 6,5 millions à 3 millions de barils par jour, tandis que la hausse des cours et surprimes du pétrole iranien assurent désormais une rentrée annuelle de 23 milliards de dollars 18-19 en 1977-1978. Malgré le gel des avoirs iraniens par les banques US, le renchérissement du pétrole et la chute des importations ont permis au régime iranien de reconstituer un montant d'avoirs de l'ordre de 12 milliards de dollars, et selon Banisadr, de dégager un excédent de sition au régime du chah en une capacité d'organisation et de contrôle strict du mouvement ouvrier comme cela a été le cas dans d'autres expériences populistes (le péronisme argentin et le varguisme brésilien par seils) dans les principales usines. CRISE ET AU CAPITALISTE traint, banqueroute totale de l'économie iranienne, de nationaliser entre juin et juillet - contrairement à ses plans initiaux - tout le secteur bancaire, toutes les compagnies d'assurances et plus de 75% de l'industrie iranienne. Ces nationalisations, quelquefois imposées par les travailleurs eux-mêmes et souvent sous leur contrôle, ont favorisé et accéléré en retour le débat politique dans les usines, le développement de l'auto-organisation, les expériences de contrôle ouvrier, de remise en marche de la production, l'initiative d'ouvrir des livres de comptes, d'étudier les brevets industriels, voire de discuter de plans de reconversion tentant de rompre en partie avec la logique capitaliste du profit, l'exploitation impérialiste et les effets de la division internationale du travail.

Aujourd'hui, dans la plupart des grandes unités industrielles il existe des shoras, c'est-à-dire des conseils d'usine ou des comités de travailleurs. revenus pétroliers de l'ordre de 1,2 milliard de dollars par mois (chiffres extraits de «Téhéran Times», «The Iranian», «Iran Week»). (4) «Financial Times» du 15/08/79. (5) L'Etat iranien, comme cela est dans nombreux pays semi-coloniaux, a joué un économique très important, surtout dans l'industrialisation, en capitalisant une partie de la rente pétrolière. Il assurait ainsi en 1977 direc-

Certes à cette étape du prorévolutionnaire l'auto-organisation du prolétariat iranien n'a pas débouché sur une véritable situation de double pouvoir. Dans le meilleur des cas, ces shoras correspondent à l'été 1975 les commissions des travailleurs, c'est-à-dire à la fois des structures d'auto-organisation élémentaires et un substitut à un mouvement syndical qui n'existe pas (là aussi en partie et à cause de la politique de liquidation du Tudeh). Il continue d'exister - et il faut éviter tout triomphalisme béat -des décalages, des différences qualitatives importantes d'un shora à l'autre. Ici le shora a été nommé par le patron ou les envoyés du ministère de l'Industrie et des Mines (6) alors qu'ailleurs il est élu en AG. Ici il comprend une majorité de cadres et de cols blancs alors qu'ailleurs il est constitué d'ouvriers industriels du rang. Ici il ne se réunit que quelques heures tous les mois alors que là il contrôle 24 heures sur 24 toute la bonne marche de l'usine. Ici il s'agit d'un shora purement islamique alors qu'ailleurs les différentes tendances politiques, y compris les organisations d'extrême-gauche, cohabitent.

Mais si l'on considère l'accumulation d'expérience, en terme d'auto-organisation, de débats politiques, de contrôle ouvrier, on voit l'importance du seuil qualitatif qui a été franchi à la fois dans le sens de la reconstruction du mouvement ouvrier iranien et dans l'ébauche d'une alternative d'ensemble au gouvernement capitaliste et à la direction nationaliste bourgeoitement plus de 60 % des investissements industriels sans compter son rôle dans l'accumulation capitaliste du secteur privé par le biais des crédits d'industrialisation prêtés à long terme et à faible taux d'intérêt. L'essentiel des entreprises privées nationalisées entre juin et juillet 1979 l'ont été pour assurer la créance de ces prêts bancaires. (6) Organisme de tutelle des entre-

Crises nationalisées ou sous «i tervention» Lexception du pétro qui dépend du ministère du Pétrole.

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se incapables de résoudre les grandes questions de la révolution iranienne.

Restent pour l'heure bien évidemment une masse de questions en suspens sur l'unité de ce mouvement, qui est liée à celui de son indépendance par rapport à l'Etat bourgeois.

Mais il est important de noter que les premières formes de liaison, sous la forme élémentaire de manifestations communes, de mise en place de coordinations souples - à Téhéran notamment - sont apparues ces dernières semaines comme l'a Conseil unifié des shora islami-

LA QUESTION

Ce n'est que dans les zones des minorités nationales, Turkmenistan au Kurdistan au Balouchistan et en partie dans le Khouzestan arabe, à cause de l'imbrication entre la question nationale et la question agraire, que des mobilisations paysannes se sont déroulées dès la chute du régime Pahlavi.

Or, on assiste depuis plusieurs semaines à un véritable bouillonnement toutes les provinces iraniennes. Des mouvements tels que le refus de rembourser à l'Etat les annuités des terres distribuées pendant la réforme agraire, le refus de payer les dettes privées, les manifestations paysannes et même des occupations de terres commencent de se développer à l'échelle nationale : en Azerbaïdjan, dans les provinces caspiennes du Guilan et du Mazanderan, autour de Téhéran, près d'Ispahan et de Chiraz sur le plateau du Fars. (7) Voir document publié en annexe. (8) Voir Behrang - «Iran, le maillon faible» pp. -Ed. Maspéro. (9) Voir Cohen Hallaleh veloppement rural, attitude des paysans iraniens après la réforme agraire», Thèse EHESS 1979 - p.268 Avant la réforme agraire les crédits fournis par les intermédiaires, acheteurs de récoltes, petits propriétaires

7 février 1980 ques de la capitale (7) qui a rassemblé plusieurs dizaines de dizaines de milliers de travailleurs devant l'ambassade US occupée, ou des manifestations similaires plus réduites par exemple des syndicats des entreprises de l'IDRO (sorte d'ENI iranienne).

Ce niveau déjà atteint dans l'auto-organisation l'importance centrale que revêtent pour les marxistes-révoluiraniens les d'ordres sur la généralisation, la centralisation des shoras, tension de leurs prérogatives économiques, sociales, politiques, voire militaires (milices) en rapport direct avec la propagande générale pour le gouvernement ouvrier et paysan. PAYSANNE

Début janvier, pour la première fois une manifestation de paysans s'est déroulée à Téhéran. Si la manifestation était numériquement réduite (2000 personnes), son parcours de l'ambassade US au ministère de l'Agriculture, ses slogans («Mort a Carter», «La terre à celui qui la travaille», des mots d'ordre de soutien à une garnison de pasdars qui a refusé de s'opposer à des occupations de terres, «Unité ouvriers-paysans»), sont significatifs de la radicalisation politique et de l'énorme vague de fond qui commence de se lever dans les campagnes. Cesmobilisations pourraient franchir un nouveau seuil au cours des prochains n'a pour l'instant réglé aucun des grands problèmes structurels de l'agriculture iranienne : - la distribution des terres :

la réforme agraire du chah n'a touché que la moitié des terres cultivées (8) tandis que la magazins locaux, représentaient l'ensemble des crédits agricoles et 45,84% (!) après la réfor-

Dans le même temps la part des crédits fournis par la banque agricole dégringolait de 75.31 29,73%, le taux d'intérêt variat de 6-7% pour les crédits fournis par les banques agricoles et les sociétés de coopératives à 40% (!), quand l'argent est fourni par les intermédiaires.

ruine des petits paysans parcellaires a accentué au cours des dernières années la concentrasion des terres, souvent sur une base spéculative aux mains des anciens propriétaires ou de certaines couches de la bourgeoisie - la question du crédit (depuis révolution blanche, part des dettes envers les usuriers et les propriétaires fonciers dans l'ensemble de l'endettement paysan a considérablement augmenté (9). - la question des prix agricoles.

Si l'année dernière, en partie à cause de la chute brutale des importations (en 1977, l'Iran importait pour 4 milliards de dollars de produits agricoles), les prix agricoles se sont un peu élevés, le problème résolu : la politique menée par le régime du chah d'imposer de force des prix agricoles très bas était directement liée aux intérêts de bourgeoisie industrielle: d'abord ils favorisaient l'exode rurale et la constitution d'une énorme armée de réserve industrielle (10) pesant sur le niveau moyen des salaires ouvriers.

part ils favorisaient l'accumulation du capital dans l'industrie (phénomène classique : quand une forte proportion du salaire ouvrier, déjà réduit, est consacrée à l'achat des biens alimentaires pour reproduire la force de travail, plus les prix agricoles sont bas, plus le peut être bas, et plus augmente). On en est arrivé ainsi au paradoxe que l'Etat iranien finançait les importations de blé, payé au cours mondial deux fois plus cher que le prix imposé sur le marché intérieur iranien, tandis que les surfaces emblavées en Iran diminuaient ou stagnaient avec la ruine de nombreux paysans parcellaires (10) 250000 paysans quittaient la terre chaque année. Le chiffre est à comparer avec les 200000 emplois d'ouvriers industriels dans les usines de plus de 50 salariés, au bout de 20 ans de Révolution blanche et d'industrialisation.

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incapables de incapables de survivre avec le prix payé pour leurs récoltes (11).

LA VALSE-HESITATION

Et sur ces trois questions (la distribution de la terre, la politique du crédit, la politique des prix agricoles) le nouveau gouvernement, onze mois après son arrivée aux affaires n'a toujours pas pris la moindre décision. D'un côté on voit un vice-ministre de l'Agriculture, soucieux de se tailler une image de marque, ponctuer tous ses discours de déclarations fracassantes sur la nécessité d'une réforme agraire, tandis que le Conseil de la Réislamique rappelait, début décembre, le caractere sacré selon la loi islamique de la propriété privée et décrétait que la peine de mort pourrait être appliquée aux auteurs d'occupations de terres. On voit Banisadr mettre en œuvre une réforme bancaire importante, avec une baisse drastique des taux d'intérêts, mais sans dire exactement qu'elle sera l'enveloppe des crédits agricoles et selon quels critères ils seront répartis entre les petits paysans parcellaires ou les grandes domaines de l'agro-business. On voit enfin les mêmes équipes économiques de Banisadr des jours durant sur une réforme des prix agricoles pour décider finalement de ne rien décicer. Il est vrai, que comme dans lonial, la question agraire est en Iran une question cruciale pour la bourgeoisie : toute mesure sur la distribution des terres, le crédit, ou les prix agricoles afdirectement bourgeoisie iranienne - à commencer par le bazar - qui par mille et un liens économiques, familliaux, commerciaux, spéculatifs est liée au sort de la propriété foncière.

Or, des nouvelles difficultés conjoncturelles les prochains mois de relancer (11) Voir l'article de Thierry Brun et René Dumont «Iran des prétentions impériales à la dépendance néens - numéro 2, janvier/mars 1978.

l'agitation de la paysannerie pauvre et du prolétariat agricole. L'année 78 a été particulièrement favorable du point de vue climatique. Mais la désorganisation entraînée par la révolution, en particulier dans le système de coopératives d'Etat qui fournissaient aux paysans les engrais et les semences sélectionnées, va affecter les résultats de la prochaine récolte, tanéconomique (en particulier l'arrêt total de la construction qui représentait 13% du PIB), en renvoyant dans les campagnes les paysans allés à la ville chercher un emploi de complément va accentuer la sur la terre. aujourd'hui c'est uniquement la crainte des affrontements avec les pasdars (que l'on a vus à l'œuvre contre les occupations de terres au Turkmenistan et au Kurdistan) et la Gendarmerie (c'est la principale unité militaire contre-insurrectionnelle, forte de 70000 hommes, qui a été le moins touchée par les effets politiques de l'insurrection de février 79,

Best restée essentiellement urbaine), qui empêche une ex-

Get une généralisation plus rapide des mouvements LA QUESTION NATIONALE

La question nationale a connu également un important rebondissement avec l'entrée en lutte de l'Azerbaïdjan, marquée par les différents soulèvements

Certes les premiers incidents ont eu pour prétexte certaines fraudes électorales intervenues lors du référendum constitutionnel du début décembre (quand la télévision, manipulée par Sadegh Ghotbzadeh a passé un faux message de l'ayatollah appelant ses compatriotes azeris alors que cet ayatollah s'était finalement décidé à boycotter commencé le premier des grands soulèvements urbains de la révolution. 13) Provinces le référendum). Mais même si les dirigeants du Parti républicain du peuple islamique, la formation dirigée par Chariat Madari, ont tenté de contenir et de limiter le mouvement, la dynamique nationale est apparue très clairement avec le surgissement au cours des affrontements de Tabriz, d'une floraison de petits groupes nationalistes azeris derrière le «paravent» du PRPI et de la figure de Cha-

L'exécution de ll militants du PRPI et des soldats qui avaient réfusé d'obéir, la fermeture des locaux de ce parti, sans être à même d'enrayer durablement le mouvement national azeri, n'ont fait que creuser un peu plus le fossé.

Cette entrée en lutte des Azeris représente un tourant dans l'évolution de la question vinces du Nord-est : les Azeris sont 15 millions de turcophones et contrairement au Kurdistan, au Baloutchistan et au Turkmenistan, l'Azerbaïdjan ne souffre pas d'un véritable décalage économique par rapport à l'ensemble des provinces persannes. Tabriz est l'une des principales concentrations l'Iran (12). Les provinces du nord-est sont beaucoup plus intégrées que les autres nationalités à l'économie iranienne. Le bazar de Tabriz est étroitement lié au bazar de Téhéran, ce qui peut expliquer en partie qu'il s'y soit trouvé une fraction minoritaire mais significative de pro-khomeinistes opposée au mouvement national.

Enfin, l'un des effets - à terme le plus appréciables peutêtre - de ce soulèvement azeri, sera de porter le débat sur la question nationale au cœur de la classe ouvrière persanne. Une forte proportion en effet des ouvriers industriels employés dans les grandes villes persannes (Téhéran et Ispahan) est comtravailleurs azeris (alors que les travailleurs émigrés kurdes se concentraient essentiellement dans la construction dont l'activité est aujourd'hui, quasi nulle).

Fin décembre, c'était au tour du Baloutchistan et du Sistan (13) d'entrer en lutte. Là enco-

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re comme en Azerbaïdjan ou au Kurdistan auparavant, ce sont les exactions des Comités Khomeiny et des garnisons des pasdars qui ont mis le feu aux poudres. Les affrontements entre guerriers baloutches et pasdars ont fait plusieurs morts parmi ces derniers.

Au Khouzestan arabe, malgré la répression forte que le régime maintient dans cette zone vitale pour ses ressources pétrolières (5 militants trotskystes sont toujours détenus à Ahwaz), le mouvement de la nationalité arabe commence à se réorganiser après la vague de répression de juin et juillet derniers, qui avaient fait plusieurs centaines de morts et de blessés.

ébut Janvier, une manites ation d'Arabes s'est déroulée à

Enfin il y a le Kurdistan, toujours irréductible dans sa lutte contre le pouvoir central de Téhéran.

C'est aujourd'hui pointe la plus avancée du combat des minorités nationales de l'Etat iranien. C'est là que face aux peshmergas - «ceux qui vont au devant de la mort» en kurde -, les pasdars du régime et les unités de l'ex-armée impériale ont subi leur première militaire, vulnérabilité de l'appareil d'Etat bourgeois que s'évertuent à préserver et reconstruire le gouvernement et le Conseil de la révo-

Il est vrai qu'au Kurdistan le mouvement national s'est appuyé sur une série de mesures radicales : début d'occupations de terres et développements de shoras paysans dans certaines zones en juillet et août derniers (même si depuis lors le mouvement paysan a connu un certain reflux du fait des conditions imposées par la guerre) et surtout armement généralisé de la population. Aujourd'hui à Sanandadj Marhabad, alors que le marché aux armes est public, les seuls promeneurs désarmés ...soldats de l'armée - leurs casernes sont ravitaillées par hélicoptère. Quant aux pasdars, ils

7 féurier 1980

Khorramchar où avaient eu lieu les principaux combats cet été, exigeant le retour du leader religieux de la communauté arabe toujours retenu comme «invité» quelque part à Qom.

La renaissance du mouvement national arabe s'articule également avec une relance dans toute cette zone de luttes ouvrieres (mouvements et gre- (De importe met ves dans le pétrole et les aciéries bilisation s'est produite à la mi-janvier lorsque des pasdars ont ouvert le feu sur un sit-in de jeunes lycéens ayant terminé leurs études et chômeurs qui réclamaient du travail devant le siège du gouvernement de Masjed Soleiman, cette ville pétrolière où l'or noir a surgi pour la première fois en 1908. LA FORTERESSE KURDE sont littéralement retranchés dans leur cantonnement, surtout après les incidents qui les ont opposés début janvier à des Peshmergas. Pour exiger leur départ du Kurdistan, une grève générale a paralysé la ville, tandis que 7000 personnes observaient un sit-in une grève de la faim pendant plusieurs jours !

C'est aussi au Kurdistan l'organisation et l'expression du mouvement de masse sont la plus avancée. Après bien des tergiversations, les négociateurs de Téhéran, emmenés par le ministre du Travail Forouhar ont dû finalement accepter de prendre langue avec une délégation du peuple kurde formée représentants Parti démocratique du Kurdis-

(nationaliste), de organisations marxistes, qui a rompu ses attaches maoïstes et connaît une évolution politique très intéressante, et des membres du bureau politique mis en place par le Cheikh Ezzedine Hosseini, première figure religieuse du Kurdistan, du Kurdistan, qui lors des derniers débats internes au sein de la résistance kurde, semblait prendre régulièrement le parti de l'extrême-gauche dans ses différents avec le PDKI. Aujour'hui, malgré les divergences d'appréciation sur l'ampleur des concessions à accorder aux envoyés de Téhéran et malgré une division géographique des implantations (le PDKI contrôle Marhabad alors que le Komaleh est hégémonique Sanandadj), Téhéran n'est guère parvenu à briser le front unl des organisations kurdes. Il est vrai que les négociations sont dans l'impasse la plus totale. Les kurdes, qui avaient réinvesti les principales villes occupées par l'armée et les pasdars en août ont prorogé unilatéralement l'accord de cessez-le-feu après son expiration le 19 décembre. Mais il n'y a guère eu de nouvelles ouvertures de la part des envoyés de Téhéran qui ont refusé prendre en considération le plan kurde en 26 points et ont semblé soucieux avant tout de gagner du temps. Il existe encore dans ce cercle du pouvoir, parmi des hommes comme Bazargan ou le ministre de la Défense Chamram, sans parler bien sûr de la direction des Pasdars ou des officiers de l'armée, un parti de «faucons» partisans de mener une deuxième : guerre contre le Kurdistan; certains représentants kurdes attitrés, s'ils expliquent publiqueque les Kurdes veulent à tout prix la paix et une solution négociée, ne cachent pas en privé leur pessimisme et redoutent une nouvelle épreuve de force militaire avec un régime qui tenterait de trouver dans cette aventure un paliatif à ses difficultés internes. Etonnant mouvement de balancier

L'OCCUPATION DU «NID D'ESPIONS»

C'est précisement après l'échec avéré de l'offensive militaire contre les Kurdes, en octobre, lorsque Khomeiny lui-même avait dû faire son autocritique et présenter ses «excuses» aux «frères kurdes injustement calomniés» que l'occupation de l'Ambassade américaine à Téhéran est venu à point nommé offrir une porte de sortie «honorable» à la direction de Khomeiny et lui permettre de tenter de ressouder autour d'elle, les rangs désunis de la nation

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iranienne face à l'agression impérialiste. L'aspect «manœuvrier» de l'occupation est donc évident. Mais la manœuvre elle-même, avant d'aborder ses conséquences du point de vue de la dynamique du mouvement de masse, éclaire déjà un peu le profil bien particulier de cette direction nationaliste bourgeoise. Quand pour «manœuvrer» une direction nationaliste bourgeoise (qui s'est déjà signalée par son refus - au cours même d'un processus révolutionnaire - de reculer sur le mot d'ordre central «Dehors le chah, dehors la monarchie») se met - excusez du peu - à couvrir l'occupation militaire et la sequestration des diplomates de la première puissance impérialiste mondiale, force est de reconnaitre qu'on se trouve là en face d'une direction qui élève comme peu d'autres l'ont fait dans le siècle, la barre de la confrontation avec l'impérialisme. Une telle appréciation n'implique absolument pas que nous rectifions d'un milimètre notre jugement sur l'incapacité stratégique de cette direction de résoudre les problèmes de fond posés par le développement de la révolution iranienne, ni qu'elle ne cesse à aucun moment de chercher à accomplir ses objectifs de classe, tels la reconstruction de l'Etat bourgeois et le maintien de la propriété privée des moyens de production. Mais cela permet de comprendre aussi quels rapports particuliers elle entretient encore avec le mouvement de masses, au moins dans les provinces persanes, notamment avec ces secteurs - le prolétariat, la paysannerie pauvre et l'énorme masse des couches plébéiennes ( les mostazafin) qui seront les moteurs sociaux d'une éventuelle transcroissance socialiste de la révolution iranienne.

Mais ce n'est pas seulement l'habileté l'habileté florentine de Khomeiny qui permet d'expliquer l'impact et la résonnance qu'a eu dans toute la société iranienne, le mouvement anti-impérialiste, l'énorme dynamique du mouvement de masse qui s'est engouffré dans la brèche.

Il y a derrière cette situation une somme de réalités objectives qui permettent de comprendre comment - au moins pour tout un temps - la lutte contre l'impérialisme américain a été le thème politique permettant objectivement d'unifier les différents fronts de lutte.

Pour les minorités nationales, kurdes et azeries, le souvenir de la liquidation des républiques autonomes de 1945-46 est lié directement aux effets des accords de Yalta et Postdam qui laissaient l'Iran dans la sphère d'influence occidentale et à la reprise en main concommitante de l'armée iranienne par la mission militaire US dirigée par le général Schwarzkopf (celui-là même qui devait organiser plus tard le coup d'Etat d'août 1953).

sion entre différents Etats, et notamment entre l'Iran et le Pakistan, est liée directement au démembrement et au rapiéçage impérialiste qui est survenu lors de la décolonisation de l'Inde, maintenant et favorisant l'existence de frontières artificielles entre les Etats.

Et on a vu comment lorsque directions des divers mouvements nationaux en Iran réagissaient de manière diffé rente sur cette question de la confrontation avec l'impérialisme, cela se répercutait sur la lutte elle-même. Le refus de Chariat Madari et de la direction du PRPI de prendre position sur l'occupation de l'ambassade et sur la confrontation avec les Etats-Unis, a effectivement facilité les manœuvres de ceux, Khomeinistes, staliniens ou centristes de l'organisation des Fedayins-e-Khalq, qui ont affecté de ne voir dans le soulèvement de Tabriz qu'un complot de la bourgeoisie libérale iranienne, s'appuyant sur les puissances occidentales et ont refusé de reconnaître le droit à l'autodétermination de l'Azerbaïdjan. Cela a facilité non seulement la division au sein de la bourgeoisie azerie, mais surtout la division au sein de la classe ouvrière de Tabriz, dont une forte proportion est restée indifférente, au moins pendant un temps, à cette revendication nationale, ou qui, signe de la confusion politique régnante, participait aussi bien

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aux rassemblements des pro-khomeinistes, qu'ensuite aux manifestations des groupes nationaux azeris...

Au contraire le geste, même s'il est purement symbolique, des organisations kurdes envoyant un message à la Conférence internationale des mouvements de libération, convoquée à Téhéran par le groupe des «étudiants suivant la ligne de l'Imam», a contribué, au moins

Pour le paysan pauvre iranien, son anti-impérialisme s'ali-• mente d'une réalité peut-être plus aiguë encore. Ce sont les meilleures terres, et surtout l'eau des grands barrages qui ont été distribuées en priorité et à vil prix aux multinationales californiennes l'agro-business... Ailleurs c'est la politique des prix agricoles déjà signalée,

Men ouvrant largement le marché iranien jusqu'alors auto-suffisant aux importations alimentaires a contribué à l'endettement, à la ruine et au déracinement du petit paysan parrégime dans le sens où il n'était plus «libre» que d'aller tenter de vendre sa force de travail dans les villes, «libre» de s'entasser dans les bidonvilles infâmes du Sud de Téhéran.

Pour l'ouvrier iranien, depuis un an vit avec au-dessus de sa tête l'épée de Damoclès de la fermeture de son entreprise, suite aux départs des techniciens étrangers, à la grève des investissements, au sabotage capitaliste, au blocus des matières premières et des pièces détale mouvement impérialiste a constitué un moment privilégié où il a accentué sa prise de conscience de la formidable exploitation dont il a été victime des années durant. C'est aussi le début de comprécaractère factice, à base d'usines de montage, qui contrairement aux discours officiels du régime et des mentors des multinationales a accentué la dépendance économique du dans une certaine mesure, à combattre les préjugés au sein des masses ouvrières la rébellion kurde ne serait là encore qu'une machination diabolique de l'impérialisme, des partisans du chah, des agents secrets de la CIA et israélien, pour démanteler l'Etat iranien et mettre en péril la Révolution islamique. L'ANTI-IMPERIALISME DU PAYSAN ET DE L'OUVRIER pays.

Symptomatique d'un nouvel état d'esprit est l'initiative qu'ont prise une série d'usines iraniennes, au mois de décembre, de convoquer à Téhéran, une sorte de grande foire, où les délégations des différentes centraliser leurs besoins et expliquer leurs possibilités de reconversion industrielle, produire non pas en fonction des intérêts de la division internationale du travail et de l'intégration verticale des grandes multinationales, mais pour faire face au blocus et répondre aux besoins les plus pressants de la population iranienne. rant d'un discours de Banisadr sur la nécessité d'assurer l'indépendance économique de l'Iran, les ouvriers de la General Motors ont commencé de discuter la reconversion industrielle de leurs usines, pour ne plus produire ces «belles américaines» destinées aux Taghoustis (14) de Chemiran (quartier résidentiel du nord de Téhéran) mais des camionnettes pick-up utili-

Ils ont également pris contact aves les shoras des sept autres usines de montage automobile pour discuter d'un plan de reconversion industrielle de la branche qui permettrait à l'Iran de se doter d'une industrie automobile entièrement indépendante. Certes on peut estimer (14) Littéralement : les «damnés».

Nom donné aux suppôts de l'Anune des divinités païennes dans la péninsule arabique au temps qu'il y a encore des illusions, notamment sur la capacité de l'actuelle direction nationaliste et de la bourgeoisie iranienne de pouvoir rompre les liens de dépendance avec l'impérialisme, mais qui peut nier, après avoir visité les ateliers et les chaînes automobiles qu'il y a là une formidable espérance qui s'est levée, un immense capital de lutte accumulé.

LE SOUVENIR DE

L'HORREUR

Pour tous enfin, la lutte contre l'impérialisme, c'est le sentiment de renouer, de retisser le fil d'un combat vieux d'un siècle et qui est resté présent dans la conscience collective : le combat du boycottage du tabac et des marchandises exemptées de douanes des impérialismes britanniques et tsaristes, qui derévolution sortir de la Deuxième Guerre mondiale contre le pillage du pétrole par la pieuvre de l'Anglo Iranian Oil Company.

Pour tout un peuple, la haine de l'impérialisme, c'est la haine accumulée contre ses intervencontre cette dynastie Palhavi installée au pouvoir dans les années 20 par la City de Londres et qui s'est maintenue à de massacres, de coups d'Etats, en 1945-46, en août 1953, quand la CIA a renversé Mossadegh et permis au chah de revenir de son exil doré pour instaurer 25 années de terreur.

Parce qu'il a été soutenu sans discontinuer par tous les présidents US qui se sont succédés à la Maison blanche, parce que 35000 conseillers US encadraient l'armée impériale, parce que les tueurs de la Savak ont été formés par les tueurs de la CIA et du MOSSAD, le régime du chah apparaît à la masse des Iraniens comme une pure création de l'impérialisme.

Explication un peu courte sans doute, qui laisse de côté les responsabilités propres de la bourgeoisie iranienne qui, pendant 25 ans, s'est accommodée du crime, fait système de gou-

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l'année 1978, a cherché un compromis avec le régime et qui ne se retrouve en partie derrière Khomeiny que parce qu'elle ne peut pas faire autrement.

Mais cela explique la profonde résonnance qu'a rencontrée dans tout un peuple l'occupation du «nid d'espions».

Si, pour Khomeiny et certains cercles dirigeants, l'occupation de l'ambassade vembre pouvait servir à retrouver un consensus et un crédit entamé par les déboires de leur politique kurde, le mouvement de masse qui a suivi a agi comme un véritable retour de flamaccentuant la crise et l'éclatement de la direction nationaliste bourgeoise, retardant et compromettant d'autant son œuvre de reconstruction et de consolidation de l'appareil d'Etat.

La confrontation avec l'impérialisme, conséquences économiques de la guerre menée jusqu'à la fin janvier par les Etats-Unis et leurs institutions financières, le débat sur les alternatives économiques ont relancé à un niveau jamais atteint la crise de la direction Khomeiny et du Conseil de la Révolution islamique.

Il y a d'abord eu les reprovoqués par la révélation des liens tretenus le Mouvement de libération mation politique de Mehdi Bazargan, c'était avant avec le «nid d'esgan (qui cherchait, à la tête comité de coordination faire reprendre le travail aux grévistes et qui déclarait, au même moment, souhaiter que Khomeiny retarde son retour en Iran), de trouver une solution de transition pacifique entre le gouvernement du dernier Premier ministre du chah, Chapour Bakhtiar et le nouveau régime. A la clé, il s'agissait de préserver l'appareil d'Etat, mier lieu, l'armée. Et l'ambassade US a servi de plaque tournégociations, à ces contacts, à ces compromissions (15). L'un des bras de rupture anti-capitaliste mais droits de Bazargan, l'ancien ministre Amir Abbas est aujourd'hui en prison après la révélation par les «étudiants» de l'ambassade de dans ces tractations. Bazargan, en toute bonne foi défense, a expliqué n'était pas de l'espionnage, mais de la politique... DIVISION SUR LES OPTIONS

ECONOMIQUES Au cours des dernières semaines, on a vu aussi comment le débat sur les grandes options économiques divisait les cercles du pouvoir. D'un côté, Banisadr et le vice-ministre de l'Agriexpliquent qu'il faut réforme agraire relancer la production agricole, tandis que le Conseil de la révolution islamique promulgue un jour un décret punissant de peine de mort les auteurs d'occupation de terres. Même chose pour la réforme urbaine et la question du logement. Le Conseil de la Révolution menace de ses foudres les occupations de terrains et de maisons vides, tandis qu'à Téhéran quelques jours plus tard, un ayatollah amène quelques familde mostazafin occuper les désertées des quartiers nord (16).

Une semaine, Banisadr ancommerce extérieur (il va de soi que cette mesure ne s'inscrit pas dans une perspective (15) Dans ses mémoires qui viennent

Men confirme que le général US Huyser, commandant en chef adjoint à Téhéran, servit d'intermé diaire entre le chef d'Etat major de l'armée iranienne, le général Gharabaghi et Bazargan (Reza Pahlavi «Réponse à l'Histoire», Albin Michel pp. 246-247). (16) Le prix moyen du logement oule plus commun (une pièce dans un appartement dépendant) est passé de 1050 rials en 1966 à 8300 rials en 1977. En 1976, à Téhéran, 40 % des logements étaient surpeuplés, il manquait 300000 logements, 31 % des ménages vivaient dans une seule pièce et 69 % dans des logements dépendants (cité in Paul Vieille «Révolution en Iran» terranéens, numéro 8, juillet/septemreprésente tout au plus un accroissement de la capacité de contrôle et d'intervention de l'Etat dans l'économie). La semaine suivante, au sortir d'une des nombreuses séances marathon du Conseil de la Révolution, le ministre du Commerce explique qu'il n'a jamais été question de nationaliser le commerce extérieur et que seuls les entrepôts sont nationalisés...

On pourrait multiplier à l'infini les exemples.

L'ELECTION

Enfin, il y a le spectacle de l'élection présidentielle. En juin dernier, pour l'élection de l'Assemblée des experts, le Parti républicain meiny, mené par les ayatollahs

Taleghani, monopolisé la plupart des siè-

A l'inverse, pour ces présidentielles, à un véritable éclatement politique au cours de la campagne, puis au soir des résultats à une du candidat soutenu par le PRI et la majorité de la hiérarchie religieuse.

Au début de la campagne présidentielle, il n'y a eu rien ficiels ou supposés tels : Banisadr, le ministre des Affaires

Ghotbzadeh, ral Madani qui se voulait le champion des couches moyennes et de l'appareil d'Etat en thème du retour à l'ordre et la fin de l'anarchie, Darius Forouhar (ministre du Travail et négociateur avec les Kurdes), Hassem Rafsanjani (ministre de l'Intérieur connu pour ses diatribes contre la gauche), Hassan Habibi, porte-parole du Conseil de la Révolution et principal rédacteur de la Constitution, Mehdi Bazargan et Jaladedin Farsi, candidat officiel du

Au bout de la course, après maints coups fourrés, Rafsanjani et Bazargan s'étaient retirés sur la pointe des pieds tandis que Farsi était invalidé parce que d'origine afghane.

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Le taux important d'abstentions (entre 35 et 40 %) tient sans doute au retrait du candidat de l'organisation de guérilla «islamo-progressiste»

Peuple, Moussoud Radjavi, soutenu par une grande part de l'extrême-gauche (les Fedayins entre autre), ainsi que les nationalités comme les Kurdes qui avaient appelé à voter pour lui. Tout le saint-frusquin de la hiérarchie religieuse, Khomeiny en tête,

June pression énorme Moudjahidins, guant du fait qu'ils n'avaient pas appelé à voter la Constitution, pour qu'ils se retirent et évitent un camouflet aux candidats islamiques comme, par exemple, la nécessité d'un deuxième tour.

L'échec d'Habibi, qui a surpris par son ampleur, montre PRI pour se constituer comme un vaste mouvement structure, capable de capitaliser le prestige de Khomeiny et d'encadrer politiquement et organisationnellement les masses des «mostazafin» en leur proposant un grand dessein populiste qui colle leurs aspirations.

Il indique aussi des phénomènes de résistance, non seulement dans la bourgeoisie libérale iranienne, mais aussi dans tout l'appareil bureaucratique d'Etat (les fonctionnaires et l'armée représentent 1,6 millions de personnes) dans le bazar, à la mainmise des mollahs sur une économie et un Etat qu'ils sont incapables de gérer.

Symptomatique d'ailleurs était le ton des premiers discours de Banisadr, au qui, il y a quelques mois, dénonçait la résistance passive, «contre-révolutionnaire» de l'appareil d'Etat (17), répondit, quand on l'interrogeait sur la place qu'il entendait laisser au clergé dans l'Etat, qu'il ne serait ni à l'intérieur, ni à l'extérieur de l'Etat, mais seulement au-dessus: «C'est par le truchement du pouvoirs judiciaires. (17) Interview in Peuples méditerranéens - numéro 9, octobre/décembre 1979.

Faguih uniquement que les religieux pourront s'exprimer ou agir. Cela dit, un mollah pourra être nommé fonctionnaire ou ministre, en raison de ses qualités personnelles et non parce qu'il est membre du clergé. Les Richelieu et les Mazarin ne sont pas absents de notre société. En tout cas, l'Iran sera doté d'un appareil étatique moderne dont les animateurs seront choisis selon le seul critère de la compétence». On ne peut être plus clair. Comme Bazargan l'avait fait, il y a un an, à sa ma-

Banisadr réaffirme au soir de son élection la préémide la raison d'Etat et des lois de l'économie capitaliste sur les «rêveries islamiques» de certains secteurs signifie pas pour autant que la route qu'il s'apsuivre soit exempte d'embûches. Il devra d'abord d'un prolongement politique (un parti ou un front) avec comme échéance les prochaines élections au Majlis.

LE PROGRAMME DE

BANISADR Mais il devra surtout avancer plus significativement dans la reconstruction de l'Etat de de l'appareil répressif du régime. Là encore, Banisadr a donné le ton : «Les comités islamiques devront être dissous dès que seront achevées la réorganisation et l'épuration des préfectures, de la police et de la Gendarmerie héritées du régime impérial». Les Gardiens révolution seront eux-mêmes supprimés après la «refonte des forces militaires qui seront transformées en une véritable armée populaire d'officiers de général Giap» (18) (au détail près que Giap n'a jamais été officier du chah...). Banisadr annonce également que la Savak va laisser la place à un nouveau service de renseignements politique, même si, théoriquement, il n'est pas doté de (18) Le Monde du 29 janvier 1980

Programme on ne peut plus clair, quand en plus l'ambassadque les étudiants de constituer un «centre de pouvoir» et qu'ils doivent retourner étudier dans leurs universités respectives.

La difficulté du projet de Banisadr reste cependant que l'armée iranienne, cet élément décisif pour toute stabilisation politique et sociale n'est pas exactement dans la même posture que certaines de ses homologues dans la région. Nasser n'est parvenu à stabiliser son régime populiste que parce qu'en 1955-56, l'armée égyptienne, d'où étaient issus les «officiers libres» qui avaient renversé le roi Farouk, a pu capitaliser politiquement à son profit l'épreuve de force avec l'impérialisme qui a suivi la

Canal de Suez (19).

En Iran, ce n'est coup d'Etat de jeunes officiers nationalistes, mais un an d'affrontements sanglants, de grèves de masse, clos par une insurrection populaire menée contre l'armée et l'appareil d'Etat qui ont renversé le régime du chah. C'est toute la différence. (19) Voir Mahmoud Hussein «La lutte de classes en Egypte» Maspéro 1979 - pp. 117 et suivantes.

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