'EXODE massif de personnes désireuses de quitter Cuba a fait l'objet d'une campagne d'intoxication caractérisée dans la presse bourgeoise, campagne devant laquelle la «gauche respectueuse» (y compris la pseudo-ultra-gauche) s'est montrée une fois de plus nettement désarmée.
En premier lieu, il est impossible de juger de la situation objective, matérielle à Cuba, sans se rappeler les agressions continuelles que la révolution cubaine a subies de la part de l'impérialisme américain depuis vingt ans, et dont nous publions une liste (qui n'est guère exhaustive, loin s'en faut) ci-dessous. Le blocus économique fait partie de cette agression. Il a imposé et continue à imposer des sacrifices à la population cubaine, ce que les dirigeants de la révolution n'avaient d'ailleurs jamais caché aux masses.
En deuxième lieu, Cuba a été et reste un pays sous-développé, caractérisé par un grave problème de sous-emploi, comme tous les pays sous-développés. Ce problème ne peut être résolu dans un cadre purement national, encore moins que la construction du socialisme ne peut être parachevée dans un seul pays. Le Mexique, pays bien plus industrialisé que Cuba, et profitant d'énormes investissements et crédits impérialistes - sans commune mesure avec l'aide que l'URSS accorde à Cuba -voit chaque année plus d'un million de personnes chercher un emploi aux Etats-Unis. L'émi-
Dossier Cuba gration massive est un produit du sous-développement et non du socialisme (plus exactement, du renversement du capitalisme).
En troisième lieu, les dirigeants de la révolution cubaine ont opté délibérément en faveur d'une priorité accordée à la consommation collective par rapport à la consommation privée. Même l'organe représentatif du grand reconnaitre, dans son numéreR du 5 capital yankee, Business est obligé de mai 1980, qu'à Cuba, personne ne songe à réduire les dépenses pour la santé et l'enseignement gratuits, ni les subsides pour la construction des logements. Qu'il y ait une minorité de Cubains — y compris dans la classe ouvrière - n'accepte pas cette priorité, c'est inévitable. Mais qu'il s'agisse d'une priorité qui est acceptée par la majorité du peuple cubain, et qu'elle corresponde à ses intérêts, il est difficile d'en douter.
Finalement, la conjoncture économique internationale a été fort mauvaise pour Cuba au cours de la dernière année. Son commerce extérieur est fondé sur l'échange du sucre (et accessoirement du tabac et des produits de la pêche), contre du pétrole et des matières premières de base. Le prix du sucre a baissé; le prix du pétrole a fortement augmenté. Même si Cuba reçoit à ce propos un traitement de faveur de la part de l'URSS, la détérioration sérieuse des termes d'échanges se traduit par une aggravation de la situation économique des masses.
Ceci dit, il faut rejeter l'idée que ceux qui veulent quitter le pays ne sont que des délinquants ou des a-sociaux. Il s'agit d'un mécontentement réel d'un secteur de la population. Et il faut souligner que les méthodes de gestion bureaucratique en vigueur dans le pays (et que le tournant en cours risque encore d'aggraver l'article de la camarade Armand) facilitent guère la solution des problèmes économiques, ni l'élévation de la conscience des masses dans ce domaine, qui continue à baisser, en contraste flagrant avec le niveau de conscience remarquable sur le plan politique, dont les ripostes et mobilisations massives en face de la vague d'émigration sont une confirmation supplémentaire.