Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Les élections à la Suarez

· Inprecor n° 8, 9 juin 1977 · p. 3-7 · 4 015 mots

État espagnol Syndicalisme Euskadi France

ESPAGNE Les élections du 15 juin prochain sont le sommet de l'édifice institutionnel et politique qui est connu sous le nom de "réforme" et qu'a mise en œuvre le gouvernement Suarez depuis son arrivée aux affaires il y a dix mois. Mais, contrairement à ce que prétendent les moyens de presse internationaux et le propre gouvernement Suarez, ces élections ne seront ni des élections libres, ni des élections constituantes. Des élections ni libres, ni constituantes Ce ne seront pas des élections libres car : - le plus grand nombre des partis ouvriers, malgré la légalisation du PCE, restent illégaux; c'est le cas également d'une série d'organisations populaires (associations de voisins, organisations féministes, organisations de jeunesses, etc.) ; - parce que la liberté d'expression n'est pas totalement garantie. La loi "antilibelo" sur la presse, qui a été adoptée il y a plus d'un mois, interdit par exemple de toucher aux questions politiques clé, qui sont "matière réservée" : la Monarchie, l'Union nationale, l'Armée; - parce qu'il n'est reconnu à la jeunesse ni droit de vote, ni droit d'organisation ; - parce que plus d'une centaine de prisonniers politiques, membres d'ETA V, du FRAP, de la LKI, du GRAPO et de l'ORT continuent d'être détenus ou sont bannis comme l'ont été récemment cinq des six condamnés à mort commués du procès de Burgos ; - parce que le principe du bicamérisme, la loi électorale et le mode de scrutin à la proportionnelle par province, ne respectent pas le principe "un vote-une voix" '. Tout a été fait pour favoriser les formations bourgeoises au détriment des partis ouvriers. Il suffira de 33500 voix pour élire un député dans la province agricole et dépeuplée de Soria contre 141 250 pour un député de Madrid. L'écart en ce qui concerne le Sénat, qui aura le pouvoir, selon les dispositions institutionnelles, de bloquer les décisions de la Chambre des députés est encore plus énorme : 25000 voix pour chacun des 4 sénateurs de Soria. Enfin, ces * élections ne sont pas libres par les énormes moyens dont disposent le gouvernement et les coalitions électorales de la droite, par la discrimination éhontée qui est faite de toutes les ressources matérielles de l'Etat et du Mouvement au profit du gouvernement et des formations bourgeoises.

Michel ROVERE Ces élections ne sont pas non plus constituantes et ne permettront pas de faire table rase de l'édifice institutionnel légué par le franquisme : il faudra une majorité des deux-tiers dans chacune des deux chambres pour modifier les institutions. Pas toutes encore, puisque le principe de la monarchie et celui de l'Unité de la patrie sont déclarés par avance intangibles. Légitimer le nouvel Etat fort Ces élections sont le point culminant de la "réforme" politique entamée par Suarez, car elles vont légitimer la stabilisation d'une monarchie constitutionnelle destinée à être le pilier du nouvel Etat fort dont rêve la bourgeoisie espagnole. Le gouvernement d'Arias Navarro était tombé en juillet 1976 pour ne pas avoir compris que les rapports de force sociaux et politiques existant en Espagne, interdisaient toute tentative, après la mort du Caudillo, d'un simple replâtrage du régime, en s'appuyant sur l'intégralité du mouvement politique franquiste et en laissant marginalisées les forces majoritaires du mouvement ouvrier, notamment le PCE. En sept mois, depuis le couronnement de Juan Carlos jusqu'à la démission du "boucher de Malaga", les événements ont montré l'inanité d'un tel projet (vague de grèves en janvier-février, grève générale de mars en Euskadi après le massacre de Vitoria, campagnes pour l'amnistie de juin-juillet, etc.). Les deux conditions préalables à la réussite de l'opération Suarez étaient la marginalisation de l'appareil politique franquiste et sa capacité à renouer le dialogue avec l'ensemble de l'opposition, partis ouvriers réformistes inclus. Le gouvernement Suarez joua avec une habileté certaine sur une politique systématique de nominations, de mutations et de mises à la retraite pour se constituer une série de relais et de points d'appui dans la haute administration et surtout l'état-major. Cette reprise en main est loin d'être complète, comme en témoignent les "bavures" que le gouvernement accepte de couvrir, notamment dans les tâches de maintien de l'ordre. Les événements de la deuxième semaine de mai en Euskadi en sont l'illustration dramatique. Mais c'est surtout en frayant son chemin dans le labyrinthe constitutionnel du franquisme que le gouvernement Suarez parvint à marginaliser politiquement l'appareil politique du franquisme. Le "Bunker" ", de la Phalange, de la Fédération des

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combattants de Giron, des groupes activistes comme Fuerza Nueva, s'effondra en quelques semaines, entre l'échec de la commémoration, sur la Plaza Oriente, de la mort du dictateur et les 3% de non qu'il recueillit au référendum institutionnel du 15 décembre. Ses tentatives de faire basculer l'armée, d'abord à l'automne, au moment de l'annonce de la prochaine légalisation des centrales syndicales (qui n'interviendra en fait qu'à la veille du ler mai 1977) avec l'affaire des généraux Santiago et Iniesta Cano, puis au moment de la semaine noire de la fin janvier (massacre d'Atocha) ont été les étapes ultimes de cet effondrement. La neutralisation du « néo-Bunker » La réussite de l'opération Suarez lui a permis également de neutraliser en bonne partie ce qu'on appelle en Espagne le "néo-Bunker" ', l'Alliance populaire de Fraga Iribarne. Formée au début de l'automne, quand de larges fractions de la bourgeoisie n'étaient pas encore convaincues du plein succès de l'opération Suarez et craignaient les fièvres de l'"automne chaud", l'Alliance populaire se voulait le parti de l'ordre et du recours possible, drainant derrière les hommes qui ont été les piliers des ministères franquistes ces quinze dernières années, toutes les pesanteurs franquistes de l'Espagne des profondeurs. La réussite de la "réforme" de Suarez a rapidement rogné les marges de manœuvre des hommes de Fraga. La tentative de l'Alliance populaire à la mi-avril de mobiliser l'armée contre la légalisation du Parti communiste (démission de l'amiral Pita da Veiga, réunion du Conseil supérieur de l'armée), fut finalement un échec. La constitution, par la "droite civilisée" des Camuñas, Garrigues Walker, Pio Cabanillas de l'Union du centre démocratique, la décision finale de Suarez d'en prendre la tête, vont réduire à la portion congrue la place électorale de l'Alliance populaire. Selon tous les sondages effectués en ce moment (avec la part d'incertitude que comporte l'absence de toute référence antérieure, bien sûr) il apparaît, au moins comme tendance générale, que l'Alliance populaire stagne de semaine en semaine, quand elle ne recule pas. Malgré le mode de découpage électoral qui l'avantage, il est déjà à peu près certain que l'AP ne pourra pas constituer au lendemain du 15 juin une "minorité de blocage" institutionnel. Mais la capacité du gouvernement Suarez de marginaliser le "Bunker" et le "néo-Bunker" a aussi reposé sur l'ouverture du "dialogue" avec |' "opposition démocratique" rassemblée dans la "Coordination démocratique" élargie ensuite à la "Plateforme des organisations démocratiques" puis à la "commission des dix". Dans cette ouverture, il faut reconnaître d'ailleurs que c'est la dite opposition démocratique qui a fait le plus de petits pas. C'est à l'automne que la Coordination démocratique est passée de la revendication d'une "rupture démocratique" à celle de "réforme négociée" . Au passage avait été gommée l'exigence de la formation d'un gouvernement provisoire d'unité nationale.

La négociation de la « réforme » Après l'épisode du référendum constitutionnel sur la réforme, que les partis réformistes furent amenés à boycotter, faute d'avoir été légalisés, la libération en janvier de Santiago Carrillo et la formation de la "commission des neuf" puis des "dix" marquèrent le passage de la "réforme négociée" à la négociation pure et simple de la "réforme" ', mais celle de Suarez... La négociation était d'ailleurs des plus limitées, puisqu'elle ne portait que sur les points jugés de part et d'autre comme indispensables à la bonne tenue des élections de juin : l'amnistie, la légalisation de tous les partis et les garanties démocratiques minimales pour la tenue des élections. Le bilan final de cette "négociation" montre d'ailleurs comment la dite "opposition démocratique" , qui avait été élargie pour la circonstance aux formations de la "droite civilisée" (libéraux, sociaux-démocrates et démocrates chrétiens de Gil Robles) est allée purement et simplement à Canossa. Le Parti communiste espagnol a effectivement été légalisé, le 9 avril, mais l'ensemble des autres organisations d'extrême-gauche, y compris celles qui avaient été parties prenantes de la Coordination démocratique (Parti du Travail, Organisation révolutionnaire des travailleurs, Mouvement communiste) restent illégales. Idem pour le Parti carliste, qui a le malheur de remettre en cause la légitimité monarchique des Bourbons... Malgré toutes les promesses orales dont s'est fait l'écho le représentant au sein de la commission de négociation du Parti nationaliste basque (PNB) Julio Jauregui, il n'y a pas eu d'amnistie totale. Au contraire, aucune des promesses d'indulto (grâce) royal pour les détenus accusés de "crimes de sang", ou pour les prisonniers en attente de jugement, n'a été tenue. Il a fallu les 7 morts du mois de mai en Euskadi pour que cinq des six condamnés à mort du procès de Burgos soient bannis en Belgique. D'autres militants nationalistes révolutionnaires demeurent en exil. Enfin, il n'y a eu aucune discussion sur la loi électorale et le mode de scrutin. Le bilan de cette "négociation de la réforme" ressemble un peu à la parabole biblique du plat de lentilles des fils d'Abraham. Car la légalisation du PCE était, de toute façon, inscrite dans le projet de réforme de Suarez. Si les élections de juin sont le chas de l'aiguille par où devait obligatoirement passer le gouvernement pour assurer une légitimité populaire à son projet de constitution d'unEtat fort, la légalisation du PCE était inévitable. Sans elle, les socialistes et même les démocrates chrétiens et les libéraux auraient refusé de cautionner l'opération électorale de Suarez. Dès lors, c'était toute l'opération qui aurait sombré lamentablement. Le pacte constitutionnel Ce sont donc les partis ouvriers réformistes et leurs alliés démocrates chrétiens de l'heure qui, par leurs capitulations suc-

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cessives ont assuré le succès de la "réforme" Suarez. Mais ces capitulations ne se sont pas limitées au seul terrain institutionnel. Non contents de cautionner le projet de Suarez par leur participation à ces élections, et d'en assurer le succès, le PSOE et le PCE vont encore plus loin dans le "compromis espagnol" en proposant la mise en cuvre après les élections du 15 juin d'un "pacte constitutionnel" et d'un "pacte social". L'idée du "pacte constitutionnel" a été affirmée tout d'abord par les socialistes de Felipe Gonzales, puis reprise avec force par le PCE à l'issue de la première réunion légale de son Comité central le 15 avril dernier. Toute l'analyse développée dans le rapport introductif de Santiago Carrillo lors de ce Comité central tient én peu de phrases : "Pour obtenir la réconciliation nationale, la bonne entente entre tous les Espagnols et la démocratie, il faut que l'Alliance populaire ait le moins de suffrages possibles lors des prochaines élections. (...) Si elle faisait un bon score, tout le monde en pâtirait, du gouvernement jusqu'à l'opposition." De cette analyse découle la proposition d'un "pacte constitutionnel" qui englobe toutes les forces, depuis le PCE et le PSOE jusqu'au centre, "réformistes" et Suarez inclus... Le préalable de ce "pacte constitutionnel" , c'est la reconnaissance de l'Etat tel qu'il est, c'est-à-dire de la monarchie juancarliste ("Nous nous prononcerons pour la monarchie, pour la monarchie constitutionnelle, si celle-ci continue à mener une politique de réformes"'), du drapeau sang et or, du principe de l'unité de la patrie qu'il représente contre les aspirations des nationalités opprimées. C'est ce que proclame haut et fort le parti de Santiago Carrillo. C'est ce qu'acceptent les socialistes du PSOE. Pour tous, il ne fait aucun doute que la Chambre qui sortira des prochaines élections sera "au mieux" une chambre de centre-gauche, avec une forte représentation de l'Union du centre démocratique, une bonne proportion d'élus du PSOE et une part plus congrue pour le PCE, les démocrates chrétiens et l'Alliance populaire. Le pacte social Le corollaire de ce "pacte constitutionnel" ", qui irait de Suarez au PCE, c'est la mise en œuvre d'un "pacte social". Le mot n'est jamais prononcé par les partis ouvriers réformistes, mais c'est bien de cela qu'il s'agit quand le PCE parle d'une "politique de responsabilité nationale". Il est peu probable que dans le premier cabinet formé après le 15 juin figurent des ministres communistes, explique Carrillo, "mais même sans ministres, nous pouvons exercer une participation réelle dans l'élaboration de la politique, pas tant du fait de l'importance numérique de notre future représentation parlementaire, que parce que nous représentons les forces vives et les plus dynamiques du pays, sans la participation desquelles il est impossible de résoudre les grands problèmes que connaît l'Espagne. (...) Le centre, sans les grands partis ouvriers, serait incapable de gouverner le pays" (S. Carrillo : discours au CC du 15 avril). Le programme électoral du PCE écrit noir sur blanc que la solution de la grave crise économique que traverse l'Espagne

(18% d'inflation en 76, record de l'OCDE et presque un million de chômeurs) "consiste en une politique de responsabilité nationale qui répartira les charges sur l'ensemble de la société". Cela est clair, même si on ajoutè la clause de style que les charges devront affecter "en priorité les secteurs dont les revenus sont les plus élevés" . Le PCE écrit également en toute franchise qu'il faudra atteler les syndicats au char du "pacte social": "Si, avant ou après les élections, il est possible de parvenir à un accord qui aille du centre démocratique jusqu'aux socialistes et au PCE, dans ce cadre pourrait être élaboré, en accord avec les syndicats ouvriers, paysans et professionnels et avec les associations patronales, dans la perspective de l'entrée dans la CEE, un plan de 4 ou 5 ans, qui (...) permette le développement des entreprises et des secteurs économiques décisifs pour tout le pays. " (Programme électoral du PCE). Le sabotage de la riposte ouvrière Mais cette politique ouverte de collaboration de classe n'a pas attendu sa concrétisation post-électorale pour être mise en œuvre. Utilisant au mieux les alibis de la division syndicale et du retard qui existe dans la construction des organisations du mouvement ouvrier et particulièrement du mouvement syndical (les Commissions ouvrières, I'UGT, la CNT et l'USO ne regroupaient que 300000 syndiqués au début du mois de mai...), les directions réformistes ont laissé quasiment sans réponse les attaques antiouvrières du gouvernement et le plan de stabilisation décidé en octobre. La seule riposte d'ensemble a été la grève générale et nationale du 12 novembre 76 (2500 000 grévistes dans l'ensemble du pays), convoquée sur des mots d'ordre purement économiques. Mais il n'y eut pas de lendemain. Au contraire, l'UG socialiste et la CNT anarcho-syndicaliste, utilisant le prétexte du refus des militants des Commissions ouvrières et de l'USO de démissionner des responsabilités qu'ils avaient dans les syndicats franquistes, ont multiplié les crocs en jambe et les chausses trappes. Ces difficultés ont d'ailleurs été mises à profit par la direction communiste des Commissions ouvrières et la direction de l'USC pour limiter au maximum les actions d'ensemble. Il est vrai que cette politique correspondait particulièrement à l'orientation •des directions des partis ouvriers réformistes, PSOE et PCE: pas de mobilisation avant les élections. Cette politique de capitulation a connu des sommets lors du massacre d'Atocha : à la fin du mois de janvier, quand les centrales syndicales ont refusé de lancer un mot d'ordre de grève générale, et surtout pendant les derniers événements de mai en Euskadi. Explicant qu'un appel à la grève générale au niveau de tout l'Etat espagnol serait un facteur de "déstabilisation" et "pourrait permettre un coup d'Etat contre la démocratie" , la direction des CO et le PCE ont refusé de soutenir l'appel lancé par l'extrême-gauche et repris assez symboliquement par l'UGT I'UGT, I'USO, la CNT et le PSOE, à deux journées de lutte de solidarité avec Euskadi. Au Pays basque même, le PC d'Euskadi, qui avait appelé dans un premier temps à la grève

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générale du lundi 9 mai, après l'assassinat de 5 personnes entre le jeudi 5 et le samedi 7 mai, devait en fin de compte retirer son appel. On pourrait ajouter l'isolement dans lequel ont été laissées certaines luttes ouvrières (Roca, Tarabussi, Aurrera, etc.), la politique de cassage des grèves (grève de la construction de Barcelone), la non préparation des journées d'action du 15 avril à l'échelle du pays et du 22 avril en Euskadi, l'absence de riposte centrale et unifiée aux interdictions de manifester le ler mai, pour montrer quels ont été les effets pratiques de la politique de collaboration de classe des partis ouvriers réformistes. La faiblesse des appareils politiques bourgeois Mais cette aide objective qu'a reçue le gouvernement Suarez pour la mise en œuvre de sa réforme laisse à la bourgeoisie espagnole un grand nombre de problèmes non résolus. Nous n'aborderons pas dans le cadre de cet article les contradictions auxquelles va se heurter, au sein de la classe ouvrière, la politique de "pacte social" des réformistes. Ces contradictions tiennent à la combativité même de la classe ouvrière espagnole, et également au poids que l'axtrême-gauche a déjà conquis dans les luttes sociales. Si l'Union du centre démocratique de Suarez semble avoir réalisé une véritable percée politique et sans doute électorale, elle n'est pas encore parvenue à réduire totalement le morcellement politique de la bourgeoisie teinté du vide franquiste. Toujours selon les mêmes sondages préélectoraux, l'Union du centre démocratique totaliserait au niveau de l'Etat espagnol six fois plus de voix que la démocratie chrétienne ou que la coalition des sociaux-démocrates (Union du centre gauche entre Parti social-démocrate et PSOE historique). Mais la bourgeoisie espagnole ne dispose pour l'instant que d'équipes électorales et non de véritables partis. Sans compter que le poids de la question nationale, que le gouvernement Suarez a délibérément décidé de ne pas aborder avant ces élections, ajoute aux difficultés d'unification politique de la bourgeoisie espagnole. Le regroupement électoral de Suarez sera complètement laminé en Galice par les formations bourgeoises galiciennes et surtout au Pays basque face au PNB et en Catalogne face "Pacte démocratique pour la Catalogne" dirigé par le banquier Jordi Pujol. Au total, les "autonomistes" bourgeois, qui réclament une application stricte des statuts d'autonomie qui ont existé sous la seconde République, peuvent avoir entre une cinquantaine et une soixantaine de députés sur les 450 des prochaines Cortes, peut-être plus avec les "régionalistes" andalous, valanciens et des îles. Le mouvement ouvrier face aux élections Le Parti socialiste ouvrier espagnol réalisera sans doute une percée électorale importante qui va probablement faire de cette formation le premier parti ouvrier espagnol, du point de vue électoral. Le parti de Felipe Gonzales a réussi un certain nombre de percées dans les nationalités, en Euskadi et surtout en Catalogne, où il s'est allié au Parti socialiste catalan (Congres) de Joan Reventos. Mais, malgré tout le poids qu'a jeté dans le plateau de la balance où se trouvait F. Gonzales, la social-démocratie internationale, le PSOE n'est pas parvenu, comme il en avait l'intention, à réunifier pour ces élections, sous sa houlette la famille socialiste dispersée. Le Parti socialiste populaire du professeur Tierno Galvan, issu d'une scission du PSOE de l'intérieur contre la direction en exil dans les années 60, a constitué un front électoral avec ce qui reste de la Fédération des partis socialistes, qui regroupe les formations socialistes "régionalistes" de Joan Garces. Le PCE réalise avec le PSOE les plus gros meetings électoraux. Mais la direction n'escompte officiellement qu'entre 10 et 15% des suffrages lors du prochain scrutin. Cette modestie électorale ne remettra pas en cause l'hégémonie qu'a conquise le PCE au sein du mouvement ouvrier, parmi les travailleurs combatifs et les cadres naturels apparus dans les 15 dernières an-

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nées de lutte. Il est certain que le score maigrelet qu'il va retirer et surtout l'absence de toute perspective gouvernementale à court terme peut rendre plus difficile la mise en œuvre de la politique de "pacte social", malgré le chantage réformiste à la "déstabilisation" et au coup d'Etat militaire. La politique électorale des organisations révolutionnaires Un certain nombre d'organisation et de courants révolutionnaires prônent le boycott des prochaines élections, en s'appuyant sur le fait qu'elles ne sont ni libres ni constituantes. C'est le cas de groupes comme l'Organisation communiste d'Espagne, Bandera Roja (maofste), de la CNT anarchosyndicaliste, du petit courant lambertiste mais aussi de la Ligue communiste d'Espagne (organisation sympathisante de la IVème Internationale). La LCR (ancienne LCR-ETA VI, autre organisation sympathisante de la IVème Internationale) a eu une démarche différente. Les camarades de la LCR ont expliqué que, face aux limitations des élections mises sur pied par Suarez, il devait y avoir une réponse unitaire des formations ouvrières, prenant la forme de Candidatures ouvrières uniques autour d'une plateforme minimale en 4 points : - Pour l'amnistie totale et les libertés et droits démocratiques sans limitation - Pour le droit à l'autodétermination des nationalités opprimées - Contre toute forme de pacte social et pour la libre négociation unitaire des revendications ouvrières et populaires - Pour des élections libres, une Assemblée constituante qui proclame la République. La décision du PCE et du PSOE de présenter des listes exclusives de leurs partis, leur engagement sur la question du "Pacte constitutionnel" et du "Pacte social", comme leur refus d'accepter le principe de l'autodétermination pour les nationalités opprimées, ont rendu d'emblée caduque cette perspective de bataille unitaire du mouvement ouvrier qu'exigeait la situation objective. L'unité n'a pas été possible non plus entre les diverses forces de l'extrême-gauche qui ont décidé de se présenter. - Le Parti du Travail, qui présente ses listes sous le sigle du Front de la gauche démocratique, a poussé encore plus loin son évolution droitière avec la recherche d'alliances systématiques avec la bourgeoisie qualifiée de "démocratique". Cela amène par exemple le PT en Catalogne à s'allier avec l'Esquerra republicana et l'Estat catala et à défendre le vieux président de la generalitat en exil, Tarradellas. - L'Organisation révolutionnaire des travailleurs, suivant son évolution sectaire, a décidé de présenter seule ou presque ses "Candidatures ouvrières autonomes"

Ces choix électoraux sont en droite ligne avec l'évolution récente de ces deux organisations maofstes. - Plus complexe était la position du MCE, qui mène depuis l'automne une bataille unitaire avec nos camarades de la LCR au sein du Courant unitaire des CO, et qui a été souvent avec la LCR et l'OIC, à la pointe des batailles économiques ou politiques ces derniers mois contre les capitulations réformistes. Le MCE avait décidé d'impulser des Candidatures d'unité populaire (CUP) en prenant explicitement comme référence le précédent de la campagne des Groupes de dynamisation et d'unité populaire qui s'étaient formés en juin dernier au Portugal autour de la candidature d'Otelo de Carvalho. De plus, les CUP devaient être formées de manière totalement décentralisées, région par région. Un accord entre les CUP et le Front pour l'unité des travailleurs (FUT) formé par l'organisation Accion comunista, la LCR et l'Organisation de la gauche communiste (OIC), a été finalement rendu impossible pour plusieurs raisons de principe : - les ambiguftés maintenues par les CUP sur le droit à l'autodétermination sans condition pour les nationalités opprimées; - la revendication des statuts d'autonomie de la seconde République et le mot d'ordre de "gouvernement provisoire" , interclassiste; - un programme de revendications ouvrières en retrait par rapport aux nécessités actuelles de la lutte contre le "Pacte social" ; - les ambiguîtés de la CUP sur le mot d'ordre d'Assemblée constituante. Derrière ces divergences sur les mots d'ordre s'investissaient également des divergences sur les rapports au sein des CUP entre les "indépendants" et les organisations, ainsi que sur l'avenir des CUP. Le PC est en effet favorable à les transformer en un mouvement permanent, "d'unité populaire", après le 15 juin. Il y avait là, entre le MC et nos camarades, des divergences totalement inconciliables. Il reste que les débats qui ont commencé entre les diverses composantes de l'extrême-gauche, à l'intérieur et à l'extérieur du FUT, entre les organisations qui participent aux élections et celles qui les boycottent, seront décisives pour les futures possibilités d'unité d'action et d'intervention autonome de l'extrême-gauche contre les dévoiements réformistes. Ces débats pèseront aussi sur les possibilités, inévitables, de reclassement et de recomposition de l'extrême-gauche qui se prfilent pour les prochains mois.

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