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que chinois fait face actuellement à une sévère vague de répression. Après avoir tenté de profiter du développement de la contestation et de l'utiliser dans sa dénonciation de la Bande des quatre, la nouvelle équipe dirigeante autour de Deng Xiaoping, a aujourd'hui nettement opté pour l'affrontement.
LA FIN DU
«PRINTEMPS DE PEKIN»
Du «principe des trois non», proclamé en décembre 1978, lors du Illè Plénum du XIè Comité central du PCC, où les partisans de Deng l'emportèrent sur ceux des Quatre, on est passé aux «Quatre principes fondamentaux», fermement rappelés en novembre 1979 par le Comipermanent de l'Assemblée nationale populaire. «Ne pas saisir la natte, ne pas mettre de pas matraquer», disait la première formule, soit en clair : ni arrestations arbitraires, ni jugements hâtifs, ni dénonciations outrancières. «Rôle dirigeant du Parti, respect de la dictature du prolétariat, soutien au régime socialiste, fidélité au marxisme-léninisme et à la pensée de Mao Zedong», •dit la seconde, dont la proclamation promet de «sévères punitions» à ceux qui la contesteraient ouvertement.
Ainsi, après une première vague d'arrestations au printemps 1979 - (qui aurait frappé, selon certains observateurs, au moins 2000 personnes à Pékin et à Shangai), s'est tenu le procès Jingsheng, rédacteur en chef de la revue
Exploration, damné en octobre à quinze ans de prison. En faisant jouer un réflexe nationaliste, était accusé d'avoir livré des «secrets d'Etat» en s'entretenant avec un journaliste étranger sur la guerre sino-vietnamienne -L'objectif de ce premier procès était manifestement de diviser le Mouvement démocrati-
Rejetant ouvertement le marxisme, Wei représente en effet une aile très minoritaire au sein d'un mouvement qui, dans sa grande majorité, raisonne dans un cadre conceptuel marxiste. Il s'agissait donc de déséquilibrer l'opposition, en l'amenant à se désolidariser de la revue Exploration. Ce fut exactement le contraire qui se produisit. Une revue comme Le Printemps de Pékin, qui avait critiqué les positions de Wei auparavant et qui est connue pour son soutien à la «fraction libérale» de l'appareil, déclara : «Il est simplement erroné de réprimer ces gens-là. Ce qui nous déçoit profondément, c'est que le Comité central soit si faible et impuissant dans la lutte contre les privilèges et les caprices bureaucratiques, mais si résolu et énergique dans le traitement de Wei Jingsheng» La plupart des opposants comprirent qu'à travers Wei, l'ensemble du mouvement était menacé.
La répression est donc passée à un stade supérieur. Elle attaque sur deux fronts significatifs par le «non-dit» qu'ils supposent. Il s'agit, en effet, d'une part des opposants qui se sont liés au mouvement contestation (marches de paysans, mouvements pétitionnaires, jeunes éduqués revenus des campagnes dans les villes, chômeurs), et d'autre part des liens tissés entre des membres du Parti et des rédacteurs de revues démocratiques. Le premier volet est illustré par la condamnation, le 24 décembre, de Fu Yuehua à 2 ans de prison pour avoir participé à une marche de paysans, en janvier 1979, «contre la faim, contre la persécution, pour la démocratie, pour les droits de l'homme». Ouvrière pékinoise, contrainte au chômage à la suite de sa contre un cadre qui l'avait violée, elle n'est pas une «figure intellectuelle» du mouvement démocratique mais bien plutôt une «militante de terrain», une «activiste» que plusieurs témoignages décrivent aidant les paysans pauvres qui venaient dans la capitale, leur expliquant où et comment formuler leurs réclamations...
L'autre volet est illustré par les éditoriaux de la presse officielle en date du 29 janvier 1980. Celui du Quotidien du peuple est sans ambiguité : «il est interdit aux membres du Parti, aux cadres, d'établir des contacts secrets avec les mauvais éléments fauteurs de troubles et qui poursuivent des activités clandestines. Il est interdit de les soutenir sous peine de sanctions fixées aussi bien par la loi que par les règles de discipli ne du Parti». Le journal des ouvriers écrit de son côté : « Notre démocratie est une démocratie socialiste, c'est-à-dire une démocratie dirigée, centralisée (...). La prétendue démocratie qui rejette la direction du Parti n'est qu'une forme de libéralisme bourgeois et d'anarchie». Les membres de la direction de la Ligue des jeunesses communistes qui, dans la capitale, par-
ticipait à la revue Le Printemps de Pékin ont été sommés de faire leur autocritique. Cette publication se serait sabordée. Une autre revue pékinoise, la Tribune du 5 avril, aurait proposé de cesser de paraître en échange de la libération d'un de ses membres, Lui Qing, arrêté le 11 novembre pour avoir diffusé les minutes du procès de
Arrestations et condamnations, journaux saisis et autocritiques... La répression se développe en tentant de faire l'amalgame entre les partisans de l'ancien règne honni de la Bande des quatre et l'actuelle contestation démocratique. Il s'agit ainsi de couvrir, parmi la population, ces attaques contre des militants dont l'implantation populaire est encore faible. Et, au premier abord, on ne voit pas très bien ce qui pourrait empêcher la répression d'être «rentable», du moins momentanément. Les militants du Mouvement démocratique sont peu nombreux - (dix à vingt par revue) -, ils sont connus, s'expriment publiquement, chent pas; ils ne sont pas ancrés dans un vaste mouvement social; ils ne sont guère organisés nationalement, les liaisons politiques de ville à ville étant encore peu structurées. Matériel-
Oil ne paraît pas difficile à la bureaucratie d'arrêter ses • principaux animateurs, elle a commencé de le faire de manière sélective.
Toutefois, ce serait s'en tenir à une analyse à courte vue et ne rester qu'au niveau des apparences. Le Mouvement démocratique est spécifique : ni répétition des Cent fleurs des années cinquante, ni redite de la révolution culturelle des années soile caractérise essentiellement n'est pas, comme souvent dans le passé politique chinois, l'utilisation d'une protestation de masse par une fraction de la bureaucratie dans les luttes internes pour le pouvoir. Au contraire, ce qui nous apparaît primordial est l'émerde groupes de militants prêts à s'organiser de manière autonome pour un combat antibureaucratique durable, au nom d'un retour à un socialisme authentique. Et ces militants ont quatre atouts dans leur jeu : 1 - une tradition politique, une expérience de la répression, un passé qui renvoit aux «fractions rebelles» des Gardes rouges sous la révolution culturelle, avant sa reprise en mains par Mao Zedong; 2 - une réflexion théorique nouvelle qui s'émancipe peu à
TRADITIONS ET DIVERSITE DE L'OPPOSITION A la différence de la dissidence d'Europe de l'Est, la grande majorité des opposants chinois sont des travailleurs, des
Tout en comptant parmi ses membres quelques enseignants et étudiants, le mouvement s'appuie essentiellement sur la classe ouvrière urbaine et s'identifie à la cause des ouvriers et des paysans, rejetant forme d'élitisme. «Des journalistes étrangers croient que les organisations pour les droits de l'homme qui ont fait leur apparition en Chine sont du même genre que ce qu'on voit en Occident ou en Union soviétique», explique Xu Wenli, rédacteur en chef de la Tribune du 5 avril (Pékin) . «C'est faux : il existe des différences. Par exemple, en Occident et en Union soviétique, les animateurs du mouvement pour les droits de l'homme sont des intellectuels de haut rang jouissant d'une renommée dans leurs pays; tandis qu'en Chine, ce ne sont que des ouvriers ordinaires, appartenant aux basses classes». A Canton, métropole du sud, tous les animateurs des revues contestataires (La Voix du peuple, La Rue du peuple, La Houle, La Vie) sont des ouvriers. Ils par publication. Il font le journal de A à Z, tous seuls, dans des locaux publics (l'adresse est indiquée dans la revue), en prenant sur leurs loisirs et en travaillant la nuit. Ils tirent à cinq, six cents exemplaires, au maximum mille et vendent ensuite dans les rues, à la criée.
Cette assise essentiellement ouvrière de la dissidence s'expeu du galimatias maoïste et qui cherche des points d'appui dans la production du mouvement ouvrier international;
franges du Parti, certain auprès des petits et moyens cadres; 4 - l'existence de nombreuses difficultés économiques qui, suivant les régions, laissent place à une crise sociale rampante très dangeureuse pour le régime. ment chinois. Durant les dix dernières années, plusieurs millions de citadins et de jeunes instruits (sortis de l'école secondaire) ont été déportés dans les villages, obligés de suivre le mouvement «xiafang» avant vers la campagne»), qui fut lancée à la fois pour réduire la révolte juvénile à la fin de la révolution culturelle et pour faire face à la surpopulation urbaine et au chômage. Dans ce pays pauvre, où le prolétariat proprement dit n'est qu'une minorité, ceux qui ont pu rester en ville étaient, comparativement privilégiés. Le statut social du travail d'usine est en effet assez élévé. Il n'est pas rare que des cadres aient usé des leurs prérogatives pour faire entrer leur progéniture en usine, particulièrement quand la révolution culturelle paralysa le système universitaire et les possibilités d'études. On retrouve donc, à la différence de l'Europe de l'Est, des jeunes ouvriers de l'industrie urbaine particulièrement bien informés, à travers leurs relations familiales, des luttes politiques au sommet.
Inversement, les milieux intellectuels et artistiques, qui se remettent lentement d'une période effroyable pendant laquelle toute liberté de création était bannie, sont peu investis dans le Mouvement démocratique. Dans l'intelligentsia des grandes villes, on rencontre ce que certains sinologues appellent la «position dissidente pessimiste» où l'individualisme prime : il n'y a rien à attendre, il
faut seulement vivre autrement, tout de suite.
Ayant pour la plupart la trentaine, les militants du Mouvement démocratique ont armes en politique à la fin des années soixante, durant la révolution culturelle. D'avoir parà cette période, que la propagande officielle réduit aujourd'hui à une vaste «houliganerie», est un précieux capital, qu'ils ne renient aucunement. Il importe en effet de distinguer la révolte antibureaucratique spontanée qui marqua la révolution culturelle de la manipulation bureaucratique qui la détourna. «J'ai les Gardes rouges en avril 1966, explique Wei Jingsheng exemple. Je sais exactement
Oil se révoltaient: pas parce que Mao les encourageait mais parce qu'ils étaient indignés de voir toutes les inégalités et les irrégularités dans les écoles et dans la société. Que Mao les ait utilisés plus tard en les soutenant afin d'atteindre ses buts personnels, c'est une autre histoire.» membres de la fraction «rebelle» des Gardes rouges (opposée à celle qui se revendiquait de la légitimité du parti), les dissidents d'aujourd'hui font, pour la plupart, de ces débuts de la révolution culturelle la première grande révolte contre la bureaucratie et ses privilèges, relayée quelques dix ans plus tard par les manifestations d'avril 1976, à Pékin, sur la place Tien An Men et dans d'autres villes, qui sonnèrent le glas pour la Bande des quatre.
Ces débuts de la révolution culturelle ne sont pas seulement une référence politique. Avoir participé à ces événements donne à ces militants une «épaisseur» : ils ont vécu une période de guerre civile, d'une brutalité et d'une violence extrême. Une estimation raisonnable état de 2 millions de morts durant ces années de «yundong» (ou campagne politique ininterrompue). groupe Li Yizhe, à Canton («A propos de la démocratie et de la légalité sous le socialisme», traduit en français sous le
«Chinois si vous saviez.»), «révolutionnaires sous le système Lin Biao et d'un million de personnes «persécutées, brimées, enfermées», ceci pour la seule province de Canton. Et il ne s'agit pas seulement de victimes de l'armée, qui est intervenue à partir de 1967, mais aussi de personnes les affrontements entre bandes les ou, comme à Canton, dans les batailles rangées qui des opposaient à l'arme blanche !) les deux principales fractions de Gardes rouges. D'avoir vécu non seulement la répression, mais les tortures, la cruauté, les exécutions sommaires - toute cette remontée de traditions de violences proprement «féodales», selon la caractérisation qu'ils en font eux-mêmes - enracine l'exigence démocratique des opposants actuels dans leur vécu tout autant que dans une démarche théorique. Il y a là un point de non retour.
En ce sens une des nouveautés introduites par le Mouvement démocratique, par rapport à d'autres périodes d'agitation politique en Chine, est la diversité des approches, des tex tes, de la production littéraire et journalistique. Derrière des titres plus ou moins évocateurs (La Tribune du 5 avril, La terre fertile, La moisson d'automne, L'écume des vagues, carnet de la jeunesse, La voix la démocratie, Nous, fleur de féurier, Le vagabond...) se trouvent aussi bien des revues littéraires ou des magazines po-
You encore des sortes de bulletins intérieurs, plus particulièrement destinés litants du Mouvement (ainsi la Discussion à Canton, ou Pen-
• Hangchow, Chekiang). Diversité de publications qui recouvre aussi une diversité de positions : de la critique du marxisme à des positions marxistes radicales en passant par le soutien à la fraction supposée libérale du parti. Cas extrême : dans le Guizhou, une revue - Le dégel - montre de l'intérêt pour le christianisme. On trouve aussi des références aux philosophes des Lumières, à Rousseau, à l'Esprit des lois de Montesquieu !
Ces références nouvelles sont une revanche contre la religiosité politique extrême dans laquelle vécut la jeunesse chinoise à la fin des années 60 et au début des annes 70 : au-delà du spectaculaire culte de la personnalité, l'éducation dans les écoles était elle-même religieuse, limitée au bréviaire «rouge». Un ancien Garde rouge de Canton nous a raconté les discussions organisées obligatoires provoquait l'annonce que l'un d'entre eux avait, la nuit, rêvé de Mao !
nouvelle équipe dirigeante tente de faire prévaloir un technocratisme de bon aloi, certains opposants cherchent le fil d'une pensée rationnelle, cohérente, matérialiste. D'où la référence aux Lumières, ou parfois à la Renaissance, opposée à la nuit noire du moyen-âge et du féodalis-
«Nous nous considérons tous comme marxistes-léninistes, dit un des textes affichés novembre 1978 au Mur de la démocratie de Pékin, aujourd'hui supprimé. C'est bien, alors emparons-nous de l'esprit véritable du matérialisme. Que les faits, la vérité soient fidèlement rapportés aux masses Il ne faut pas s'abuser soi-mê me et tromper les autres ! Il ne faut pas duper les
! Il ne faut pas falsifier l'histoire ! L'histoire ne saurait permettre à quiconque de l'outrager de la Nous estimons que le président Mao est un homme, pas un
«Le culte des nouvelles idoles est encore plus redoutable ques les vieilles superstitions féodales, dit le manifeste de la «Société des Lumières» de la province de Guizhou. «Quano les idoles disparaîtront du cœur •du peuple, on pourra parler d'une véritable libération. Les idoles sont les ennemies déclarées de la démocratie et de la
Un autre texte du mur, anocelui-là, ment : «Le président Mao
dit : l'amour et la haine ont toujours un caractère de classe. Je me demande à quelle classe appartenait l'amour entre. le président Mao et Jiang Qing, lorsqu'ils étaient à Yan'an... Qui crée l'histoire ? Le président Mao ou les masses ?» Et dans un article paru en juillet 1979, Wang Xizhe, l'un des auteurs du dazibao Li Yizhe qui poursuit aujourd'hui seul le combat, commence par brocarder le nouveau culte qui a succédé aux précédents, le «culte négatif» de la Bande des quatre : «C'est comme s'ils avaient été presque des dieux, investis d'un vaste pouvoir magique. Tous les désastres qui ont frappé la Chine durant la dernière décennie seraient de leur fait. Si seulement ils n'avaient pas été là, nous n'aurions pas autant souffert ! Ainsi ce ne seraient pas des relations sociales déterminées qui auraient crée la Bande des quatre, mais les quatre qui auraient crée le rapport social ! Voilà une nouvelle mystification, une nouvelle religion.»
Par-delà Par-delà sa diversité, un diversité point unit le Mouvement démocratique : son accord «quatre modernisations» économiques officielles, mais dans la mesure où elles s'accompagnent
Sale Xiane achai
réalisée Chine, explique
Xizhe dans un entretien réalisé en décembre 1979, car c'est une aspiration du peuple. Mais il y a la condition préalable : c'est que le système bureaucratique soit supprimé d'abord. Si les conservateurs dans le parti s'entêtent à maintenir leurs privilèges, ils vont se heurter violemment à l'intérêt du peuple. Et de cette confrontation naîtra une nouvelle instabilité politique. L'exigence
Dans la mesure où leur enracinement social est une force des opposants chinois, compadissidents de certains pays de l'Est européens, on n'a pas manqué de souligner la plus grande faiblesse de leurs productions théoriques. «Les caau niveau de la réflexion théorique, expliquent le Mouvement, écrit un sinologue français. L'absence de «grand intellectuel» en limite aussi considérablement la portée». Ce Ce jugement est superficiel, car, de démocratie et de modernisation est irrésistible. Dans cette conjoncture, le rôle du Mouvement démocratique est d'appuyer la réforme de la productivité et, à travers cette démarche, de transformer le système politique. Car ce n'est qu'avec le développement de la production que la structure sociale et politique pourra supporter un changement important et significatif.
Nous demandons que le développement de la productivité aille de pair avec les droits fondamentaux du peuple.» UN RENOUVEAU MARXISTE en un an, le Mouvement démocratique a progressivement donné naissance à une réflexion totalement nouvelle depuis l'emprisonnements des militants trotskistes chinois en 1952-53; une réflexion marxiste originale qui, malgré le manque d'informations, la pénurie de textes de référence, se fraie un chemin.
Un premier point significatif est la référence à la Yougoslavie. Chez Wei Jingsheng comme chez les opposants marxistes, elle est avancée comme un
modèle de socialisme démocratique, opposé au pouvoir bureaucratique chinois. Un thousiasme qui nous paraîtra naïf et qui a amené, par exemple, Wang Xizhe à appeler, lors d'un discours à l'université de Canton en avril 1979, Tito «le plus grand marxiste contemporain». Ce «modèle yougoslave» est en fait un fil conducteur qui mène les opposants chinois aux courants anti-staliniens du mouvement ouvrier, et à terme, peut être, à l'opposition de gauche. Elle s'explique pour deux deux raisons. D'une part la Yougoslavie fut dénoncée comme le modèle du révisionnisme par le maoïsme triomphant. Juste retour des choses, donc. D'autre part les seuls textes anti-staliniens que les dissidents peuvent trouver facisont les livres yougosdécouvrent critiques stalinisme qu'eux-mêmes formulent et une problématique autogestionnaire du socialisme qui leur paraît répondre à leur recherche d'une démocratie socialiste. Décrivant l'autogestion yougoslave chures publiées en 1953, Wang Xizhe, dans son article «Nouvelles exigences pour la dictature du prolétariat» déjà mentionné, termine ainsi : «Et rappelez-vous comment ils se sont levés face à Staline et ont libéré leur pensée !» A ses yeux, il y a indiscutablement une parenté de situation.
La référence yougoslave permet de comprendre les difficultés d'un renouveau marxiste en Chine. Interrogé à ce sujet en décembre 79, Wang Xizhe réserve cette fois son jugement sur la Yougoslavie sur la hiérarchisation de l'information. «Nous n'avons que des nouvelles fragmentaires» te-t-il. Il faut savoir, en effet, qu'il y a au moins dix niveaux de diffusion de l'information, écrits, en partant de l'échelon le plus élévé où pratiquement
Best traduit. Toutefois, malgré ces obstacles objectifs, des positions nouvelles apparaissent, renouant avec la tradition marxiste révolutionnaire. Canton joue sur ce plan un rôle particulier, grâce à la proximité de Hongkong où, il est aisé de trouver une trouver une série de publications de gauche en chinois et où l'extrême-gauche organisée est aujourd'hui essentiellement représentée par les deux organisations de la IVe Internationa-
Wang Xizhe nous paraît, de ce point de vue, la «figure» du Mouvement démocratique dont la réflexion est la plus avancée. Résumons la en quelques rubrichinois : Abandonnant concept ambigu et maoïsant de «bourgeoisie nouveau-née», dans le dazibao de 1974 signé Li Yizhe, Wang parle désormais nettement de bureaucratie. «La base actuelle de la
Best un type particulier de production capitaliste. Mais cette société, prise globalement, est une nouvelle société démocratique, en transition du capitalisme au socialisme. De la combinaison de deux résulte un système social buteaucratique.» (entretien de décembre 1979). - Le stalinisme : «Je le rejette et je veux dire par là que je le considère inacceptable au plan théorique. Le développement passé du mouvement communiste mondial et l'histoire du socialisme du dernier demi-siècle démontrent que le stalinisme ne peut tout simplement pas marcher. Il y a des aspects justes et d'autres faux dans la pensée de Mao Zedong, tous ces derniers viennent du stalinisme. La plus grave erreur de Staline a été de mettre le Parti hors du contrôle du peuple et de la société. Cela
June idolâtrie du parti et de ses chefs et a transformé le marxisme-léninisme en une nouvelle religion. une des racines de la bureaucratisation dans les pays socialistes. Aussi je m'intéresse aux théories de Trotsky et de Kautsky. Kautsky. Ils méritent d'être étudiés sérieusement pour tout ce qui concerne l'histoire du mouvement communiste. Il faut refuser l'idée que tout ce que était nécessairement mauvais.»
- L'URSS : «L'URSS n'est ni
Run Etat capitaliste, ni un
Etat révisionniste, c'est un Etat socialiste bureaucratisé. Il n'y a pas d'authentique dictature du prolétariat en URSS, et, de ce point de vue, il n'y a pas de différence fondamentale avec la Chine. Mao Zedong pensait que l'orientation de sa direction détermine la nature d'un Etat.
C'est absurde ! Les systèmes économiques de la Chine et de l'URSS sont au fond les mê mes. Je pense d'ailleurs qu'il avoir une détente entre les deux pays. La politiautonome, sans que la Chine cherche à imposer sa volonté à l'URSS, et vice-versa.» (entretien décembre 1979). Dans une autre réponse, il affirme son soutien aux mouvements dissidents des pays de l'Est et forme le souhait que la condamnation officielle de la révolution de
1956 en Hongrie soit revue.
- La démocratie socialiste :
Dans son article de juillet
1979, Wang réclame un retour à une authentique dictature du prolétariat qui ne soit ni celle du Parti, ni celle de quelques individus. Il réclame un «contrôle direct et démocratique des moyens de production par les travailleurs.» Il revendique l'éligibilité et la révocabilité des cadres, et précise que leur salaire ne devrait pas excéder celui d'un ouvrier qualifié. Il se prononce pour des communes autonomes, demande que le Parti se cantonne dans un rôle poet litique et termine en souhaitant «des rapports sociaux fondés sur l'autogestion communautaire.»
Wang n'est pas un cas à part. Par exemple, à Wuhan, dans la province de Hupei, Lu San, un des animateurs du
«groupe du 5 avril» et de la revue Le glas, écrit : «Le principal obstacle à l'achèvement des «quatre modernisations», ce sont les idéologies féodales et le bureaucratisme. C'est un couple d'idéologies qui s'appuient l'une sur l'autre... Le jour où les idéologies féodales disparaîtront, le bureaucratisme ne pourra plus longtemps survivre. Et le jour
où le bureaucratisme sera renversé, les idéologies féodales perdront leurs fondements.» Depuis juin 1979, cette revue est constamment harassée par la police et ses leaders, Qin Yong Min et Xiong Hang Min, plusieurs fois.
A Shangaï, Zhu Yang écrit dans La Voix de la démocratie à propos du «destin du socia-
Men Chine» : «Nous considérons que les positions, les visées et les méthodes du marthéorie marxiste de la lutte de classe et du socialisme scientifique n'est pas dépassée Elle a été enrichie et développée dans la nouvelle pratique sociale. Mais le modele marxiste du socialisme est bien plus difficile à atteindre. Il ne repose pas seulement sur la victoire de la révolution prolétarienne dans un seul pays, mais aussi sur sa victoire à l'échelle mondiale. En ce sens Marx a écrit un jour que c'est seulement en libérant l'humanité que le prolétariat se libéternationaliste : «Le socialisme, écrit-il, n'est pas l'affaire d'un pays; c'est un système mondial. Les préconditions matérielles du socialisme n'inforces productives hautement développées, mais aussi le marché mondial créé par le capitalisme (...). Engels affirma nettement que le socialisme ne pourrait triompher dans un seul pays, mais qu'au contraire il devait avant tout être consi-
ERRATUM : YENAN Nous avons Nous avons commis une de Yi Ming sur l'histoire de la rus à Yenan entre de vieux cadres et de Left Review» (de Londres) de juillet/août 1975 (numéro 92).
déré du point de vue du marché mondial.»
L'opposant de Shangai, Zhu
Yang, poursuit dans le même article : «Nous ne pensons pas que la nature sociale de l'Etat chinois soit socialiste. C'est une étape de transition vers une société socialiste. Parce que :
1) les producteurs eux-mêmes n'ont pas été intégrés dans les moyens de production; 2) la propriété des moyens de production prend la forme d'une propriété d'Etat plutôt que celle d'une propriété collective de tous les membres de la société;
3) la production sociale n'est pas directement une production socialisée mais une production marchande; 4) les classes n'ont toujours des «semi-classes»
DES REMOUS
Des liens existent entre cer-.
tains membres du Parti et des animateurs du Mouvement démocratique. Leur existence est, a premiere vue, conforme a la tradition politique chinoise:
sous couvert d'opposition, se retrouvent des courants avant tout soucieux de soutenir une fraction bureaucratique contre une autre et d'assurer sa victoire par une agitation «hors parti».
A Canton, en 1979, La Voix du peuple était très représentative d'une telle sensibilité. Refusant catégoriquement l'appelation de
«dissidents», l'un de ses rédacteurs nous a affirmé que « les réformistes au sein du Parti sont
• la force motrice du mouvement de réforme sociale.».«Notre tâerreur dans l'annotation de l'article révolution chinoise; article publié en document dans le n. 69 d'«Inprecor» du 7 février 1980. Yi Ming fait allusion, dans son étude de la «Voix du peuple», aux problèmes appajeunes instruits qui avaient rejoint la base arrière du PCC. Il ne s'agit pas là de la période antérieure au début de la guerre sino-japonaise (1937) comme la note le laissait
C'est en effet après cette période qu'un grand nombre de jeunes instruits ont rejoint le PCC et sa base de Yenan dans le nord de la
Chine, car il apparaissait comme la meilleure défense de l'indépendance des intérêts démocratiques des masses et comme un parti étranger à la corruption qui caractérisait le Kuomitang. Et c'est notamment en 1942 qu'une «opposition intellectuelle» est apparue à Yenan, critiquant les mœurs bureaucratiques des cadres du PCC; opposition rapidement réduite au silence par la répression. On peut se reporter, pour plus d'information sur cette période mal connue de l'histoire du
PCC, à l'article de Greg Benton et aux documents publiés dans la «New
L'Etat n'a pas encore disparu (...) Pour achever l'évolution vers une société socialiste et empêcher que les serviteurs de la société n'en deviennent les
Oil est nécessaire d'étaolir et de formaliser un système socialiste démocratique.»
Dans cette réflexion sur la démocratie socialiste, signes de l'émergence d'un «pluralisme marxiste» est également la discussion des positions de Lénine sur la réalisation de la dictature du prolétariat au début de la révolution russe. Wang Xizhe, par exemple est un de ceux qui pense que Lénine soutint la dictature du
Get qu'il fut, en ce sens, l'initiateur de la dictature bureaucratique. AU SEIN DU PCC che est de les soutenir.» ajouPrintemps de Pelain rea reseetai un courant semblable Comité par des membres du central des Jeunesses communistes. On pouvait y lire, par exemple, que si le «système de la Commune de Paris» est un modèle de démocratie, ses principales caractéristiques - remplacement l'armée par la milice et de la bureaucratie par des cadres élus et révocables sont actuellement inapplicables en Chine : «instaurer immédiatement la Commune, cela mènerait à l'anarchie». Toutefois, ces partisans d'une «réforme graduelle» du système ne ménageaient pas leurs critiques concrètes à la bureaucratie. Un des numéros de l'été 1979 du Printemps de Pékin expliquait que les privilèges bureaucratiques bloquent le développement des forces productives et qu'il ne suffit pas de s'opposer à tel ou tel' cadre corrompu, mais qu'il convient de s'attaquer au système même des privilèges. Des cas précis d'injustices étaient relevés : des ouvriers réduits à coucher dans les hangars de leur usine, alors que certains cadres jouissent d'une superficie de logement de 20 à 30 mètres car-
rés par personne; ou le passage à tabac et la détention sans inculpation d'un ouvrier pékinois après un différend avec un supérieur.
Il faut donc être prudent et ne pas parler immédiatement de cynisme ou de manipulation bureaucratique. Au sein même du Parti, il existe des bases objectives pour une demande démocratique. Elle plonge ses racines à la fois dans l'histoire récente et dans le passé du PCC.
D'abord la vague de recrutement, lancée sous la révolution culturelle, constitue aujourd'hui un important facteur d'instabilité. Sur les 35 millions de membres du Parti, plus de la moitié ont été recrutés pendant la révolution culturelle. Ils ont, comme on dit en Chine, «pris l'hélicoptère», et pour se maintenir, ont dû suivre les multiples tournants idéologiques, rester sans cesse sur leur garde, se méfier du moindre faux pas. Or, maintenant, pour mener à bien ne serait-ce que leur travail administratif, pour impulser modernisation économique, ils ont besoin d'un minimum de stabilité. Il leur faut craindre la moindre incartade, la moindre audace. En ce sens, dans leur propre reaucratique, la nécessité d'une libéralisation, d'une légère , ouverture démocratique. Ce n'est pas un hasard, par exemple, si Xi Zhongxun, chef du Parti dans la province de Canton, dont tous les opposants cantonnais s'accordent à reconnaître le libéralisme (un libéralisme «réaliste» : «ce n'est ni un soutien, ni même une tolérance», précise Wang Xizhe), est aussi celui qui a plaidé en avril 1979, devant une conférence de travail du Comité central, pour une autonomie régionale et pour l'accroissement du pouvoir de décision à l'échelon
D'autre part, la comparaison entre l'état du Partien Chine après la mort de Mao et celui du Parti en URSS après la mort de Staline est instructive. Staline a détruit la direction révolutionnaire du Parti bolchevik à travers les. purges et les assassinats, assassinats, les procès et les camps. Ceux qui pouvaient prétendre à sa sucession étaient tous des bureaucrates de carrière, sans passé révolutionnaire, ayant tous été des staliniens fidèles. Rien de tel en Chine. Mao ne faisait pas exécuter ses rivaux après leur défaite. Dans le des opposants au sein du Parti, durant les onze conflits internes que relève l'histoire officielle du Parti, dont cinq se déroulèrent après 1949, la révolution culturelle tient une place à part. Certes, il y eut des purges violentes pendant la révolution - mais après la prise du pouvoir, ce n'est que durant le GRCP que les opposés à la ligne maoïste ne furent plus autorisés à tenir des fonctions politiques.
Aussi, nombreux sont les hommes et les femmes qui reviennent aux affaires, au niveau national, provincial ou local, après la mort de Mao et qui ont combattu dans les années trente et quarante. Ces dirigeants expérimentés, crédités de de leur opposition aux excès maoïstes des années soixante, sont, pour certains d'entre eux, prêts à accepter une résur des questions fondamentales telles que la relation entre démocratie et socialisme. S'ils ne vont pas jusqu'à remettre en question leur propre statut ni le système bureaucratique dans son ensemble, ils abordent dans la presse théorique du PCC lui-même des thèmes qui font écho aux discussions du Mouvement démocra-
C'est particulièrement net dans le mensuel Zhexue Yanjiu (Etudes philosophiques), le plus franc des journaux théoriques officiels, dont la diffusion approche 250000 exemplaires. C'est également sensible à l'Académie des sciences sociales, dont une des publications réclama en octobre 1979 le rétablissement de l'autorité de la loi non seulement « sur les directives des dirigeants» mais aussi «sur les décisions du Par-
Fait significatif : Wang Xizhe d'une part envoya d'abord son article à l'Académie des sciences sociales, avant de le publier à Canton, et d'autre part se réfère avec éloges à un essai publié par la revue Zhexue Yanjiu.
Les quelques centaines de militants du Mouvement démocratique pourraient être éliminés du jour au lendemain s'ils n'étaient pas reliés aux centaines de milliers de fonctionnaires, d'administrateurs, leurs, d'enseignants qui constituent la tendance démocratique dans l'univers officiel et qui remettent profondément en cause le maoïsme, ses valeurs et ses méthodes. A Shangaï, un magazine officiel, Lire, a publié une contradictoire l'ouverture de la lecture : doit-il y avoir une sélection ? Et la réponse de plusieurs nants était favorable à une liberté de diffusion et de publication. Au lendemain du procès de Wei, une autre publication
Quotidien Guangming publia des articles discutant la nouvelle ligne et provoqua des spéculations parmi les China watchers en appelant à une «exploration (recherche) indépendante. Ce fut interprété comme une discrète référence au journal de Wei.
UNE CRISE SOCIALE
RAMPANTE Les difficultés de la nouvelle politique économique chinoise sont manifestes (voir Inprecor numéro 69 du 7/02/80) : objectifs des «quatre modernisations» revus en baisse, inflation, augmentation des prix d'une série de biens de consommation de première nécessité, inégalité sociale accrue, marché noir, stagnation de la production céréalière, etc. Montrant ainsi la toile de fond qui justifie leur existence, les revues démocratiques ont toutes une rubrique permanente où sont dénoncés les privilèges de la couche dirigeante. On rappelle à satiété que les hauts cadres ont cinq personnes à leur service, qu'ils ont des télés en couleur d'Allemagne de l'Ouest, un réfrigérateur, de la moquette, un téléphone (alors qu'il y a en moyenne un poste téléphonique pour 1 000 personnes), des magasins réservés, des hôpitaux spéciaux, etc. Partout c'est le même refrain : les res-
ponsables se fichent des «quatre modernisations», mais ils «modernisent» leur propre famille, envoient leurs enfants à l'étranger (c'est le cas du fils de Deng, parti étudier aux Etats-Unis). Les privilèges des enfants de cadres sont souvent dénoncés comme l'abus le plus criant : à la fin des années soixante, ils se réfugièrent dans l'armée (70% des étudiants des écoles militaires de médecine de Shangaï, de Xian, Chongging, par exemple): puis ils seront les premiers à étudier dans les universités réouvertes au lendemain de la GRCP; enfin, aujourd'hui, ils partent à l'étranger ou apprennent des langues étrangères ou encore trouvent des postes qui les mettent en contact avec des étrangers. Un autre thème est la critique de l'improvisation de la modernisation. On compare le lancement des «quatre modernisations» à celui du «grand bond en avant».
La révolution culturelle, le «système Lin Biao» puis la domination de la Bande des quatre ont laissé une situation sociale qui, particulièrement dans les villes, peut devenir explosive. Le pari technocratique de la «ligne de Deng» est de la désamorcer. Le pari du Mouvement démocratique pourrait être de s'y lier. Il s'agit d'abord et avant tout de la masse des jeunes instruits du Mouverevenus dans les villes. On estime à 17 millions les jeunes éduqués qui ont été déportés à la campagne durant les dix années de révolution culturelle. Redevenus. citadins, ils ont grossi la masse des chômeurs urbains, que certains évaluent à 20 millions. Pour la seule ville de Shangaï, ces derniers étaient, en 1979, 300000, 200000 lycéens d'emploi». Ils boulots, multiplient les étalages à la sauvette, ou tombent dans la délinquance.
Ces jeunes ont grossi les rangs des «pétitionnaires». Ce mouvement, appelé shangfang, fut en 1979 la forme privilégiée d'agitation de masse. Un dazibao du Mur de la démocratie, signé Zhang Xifeng, un ouvrier agricole de Shanxi, évaluait à 100000 ces réfugiés shangfang dans la capitale où ils dormaient dans les rues, mendiants et voleurs par la force des choses. Ces «pétitionnaires» protestent contre la faim, contre les exactions des cadres, réclament justice et réhabilitation, tout simplement, demandent du travail.
Ces démonstrations ont donné lieu à de véritables manifestations ou émeutes. Des grèves générales de jeunes éduqués ont été signalées dans plusieurs provinces. En janvier 1979, l'une d'entre elles, dans le Yunan, mobilisa 50000 personnes. La rue du peuple, une des revues cantonaises, affirmait qu'à l'automne dernier 3000 jeunes instruits, dans la province du Chekiang, avaient manifesté durant 24 jours, multipliant les marches, les sit-in et les grèves de la faim. A Shangai, un mouvement semblable s'est développé au début 1979. Les manifestants réclamaient du travail, un logement et des coupons de rationnement pour la nourriture. Le 14 décembre 1979, trois des animateurs de cette manifestations furent condamnés à neuf, cinq et deux ans de prison.
'Cette crise sociale urbaine est reconnue par les autorités qui la camouflent en délinquance. Fin 1979, l'armée a dû intervenir pour maintenir «la loi et l'ordre» dans neuf, puis treize provinces : les soldats étaient tenus de garder les bâtiments publics, les stations de chemin de fer, les locaux gouvernemenpour prévenir un assaut de la foule. En novembre 1979, certains observateurs affirmaient que 15000 soldats avaient été installés dans 800 écoles secon-
QUELQUES met en évidence la principale inconnue à laquelle on se heurte quand l'on veut faire un pronostic sur l'avenir politique chinois : la paysannerie. La tentative de recomposition de l'ordre bureaucratique peut être évaluée à l'aune de deux chiffres. L'un renvoie à l'analyse précédaires et même primaires de l'agglomération pékinoise. Enfin 1l n'est pas sür que la guerre avec le Vietnam ait arrangé les choses. On parle de soldats qui auraient refusé d'aller en première ligne et même d'une division entière.
Rien ne serait plus dangereux pour les autorités qu'une jonction entre la contestation littéraire, journalistique, et les revendications des pétitionnaires de tous ordres, chômeurs, paysans, jeunes éduqués. Là encore, il faut être prudent: après le traumatisme de la ré volution culturelle, nombreux sont les jeunes qui tombent dans un morne apolitisme. Les opposants reconnaissent mêmes que, chez la majorité des jeunes, la prise de conscience est encore limitée à une demande strictement matérielle :
travail, un meilleur niveau de vie, des biens de consommation, etc. Toutefois, il y a là un arrière-fond social qui peut, si les «quatre modernisations» rejoindre l'opposition politique organisée. Selon un sondage réalisé en décembre 1978 et publié par la revue proDeng de Hongkong, Dongxiang, pour cent des Pékinois constitutionnels n'étaient pas respectés en Chine. La question posée était la suivante : «Considérez-vous que les droits du citoyen garantis par la Consrespectés ?». 75 pour cent des ouvriers ont répondu non, ainsi que 92,9 pour cent des cadres de l'in-
90,9 pour cent des 71 pour cent des étudiants, 100 pour cent des enseignants du secondaire... En revanche tous les cadres paysans interrogés ont répondu oui. INCONNUES dente et dit que près des deux-tiers de la population chinoise a moins de 25 ans. L'autre rappelle que 77 pour cent de la population est paysanne. Or la «NEP» prônée par l'équipe dirigeante tend à relancer une économie de marché dans les campagnes et multiplie les garanties accordées aux paysans,
en faisant la critique des communes populaires, de leur rigidité et de leurs pesanteurs. Un refrain : accorder un temps de répit aux paysans après les tumultes de la révolution culturelle. Toutefois cette orientation n'est pas sans rencontrer des obstacles au sein de l'appareil, comme l'ont prouvé les critiques au nom de «l'esprit de Dazhai», (nom d'une commune rurale considérée comme «modèle» par la tradition maoïste), publiées par le Quotidien du peuple en mars 1979, et par le Drapeau rouge en juin.
Les militants du Mouvement démocratique sont sans illusion sur leur force réelle. Ce serait aller vite en besogne que de supposer, parce qu'ils sont eux-mêmes mouvement a une assise de masse prolétarienne. Il n'est pas du tout évident que leurs collègues soient nombreux à s'identifier à ces hommes dont le niveau politique et culturel est souvent exceptionnel. En revanche, l'existence d'une vaste sympathie, passive et silencieuse, est indiscutable.
L'avenir dépendra en grande partie de la capacité des opposants à passer du stade de la réflexion et du débat politique à celui de leur mise en œuvre ouvrières et paysannes ainsi que des jeunes éduqués chômeurs. Bref, de leur capacité à passer au stade de l'organisation. Un pas a été franchi en ce sens le 10 janvier 1980. Trois revues de Canton (La houle, La vie, La rue du peuple) ont lancé le premier appel national à toutes les «publications populaires» de Chine. Face à la répression et aux «cruelles épreuves» que traverse le mouvement démocratique «depuis le mois d'octobre dernier», ce texte propose de «perdre toute illusion» et de se «préparer à combattre» pour une lutte «de longue haleine» entre «l'ancien» et le «nouveau». Il revendique la liberté de publication et un statut légal pour l'ensemble des revues démocratiques. Il affirme que la fondation «d'une revue nationale répondant aux nécessités de la si-
A LIRE Plusieurs citations, particulièrement parmi celles
Benton, à paraître dans la «New Left Review».
le «Monde du Dimanche» du 24-02-80.
tains passages.
nisations» de Wei Jingsheng.
Inprecor» du 20 décembre 1979.
Chine», de Leslie Evans, «Inprecor» n.48-49 du 30 mars 1979. tuation actuelle est une bonne suggestion».
«Nous devons nous unir pour obtenir la liberté d'édition et pour faire survivre nos publications, écrivent ses au-
La tactique de guérilla de ceux qui agissent de propre chef ne mènera qu'à la faillite de nos publications une à une. Cette leçon doit rester vivace. Nous n'attendrons pas que toutes nos baguettes soient cassées les unes après les autres, pour commencer à les renforcer en les tenant en faisceau. Nous aussi lier étroitement nos publications aux intérêts et aux besoins des larges masses populaires, afin de susciter de leur part une attention plus soutenue. C'est du peuple, source intarisssable, que nous tirons notre volonté». jour entre les divers éléments du des opposants cantonnais, sont inédites en français. Toutefois, pour rédiger cet article, nous avons utilisé largement un travail d'un sinologue anglais, Gregor
Ont été utilisés également un article d'Alain Peyraube, «La nouvelle contestation en Chine» («Tel Quel», été 1979) qui contient la traduction de plusieurs textes du «Mur de la démocratie»; un article de Jean-
Philippe Beja, un autre sinologue, dans «Lire» (Editions Payot); et le numéro 1 de la revue «Paris-Pékin», «revue des échanges franco-chinois».
Côté journaux, on pourra se reporter aux deux entretiens avec des dissidents publiés par «Le Monde» : avec Xu Wenli («Tribune du 5 avril»,
Pékin) dans «Le Monde» du 6-02-80, et avec les revues de Canton dans
Par ailleurs, nous avons eu accès au bulletin mensuel de l'Antenne française de sinologie à Hongkong, qui fait un relévé systématique des thèmes de la presse chinoise dans le territoire britannique et en traduit cer-
L'appel des trois revues cantonnaises du 10 janvier 1980, a été publié in extenso par «Le Matin» (6-02-80). «Libération» a publié diverses documents dans ses éditions du 15 au 19 octobre 1979, dont les « cinq moder-
On trouve dans «Inprecor» l'intégral d'un article de Yi Ming (numéro
69 du 7 février 1980) et un interview de Wang Xizhe (numéro 64 du 20 novembre 1979), tous deux parus dans la revue «La Voix du peuple» de juillet dernier. Dans le numéro 65 du 6 décembre 1979 d'«Inprecor», on trouvera une déclaration de la LMR et du GJS de Hongkong sur la condamnation de Wei Jingsheng ainsi qu'un appel lancé en août dernier par
«La Voix du peuple» et le compte-rendu publié en mars 79 par la revue
«Jansuo» d'une enquête sur les conditions de l'arrestation de Fu Yuehua.
La traduction intégrale de l'article de Wang Xizhe publié dans «La Voix du peuple» de juillet 79 est parue en anglais dans « Intercontinental Press/
Voir aussi : «Les masses font entendre leurs voix», Livio Maitan,
«Inprecor» n. 43 du 18 janvier 1979 et «Un hiver de mécontentement en
Mouvement démocratique, sur des questions organisationnelles aussi bien que sur des questions d'orientation plus générales.
Pourtant, le retour critique sur l'histoire de la révolution chinoise n'est encore qu'amorcé.
Si le passé de nombreux militants des revues contestataires plonge dans les mouvements de Gardes rouges de 1966, une rupture politique a marqué le anti-bureaucratique, lié au traumatisme que provoqua l'expérience de la révolution culturelle pour la jeunesse chinoise. Les Gardes rouges dénonçaient le système socio-politique soixante, c'est-à-dire une époque où
Liu Shaogi et Deng
Xiaoping étaient à la tête du parti. Ils croyaient répondre à un appel de Mao. Le Mouvement démocratique qui (re)
naît en 1976 dénonce, lui,
le règne de la Bande des quatre, et commence la critique du «gauchisme» maoïste au moment où Deng Xiaoping remonte au zénith et engage le régime dans un cours plus «réaliste». Peu nombreux sont les articles qui, tel celui de Yi Ming publié dans la Voix du peuple de Canton en juillet 1979, tente une analyse rétrospective de l'histoire de la révolution chinoise, tout en s'attachant essentiellement à mettre à jour les racines du gauchisme maoïste.
paraît pourtant indispensable de faire le lien entre la critique de l'orientation de Liu-Deng et celle de Mao, tout en ouvrant plus largement le débat sur le bilan d'ensemble du cours suivit par la révolution chinoise depuis 1949. Comment, en effet, dégager sans cela les fondements objectifs qui expliquent l'arrivée au pouvoir de la Bande des quatres et comment définir les axes d'un programme anti-bureaucratique d'ensemble?
Il est possible d'être relativement optimiste. La comparaison du Printemps de Pékin avec la campagne des Cent fleurs de 1957 permet de le comprendre. Tout en se ressemblant, les deux périodes s'opposent sur des points essentiels. En 1957, toutes les sections du Parti étaient unies derrière le leader historique, Mao. Le parti stabilisa ses positions et béné ficia des effets des premières réformes révolutionnaires de l'économie chinoise. d'hui de l'âge et des luttes répétées pour le pouvoir, ont profondément divisé l'appareil et fait perdre confiance dans le Parti à la population, tandis que l'économie sort d'une indescriptible période de chaos. Surtout, le Mouvement démocratique - à la différence du lancement des Cent fleurs par Mao — s'est développé de façon largement autonome. Il a profité d'une période durable de réflexion et de débat idéologique. Il est composé de jeunes ouvriers endurcis par plusieurs années de privations personnelles et de luttes politiques. Son programme est théoriquement plus argumenté et plus avancé que celui des étudiants de 1957. Il est d'inspiration nettement socialiste plutôt que simplement libérale.
Les hommes et les femmes que vise l'actuelle répression ont donc pour eux de n'être pas des nouveaux venus. Leur passé, sous la révolution culturelle, leur confère une expérience de la répression politique. En étant forcé à l'illégalité et à la clandestinité, le Mouvement démocratique ne devrait pas pour autant disparaître. Débarrassés de toute illusion sur la capacité du pouvoir à s'auto-réformer, certains militants approfondiront leurs critiques et chercheront des alliés hors de la sphère du parti, hors de «l'élite».