Nous publions la fin de la plate-forme programmatique du Gouvernement démocratique révolutionnaire du Salvador.
Cette seconde partie du document confirme l'appréciation globale que nous avions pu portution ratique révoluti ter sur la première version qui nous était parvenue (cf. Inprecor Numéro 74).
L'ensemble de la démarche des quatre organisations qui composent la Coordination révolutionnaire de masse (l'UDN, le BPR, les FAPU et les LP 28) s'inspire de ce que fut la mé-
El Salvador onnaire thode des sandinistes entre 1978 et 1979, pour passer des accords avec l'opposition bourgeoise anti-somoziste, et accélérer l'isolement au plan natio. nal et international de la dictature nicaraguayenne. Le contenu concret, pour le moment que revêt la plate-forme du GDR salvadorien est plus
radical, que les diverses propopatriotique national qui regroupait le FSLN et la bourgeoisie anti-somoziste.
A - Le point de différence le plus important est bien évidemment celui qui concerne les tâches de «destruction de l'appareil politico-militaire».
Telles qu'elles sont précisées dans cette deuxième partie, ces tâches ne concernent pas seulement le «désarmement et la dissolution de l'ensemble des corps de répression» (point 3)
mais aussi la dissolution tous les «organes actuels de l'Etat (exécutifs, législatifs et judiciaires)».
Il est prévu également d'abroger «la constitution et tous les décrets qui l'ont modifiée».
B - Le programme économique du GDR va, là aussi, beaucoup plus loin que les déclarations des sandinistes dans la première moitié de 79, qui ne prévoyaient que d'exproprier les biens de Somoza et de ses séides.
Outre la nationalisation du système bancaire et financier et de l'essentiel de l'appareil productif, la nationalisation du commerce extérieur, une réforme agraire radicale ainsi que la réforme urbaine, la planification effective de l'économie s'inspirent directement de ce que les vagues de mesures successives des premières années de la révolution cubaine.
Ainsi que l'expliquait dans sa déclaration du 10 avril 1980 le Secrétariat Unifié de la IVe Internationale : « Pareil programme, plus radical que celui du FSLN dans la phase finale de la lutte contre Somoza ouvre clairement la perspective d'une révolution qui passe, sans discontinuité des tâches anti-impérialistes et anti-oligarchiques aux tâches anticapitalistes de la révolution. Un gouvernement qui appliquerait toutes ces mesures ne pourrait plus être au service des capitalistes et de la caste militaire mais serait un gouvernement qui défendrait les intérêts des ouvriers, des paysans et des autres couches exploitées. Les marxistes-révolutionnaires luttent de manière conséquente compromis pour cette perspective, celle d'un gouvernement ouvrier et paysan sans patrons ni généraux. »
Le 19 avril dernier, la constitution d'un Front démocratique révolutionnaire a été annoncée.
Il rassemble les organisations de la Coordination révolutionnaire de masses, les différentes centrales syndicales du pays mais aussi des organisations politiques bourgeoises comme le Mouvement nationaliste révolutionnaire, qui est un petit regroupement de notables et de membres des professions libérales, liés à la la Ile Internationale, et surtout la «tendance populaire» de la démocratie chrétienne, qui vient d'être exclue de cette formation qui participe au gouvernement de la junte militaire, ainsi que la Fédération des petites entreprises.
ces formations bourgeoises s'étaient regroupées dans un nouveau front démocratique dont la fusion avec la coordination a donné naissance au
Le poste de général de ce front a été dévolu au rejeton de l'une des 14 grandes familles de l'oligarchie salvadorienne Enrique Alvarez
La constitution de ce front correspond bien sûr à l'état avancé de l'isolement de lajunte militaire, au développement et à l'éclatement de la crise au sein de la Démocratie chrétienne, devenue encore plus évidente après l'assassinat de Mgr. Romero.
Pourtant on ne saurait réduire la constitution de ce Front à un épiphénomène, n'en dégager unilatéralement conclusions optimistes sur l'isolement croissant de D'une part, parce qu'il est difficile de penser que ce qui s'est produit au Nicaragua l'an dernier va, bon gré mal gré, se reproduire au Salvador : c'est à dire que la bourgeoisie ou une fraction importante d'entre elle va cautionner jusqu'au bout l'assaut lancé contre la dictatuforces révolutionnaires, épaulées et relayées par le soulèvement de masse et la grève générale. Il est impensable que les bourgeoisies centro- américaines, la social-démocratie et à plus forte raison l'impérialisme vont soit soutenir, soit laisser faire. Non le Salvador ne sera sans doute pas une répétition du Nicaragua, précisément parcequ'il y a déjà eu pour la bourgeoisie salvadorienne et l'impérialisme le précédent du Nicaragua et que chat échaudé craint l'eau froide !
Le rapprochement des groupuscules bourgeois et de la Coordination révolutionnaire de masses n'a pour eux qu'une seule fonction : face à la polarisation de classe croissante, face aux échéances d'affrontements décisifs qui s'approchent, il s'agit pour tout un secteur de la bourgeoisie salvadorienne de sauver ce qui peut être sauvé, de tenter au travers d'un gouvernement de coalition avec des forces révolutionnaires, sinon de les consubjuger, au moins de préserver ce qui pourra être préservé de l'Etat bourgeois et en premier lieu de ses appareils armés.
En politique, a plus forte raison dans un processus révolutionnaire, toute l'Histoire démontre qu'on ne peut additioner arithmétiquement les forces politiques indépendamment de leur nature de classe; il s'agit au contraire d'un calcul algébrique, et en élargissant des alliances au delà des frontières des classes fondamentales en présence, qu'on ne renforce le dispositif de combat des travailleurs et des opprimés.
Face aux tâches, encore immenses, qui attendent les masses salvadoriennes et leurs organisations d'avant-garde pour affronter victorieusement l'impérialisme et la junte, il reste encore de chemin à faire que puise être lancée «l'offensive généralisée» contre le régime, l'insurrection finale.
Alors que paradoxalement, les organisations de l'extrèmegauche révolutionnaire salvadorienne disposent d'un soutien et d'une influence de masse organisés parmi les travailleurs des villes et des campagnes sans commune mesure avec ce dont disposait le FSLN en septembre 1978, l'un des points les
plus faibles du dispositif de la révolution est la faiblesse de l'auto-organisation.
Il existe des organismes syndicaux classistes, dominés par les organisations révolutionnaires, qui dépassent et de loin tout ce qui a pu exister au Nicaragua avant la chute de Somoza, mais l'unité d'action reste tres fragile car il n'existe pas de structures d'unité d'action à la base analogues à ce que furent les Comités de défense civile dont le rôle fut décisif après l'écrasement des insurections partielles de septembre 1978, pour la constitution des milices, l'organisation de la grève générale et de l'insurrection finale.
Par rapport à ces tâches et ces échéances centrales, « il faut dire que tout bloc politique avec la bourgeoisie s'il servait à entraver la mobilisation et l'auto-organisation unitaires des masses pour réaliser ces tâches constituerait un frein et non un moteur de la révolution salvadorienne. Il faciliterait objectivement les efforts des classes possédantes pour substituer à l'appareil d'Etat de la dictature tionnaires et les masses s'apprétent à détruire, un appareil d'Etat bourgeois d'une autre forme». (Résolution du Secrétariat unifié du 10.04.1980).
Comme l'a montré le processus révolutionnaire au Nicaragua et ses derniers développements, l'une des questions clés est celle de la continuité de l'Etat bourgeois, au niveau de ses appareils répressifs, de ses appareils militaires.
En ce qui concerne l'armée, il est expliqué dans la plateforme du Gouvernement démocratique révolutionnaire qu'une nouvelle armée populaire sera développée «bras armé du peuple».
Toutefois l'une des clauses peut-être les plus importantes du point de vue de ses est celle qui prévoit que pourront y être incorporés les éléments «sans taches» de l'ancienne armée, «qui auraient refusé l'intervention étrangère et soutiendraient la lutte du peu-
Dans l'esprit des organisations révolutionnaires, il s'agit par là d'aiguiser la crise qui existe au sein des forces armées salvadoriennes, sionnelle, et cette phrase a un sens éminemment tactique. Du point de vue des principes, il que le caractère de classe d'une armée populaire ou d'une armée conditionné, soi, par l'intégration de ques dizaines ou centaines d'ansoldats, techniciens, gradés et officiers de l'ancien régime. La récupération et l'utilisation d'anciens officiers tsaristes dans l'Armée rouge fondée par Trotsky, l'intégration de quelques secteurs de l'ancienne armée de Batista (essentiellement la marine) dans l'Armée l'Armée Rebelle de Fidel et du Che n'ont pas modifié la nature de ces armées composées d'ouvriers et de paysans et structurées pour assurer la défense de leurs intérêts de classe, comme devait le montrer la suite des événements.
Mais il n'est pas non plus possible d'oublier comment des secteurs bourgeois ou réformistes, pourraient être tentés d'utiliser cette clause pour assurer la continuité de l'Etat bourgeois en cas d'effondrement, sous le choc d'une insurrection, de junte militaire. on ne peut manquer de se rapnicaraguayenne et derriere elle toutes les bourgeoisies et l'impérialisme 19 juillet 1979, sur le maintien d'une partie de la Garde nationale somoziste et sa fusion avec les colonnes sandinistes pour pouvoir continuer à disposer d'un instrument militaire propre.
L'épisode Urcuyo, le soulèvement final des masses ouvrières et plébéiennes de Managua, la prise du bunker et l'éclatement total qui allait suivre de la Garde nationale rendre caducs ces espoirs. Mais on ne peut pas dire que n'était pas la perspective de la bourgeoisie nicaraguayenne pour assurer à son profit la continuité des institutions armées de l'Etat bourgeois. tel ou tel secteur de la bourgoisie salvadorienne, il est important de noter qu'en dépit de • la constitution FDR, la Coordination révolutionnaire de masse, qui ne regroupe que des organisations ouvrieres, reformistes (comme l'UDN qui est la couverture du PC pro-Moscou) et révolutionnaires, ne s'est pas dissoute. Qu'elle conouvertement et dans les faits à assumer la direction politique et militaire de l'opposition à la junte et que, par là, elle entend reléguer, au moins pour l'instant, la constitution du FDR à une simple opération
Le maintien de l'indépendance politique, militaire et organisationnelle des organisations révolutionnaires par rabourgeois, leur volonté et leur l'unique direction réelle, leur programme, des ouvriers et des paysans sont évidemment des éléments première importance, avec les formes concrètes et l'extension que prendront la dynamique sociale du mouvement de masse, le développement de l'auto-organisation, l'évolution du rapport de force politique et militaire entre les classes fondamentales et leur représentations organisationnelles, pour juger des effets de la constitution du FDR sur l'évolution de la crise révolutionnaire au
Mais au-delà de ces appréciations, de ces débats, il y a une toute première tâche : arrêter le bras criminel de l'impérialisme qui s'apprête par un bain de sang au Salvador à tenter d'arrêter le développement de la Révolution dans toute l'Amérique centrale.
Le ler avril 1980, la Coordination révolutionnaire de masse a lancé un appel à la solidarité internationale avec sa lutte au Salvador.
La IVe Internationale appelle mouvement ouvrier mouvement anti-impérialiste en Amérique Caraibes et dans toute l'Amérique , aux Etats-Unis, en Europays, à organiser une vaste campagne d'information sur la répression sanglante en cours, les risques de son extension quali-
Get d'intervention impérialiste directe qui pèsent sur la tion salvadorienne d'organiser pour son appui un large mouvement de solidarité internationale.
L'impérialisme désire à tout prix créer un cordon sanitaire autour de la révolution nicaraguayenne, afin d'empêcher l'extension de celle-ci dans toute la région. S'il arrivait à ses fins, les risques d'étouffement de cette révolution, voire d'une nouvelle agression contre la révolution cubaine, s'accroitraient. Note. - Le FDR regroupe également la quatrième organisation révolutionnaire importante, le Mouvement de libération populaire, dirigé par le Parti révolutionnaire des travailleurs du Centre-amérique (PRTC) qui avait été tenu jusqu'alors à l'écart de la Coordination révolutionnaire de masse.
si la contre-révolusalvadorienne des points décisifs, tout le triangle contrerévolutionnaire dor, Honduras, Guatemala - qui serait désarticulé ce pour l'ensemble de la révolution latino-américaine en avant, par effet cumulatif avec la révolution nicaraguayenne.
Il faut que tous les révolutionnaires, que tous les miliet anti-impériatants ouvriers listes, soient pleinement conscients de l'enjeu de l'épreuve de force qui se prépare dans ce petit pays d'Amérique centrale.
C'est pourquoi il est de notre devoir de mobiliser toutes nos forces, de mettre tout en oeuvre, afin d'arrêter le bras criminel de l'impérialisme et de l'oligarchie en Amérique centrale.
Bas les pattes devant la révolution salvadorienne !
Arrêt immédiat de toutes les livraisons d'armes et de tout envoi de « conseillers » et de mercenaires impérialistes au Salvador !
Pas un sou à la Junte, aux assassins de l'armée et d'ORDEN !
Abrogation immédiate de l'Etat de siège et rétablissement de toutes les libertés démocratiques sans restriction aucune !
Défendons tous ceux qui luttent contre l'impérialisme et l'oligarchie et toutes les victimes de la répression
Solidarité avec les quatre organisations révolutionnaires des masses salvadoriennes : BPR, LP 28, FAPU et MLP
Tout le pouvoir à la Coordination révolutionnaire de masse !
El Salvador